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Fig. 132. Coupe horizontale et transversale d'une tige d’Érable d’un an et demi.
en bois se continue depuis le printemps jusqu'à l’automne, et par conséquent sous des influences climatériques assez différentes. Il se forme d’abord des gros vaisseaux à l’époque où la circulation de la sève est le plus active; puis on ne voit plus apparaître que des vaisseaux d’un calibre beaucoup plus petit et moins nombreux. Vers la fin de l’année, quand la végétation se ralentit, il ne se forme plus que des fibres ligneuses.
Il résulte de ces différences extrèmes entre le bois de printemps et le bois d’automne, que le passage de ce dernier au premier est très facile à saisir, et que les diverses formations annuelles apparaissent dès lors comme autant de zones concentriques.
En résumé, c’est par la couche génératrice que s'opère l’accroissement des arbres en diamètre.
Si l'accroissement annuel d’un arbre se faisait dans des conditions extérieures sensiblement égales pendant toute la durée de la végétation, on conçoit qu'il n’y aurait pas de ligne de démarcation entre chaque période annuelle de végétation, et qu'il n'y aurait pas dès lors de zones concentriques. C’est ce qui a lieu dans certains arbres des pays chauds, dont la végétation n’éprouve ni accélération d'activité, ni temps d'arrêt assez prononcé. Ici l’âge des arbres ne se trouve en aucune facon inscrit, comme pour les arbres de nos climats, sur la section de la tige.
Nous devons faire ici deux remarques importantes. Le nouveau bois participe seulement à la nature de la partie extérieure du cercle ligneux; l’étui médullaire ne se renouvelle pas. D'autre part, de nouvelles cellules se forment constamment dans la partie moyenne de la zone génératrice, faute de quoi l'accroissement cesserait dès que toutes les cellules de cette zone seraient transformées en les éléments du nouveau bois et de la nouvelle écorce.
11 est bien entendu que ce qui précède s'applique uniquement à l'accroissement des végétaux dicotylédones. Le mode d’accroissement des végétaux le est loin d’avoir été étudié et défini avec autant de netteté et de précision.
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Nous avons admiré la grandeur, la puissance du suprême Auteur de la nature dans la création des divers organes et appareils que nous venons de passer en revue : ces racines, à l’innombrable chevelu, qui, par uné merveilleuse faculté, pour nous à peine explicable, pompent les liquides contenus dans la terre, et transportent dans les canaux du végétal le fluide nourricier, — ces tiges et ces rameaux qui soutiennent la plante au milieu de l’air destiné à l’alimenter ; — ces feuilles, organes, tout à la fois, de respiration, d’évaporation et d’excrétion, par lesquels la plante absorbe l’air, ou rejette les vapeurs et les gaz inutiles à sa subsistance ; — ces vaisseaux, aux formes si variables, dans lesquels circulent la sève ascendante, qui s'élève au centre de la tige, et la sève élaborée, qui descend dans les parties plus extérieures du tronc ; — ces stomates, ces cellules, en un mot tous ces appareils, toute cette mécanique vivante, par lesquels s’exercent les fonctions végétales. Cet admirable ensemble n'a qu'un seul but : la création des fleurs. Nous allons procéder à l'examen de cet appareil important du monde végétal. Cette étude nous montrera, à son tour, que si les racines, les tiges, les rameaux et les feuilles n'existent que pour la formation des fleurs, à leur tour, les fleurs n’existent que pour la production des fruits, et les fruits eux-mêmes que pour la création des graines, terme
ultime, but essentiel de la végétation ; car la nature, tant chez
les plantes que chez les animaux, concentre tous ses efforts, dirige tous ses actes, dans le but de la reproduction de l'individu, et par conséquent de la conservation de l’espèce.
