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Fie. 71. Maronnier d'Inde.
La tige présente la forme d’un parasol, comme dans le Pin d'Italie où Pin Parasol (fig. 72), si ce sont les branches du haut qui prennent le plus grand développement.
Dans toutes ces circonstances, c’est, nous le répétons, la
direction, le mode d'insertion des branches qui donnent au végétal son port, son aspect particulier.
Les branches partent de la tige sous un angle qui est très va-
Fig. 12. Pin d'Italie.
riable ; il est, en effet, quelquefois très aiguet quelquefois droit. La cime effilée d’un Cyprès (fig. 73), comparée à l'espèce delarge dôme formant les branches d’un Chëéne ou d’un Cèdre, nous donne une idée de la différence de ces deux sortes de rami-
fication, et le port de chacun de ces arbres met bien en relief
Fig. 13. Cyprès.
l'influence qu’exerce le mode de ramification sur la forme d’un végélal quel qu'il soit.
Dans certains arbres, les branches prennent une direction particulière, qui est l’inverse de ce qui se voit habituellement. Au lieu de s'élever vers le ciel, elles s’inclinent vers la terre. Le Saule pleureur (fig. 74) nous donne un exemple bien frappant et bien connu de ce mode de direction des branches et
des rameaux. Les branches les plus longues de ce bel arbre retombent par leur propre poids. Le dessinateur des jardins tire un très heureux parti de cette disposition naturelle, en plantant le long d’un bassin, au bord d’une pièce d’eau ou d’un ruisseau, cet arbre élégant et à l'aspect mélancolique. Les branches du Sophora du Japon, ou Sophora pleureur
(fig. 77), sont aussi longues que celles du Saule pleureur, son congénère, mais, comme elles ont une certaine raideur, elles se:
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Fig. 75. Sophora du Japon.
rebroussent dès leur origine, pour se diriger vers le sol.
Nous avons dit plus haut que la branche peut être considé-
rée comme une tige secondaire émanant de la tige principale, dans laquelle elle puise sa nourriture. Si donc on offre à cette tige secondaire, à cette branche, un autre moyen de se nourrir, on peut la séparer de l’axe principal qui la porte, et l’on parvient à constituer ainsi un individu libre et distinct. C'est sur ce fait naturel que sont fondés les procédés de multiplication des plantes connus dans l’agriculture et dans l’horticulture sous les noms de marcottage, bouturage et greffe.
Courbez vers le sol humide une branche flexible; maintenezda en terre, de façon à lui faire produire des racines (fig. 76);
Fig. 76. Marcottage par inclinaison.
une fois ces racines développées, la branche pourra vivre par elle-même, elle n’aura plus besoin de la tige qui lui a donné naissance; on pourra la séparer de cette tige, la sevrer pour ainsi dire. C’est là l'opération du marcottage par inclinaison : la branche ainsi traitée s'appelle marcotte.
Mais toutes les branches qu'on voudrait marcotter ne sont pas toujours assez voisines du sol, ni assez flexibles pour être courbées jusqu’au degré nécessaire. Dès lors, comme on ne peut les abaisser vers la terre, on élève la terre jusqu’à elles. A cet effet, on prend des vases de diverses formes, qu'on remplit de terre; on les maintient, d’une façon quelconque, à la hauteur de la branche à marcotter, et l’on place le vase de manière
que la branche puisse le traverser de hauten bas (fig. 77). Le vase est, pour cela, percé d’un trou à son fond, ou fendu sur le côté, afin qu’on puisse y introduire la branche. La terre étant entrenue humide, la portion de branche renfermée dans le pot ne tarde pas à pousser des racines adventives, et ces racines
Fig. 117. Marcottage par élévation.
sont bientôt en nombre suffisant pour qu'on puisse, au bout d’un certain temps, la sevrer et la transplanter ailleurs. Cest le marcottage par élévation, où par approche.
Le bouturage ne diffère du marcottage qu’en ce que la partie de la plante qu’on veut faire enraciner, pour la multiplier, est
détachée de la plante mère, et complètement abandonnée aux forces de la nature. Coupez une branche, même très volumineuse, de Saule, de Peuplier ou de vigne, etenfoncez-la dans le sol humide : elle poussera des racines adventives, elle deviendra un nouveau Saule, un nouveau Peuplier où une nouvelle vigne.
