RUE A AT
les HAæmanthus, aux corolles écarlates; les Strelitzia, dont une espèce cultivée dans nos serres est si remarquable par son inflorescence et par ses fleurs bizarres à divisions jaunes et bleues ; les Protea, aux formes changeantes ; les Leucadendron, dont une espèce, nommée Arbre d’argent, élève à 10 ou 12 mètres ses rameaux chargés de feuilles lancéolées, soyeuses et argentées ; les Erica, dont le Cap est, comme nous l'avons dit, la véritable patrie.
Citons encore Les Hélicrysum et les Gnaphalium, Composées
Fig. 438. Palmiers de Madagascar.
corymbifères, si connues sous le nom d'Immortelles; les Mesambryanthemum ou Glaciales ; les Stapelia, Asclépiadées sans feuilles, charnues, anguleuses, à fleurs généralement belles, mais à odeur fétide ; les Phylica, Rhamnées qui ressemblent à des Bruyères, dont les fleurs sont en petites tètes cotonneuses blanchâtres, et qu’on voit souvent sur nos marchés aux fleurs ; les Pelargonium, dont on cultive en Europe des centaines d’espèces variées à l'infini ; les Oxals ; les Sparmannia, arbrisseaux toujours verts, qui font l'ornement de nos orangeries, et dont les fleurs blanches ont des étamines à filets pourpres et à anthères irritables.
C'est sur les côtes sablonneuses de cette curieuse région botanique qu'abondent les Sfapélies, les Jridées, es Glacrales, les Diosma.
Les Bruyères et les Crassules s'élèvent sur le flanc des montagnes.
Les végétaux cultivés sont : les céréales, les fruits et les légumes d'Europe, et, en outre, le Sorgho des Cafres, la Patate, le Bananier, Ve Tamarin, le Goyavier.
Nous n'avons pas besoin de dire que les Palmiers occupent une place importante dans la flore de l’Afrique méridionale. Nous représentons (fig. 438) le Palmier de Madagascar.
L'Amérique est la partie de notre globe dont la végétation est la plus riche et la plus variée. Nous essayerons d’en donner une idée succincte, en descendant du nord au sud, dans chacun des deux espèces À triangles qui consHfen les deux Amériques septentrionale et méridionale.
Amérique du Nord. — La végétation polaire de T'Énees du Nord est très analogue à celle de l’Europe et de l’Asie sous les mêmes latitudes. C’est ce qui nous dispensera de beaucoup nous y arrêter. On y voit, de la même manière, les arbres (Saule, Bouleau, Peuplier) devenir, par l'action des froids persistants, des arbustes rabougris, ou même prendre la forme herbacée. On y voit de même se presser les Saxifragées, les Mousses, les Lichens.
Sans nous arrêter aux régions arctiques, nous diviserons le reste de cette immense contrée en deux régions : l'une qui descendra jusqu’au 36° degré de latitude que nous appellerons égion septentrionale ; l'autre, qui sera comprise entre le 36° et le 30° degré en constituera la région méridionale.
La région septentrionale de l'Amérique du Nord a mérité d’être appelée la région des Asters et des Verges d’or (So/idago). C'est en effet ici qu’abondent ces belles Composées avec les genres Liatris, Rudbeckia, Gaillarda, de la même famille ; des OEnothéres, des Clarkia, des Andromèdes, des Kalmia, charmantes plattés d'ornement, aujourd’hui si répandues dans nos parterres, servent de même à caractériser cette zone végétale.
“HIINJUMUIS SQ1de p OnbTiJy,[ 2P 211099 np 9SIOTA FOTO GET 411
F1 da
ur ’
Parmi les espèces arborescentes les plus abondantes, nous mentionnerons : de nombreuses espèces de Pen, de Sapin, de Chênes ; des Hôêtres, des Châtaigniers, Charmes, Aunes, Bouleaux, Peupliers, Ormes, Frênes, auxquels se mêlent le P/atane d'Occident, le Liquidambar ou Copalme d'Amérique, dont le tronc et les rameaux fournissent des sucs usités en médecine; le Tulipier aux feuilles singulièrement tronquées, aux fleurs solitaires, dressées, grandes et jaunâtres; . diverses espèces d'Érables, de Tilleuls, de Robinia, de Noyers.
En même temps que ces espèces arborescentes, si nombreuses, si variées et qui atteignent des dimensions considérables, croissent le Mirica cerifera, qui fournit une cire abondante, retirée du fruit par ébullition; des Groseilhers à fleurs colorées etornementales; d’élégantes Andromèdes, des Azalees, des Rhododendrons, des Spirées, qui font l’ornement de nos jardins; des Sumacs, dont une espèce (Rhus toxicodendron) renferme un suc si âcre qu’il produit par le contact des ampoules et des érysipèles, et qu'il est très vénéneux à l’intérieur; des Ceanothus, des Houx, des Bourdaines, etc.
La région méridionale de l'Amérique du Nord est comprise entre le 30° et le 36° degré. Sa végétation offre quelque ressemblance avec celles des tropiques. C’est comme une sorte de flore de transition entre la zone tempérée et la zone torride. On y trouve des Noyers, des Charmes, des Chdtaigniers, des Chènes, mais aussi des espèces de Palmiers, parmi lesquels le Chamærops Palmetto, dont la pousse terminale forme un délicieux légume ; des Fucca; des Zamia parmi les Cycadées ; des Passiflores, des Lianes (Bignonia sapindus), des Cactées, des Lauriers. Enfin, à côté des Tulipiers, des Pavia, des Robinia, s'élèvent les magnifiques Magnolia qui ont ici leur véritable royaume.
On voit que les paysages de cette région de l'Amérique du Nord sont riches de contrastes.
La Canne à sucre, V'Indigo, le Riz, le Cotonnier, le Tabac couvrent les plaines cultivées.
Dans le Missouri, le Texas, l'Arkansas, le Mexique, la grande colonie des Cactées élève ses hautes tiges, bizarrement embranchées ou ramassées sur elles-mêmes : les Cactus opuntia, Cereus, Echinocactus, Melocactus, etc. Le plus remarquable de ces Cactus est sans doute le Cereus giganteus. Il habite les régions les plus inaccessibles et les plus sauvages. Il lui faut si
peu de sol pour atteindre un développement prodigieux ! C’est d’abord une sorte d’énorme casse-tête, puis une colonne de
Mescal, Cactées et Aloës. Melocactus. Cactus organos. Fig. 440. Végétation du Mexique.
Agave.
3 mètres, qui commence dès lors à se ramifier et figure bientôt un immense candélabre dont la hauteur peut atteindre 12 mètres. Nous représentons dans la figure 440 divers Cactus propres
AMÉRIQUE. 607 au Mexique, d’après le dessin original d’un voyageur français, M. Bende.
Le Mexique peut se diviser, sous le rapport botanique, en trois régions, d’altitudes croissantes. La première s'étend des vallées jusqu'aux forêts de Chênes : c’est la région des Palmiers, du Cotonnier, de l’Indigo, de la Canne à sucre, du Caféier, et des divers fruits de la zone tropicale. La seconde, située de 1,000 mètres à 2,650 mètres d'altitude (région tempérée), s'étend depuis les forèts de Chênes jusqu'aux forêts de Conifères. A cette hauteur, la température suffit encore pour mürir les fruits tropicaux. La troisième région, ou la région froide, occupe l’espace compris entre les Sapins et les neiges éternelles. Elle possède dans plusieurs de ses parties. un climat sous lequel le Poirier, le. Pommuer, le Cerisier et la Pomme de terre peuvent
encore se développer.
En s’élevant de la base de l’Orizaba, sur les flancs de cette montagne, on voit sucessivement apparaître et se remplacer des Mimosées, Acacias, Cotonier, Convolvulus, Bignoniées, Chènes, Palmiers arundinacés, Bananiers, Myrtes, Laurinées, Térébinthacées, Fougères arborescentes, Magnoliées, Composées arborescentes, Platanes, Aliboufiers, Pommiers, Potriers, Cerisiers, Abricotiers, Grenadiers, Citronniers, Orangers, Aroïdées, Orchidées, Fuchsia, Cactées, etc., etc.
