LS
a ES
Nous n'avons encore étudié que des racines tortueuses, difformes, et des troncs dénudés. Avant de considérer, dans les branches, les rameaux, les feuilles et les fleurs, la parure des végétaux, nous devons nous arrêter sur les parties des plantes qui renferment tous ces éléments chez le jeune végétal. Nous voulons parler des bourgeons, qui cachent sous leur verte enveloppe la source de ces brillants ornements de la nature que chaque année voit naître et mourir. Le bourgeon est, en effet, comme le berceau de la jeune plante : il suffirait à lui seul pour produire un individu nouveau, et souvent l’horticulteur s’en empare et produit, par son moyen, de merveilleuses multiplications. Mais dans les circonstances ordinaires, le bourgeon n’est pas destiné à se séparer de la plante mère. C’est elle qui le nourrit, le fortifie, l’accroît, jusqu’à ce qu'il soit devenu lui-même un organe concourant, avec les autres, à la vie de la plante.
Le bourgeon peut être considéré comme un élément fondamental dans l’organisme végétal car, sans lui, la plante ne tarderait pas à périr. C’est le bourgeon qui, chaque année, répare les pertes qu’a déterminées la végétation ; il remplace les fleurs, les feuilles, les rameaux disparus. C’est par lui quele végétal s'accroît, qu’il prolongé son existence; c’est lui qui, à chaque printemps, efface les marques de la vieillesse chez les hôtes de nos bois. Le bourgeon est donc le véritable renouveau du monde végétal.
Aussi, dans une plante, tout est-il bourgeon, on peut le dire. Il n’est presque aucune partie qui n’en produise : les racines, les feuilles, les fleurs même, peuvent donner accidentellement
naissance à des bourgeons, car la nature ne perd jamais de vue le phénomène essentiel de la vie organique, c’est-à-dire la production d'êtres nouveaux.
On peut distinguer deux sortes de bourgeons : les bourgeons à bois, qui produisent des branches et des feuilles ; et les bowrgeons à fleurs, qui contiennent à la fois des feuilles et des fleurs.
Il ne faut pas, d’ailleurs, confondre, comme on le fait souvent, les bourgeons avec les simples boutons, lesquels ne contiennent que des fleurs près de s'épanouir: Un bouton de rose, un bouton d'œillet, ne renferment que la fleur qui va s'ouvrir, tandis que le bourgeon, dans sa masse serrée et complexe, renferme tous les éléments propres au développement de la jeune plante, et, comme nous venons de le dire, il suffirait à lui seul pour produire un individu nouveau.
Les bourgeons sont le premier âge et la première forme des axes végétaux. Ils sont placés au sommet des axes qu'ils doivent prolonger, ou à l’aisselle des feuilles. Chez les plantes herbacées, en général, et chez un grand nombre d'arbres des contrées équinoxiales, dont la végétation n’éprouve pour ainsi dire aucun repos, les bourgeons sont nus, c’est-à-dire que toutes les jeunes feuilles se ressemblent, et donnent, en grandissant, de véritables feuilles. Mais dans les pays dont l'hiver, plus ou moins rigoureux, détruirait des organes aussi délicats, les feuilles les plus extérieures, celles qui doivent recouvrir les autres, subissent certaines modifications, qui les transforment en organes protecteurs. Elles se changent en écailles, membranes coriaces, qui souvent sont garnies à l’intérieur d’un duvet abondant, d’une bourre épaisse, ou enduites d’un suc résineux, insoluble dans l’eau et conservant bien la chaleur. Grâce à cet abri protecteur, le rudiment de la jeune pousse est si exactement calfeutré, si bien emmaillotté, qu’il est parfaitement à l'abri des injures de l’air. L'expérience a prouvé que des bourgeons détachés de l’arbre, et dont on avait recouvert la cicatrice d’un vernis, ont pu rester très longtemps sous l’eau sans éprouver la moindre altération.