Mais toutes les plantes ne s’accommodent pas de ce facile procédé de multiplication. Il en est dont les boutures ne prennent, selon l'expression consacrée, qu’à l’aide d'artifices plus ou moins compliqués. Il en est même qui résistent à tous les moyens connus de bouturage. C’est qu’une bouture se trouve généralement dans cette triple alternative : mourir d’inanition, se dessécher ou pourrir, et que le problème à résoudre par l’agriculteur ou le jardinier multiplicateur, et qui consiste à favoriser la formation rapide des racines, à établir un juste équilibre entre les pertes aqueuses que subit la bouture et la quantité d’eau qu'elle absorbe, n’est pas sans offrir de grandes diificultés.
Ce n’est pas ici le lieu d’exposer les procédés à l’aide desquels on peut arriver à bouturer avec succès. Nous nous bornerons à dire que les boutures ne se font pas seulement par les branches, comme dans l'exemple que nous avons cité plus haut. On peut faire des boutures avec des racines, des rhizomes, des feuilles et même des fragments de feuille ; mais ce dernier procédé n’est usité que pour certaines plantes exotiques, qui, dans nos serres, ne fructifient point et ne se ramifent qu'à peine.
Le marcottage et la bouture ne sont pas les seules opérations dans lesquelles on fasse intervenir les branches comme moyen de multiplication. Il en est une autre, l’une des plus importantes de l’agriculture et du jardinage : c’est l'opération de la greffe, dont nous avons déjà dit un mot, à propos du bourgeon. Elle a pour but de souder un végétal à un autre, qui lui sert de soutien et lui fournit la matière de son alimentation.
On voit quelquefois, dans les bois, certains arbres, particulièrement les Charmes, dont une branche s’est soudée d’ellemême à celle d’un arbre voisin de même espèce. Ce qui se passe spontanément dans la nature, on le pratique artificiellement tous les jours dans la culture et le jardinage. On enlève sur les deux sujets des lambeaux d’écorce et de bois de même longueur et de même largeur; on met en contact ces plaies
égales, et on les maintient en place avec des ligatures, qu'on recouvre de mastic. C’est là la greffe en approche. |
La figure 78 montre la manière de préparer les deux sujets que l’on veut greffer par approche; la figure 79 fait voir les deux sujets fixés l’un sur l’autre par des ligatures.
Fig. 18. Greffe en approche. Fig. 79. Greffe en approche. Fig. 80. Préparation des sujets. juxtaposition des sujets. Greffe en fente.
Dans la greffe en fente, on tronque horizontalement le sujet, et l’on y pratique une fente verticale, de quelques centimètres. On insère dans cette fente la branche à greffer, chargée de bourgeons, qu'on a taillée en biseau à son extrémité inférieure. On établit un contact intime entre les parties mises à nu dans la greffe et le sujet, et l’on assure la durée de ce contact par des ligatures et du mastic.
On voit sur la figure 80 ces deux opérations successives.
La greffe en fente s'opère avec le même succès en opérant avec des tronçons de racines.
C’est au moyen de l'opération de la greffe que le jardinier et l’horticulteur changent avec avantage les produits d'un végétal de même espèce, lui font porter des fleurs et des fruits autres que ceux qui sont propres à la tige principale, enfin qu'ils rajeunissent un arbre ou un arbrisseau déjà âgés. Les progrès considérables qu’a faits de nos jours l’arboriculture, la facilité avec laquelle on donne, aux arbres fruitiers particulièrement, la forme et les dispositions que l’on désire, tiennent surtout à l’habileté de nos jardiniers dans l’art de créer et de varier le marcottage, le bouturage et la greffe.
Nous avons étudiéles bourgeons, qui renferment dans leur verte enveloppe les promesses du printemps. A l'heure marquée par le réveil de la nature, ce berceau des organes foliacés s’entr'ouvre peu à peu, et bientôt les jardins, les campagnes et les bois sont recouverts d’un manteau de verdure.