Amérique du Sud.— En pénétrant sur le continent de l’Amérique du Sud, nous conduirons d’abord le lecteur dans ces plaines immenses de la république de Vénézuéla, connues sous le nom de //anos. Nous trouverons dans Alexandre de Humboldt un guide éloquent et fidèle, un peintre autorisé de ces magnificences naturelles. .
« C'est dans la Mesa de Paja, par les + de latitude, dit Alexandre de Humboldt, que nous entrâmes dans le bassin des Llanos. Le soleil était presque au Zénith; la terre, partout où elle se montrait stérile et dépouillée de végétation, avait jusqu’à # et 50° de température. Aucun souffle de vent ne se faisait sentir à la hauteur à laquelle nous nous trouvions sur nos mulets. Cependant, au milieu de ce calme apparent, des tourbillons de poussière, s’élevaient sans cesse, chassés par ces petits courants d’air qui ne rasent que la surface du sol et qui naissent des différences de tempéra-
ture qu’acquièrent le sable nu et les endroits couverts d'herbes. Ces vents de
sable augmentent la chaleur suffocante de l’air. Chaque grain de quartz,
plus chaud que l'air qui l'entoure, rayonne dans tous les sens, et il est difficile d'observer la température de l'atmosphère sans que les molécules
de sable viennent frapper contre la boule du thermomètre. Tout autour de
nous, les plaines semblaient monter vers le ciel; et cette vaste et profonde solitude se présentait à nos yeux comme une mer couverte de Varechs ou d’Algues pélasgiques. Selon la masse inégale des vapeurs répandues dans l'atmosphère et selon le décroissement variable de la température des couches d'air superposées, l’horizon, dans quelques parties, était clair et nettement séparé. Dans d’autres, il était ondoyant, sinueux et comme strié. La terre s’y confondait avec le ciel. A travers la brume sèche et des bancs de vapeur on voyait au loin des troncs de Palmiers dépourvus de leur feuillage et deleurs sommets verdoyants; ces troncs disparaissaient comme des mâts de navire qu’on découvre à l'horizon. Il v a quelque chose d’imposant, mais de triste et de lugubre, dans le spectacle uniforme de ces steppes. Tout y paraît immobile. A peine quelquefois l'ombre d'un petit nuage qui parcourt le zénith et annonce l'approche de la saison des pluies, se projette sur la savane... Les steppes que nous traversâmes sont principalementcouvertes de Graminées, de Xillengia, de Cenchrus et de Paspalum. Aux Graminées se trouvent mêlées quelques herbes de la classe des Dicotylédonées, comme des Turnera, des Malvacées et, ce qui est bien remarquable, de petites Mimoses à feuilles irritables, que les Espagnols appellent Dornuderas. Cette même race de vaches, qui en Espagne s’engraisse de. sainfoin et de trèfle, trouve ici une excellente nourriture dans les Sensitives herbacées. A l’est, dansles Ilanos du Caire et de Barcelona, le Cypura et le Craniolaria, dont la belle fleur blanche a 6-8 pouces de long, s'élèvent isolées parmi les Graminées. Les pâturages sont les plus gras non seulement autour des rivières sujettes aux inondations, mais aussi partout où les troncs de Palmiers sont les plus rapprochés. Les lieux entièrement dépourvus d’arbres sont les moins fertiles. On ne peut attribuer cette différence à l’abri que donnent les Palmiers en empêchant les rayons du soleil de déssécher et de brûler le sol. J'ai vu, il est vrai, dans les forêts de l’'Orénoque, des arbres de cette famille qui offraient un feuillage touffu, mais ce n’est pas du Palmier des Ilanos (Corypha tectorum) qu’on peut vanter l’ombrage. Ce Palmier n’a que très peu de feuilles plissées et palmées comme celles du Chamærops, et dont les inférieures sont constamment desséchées... Outre les troncs isolés de ce Palmier, on trouve aussi çà et là dans la steppe quelques groupes de Palmiers, de vrais bosquets dans lesquels le Corypha est mêlé à un arbre de la famille des Protéacées et qui est une nouvelle espèce de Rhopala à feuilles dures etrésonnantes..…. Le Corypha s'étend danslesllanos de Caracas, depuis la Mesa de Paja jusqu'au Guayaval ; plus au nord et au nord-ouest, il est remplacé par une autre espèce du même genre, à feuilles également palmées, mais plus grande. Au sud du Guayaval dominent d'autres Palmiers, surtout le Piritu à feuilles pennées et le Murchi. C’est le Sagoutier de l'Amérique qui fournit de la farine, du vin, du fil pour tisser des hamacs, des paniers, des filets et des vêtements. Ses fruits, en forme de cônes de Pin et couverts d’écailles, sont parfaitement semblables à ceux du Calamus Rotang. Ils ont un petit goût de pomme. La nation des Guaranis, dont toute l'existence est pour ainsi dire étroitement liée à celle du Palmier Murichi (Mauritia flexuosa), en retire une liqueur fermentée acidule et très rafraichissante. Ce Palmier à grandes feuilles luisantes et plissées en éventail conserve une belle verdure à l’époque des plus grandes sécheresses. Sa vue seule produit une agréable sensation de fraicheur, et le Murichi chargé de fruits écailleux contraste singu-
lièrement avec le triste aspect de la Palma de Cobija, dont le feuillage est toujours gris et couvert de poussière. »
Quelle différence de végétation, si nous nous élevions de la contrée basse de la partie centrale de l’Amérique, vers les hautes crêtes des Cordillères! Là, des tourbillons de neige et de grêle succèdent chaque jour, et pendant plusieurs heures, au rayonnement du soleil. Élevons-nous sur les Andes, entre le 20° degré de latitude méridionale et le 5° degré de latitude septentrionale, à une hauteur de 1,650 à 3,000 mètres.
Les formes extratropicales apparaissent ou deviennent plus abondantes. Telles sont des Graminées, des Amentacées (Chênes, Saules), des Labiées, des Éricinées, de nombreuses Composées, des Caprifoliacées, Ombellifères, Rosacées, Crucifères, Renonculacées. Au contraire, quelques formes tropicales s’éteignent ou deviennent plus rares; cependant des espèces isolées de Palmiers, de Poivriers, de Cactées, de Passiflores et de Mélastomes s'élèvent encore à une hauteur notable.
Parmi Les végétaux ligneux Les plus abondants, nous citerons le Ceroxylon andicola, le plus haut de tous les Palmiers, qui atteint jusqu'à 60 mètres, et qui produit, comme nous l'avons dit, dans l'étude de la famille des Palmiers, une cire exsudant de ses feuilles et surtout de la base de leurs pétioles ; le Saule et le Chêne de Humboldt; plusieurs espèces de Cinchona, de Quinquina, qui règnent ici en souverains; des Houx, des Andro-
mèdes, etc.
Les végétaux qui sont cultivés entre les ji TRE aux environs
de Mexico et dans l'Amérique du Sud jusqu’à la rivière des Amazones, disparaissent presque entièrement ici. Cependant on cultive encore dans cette région le Maïs et le Café, ainsi que les grains et les fruits d'Europe, les Pommes de terre et le Chenopodium chinoa, dont les semences, réduites en bouillie, servent de nourriture aux habitants des montagnes.
Si, à la même latitude géographique, nous nous élevons; sur ces mêmes Andes, à 3,000 mètres au-dessus du niveau de la mer, les formes tropicales ont presque entièrement disparu. Au contraire, celles qui caractérisent les températures froides et les zones polaires deviennent abondantes. Il n’y a plus de grands arbres. Des Aunes, des Atrelles, des Thibaudia, des Groseilliers, des Escallonia aux feuilles amères et toniques, dont c’est ici le royaume, des Joux, des Drymis, sont les arbrisseaux
propres à ces régions, que caractérisent encore ces curieuses Calcéolaires à corolle en forme de sabot, dont les semis ont donné à l’horticulture des variétés qui se multiplient à l'infini. Citons encore parmi les familles caractéristiques les Ombellifères, les Caryophyllées, les Crucifères, les Cypéracées, les Mousses, les Lichens.