Les écailles sont toujours des feuilles modifiées; cependant ce n’est pas constamment la même partie de la feuille qui les constitue. La nature emploie divers procédés pour transformer une feuille en écaille. Au reste, entre les écailles d’un bourgeon et les feuilles qu'il renferme, on trouve souvent une série de
formes intermédiaires qui mettent complètement en lumière les diverses métamorphoses dont une feuille est le siège, quand elle passe insensiblement d’un état à l’autre.
La figure 56, qui représente chez le Groseillier le passage
Fig. 56. Transformation graduelle des feuilles en écailles chez le Groseillier.
insensible de la feuille à l’état d'écaille, montre suffisamment les transitions graduelles d’un organe à l’autre, pour qu'il soit inutile d'entrer dans plus de détails à cet égard.
Les feuilles ne sont pas toujours disposées de la même ma-
Fig. 51. Bourgeon de Tulipier. Fig. 58. Bourgeon d'Amandier. FÉMEE
nière dans le bourgeon, soit qu’on les considère isolément,
soit qu'on les observe dans les positions qu’elles occupent les
unes par rapport aux autres. Le mode de vernation, selon le
terme adopté par les botanistes, est quelquefois un caractère
distinctif très utile aux forestiers qui veulent connaître les es-
sences des arbres pendant l'hiver. Nous devons donc en dire quelques mots.
Considérons d’abord chaque feuille indépendamment des autres. Voici les différentes situations que la feuille peut affecter dans l’intérieur du bourgeon. Elle peut être pliée transversalement, de manière que la partie supérieure soit appli-
Fig. 59. Fig. 60. :
Bourgeon de Bouleau. Bourgeon de Balisier.
quée sur la partie inférieure, comme dans le Zuhpier (fig. 57) pliée dans sa longueur, de manière que l’une des moitiés s’applique exactement sur l’autre, comme dans l’Amandher (fig. 58); plissée un certain mombre de fois en éventail, comme dans le Bouleau (fig. 59); roulée sur elle-même en cornet, comme dans le Balisier (fig. 60); roulée par les deux bords qui se réfléchissent soit en dehors, comme dans la grande Patience (fig. 61), soit en dedans, comme dans le Peuplier (fig. 62).
| Nous n'entrerons pas dans plus de détails à ce sujet; les ) figures 63, 64 et 65, qui représentent la coupe transversale des __ bourgeons de Sauge, de Lilas et d’Iris, suffiront à mettre en
évidence les rapports mutuels des jeunes feuilles chez un cer-
tain nombre de végétaux, quand elles sont encore renfermées dans le bourgeon.
KT Fig. 61. Bourgeon de la grande Patience.
Dans presque tous les arbres de nos pays, les bourgcons apparaissent au printemps, s'arrêtent bientôt dans leur développement, et ne s’allongent qu’au printemps suivant. Ils se ramifient donc très lentement, et il n’y a chaque année qu’une seule production de branches. |
Cependant le Pécher et la Vigne produisent annuellement
deux générations de branches. C’est que leurs bourgeons écailleux, qui sont demeurés stationnaires pendant l'automne et l'hiver de l’année précédente, s’allongent au printemps, et donnent naissance, à l’aisselle de leurs feuilles, à des bourgeons, lesquels, au lieu de rester stationnaires et de se développer seulement au commencement de la saison prochaine, croissent, au contraire, sans interruption, et produisent de
Fig. 63. Coupe transversale des feuilles dans un bourgeon de sauge.
Fig. 64. Coupe d'un bourgeon de Lilas.