L'époque de la renaissance des feuilles est celle quiexerce la plus douce influence sur l’âme humaine. Quand la végétation nouvelle vient décorer nos campagnes et donner aux branches et aux rameaux des arbres, longtemps dénudés.par les frimas, cette nuance du vert printanier si reluisante et si vive, tous les êtres animés ne peuvent se défendre d’une délicieuse impression. La verdure renaissante, c’est la révélation des beaux jours; la première parure des campagnes, c’est l'annonce du brillant cortège des fleurs et du tribut des fruits savoureux. La nature renouvelée offre tout à la fois aux yeux et à l'esprit le plus séduisant spectacle. Et quel plaisir ne nous procurent pas, dans les jours brülants de l’été, le calme et la fraicheur que nous goûtons sous les ombrages!
Si les feuilles n’ont pas la couleur éclatante et diaprée des fleurs de nos champs ou de nos parterres, leur vert tapis, aux nuances variées, repose l’œil et conserve la vue. Le mouvement des feuilles se balançant avec grâce au souffle des vents, vient aussi animer le paysage et lui donner une sorte d’existence.
Les feuilles naissent toujours sur la tige et les rameaux. Rien n’est aussi varié que les formes des feuilles dans les différents végétaux qui couvrent et embellissent notre globe. Les unes ressemblent à des aiguilles, comme celles du Genévrier
(fig. 81); d’autres à des flèches, comme celles de la Sagittaire (fig. 82); d’autres à une faux, comme celles de certains Glaïeuls,
Fig. 81. Feuille de Genévrier. Fig. 82. Feuille de Sagittaire.
à une épée, comme celle des /r1s. Elles affectent tour à tour la
Fig. 83. Fig. 84.
Feuille en disque (Capucine). Feuille en spatule (Pâquerette).
forme d’un disque, comme dans la Capucine (fig. 83), d’un croissant, d’une spatule, comme dans la Péquerette (fig. 84), d’une lyre, etc.
Il est deux feuilles dont les formes sont si étranges, que les botanistes les considèrent comme anomales.
Dans le Nepenthes distillatoria, arbrisseau qui est propre aux régions les plus chaudes de l'Afrique (fig. 85), les feuilles sont terminées de la manière la plus singulière. C'est une sorte d'urne, surmontée d’un couvercle, qui se trouve suspendue à l'extrémité d’un pétiole assez large dans sa plus grande partie, mais qui devient brusquement aussi étroit qu’un fil.
Nous trouvons dans un ouvrage récent le récit d’un fait qui prouve combien l’homme peut quelquefois apprécier les fruits de la prévoyante nature. Un officier de marine, dans un voyage
Fig. 85. Feuille anomale (Nepenthes distil latoria).
à Madagascar, écrivait ce qui suit, à propos de la feuille du Nepenthes distillatorra.
« Trois jours après mon arrivée à Madagascar, je m'égarai en faisant une excursion dans les alentours, et bientôt à une lassitude excessive vint se joindre la soif la plus ardente. Après avoir longtemps marché, j'allais m'abandonner au désespoir, lorsque j'aperçois, tout près de moi, suspendus à des feuilles, de petits vases, à peu près semblables à ceux dont nous nous servons à bord pour conserver l’eau fraiche, Je crus être le jouet d’une de ces hallucinations qui montrent au malade altéré par la fièvre une coupe dont il veut en vain approcher ses lèvres desséchées ; pourtant je m'avance avec hésitation... j'y plonge un regard avide et inquiet... O prodige ! et jugez de mon bonheur en les voyant remplis d’un liquide transparent et pur, auquel je trouvai, dans un tel moment, une saveur qui me fit préjuger celle du nectar que l’on sert à la table des dieux, »
Dans les Sarracenias, le plus grand nombre des feuilles a la forme d’un long cornet ou d’un entonnoir, comme le montre la figure 86.
Dans la Dionée attrape-mouche (fig. 87), les feuilles sont terminées par deux plaques arrondies, hérissées de poils. Entre ces deux plaques s'étend une charnière qui les réunit, comme le dos d’un livre en retient les deux côtés. Nous reviendrons
Fig. 86. Fig. 87.
Feuilles en entonnoir )Sarracenia). Feuille de Dionée attrape-mouche.
plus loin, en parlant des mouvements qu’effectuent les feuilles de certaines plantes, sur la signification de cette structure des feuilles de la Divnée et nous donnerons le dessin de la plante dans son ensemble.