Revenons à des districts végétaux plus circonscerits.
Le climat de Caracas a été souvent nommé un printemps perpétuel. Que peut-on, en effet, imaginer de plus délicieux qu'une température quise soutient, le jour entre + 16°et + 20°, la nuit entre + 16° et + 18°, et qui favorise à la fois la végétation du Bananier, de l'Oranger, du Caféier, du Pommier, de l'Abricotier et du Froment? Selon de Humboldt, la flore de Caracas est principalement caractérisée par les plantes suivantes : Vernoma odoratissima (dont les fleurs ont une odeur délicieuse d’'Héliotrope), Œillet d'Inde de Caracas, Glycine ponctuée, Amarante de Caracas, Datura arborescent, Saule de Humboldt, Theophrasta à longues feuilles, Inga cendré, Inga fastueux, Érythrine, ete.
Nous ne quitterons pas ces régions fortunées sans rappeler au lecteur deux arbres bienfaisants dont nous avons déjà parlé dans l'étude des familles : le Theobroma cacao et l'Arbre de la vache. Tout le monde sait que c’est avec les graines grillées, écrasées et additionnées de sucre, du Theobroma cacao, que l’on fabrique le chocolat. Humboldt nous donne sur l’Arüre à la vache es renseignements suivants :
« Ce bel arbre, dit l’illustre voyageur, a le port du Caimilier (Chrysophyllum carnito). Le fruit est peu charnu et renferme une et quelquefois deux noix. Lorsqu'on fait des incisions dans le tronc de l'Arbre de la vache, il donne en abondance un lait gluant, assez épais, dépourvu de toute âcreté et qui exhale une odeur de baume très agréable. On nous en présenta dans des fruits de calebassier. Nous en avons bu des quantités considérables le soir avant de nous coucher et de grand matin, sans en éprouver aucun effet nuisible. Les nègres et les gens libres qui travaillent dans les plantations le boivent en y trempant du pain de maïs et de manioc. Le majordome de la ferme nous assura que les esclaves engraissent sensiblementpendantlasaison oùle Palo de vacca leur fournit le plus de lait.
« Ce ne sont point, ajoute Humboldt, les superbes ombrages des forêts, ni le cours majestueux des fleuves, ni ces montagnes enveloppées d'éternels (rimas, qui excitent notre émotion. Quelques gouttes d'un suc végétal nous rappellent toute la puissance et la fécondité de la nature. Sur le flanc aride d'un rocher croît un arbre dont les feuilles sont sèches et coriaces. Ses grosses racines ligneuses pénètrent à peine dans la pierre. Pendant plusieurs mois de l’année, pas une ondée n’arrose son feuillage. Les
ierge à la Guyane.
Une Forêt v
branches paraissent morles et desséchées; mais lorsqu'on perce le tronc, il en découle un lait doux et nourrissant. »
Peindrons-nous maintenant les sauvages beautés des forêts inextricables de la Guyane? Promènerons-nous le lecteur dans ces savanes imimenses, qu'animent des gramens, des touffes de Myrtacées, des Orchidées, des Mélastomes, pendant que d’élégants Palmiers composent çà et là des groupes pittoresques? Le ferons-nous naviguer sur les tranquilles fleuves de cette heureuse contrée, sur les eaux desquels s’étale le splendide Victoria regia, la reine des Nymphéacées? Pour résumer en un tableau botanique exact les forêts vierges de la Guyane, qui ont inspiré tant d'artistes, nous metrons sous les yeux du lecteur (fig. 441) le dessin, fait d’après nature, d'une Forêt vierge à la Guyane.
Pour pénétrer au cœur même de la végétation du Brésil, cette région des Palmiers et des Mélastomes, cette terre promise des naturalistes, nous prendrons pour guides Martius et Auguste de Saint-Hilaire, qui en ont décrit avec exactitude les merveilles végétales.
Au nombre des différentes espèces de Palmiers que possède le Brésil, il faut citer : le Cocotier, le Palmito (Euterpe oleracea), le plus élégant de tous ces princes du règne végétal; l’Aftalea funifera, dont les spathes fournissent un véritable tissu d’une grande résistance ; le Ginst ou Diplothemium littorale, dont les fruits orangés contiennent un noyau très dur dans lequel est une amande excellente; le Buriti (Mauritia vinifera), dont Le stipe fournit, par incision, une sève vineuse recherchée ; des Euterpes, des Chamaædorea, Bactris, OEnocarpus, Corypha, etc.
Les forêts du Brésil sont riches en bois estimés pour la teinture, la charpente et l’ébénisterie (bois du Brésil, bois de rose, bois de fer, palissandre), et en plantes utiles par leurs fruits comestibles ou leurs propriétés médicinales. Le Caféier, la Canne à sucre, le Cotonnier, le Tabac ; les plantes à caoutchouc, le Manioc, le Riz, le Mais, le Cacao, V'Ananas, l’'Indigotier, le Bananier, sont au Brésil l’objet principal des cultures. La végétation est extrêmement variée, parce que l'exposition et la. hauteur des diverses provinces offrent de grandes différences. On y voit d’arides campos, où des touffes d’arbustes nains, for-
ment avec les Graminées, les Ériocaulonées et les Xyridées, des plaines onduleuses d’un triste aspect; mais on y rencontre ces admirables forêts vierges, dont l’image est restée gravée dans l'esprit de tous ceux qui ont lu des relations pittoresques de voyages.
L'aspect des forêts du Brésil varie selon la nature du sol et la distribution des eaux qui les parcourent. Si ces forêts ne sont pas le siège d’une humidité constamment entretenue, si cette humidité est seulement renouvelée par des pluies périodiques, la sécheresse détermine un arrêt dans la végétation, qui devient intermittente, comme elle est dans nos climats. C’est ce qui se passe dans les Catingas. Excitée, au contraire, sans cesse par ces deux agents principaux, l'humidité et la chaleur, la végétation des forêts vierges, dont Auguste de Saint- Hilaire va nous offrir l’éloquent tableau, se maintient dans une continuelle activité. L'hiver ne s’y distingue de l’été que par une nuance de teinte dans la verdure du feuillage ; et si quelques arbres y perdent quelquefois leurs feuilles, c’est pour reprendre aussitôt une parure nouvelle. Écoutons maintenant le botaniste français.
« Lorsqu'un Européen arrive en Amérique, dit Auguste de Saint-Hilaire, et que, dans le lointain, il découvre les bois vierges pour la première fois, il s'étonne de ne plus apercevoir quelques formes singulières qu’ila admirées dans nos serres et qui sont ici confondues dans les masses. Il s'étonne de trouver dans les contours des forêts aussi peu de différence entre celles du nouveau monde et celles de son pays; et si quelque chose le frappe, c'est uniquement la grandeur des proportions et le vert foncé des feuilles qui, sous le ciel le plus brillant, communiquent au paysage un aspect grave et austère.
« Pour connaître toute la beauté des forêts équinoxiales, il faut s’enfoncer dans ces retraites aussi anciennes que le monde. Là, rien ne rappelle la fatigante monotonie de nos bois de chênes et de sapins ; chaque arbre aun port qui lui est propre, chacun a son feuillage et offre souvent une teinte de verdure différente. Des végétaux gigantesques qui appartiennent aux familles les plus éloignées entremélent leurs branches et confondent leur feuillage. Les Bignoniées à cinq feuilles croissent à côté des Cæsalpinia, et les feuilles dorées des Casses se répandent en tombant sur des Fougères arborescentes. Les rameaux mille fois divisés des Myrtes et des Eugenia font ressortir la simplicité élégante des Palmiers, et parmi les Mimoses aux folioles légères, le Cecropia élale ses larges feuilles et ses branches qui ressemblent à d'immenses candélabres. Il est des arbres qui ont une écorce parfaitement lisse; quelques-uns sont défendus par des épines, et les énormes troncs d’une espèce de Figuier sauvage s'étendent en lames obliques qui semblent les soutenir comme des arcs-boutants.
in.
le tableau du comte de Forb
il, d'après
esl
se du Bré
êt vier
For
Fig
« Les fleurs obscures de nos Hêtres et de nos Chênes ne sont guère aperçues que par les naturalistes; mais dans les forêts de l'Amérique méridionale, les arbres gigantesques étalent souvent les plus brillantes corolles. Les Cassia laissent pendre de longues grappes dorées; les Vochysiées redressent des thyrses de fleurs bizarres; des corolles tantôt jaunes et tantôt purpurines, plus longues que celles de nos digitales, couvrent avec profusion les Bignoniées en arbre, et des Chorisia se parent de fleurs qui ressemblent à nos Lis pour la forme, comme elles rappellent l’Alistræmeria pour le mélange de leurs couleurs.