UM
Fig. 62. Bourgeon du Peuplier. Fig. 65. Bourgeon d'Iris.
nouvelles branches. Les horticulteurs leur ont donné le nom de prompts bourgeons. Les branches qui en proviennent portent à leur tour des bourgeons écailleux, qui ne se développent que l’année d’après, et que l’on appelle bourgeons dormants. Nous avons parlé jusqu'ici des bourgeons normaux qui naissent à l’aisselle des feuilles, ou qui terminent les axes. Il en ‘est d’autres qui se montrent sur la plante sans ordre, et dont on ne peut prévoir à l’avance le lieu d’origine. Ce sont les bourgeons adventifs. Ces productions accidentelles peuvent se montrer sur toutes les parties du végétal, sur la tige, les
feuilles, les fleurs et les racines. Les racines des Sumacs, par exemple, celles du Peuplier de Hollande, du Faux Acacia, courent horizontalement dans le sol, très près de la surface, et produisent des bourgeons adventifs, qui ne tardent pas à s’enraciner et à multiplier la plante, si bien que cette famélique postérité devient souvent en peu d’années gênante ou nuisible. |
La formation des bourgeons adventifs est très fréquemment
Fig. 66. Saules coupés en fétards.
déterminée par les irritations accidentelles que produisent, à la surface des tiges et des racines, des causes extérieures, comme la roue d’une voiture qui vient froisser un tronc d'arbre, ou la blessure qu’a faite à une racine le soc d’une charrue, etc.
La production de bourgeons adventifs sur les arbres à la suite des plaies qui leur sont faites, est journellement utilisée dans la culture. | |
Si l’on coupe à ras de terre, dans un bois, les plants qui, abandonnés à eux-mêmes, seraient devenus des arbres, on les
transforme en souches, lesquelles se couvrent plus tard de branches de même âge et de même force : ce qui veut dire que l’on change une futaie en un taillis.
Ces Saules dont le tronc énorme, court, souvent difforme et caverneux, est surmonté d’une épaisse touffe de branches, ces tétards, comme on les appelle vulgairement (fig. 66), doivent leur singulier aspect à la coupe réglée et périodique à laquelle ils sont soumis. Par suite de cette mutilation, il se forme un grand nombre de bourgeons adventifs, et par conséquent, il se développe plus tard autant de branches, sensiblement égales. On coupe ces branches, pour faire des tuteurs aux jeunes arbres, des échalas dans les pays vignobles, etc.
Ce n'est guère qu’à l’âge de vingt-cinq ou trente ans que le Peuplier d'Italie est abattu, pour en faire des planches de quelque valeur; mais cet arbre est, en outre, émondé tous les cinq ans. Les plaies résultant de l’émondage se couvrent de nombreux bourgeons no et ou ainsi un nombre considérable de Ne qu'on emploie à faire des clôtures, des piquets et des Me pour le chauffage.
Les bourgeons sont placés sur la tige, pour y puiser leur nourriture et s’y développer en branches. Il résulte de là qu’on peut, sans dommage pour ces organes, les séparer de la plante sur laquelle ils ont pris naissance, à la condition de les porter sur une autre plante, qui puisse, pour ainsi dire, leur servir de nourrice. Les horticulteurs profitent de cette circonstance pour faire produire à un sauvageon de plus belles fleurs. A cet effet, ils mettent à nu le bois du sauvageon, par une incision corticale, ayant la forme d’un T, et ils appliquent sur cette plaie la face interne d’un lambeau d’écorce pris sur l’espèce qu'on change de nourrice, lambeau auquel adhère naturelleun jeune bourgeon. C'est ce que l’on nomme la greffe en écusson.
La figure 67 montre la manière dont opère le jardinier pour greffer en écusson. À, représente la branche de sauvageon qu'il s’agit de greffer, avec l’incision en forme de croix; B, le sujet à greffer sur le sauvegeon; C, la greffe liée et mise en place. Le bourgeon continue de croître et de se développer sur la nouvelle tige où on l’a transplanté : il y produit des feuilles et des fleurs.
On peut, de cette manière, changer à volonté l'espèce végétale
primitive en une autre, qui produit des feuilles et des fleurs différentes. L'opération de Ja greffe joue un rôle considérable dans l’horticulture, ainsi que dans l’agriculture.