« Ces contrastes, dit Auguste de Saint-Hilaire, transportent le naturaliste, lorsque, traversant les contrées équinoxiales, il voit rapprochées les unes des autres des milliers de formes qui n’ont entre elles qu’un trait de ressemblance, l'élégance et la grâce ; lorsqu'il voit le feuillage délicat des Mimosa s’agiter au-dessus de la feuille gigantesque des Scitaminées, et la
Fouygére mille fois découpée croître sur le tronc des Eugenia avec les Broméliées et les Tillundsia, aux feuilles raides et immobiles. »
Bien plus, on ne trouve pas dans la nature deux feuilles exactement semblables. Quelquefois la mème plante en réunit qui ont entre elles moins de ressemblance que celles de deux espèces différentes. Le Mürier à papier (fig. 88) a, tout à la
Fig. 88. Rameau de Mürier à papier.
fois, des feuilles en forme de cœur et des feuilles lobées. Dans la Valériane phu, les feuilles inférieures sont entières et celles du sommet découpées. Dans la ARenoncule aquatique (fig. 89), les feuilles qui végètent dans l’eau sont divisées en lanières si étroites qu’elles paraissent réduites à leurs nervures, tandis que les feuilles aériennes sont entières et en forme de disque, plus ou moins découpé. Si la Sagittaire croît
dans des eaux courantes, ses feuilles submergées forment de
Fig. 89. Feuilles aériennes et submergées de la Renoncule aquatique.
longs rubans; si elle végète sur le bord des étangs tranquilles,
‘Fig. 90- Feuilles aériennes ct submergées de la Sagittaire.
ses feuilles émergées ressemblent à des flèches (fig. 90).
Selon l’âge, c’est-à-dire, selon l’état en/antile et l’état adulte, une même plante peut porter des feuilles d’une forme toute différente.
L'exemple le plus frappant de ce cas nous est fourni par l'Eucalyptus, cet arbre extraordinaire, indigène en Australie, naturalisé depuis peu de temps en Afrique et en Europe, et qui est appelé à enrichir de bien des manières, c’est-à-dire comme arbre forestier, comme bois de construction et comme essence aux propriétés hygiéniques, les différents pays où l’on s'occupe de l’acclimater.
L'Eucalyptus globulus, appartient à un pays où la création organique revêt toujours un caractère étrange, à cette Australie où le Cygne est noir, où les Mammifères, comme l’Ornithorynque et l’Echidné, font des petits encore à l’état fœtal, où les Acacias ressemblent à des Genévriers ou à des Saules, où des Protéacées (Dyandra) ressemblent à des Fougères, où les feuilles ont, en général, une insertion longitudinale, et non verticale, ce qui supprime l'ombre des arbres. On pouvait s'attendre, en un tel pays, à quelque autre irrégularité du monde végétal. Elle nous est fournie par les différences de frondaison de l’Eucalyptus. |
Dans le jeune âge, l'Eucalyptus globulus a des feuilles opposées, sessiles etglauques ; mais, dès que l’arbuste est devenu un arbre, son aspect change totalement.
« De nouveauxrameaux s'élèvent, non plus opposés, dit M. J. L. Planchon, dans un article de la Revue des Deux Mondes sur l'Eucalyptus globulus au point de vue botanique, économique et médical, mais alternes. Les mêmes feuilles alternes aussi, ne sont pas ovales : elles sont allongées et courbées en faux; elles ne sont plus glauques, mais d’un vert pâle ; au lieu d’être sessiles, elles se balancent au gré du vent sur de grèles pétioles ; le facies, de myrtoide qu'il était, est devenu celui d’un saule, tendance fréquente chez les arbres de la région australienne tout entière, et qui imprime aux formes végétales des familles les plus diverses une teinte générale de monotone uniformité. Frondaison grêle, claire, pâle, pleureuse, quant à la direction des rameaux, sèche et souvent coriace comme texture, tamisant abondamment la lumière, mélancolique en somme dès que l'éclat des fleurs vient à lui faire défaut : tel est le caractère bien connu de cette végétation arborescente, dont les Acacias et les Eucalyptus par leur nombre et leur fréquence constituent le fond principal.
L'Eucalyptus globulus se présente sous deux aspects bien tranchés. La forme infantile, où les feuilles sont opposées et sessiles, est en quelque sorte un état de larve, c'est l’âge où la plante n’est pas encore apte à fleurir ; l'état adulte, où les feuilles sont alternes -ou pétiolées, est en