« Certaines formes végétales, qui ne se montrent chez nous que dans les proportions les plus humbles, là se développent, s'étendent et paraissent avec une pompe inconnue sous nos climats. Des Borraginées deviennent des arbrisseaux ; plusieurs Euphorbiacées sont des arbres majestueux, et l’on peut trouver un ombrage agréable sous leur épais feuillage.
« Mais ce sont principalement les Graminées qui montrent le plus de différence entre elles et celles de l’Europe. S'il en est une foule qui n’acquièrent pas d’autres dimensions que nos Brômes et nos Fétuques, et qui, formant ainsi la masse des gazons, ne se distinguent des espèces européennes que par leurs tiges plus souvent rameuses et leurs feuilles plus larges, d’autres s’élancent jusqu’à la hauteur des arbres de nos forêts et présentent le port le plus gracieux. D'abord droites comme des lances et terminées par une pointe aiguë, elles n’offrent à leurs entre-nœuds qu'une seule feuille, qui ressemble à une large écaille; celle-ci tombe, de son aisselle naît une couronne de rameaux courts, chargés de feuilles véritables. La tige des Bambous se trouve ainsi ornée, à des intervalles réguliers, de charmants verticilles ; elle se courbe et forme entre les arbres des berceaux élégants.
« Ce sont principalement les lianes qui communiquent aux forêts les. beautés les plus pittoresques ; ce sont elles qui produisent les accidents les plus variés. Ces végétaux, dont nos Chèvrefeuilles et nos Lierres ne donnent qu’une bien faible idée, appartiennent, comme les grands végétaux, à une foule de familles différentes. Ce sont des Bignoniées, des Bauhinia, des Cissus, des Hippocratées; et si toutes ont besoin d’un appui, chacune a pourtant un port qui lui est propre. A une hauteur prodigieuse, une Aroïde parasite ceint le tronc des plus grands arbres. Les marques des feuilles anciennes qui se dessinent sur sa tige en forme de losange la font ressembler à la peau d’un serpent; cette tige donne naissance à des feuilles larges, d’un vert luisant, et de sa partie inférieure naissent des racines grêles qui descendent jusqu’à terre, droites comme un fil à plomb. L'arbre qui porte le nom de Cipo-Matador, la Liane meurtrière, a un tronc aussi droit que celui de nos Peupliers ; mais, trop grêle pour se soutenir isolément, il trouve un support dans un arbre voisin plus robuste que lui; il se presse contre sa tige, à l’aide de racines aériennes qui, par intervalles, embrassent celles-ci comme des osiers flexibles ; il s'assure et peut défier les ouragans les plus terribles. Quelques lianes ressemblent à des rubans ondulés, d’autres se tordent et décrivent de larges spirales ; elles pendent en festons, serpentent entre les arbres, s’élancent de l’un à l’autre, les enlacent et forment des masses de branchages, de feuilles et de fleurs, où l'observateur a souvent peine à rendre à chaque végétal ce qui lui appartient.
« Mille arbrisseaux divers : des Mélastomées, des Borraginées, des Poivres, des Acanthacées, naïssent au pied des grands arbres, remplissent les intervalles que ceux-ci laissent entre eux, et offrent leurs fleurs au naturaliste, le consolent de ne pouvoir atteindre celles des arbres gigantesques qui élèvent au-dessus de sa tête leur cime impénétrable aux rayons du soleil. Les troncs renversés ne sont point couverts seulement d'obscurs cryptogames ; les Tillandsia, les Orchidées aux fleurs bizarres leur prêtent une parure étrangère, et souvent ces plantes elles-mêmes servent d'appui à d’autres parasites. De nombreux ruisseaux coulent ordinairement dans les bois vierges; ils y entretiennent la fraîcheur: ils offrent au voyageur altéré une eau délicieuse et limpide, et sont bordés de tapis de Mousses, de Lycopodes et de Fougères, du milieu desquelles naissent des Begonia aux tiges délicates et succulentes, aux feuilles inégales, aux fleurs couleur de chair. »
La figure 412 est la reproduction d’une gravure célèbre publiée vers 1825 : {a Forêt vierge du Brésil, d’après le tableau du comte de Forbin, directeur des musées royaux.
Jetons enfin un coup d’œil sur la végétation des contrées du grand continent américain situées au-dessous du tropique du Capricorne, et qui constituent le Chili, la Plata, la Patagonie.
Deux Palmiers se retrouvent encore au Chili : c’est le Jubæa spectabilis etle Ceroxylon australe. Un arbre magnifique, l'Araucaria imbricata, acclimaté en Europe depuis un certain nombre d'années et que l’on voit dans les squares et jardins publics de Paris, élève à 50 mètres ses rameaux verticillés horizontalement et couverts de feuilles épineuses. Il y forme de vastes forêts. Des Graminées, des Fougères, des Labiées, des Ombellifères, des Fuchsia, des Loasées, des buissons de Myrtacées et de Laurinées, mais particulièrement des Composées ligneuses, constituent le fond de la végétation des forêts du Brésil.
Dans les forêts, encore peu connues du Paraguay, situées le long de l’océan Atlantique, on trouve des Composées ligneuses et le Maté de l'Amérique méridionale, qui est l’analogue de l’Arbre à Thé de la Chine : c’est un Houx (Ilex paraquayensis) qui fournit cette précieuse denrée. Le Paraguay expédie annuellement 5,600,000 livres de maté, depuis quelques années cette substance étant entrée dans les usages de la médecine, en Amérique et en Europe, comme tonique et léger excitant.
Dans la République Argentine, Aug. de Saint-Hilaire ne trouva que 500 espèces de plantes, parmi lesquelles 15 seulement appartiennent à des familles quine sont pas européennes.
Australi
Forêt d’
Le bord d'une
Fig
Mais atteignons la plage méridionale de la Patagonie ou les Falklands. Quelques Graminées et Cypéracées brunes et coriaces (Dactylis cæspitosa, Carex trifida), le Bovax glebaria, l'Oxahs à neuf feuilles, la Cardamine glaciale, une Véronique, une Calcéolaire, un Aster, l'Opuntia Darwinii, le Lomaria magellanica parmi les Fougères arborescentes, des ronces, des buissons d’Azrelles ou d’Arbousiers, tel est à peu près le bilan végétal de ces landes désertes, où résent la Mousse, l’Hépatique et le Lichen.
Nous voici parvenus à la partie méridionale de l'Amérique du Sud. Nous approchons de la région polaire australe. Par conséquent, la végétation va presque entièrement cesser, et nous allons retrouver sur ce sol glacé les caractères généraux de la végétation des pôles.
Sur la Zerre de Feud’épaisses forêts recouvrent les montagnes, là où elles sont abritées contre le vent jusqu’à une hauteur de 900 mètres. Le ètre à feuilles de bouleau y prédomine; puis vient le Hêtre antarctique, le Hêtre de Forster, qu'accompagnent des buissons de Berberis, de Groseilliers, etc.
A l’île de l’Hermite, le point le plus méridional, on retrouve encore un peu de végétation arborescente. Hooker y a observé 84 plantes munies de fleurs et beaucoup de Cryptogames. Un Champignon constitue l’une des principales substances alimentaires des misérables habitants de ces contrées glaciales.