Les procédés connus sous le nom de faille et d’ébourgeonnement, sur lesquels nous ne saurions nous étendre ici, ont pour but de supprimer une certaine quantité de bourgeons, afin que la nourriture absorbée par la tige principale, ne se répartissant que sur un plus petit nombre de bourgeons, ces organes soient dès lors plus vigoureux et plus productifs.
Fig. 61. Greffe en écusson.
La branche se forme par le développement du bourgeon, et ce bourgeon naît, comme nous l'avons déjà dit, à l’aisselle d’une feuille.
La branche n'étant qu’une tige secondaire qui émane de la tige principale, doit présenter les mêmes modifications de forme, de structure et de disposition des feuilles qu’on observe dans les tiges proprement dites. Cependant une ressemblance complète n’existe pas toujours entre la tige et ses branches. Ainsi, dans Le petit Houx (Ruscus aculeatus, fig. 68) Les rameaux sont courts et prennent si bien, en s’élargissant, la forme de feuilles, qu’au commencement du siècle dernier tous les botanistes les considéraient comme des feuilles. Mais un observateur attentif ne s’y trompera point, s’il considère que ces organes aplatis et d'apparence foliacée naissent à l’assselle d’écailles, qui sont les véritables feuilles, et portent des fleurs, caractères exclusivement propres aux branches.
Dans quelques plantes les branches se dilatent outre mesure; mais dans d’autres elles restent grèles. Leur bourgeon terminal avorte, elles deviennent pointues à leur extrémité, laquelle s’endurcit; en un mot, elles se changent en épines. C’est ce que nous présente l’Æ/ippophæ rhamnoides, le Mespilus oxyacantha, etc.
Une modification extrèmement curieuse et importante de la forme et de la consistance des branches, nous est fournie par ceux de ces organes qui, dans la Pomme de terre (Solanum tube-
" Da
BRANCHE. 69 rosum), se développent sous terre. La’ partie souterraine de la tige de cette plante (fig. 69) porte des feuilles rudimentaires, à l’aisselle desquelles se développent des rameaux, qui s’étendent plus ou moins horizontalement, et qui sont chargés euxmêmes de feuilles avortées. Ces rameaux, très grèles à leur origine, se renflent à leur extrémité, se remplissent de fécule
Fig. 68. Branche de petit Houx.
et finissent par constituer ce que l’on nomme le fubercule de la Pomme de terre. Si l’on examine, en effet, un #ubercule de Pomme de terre, on voit qu'ilest chargé d’écailles, régulièrement disposées. À l’aisselle de ces écailles se trouvent des bourgeons.
Chacun sait que ces bourgeons se développent d’eux-mèmes dans nos caves, au retour de la belle saison, et poussent alors de véritables branches.
Il y a donc une grande différence entre le tubercule de la Pomme de terre et celui du Dahlia, par exemple. Le tubercule
Fig. 62. Rameaux souterrains de Pomme de terre (Solanum luberosum).
du Dahlia estune véritable racine, il n’a pas de nœuds vitaux; au contraire, celui de la Pomme de terre est une tige portant des nœuds vitaux.
La longueur et la direction des branches, par rapport à la tige mère, sont extrêmement variées. Cette variété donne à chaque plante son port spécial, sa physionomie particulière.
Si les branches les plus basses, formées les premières, con-
tinuent à s’allonger dans la même proportion, les supérieures étant plus courtes à mesure qu’elles s’'approchent du sommet,
Fig. 70. Sapin.
la cime de l’arbre est conique ou pyramidale, comme dans les Sapins (fig. 70).
Si les branches du milieu dépassent celles du bas, la cime figure une boule ou un ovoïde, comme il arrive pour le
Marronnier d'Inde, quand il n’a pas été mutilé par la taille (Gpe1).
ut