La faune et la flore de l'Australie sont tellement différentes de l'Asie, de l’Afrique, de l'Amérique et de l’Europe que, dans l’état actuel de nos connaissances géologiques, il paraît impossible de considérer cette partie du monde comme contemporaine des autres. L'étude des animaux et des plantes de l'Océanie porte Le naturaliste à penser que ces contrées renferment une création organique en arrière sur celle du reste de la terre, et à faire admettre, dès lors, qu’elle a apparu postérieurement aux continents de l’Europe, de l’Asie, de l’Afrique et de l’Amérique. On se croirait, en effet, quand on étudie la faune australienne, transporté à l’époque secondaire ou tertiaire. Tous les Marsupiaux appartiennent à un type de Mammifères
inférieurs que l’on ne trouve plus que dans les terrains jurassiques à l’état fossile. Quant à la Flore, les végétaux présentent des anomalies telles qu'ils ressemblent davantage à ceux de l’époque tertiaire qu’à ceux de nos jours. Ils ont des formes plus anciennes que celles des végétaux contemporains. Plus des neuf dixièmes des espèces qu'on trouve entre les 33° et 35° degrés sud de l'Australie, sont absolument propres à ces régions. Plusieurs constituent des familles complètement distinctes; d’autres forment des familles qui sont à peine représentées sur d’autres points du globe. Celles mêmes qui ‘appartiennent à des groupes connus et répandus déguisent leurs affinités naturelles sous des formes tellement insolites qu’on les a nommées les masques du règne végétal. Les espèces de deux genres, l'Eucalyptus parmi les Myrtacées, l’Acacia parmi les Légumineuses, forment peut-être, par leur nombre et par leurs dimensions, la moitié de la végétation qui couvre ces terres. Leurs feuilles sont réduites à des phyllodes. Ces phyllodes, et même aussi les limbes de feuilles véritables, n’ont point leur limbe horizontal placé comme celui des plantes de notre pays et de la plus grande partie du reste de la terre : le limbe est placé de champ par rapport à la surface du sol. La lumière, glissant entre ces lames verticales, n’est plus arrêtée, comme il arrive pour les arbres et les arbustes de nos pays, par une suite de feuilles placées transversalement les unes au-dessus des autres; dès lors elle ne subit plus des unes aux autres cette série de réflexions, dont le résultat nous est familier, si bien qu'au soleil, les arbres projettent à peine une ombre.
L'effet produit par les masses de verdure de l’Australie est donc tout différent de celui auquel nous sommes accoutumés. Aussi l'aspect des forêts de la Nouvelle-Hollande frappa-t-il singulièrement les premiers voyageurs qui les visitèrent, par la singulière sensation que donnait à l’œil l'étrange distribution de la lumière et des ombres.
L'Eucalyptus, qui occupe une si grande place dans la végétation australienne, sert à ombrager, au milieu des bois, les tombes des sauvages habitants de ces contrées. Le naturaliste Mitchell, à qui l’on doit la première description scientifique de l'Australie, a fait un tableau remarquable de ces bocages de la mort, qui ont disparu au souffle de la colonisation européenne. Mitchell rapporte que ces bocages de la mort marquaient le
. Forêt vierge de la province de Victoria (Australie), d'après une photographie.
centre de la terre patrimoniale de chaque grande tribu australienne. De petits f#wmulus de gazon, et des sentiers sablés circonscrivaient les cases de ces échiquiers funéraires qui s’étendent à l'ombre des Eucalyptus et des Xanthorrhea. La figure 444 représente, d’après l'ouvrage de Mitchell, une de ces poétiques sépultures des forêts de l’Australie.
Si aux magnifiques Eucalyptus et aux Mimosas à feuilles simples, qui prédominent dans les forêts, et donnent ainsi un caractère tout spécial à la végétation australienne, on ajoute les Xanthorrhea, à la tige épaisse, aux feuilles étroites, longues, linéaires, recourbées au sommet et étalées, du centre desquelles s’élève un stipe allongé, terminé par un épi de fleurs robustes qui impriment un cachet tout particulier aux lieux où ils abondent!: les Casuarina aux branches longues, pendantes, pleureuses, délicatement articulées; l’Araucaria excelsa, qui élève son tronc columnaire et ses rameaux verticillés jusqu’à la hauteur de 80 à 100 pieds ; d’élégantes Épacridées aux fleurs si variées; un grand nombre de jolies Légumineuses qui font maintenant la richesse de nos serres ; plus de 120 espèces d’Orchidées terrestres appartenant presque toutes à des genres spéciaux à l'Australie, on aura une idée du manteau végétal qui couvre et décore d’une manière originale les côtes de la Nouvelle-Hollande.
Nous donnons dans la figure 444 une vue photographique d’une forêt vierge de la province de Victoria, en Australie.
Les îles de la Nouvelle-Zélande correspondent à peu près en altitude à la zone que nous venons d’examiner : elles en sont les terres les plus rapprochées. Elles nous intéressent d’autant plus qu’elles ne sont pas éloignées de l’antipode de Paris; si bien qu’elles sembleraient devoir représenter, de l’autre côté du globe, une partie de notre région méditerranéenne. Cependant leur végétation offre un caractère différent. Elle a quelques traits communs avec celle de la Nouvelle-Hollande et celle des tropiques. Nous empruntons à MM. Richard et Lesson les renseignements qui suivent :
Dans la grande île d’Ika-na-Mawi s'élèvent d'immenses forêts pleines de Lianes et d’arbrisseaux entrelacés, qui les rendent impénétrables. Dans ces forêts existent sans doute des arbres
1. On voit sur la figure 444 plusieurs pieds de Xanthorrheu. HISTOIRE DES PLANTES. 10
dont les dimensions sont gigantesques, car les pirogues des indigènes ont jusqu'à 60 pieds de long sur 3 et 4 de large, et le toutd'une seule pièce. A 2 ou 4 milles de la côte, MM. Richard et Lesson virent de grands espaces très bas et probablement marécageux, couverts d’une grande masse d’arbres verts, dont le Dacrydium cupressium et le Podocarpus dacrydioides et quelques autres forment l'essence principale.
La végétation du Havre de l’Astrolabe est fort belle, quoique le nombre des plantes cryptogames égale presque celui des phanérogames. L'Européen est surpris d'y rencontrer quelques végétaux de sa patrie, ou du moins des espèces très rapprochées, comme des Seneçons, des Véroniques, le Jonc de Jésus-Christ, la Renoncule âcre, etc. En revanche, quelques végétaux particuliers à la Nouvelle-Zélande croissent abondamment dans ces, localités : tel est, entre autres, le Phormium tenax, que les Européens nomment Lin de la Nouvelle-Zélande, parce que ses fibres fournissent une filasse très solide, excellente pour la fabrication des tissus.
Les Fougères forment à peu près un septième de la totalité des végétaux de ce pays. Parmi les monocotylédones, ce sont les Gra- . minées et les Cypéracées qui dominent, parmi les dicotylédones, les Ombellifères, les Crucifères et les OEnothérées.
La Nouvelle-Zélande ne fournit qu’un petit nombre de plantes alimentaires. Les misérables habitants de cet archipel, pour la plupart ichthyophages, ont été longtemps réduits à se nourrir de la racine féculente d’une fougère, le Pteris esculenta, quand ils manquaient de poissons. Aucun arbre ne produit de gros fruits. Le Taro ou Caladium esculentum et la Patate douce (Convoloulus batatas) servent aussi denourriture aux habitants de ces contrées.
Il faut remarquer pourtant que les végétaux potagers de l'Europe, introduits dans la Nouvelle-Zélande par les navigateurs, ont fini par s’y propager avec une telle facilité, que l'aspect du terrain, aussi bien que les conditions mêmes de la vie, s’y sont modifiées profondément.
Nous signalerons encore, parmi les végétaux propres à l'archipel dont il est ici question, le Corypha australis ; parmi les Palmiers, des Dracænas arborescents, des forêts d’une Conifère à feuilles larges, le Dammara, et les Metrosideros parmi les Myrtacées.
La figure 445 représente une forêt de la Nouvelle-Zélande.
We
t de la Nouvelle-Zélande.
‘ore
Fig, 44:
ater,: De \ on : ë
‘140 ayet dt J A
AUTRE Pr
Nous venons de parcourir les principales régions botaniques du globe. Nous avons vu la végétation varier selon la latitude, c’est-à-dire selon la distance de l’équateur. À mesure que nous avancions de l’équateur vers les pôles, nous avons vu, en parcourant les zones équatoriale, tropicale, tempérée et polaire, la végétation perdre graduellement de sa puissance, se dépouiller de ses formes fastueuses ou multiples, et se réduire de plus en plus, sous le rapport du nombre des espèces, comme sous celui de leurs dimensions, en approchant des régions polaires, pour cesser entièrement aux deux pôles, dans ces lieux où règne un froid éternel. La chaleur est la compagne inséparable de la vie organique. Là où la chaleur disparaît, la vie s'éteint, et l’organisation végétale suit dans sa vigueur et sa puissance la dégradation proportionnelle de la chaleur atmosphérique.
Mais une réflexion capitale va se présenter tout de suite, comme corollaire de la remarque précédente, à l'esprit de tout lecteur judicieux.
Quand on s’élève sur les flancs d’une montagne, et en général quand on s’élève par un moyen quelconque, par exemple dans un aérostat, dans les hautes régions de l'air, on voit la température décroître rapidement. Quelquefois la température décroît d’un degré à chaque 100 mètres d’élévation dans l'atmosphère. 11 suit de là que les groupes de plantes qui vivent le long des hautes montagnes doivent différer les uns des autres, et que leur ensemble doit former des zones, ou régions botaniques, tout à fait semblables à celles que nous avons passées en revue en suivant le chemin géographique des latitudes. Au pied d’une montagne située par exemple dans la région équatoriale du globe, on doit trouver les plantes de
cette région ; en s'élevant, on doit rencontrer d'abord les plantes de la région tropicale: plus haut, celles de la région tempérée; plus haut encore, les végétaux propres à la région polaire. Plus haut enfin, toute vie végétale doit s’éteindre, comme la vie s’anéantit dans les régions glacées des pôles, siège du froid et séjour de la mort.
Ces remarques sont la fidèle image de ce que la nature offre à nos regards. 11 y a donc une restriction importante à faire à la démarcation des régions botaniques naturelles que nous avons posées et successivement parcourues. Ces régions ne peuvent être admises avec une existence réelle qu’autant qu’on se place au niveau de la mer, ou à 7 à 800 mètres tout au plus audessus de ee niveau. Au delà de cette limite, on entre dans une zone aérienne d'une température beaucoup plus basse que la région inférieure, et la démarcation des régions botaniques doit s’effacer d'une manière absolue.
Alexandre de Humboldt a donné à cette vérité une forme saisissante. 11 a dit que le globe, sous le point de vue des régions botaniques qu'il renferme, peut être comparé avec assez de justesse à deux énormes montagnes accolées par leur base : la décroissance de la température qui se manifeste quand on marche de l'équateur aux pôles estla mème que celle qui s'observerait en supposant qu'on s’élevât le long d’une montagne qui aurait pour hauteur le rayon de la sphère terrestre.
Pour en revenir aux faits positifs que l'observation nous présente, on voit que la végétation des montagnes est facile à deviner d'avance d’après la connaissance du lieu que cette montagne occupe sur le globe. A mesure qu'on s'élève sur les flancs d'une montagne quelconque, on voit se succéder, le long de ses pentes, des flores qui sont d’autant moins nombreuses qu'on est plus eloigné de l’équateur. Sous l'équateur même, par exemple, on verra succéder à la flore équatoriale la flore propre aux régions des tropiques ; à celle-ci succédera la flore tempérée chaude; plus haut viendront les plantes de la zone tempérée froide; puis les flores arctique et polaire, au delà desquelles brillent les neiges éternelles. Il suit de là que dans les contrées avoisinant le pôle boréal, c’est-à-dire du 70° au 75° degré de latitude, suivant les lieux, les dernières limites de la végétation commencent au niveau de la mer.
Nous arrèterons ici ces remarques pour ne pas offrir seule-
ment des généralités au lecteur. Dans le but de mettre ces vérités en relief par des faits d'observation utiles à connaître, nous allons examiner la végétation de quelques montagnes célèbres. Nous conduirons le lecteur d’abord sur les flancs des Alpes, avec A. de Jussieu ; ensuite sur le mont Ventoux, en Provence, avec M. Ch. Martins; enfin sur les sommets de l'Himalaya, avec le docteur Hooker.
« Supposons le spectateur au pied des Alpes, dit A. de Jussieu, vis-à-vis de ces grands massifs que couronnent les neiges éternelles. En portant ses regards sur la montagne, il remarquera facilement que cette végétation qui l’environne immédiatement, et qui caractérise le centre et Le nord dela France, disparaît à une certaine hauteur pour faire place à une autre qui subit à son tour des changements successifs à mesure qu’elle s’élève ; et comme à une certaine distance son œil ne pourra saisir que les masses . dessinées par les grands végétaux au milieu desquels se cachent d’autres plus humbles, il verra comme une suite de bandes surperposées les unes aux autres. D'abord celle des arbres à feuilles caduques qui se distingue à sa verdure plus tendre; puis celle des Conifères à verdure foncée et presque noire ; puis enfin une bande dont le vert plus indécis est interrompu çà et là par des plaques d'autre couleur et va se dégradant jusqu’à la ligne sinueuse où commence la neige; elle est due à ce que les arbres dont les cimes se confondaient plus ou moins rapprochées, et coloraient ainsi uniformément les espaces recouverts par eux, ont cessé, et ont fait place à des arbrisseaux ou à des herbes de plus en plus voisins du niveau du sol et rabougris.
« Si, du point où les objets s’offraient ainsi massés, il s’avance vers la montagne et la gravit, il pourra d’abord recueillir les plantes, il en verra apparaître d’autres plus ou moins différentes, et qu'on appelle alpestres : des Aconits, des Astrantia, certaines espèces d’Armoises, de Seneçons, de Prenanthes, d’Achillées, de Saxifrages, de Potentilles, etc. Après avoir côtoyé des Noyers, traversé des bois de Châtaigniers, il aura vu ceux-ci cesser, et les bois se composeront de Chênes, de Hêtres, de Bouleaux; mais les Chênes cesseront les premiers (vers 800 mètres), les Hêtres un peu plus tard (vers 1000 mètres). Ensuite les bois seront formés presque exclusivement par les arbres verts (le Sapin, le Mélèze, le Pin commum, qui s’arrêtent à des étages successifs (jusque vers 1800 mètres). Le Bouleau monte encore un peu plus haut (jusque vers 2000 mètres). Une conifère, le Pin cembro, s’observe encore quelquefois pendant une centaine de mètres. Au delà de cette limite, les arbres s’abaissent pour former d’humbles taillis, comme, par exemple, une espèce d’Aune (Alnus viridis). C'est à peu près alors qu’il se verra entouré par cet arbrisseau qui caractérise si bien une région des Alpes dont on l’appelle la rose, le Rhododendron, qui cesse plus haut à son tour pour faire place à d’autres plantes plus basses encore, dépassant peu le niveau du sol, et qu’on désigne par l’épithète d’alpines : ce sont des espèces de quelques-unes de ces familles qu'il observait à son point de départ, des Crucifères, Caryophyllées, Renonculacées, Rosacées, Légumineuses, Composées, Cypéracées, Graminées, mais des espèces différentes. Ce sont aussi de nombreux et nouveaux représentants d’autres fa-
milles qui ne se montrent que plus rarement dans la plaine : des Saxifrages, des Gentianes, etc. Les plantes annuelles manquent presque entièrement, et c’est ce qu'on devait prévoir, puisqu'il suffit pour détruire leur race qu'une année défavorable ait empêché la maturation complète de leurs graines.
« Les plantes vivaces ou ligneuses se conservent sous le sol maintenu à une température beaucoup moins basse, soustraites ainsi à l'influence mortelle de l'atmosphère et se développant toutes les fois qu’elle s’adoucit ou se réchauffe à un degré suffisant ; mais ce n’est que pendant une bien courte saison, et sur certains points qu’une fois en plusieurs années. Il en résulte que les tiges s'élèvent à peine, que celles qui sont frutescentes ordinairement rasent le sol, tantôt rampantes, tantôt courtes, raides, enchevêtrées, formant de loin en loin des plaques épaisses et compactes comme deviendrait un arbrisseau qu'on taillerait chaque année très près de terre. La physionomie propre à chaque famille s’efface en quelque sorte, remplacée par la physionomie générale de plante alpine, et on retrouve celle-ci jusque dans les genres à espèces arborescentes, comme dans les Saules, qui ici rampent cramponnés au sol. Plus on s’élève, plus la végétation s’'éparpille et s’appauvrit, jusqu’à ce qu’enfin les rochers ne montrent plus d'autre végétation que celle des Lichens dont les croûtes varient un peu la teinte monotone de leur surface. On est arrivé aux neiges éternelles, où les êtres organisés ne peuvent plus accomplir leur vie, mais ne se montrent qu’en passant. »
Le mont Ventoux, en Provence, va nous présenter une intéressante application des mêmes faits, prise dans notre pays.
Le mont Ventoux s'élève brusquement d’une plaine, dont la température moyenne est celle des villes de Sienne, Brescia ou Venise, et son sommet offre le climat de la Suède septentrionale, limitrophe de la Laponie. Monter sur ses flancs, en atteindre le faîte, c’est climatologiquement comme si l’on se déplaçait de 29 degrés en latitude, savoir du 44° au 63° degré. Nous allons tenter cette ascension avec un guide expérimenté. M. Ch. Martins a publié sur cette montagne une étude intéressante.
« Le mont Ventoux, dit le professeur de Montpellier, offre une succession de régions végétales bien définies et caractérisées par l'existence de certaines plantes qui manquent dans les autres. Ces régions sontau nombre de six sur le versant méridional, de cinq sur le versant septentrional.
« Élevons-nous sur le versant sud, celui qui se confond à sa base avec la plaine du Rhône : toutes les plantes de la plaine appartiennent à la région Ja plus basse ; elle se caractérise très bien par deux arbres, le Pin d'Alep et l’Olivier. Tous deux sont propres au bassin méditerranéen, autour duquel ils forment une ceinture interrompue seulement par le delta de l'Égypte. Le Pin d'Alep se trouve sur toutes les collines qui longent le pied méridional du mont Ventoux ; maisil ne dépasse pas 430 mètres audessus du niveau de la mer. L'Olivier monte plus haut, mais n’est plus
cultivé au-dessus de 500 mètres. Sous ces arbres, on rencontre toutes les espèces méridionales qui caractérisent la végétation de la Provence : le Chêne kermès, le Romarin, le Genêt d'Espagne, le Dorcenium suffruticosum. Une zone étroite succède à celle-ci : elle est caractérisée par le Chène vert, qui ne dépasse guère 56 mètres. Au milieu des taillis, on trouve la Dentelaire d'Europe, le Genévrier Cade, la grande Euphorbe Characias, la Psoralea à odeur de bitume, etc.
« Une région dépourvue de végétaux arborescents vient immédiatement après les deux premières. Le sol est nu, pierreux, généralement inculte ; cependant çà et là on remarque des champs de Pois chiche, d’Avoine ou de Seigle, dont les derniers sont à 1030 mètres au-dessus de la Méditerranée. Mais un arbrisseau, le Buis, deux sous-arbrisseaux, le Thym et les Lavandes, une autre labiée herbacée, le Nepeta graveolens et le Domptevenin (Vincetoæium officinale), dominent pour la taille et le nombre. C’est dans cette région que les tentatives de reboisement au moyen des Chênes, des Pins se poursuivent avec succès. Il faut s'élever jusqu'à 1150 mètres pour retrouver de nouveau la végétation arborescente. Elle se compose de Hêtres. D'abord épars et sous forme de taillis, ils sont plus grands à partir de 1240 mètres, surtout dans les ravins profonds, véritables vallons qui les abritent du vent. Ils montent jusqu’à 1660 mètres. A cette hauteur, les dépressions sont peu profondes, et les arbres exposés à l’action déprimante du vent qui les couche sur le sol ne sont plus que d'humbles buissons à branches courtes, dures et serrées. Un pareil buisson, semblable à une boule ou à un matelas étendu par terre, est souvent aussi vieux que de grands Hôêtres qui élèvent dans le ciel leur cime orgueilleuse. Un grand nombre de plantes habitent la région des Hêtres. Plusieurs appartiennent à la zone subalpine des montagnes de l'Europe moyenne et ne descendent jamais dans la plaine. Tels sont le Nerprun, le Groseillier, la Giroflée, la Cacalie, l’Useille des Alpes, l’'Amélanchier commun, l’Anthyllide des montagnes, etc.
« À la hauteur de 1700 mètres, le froid est trop vif, l'été trop court et le vent trop violent pour que le Hêtre puisse encore subsister. Aussi sur le Ventoux, comme dans les Alpes et les Pyrénées, un arbre de la famille des Conifères est le dernier représentant de la végétation arborescente. C’est une espéce de Pin assez basse, appelée Pin de montagne, Pinus uncinata par les botanistes, parce que les écailles de son cône sont recourbées en hamecon. Ces Pins s’élèvent à plusieurs mètres de hauteur dans les endroits abrités, et deviennent des buissons touffus dans les lieux exposés au vent : ils montent jusqu’à la hauteur de 1810 mètres, et forment la limite extrême de la végétation arborescente. Les plantes herbacées de cette région sont celles de la région des Hètres, qui presque toutes atteignent la limite des Pins. Cependant il faut ajouter le Genévrier commun, couché sur le sol, comme on le voit toujours sur les hautes montagnes, où le poids de la neige l'écrase pour ainsi dire tous les hivers, la Germandrée des montagnes et la Saxifrage gazonnante (Saxifraga cæspitosa), qui s'élève jusque sur les plus hautes cimes des Alpes.
« La flore nous enseigne donc, au défaut du baromètre, que nous touchons à la région alpine du Ventoux, à cette région où toute végétation arborescente a disparu, mais où le botaniste retrouve avec ravissement les plantes de la Laponie, de l'Islande et du Spitzherg. Dans les Alpes, cette
| del 634 GÉOGRAPHIE BOTANIQUE.
région s'étend jusqu’à la limite des neiges perpétuelles, séjour d’un éternel hiver ; mais le Ventoux ne s’élevant qu’à 1911 mètres, son sommet appartient à la partie inférieure de la région alpine des Alpes et des Pyrénées. A cette hauteur, tout arbre a disparu, mais une foule de petites plantes viennent épanouir leurs corolles à la surface des pierres ou des rochers. Ce sont les Pavots à fleurs orangées, la Violette du Mont-Cenis, l’Astragale à fleurs bleues, et tout à fait au sommet le Paturin des Alpes, l'Euphorbe de Gérard et la vulgaire Ortie, qui apparaît partout où l’homme construit un édifice. Une chapelle a été bâtie au sommet du Ventoux depuis l'ascension de Pétrarque. Mais ce n’est pas au sud du sommet terminal de la montagne que le botaniste cherchera les plantes alpines caractéristiques de la région élevée d’où son œil embrasse tout le panorama des Alpes francaises, du Mont-Blanc à la mer. C’est dans les escarpements du nord, dans les rochers exposés aux bises générales et glaciales, privés du soleil pendant de longs mois et couverts de neige jusqu'en juin. C’est là que j'ai revu, comme on revoit une amie, la Saxifrage à feuilles opposées que j'avais cueillie au sommet du Reculet, la cime la plus élevée du Jura, et sur tous les sommets des Alpes qui atteignent ou dépassent la limite des neiges perpétuelles. Quand je mis le pied pour la première fois sur les rivages glacés du Spitzberg, la Saxifrage à feuilles opposées fut aussi la première plante que j'aperçus, car ici elle retrouvait au bord de la mer les étés froids et les neiges fondantes des sommets qui couronnent les Aïpes et les Pyrénées. Sur le Ventoux, d’autres Saxifrages également alpines environnaient la première ; les Clochettes bleues de la Campanule d’Allioni se dégageaient du milieu des pierres et des plantes naines, comme elles le sont à toutes ces hauteurs; le Phytemna à capitules arrondis, l’Androsace villeuse, l’Ononis du Mont-Cenis, et trois espèces d’Arenaria, se collaient contre les rochers ou pointaient à travers les pierres. »
Transportons-nous maintenant de la Provence au cœur de l'Asie, et des hauteurs du mont Ventoux aux cimes de l'Himalaya. Nous empruntons les détails qui vont suivre au journal du docteur Hooker, qui s’éleva dans cette région jusqu'à une hauteur de 6,100 mètres.
Le docteur Hooker passa la saison pluvieuse de 1848 dans l'établissement sanitaire de Dorjilling, dernière possession anglaise dans le Sikkim, à une élévation d'environ 2160 mètres et en vue des pics les plus élevés de l'Himalaya. Douze de ces pics s'élèvent à plus de 7,000 mètres, et l’un deux, le Kinchinjunga, atteint 8,588 mètres. Le mont Chumulari, autre géant des Andes du Thibet, était visible d’une élévation voisine (le Sinchul), pendant l'ascension de laquelle notre auteur fit connaissance avec quelques-uns des admirables ÆAhododendrons, dont il a réussi à enrichir nos jardins de l’Europe.
« Dans les mois d'avril et de mai, dit le docteur Hooker, quand les Magnolias et les Rhododendrons sont en fleur, la végétation fastueuse du
Sinchul ne le cède en rien, sous certains rapports, à celle des tropiques. La beauté de l'effet est cependant bien diminuée par la tristesse constante de la saison. Le Magnolia à fleurs blanches {Magnolia excelsa) est un des arbres qui prédominent à une élévation de 2135 à 2440 mètres, et, en 1848, il a fleuri si abondamment qu'il semblait que sur les larges flancs du Sinchul et d’autres montagnes de la même élévation on eût répandu de la neige. L'espèce à fleurs purpurines (Magnolia Campbelü) ne se montre guère au-dessous de 2440 mètres. C’est un grand mais bien vilain arbre, à écorce noire et à rameaux peu nombreux, dépourvus de feuilles en hiver et durant la floraison, mais émettant alors de leur extrémité de grandes fleurs campanulées d’un rose purpurin, dont les pétales charnus couvrent tout le sol d’alentour.
« Sur ces branches et sur celles des Chênes et des Lauriers croît épiphytiquement le Rhododendron Dalhousiæ, grêle arbrisseau qui porte à l’extrémité de ses rameaux trois à six cloches blanches à odeur de citron, d'une douzaine de centimètres de largeur. Le Rhododendron à fleurs écarlates est très rare dans ce bois, mais celui-ci est bien surpassé par le Rhododendron argenteum, qui devient un arbre de 40 pieds avec ses feuilles de 3 à 4 décimètres de longueur, d’un vert foncé en dessus et argentées en dessous, et des fleurs aussi grandes que celle du Rhododendron Dalhousiæ. Des Chênes, des Lauriers, des Érables, des Bouleaux, des Hydrangea, une espèce de Figuier (qui occupe le sommet même de la montagne) et trois genres chinois et japonais, constituent les traits principaux de la végétation forestière de cette partie du Sinchul.
« Au-dessous de cette région, c’est-à-dire au-dessous du Dorjilling, les zones de végétation sont bien caractérisées entre 1830 et 1235 mètres par : 1° le Chêne, le Châtaignier et les Magnolias, qui caractérisent également la végétation entre 2135 et 3050 mètres; 2° immédiatement audessous de 1982 mètres, apparaît une Fougère en arbre (Alsophila gù gantea) ; 3° une espèce de Palmier du genre Calamus et un Plectocomia. Ce dernier s’élance jusqu'aux cimes des plus hauts arbres et s'étend à travers la forêt jusqu’à une distance de près de 40 mètres de sa souche; 4° enfin, un dernier trait caractéristique est présenté par un Bananier sauvage qui s'élève presque à la même hauteur que la plante précédente. »
Le docteur Hooker n'obtint qu'avec beaucoup de peine des autorités indigènes de Sikkim la permission de pousser au delà de Dorjilling, et en particulier de visiter les hautes passes de l'Himalaya au Thibet. Il put enfin s’équiper pour une expédition de trois mois, qui devait le porter aussi près que possible de la masse principale du Kinchinjunga. Suivons-le dans cette dernière.
À 2,440 mètres, il trouve les premières Conifères, el tout d'abord l’Abies Brunontana, belle espèce qui affecte la forme d’une pyramide obtuse, avec des branches étalées comme celles d'un Cèdre. Elle est inconnue dans la chaine extérieure, et
occupe sur l’intérieure une zone moins élevée de 1,000 pieds que celle du Sapin argenté (Abies Webbiana). On rencontre vers ce niveau un assez grand nombre de plantes subalpines des genres Leycesteria, Thalictrum, Rosa, Gnaphalium, Alnus, Betula, Ilex, Berberis, Rubus, etc., des Fougères, des Anémones, des Fraisiers, le Bambou alpin et des Chênes.
Plus haut, notre voyageur vit des Genévriers se mêler aux Sapins argentés. Ces arbres furent bientôt remplacés par des Rhododendrons toujours verts, répandus sur les pentes en immense profusion et entremêlés çà et là de buissons de Rosiers, de Spiræa, de Genévriers nains et de petits Bouleaux, de Saules, de Chévrefeuilles, d'Épines-vinettes et d'une espèce de Sorbier.
A 3,660 mètres, la végétation était presque uniquement constituée par une multitude d’espèces de Rhododendrons qui formaient sur les pentes escarpées une zone continue de 340 mètres de largeur. Un petit Andromeda éricoïde s’y faisait aussi remarquer, et sur les bords du chemin le botaniste put cueillir deux plantes émigrées de sa patrie lointaine, le Poa annua et la Bourse à pasteur.
À 3,965 mètres, le sol se trouva partout dur et gelé, et plus haut la neige couvrait les flancs de la montagne, et s'élevait à peu près d’un mètre de chaque côté du sentier.
Le voyageur atteignit enfin le sommet de la passe située à 6,114 mètres au-dessus du niveau de la mer. Il trouva encore à y récolter plusieurs espèces de Composées, de Graminées et un Arenaria. L'espèce la plus curieuse est le Saussurea gossypina, qui forme de grandes massues, revêtues d’une laine blanche et très douce au toucher, hautes de 3 décimètres environ. L’espèce de couverture donnée par la nature à cette plante est à peu près exceptionnelle dans l'Himalaya, les genres alpins qui y sont le plus répandus, tels que Arénaires, Primevères, Saæifrages, Fumeterres, Renoncules, Gentianes, Graminées, et Cypéracées, ayant un feuillage parfaitement nu.
L'année suivante, le docteur Hooker, dans l’une de ses ascensions vers la frontière du Thibet, recueillit au-dessus de 4,650 mètres, sur une des crêtes de l'Himalaya, 200 espèces de plantes parmi lesquelles se trouvaient 10 Crucifères, 20 Composées, 10 Renonculacées, 9 Alsinées, 10 Astragales, 8 Potentillées, 12 Graminées, 15 Pédiculaires et 7 Borraginées.
Enfin, le 9 septembre 1849, notre botaniste arriva à l'apo-
gée de la flore de l'Himalaya en atteignant sur le mont Donkia une élévation de 5,800 mètres. La limite inférieure des neiges perpétuelles est ici à 5,500 mètres environ. L’Aronaria rupifraga est le seul phanérogame que l’on rencontre encore à cette hauteur; le Festuca ovina, un Saussurea et une petite Fougère (Woodsia) s'approchent pourtant assez près du sommet, où l’on voit plusieurs Lichens et quelques Mousses stériles.
Ainsi, les Mousses et les Lichens, c’est-à-dire les imparfaites tribus du règne végétal, sont les dernières plantes qui apparaissent dans les régions qui servent de confins au domaine de la vie. Citons une fois encore, pour elore dignement ce livre, les paroles de Linné : « Les derniers des végétaux vivent seuls dans la dernière des terres. »