La douce impression que la seule vue des fleurs exerce sur notre âme est un sentiment si naturel qu'aucun homme ne saurait s’y soustraire. La vue d’un brillant parterre, l'aspect d'une prairie émaillée de fleurs, éveillent en nous les plus agréables sensations. C’est que la fleur ne peut être comparée à aucun des autres êtres de la nature. Rien ne saurait en donner l’idée, car elle sert elle-même de comparaison, de modèle idéal à tout ce qui se distingue par la beauté des formes, par l'élégance et la grâce. Ces organes, auxquels la nature a confié les plus importantes fonctions, sont précisément ceux qu'elle se plait à embellir. Elle prodigue ses trésors, ses décorations les plus brillantes aux organes qui ont reçu la plus haute mission, c’est-à-dire le soin de la reproduction de l’espèce. Couleurs éclatantes et richement nuancées, suaves parfums, contours élégants, tissu délicat, port gracieux, sont prodigués aux fleurs ; de sorte que l’époque de la floraison, c’est-à-dire de la reproduction de l'espèce, est aussi pour les plantes le temps des parures éclatantes et le moment le plus brillant de leur vie.
À la diversité et à l'élégance des formes les fleurs joignent encore un précieux attribut, qui les met au-dessus de toute autre production naturelle. Outre ces dons précieux de la forme , le Créateur leur a donné en partage la douceur du parfum. Quelles délicieuses émanations s’exhalent de nos parterres! Les grappes des Lilas embaument les allées. Le long d’un Arbre de Judée, aux fleurs élégantes, le Chévrefeuille enroule ses tiges volubiles, et laisse exhaler son doux arome. Le Jasmin coquet, qui tapisse les murs et les treillages, dissémine dans l'air son parfum pénétrant. Des Rosiers embaument l'atmosphère. Des Héliotropes, des Tubéreuses, le Réséda et les diverses Labiées, y joignent leurs senteurs. Une foule d’autres fleurs, aux émanations moins pénétrantes, unissent et confondent leurs parfums variés et chargent l'air de nos parterres . de leurs enivrantes odeurs.
Il ne faut donc pas être surpris que l'on ait éprouvé de tout temps la plus sympathique attraction pour ces gracieux ornements de nos parterres, de nos champs et de nos bois. L'art leur emprunte ses plus séduisants modèles. Les harmonieuses
dispositions de la corolle régulière des fleurs, les formes bizarres, mais toujours élégantes, des corolles irrégulières, servent encore de guide, en tout pays, aux dessinateurs d’ornement. Les fleurs ont toujours été le symbole du bonheur et de la joie. Ornement inséparable des festins, chez les anciens peuples, elles servent, de nos jours, d’accessoire à nos fêtes, et elles se montrent avec avantage sur la table de nos repas. Dans les plaisirs champêtres, les guirlandes de fleurs sont le décor obligé. C’est par des bouquets que l’on célèbre et consacre les touchants anniversaires du cœur. La fleur d'Oranger couronne le front de la jeune épouse; et cette parure naturelle ne pälit jamais auprès des plus magnifiques atours. Dans ses célébrations solennelles, la religion prodigue, sur ses tabernacles, les modestes tributs de nos champs; elle décore ses autels de bouquets, de rameaux fleuris ; elle jonche de fleurs le passage de ses processions pieuses. La fleur, qui a symbolisé les grandes périodes de la vie humaine, symbolise également sa fin, et la triste Zmmortelle préside à nos cérémonies funèbres. Aïnsi, la naissance et la mort empruntent à la fleur leurs symboles attendrissants ou funestes.
Nos goûts et nos affections ont, en effet, de quoi se contenter largement dans la variété prodigieuse, dans la diversité infinie des fleurs qui naissent sous nos pas. La terre est comme un vaste jardin où s'étendent tour à tour les plus riantes perspectives animées par les fleurs. Aucune partie du globe n’est privée de cette décoration naturelle. Les fleurs poussent sur l’humble gazon des prairies, comme à la cime des plus hauts arbres ; elles décorent les montagnes et embellissent les vallées ; elles émaillent nos champs et viennent égayer les sombres retraites des bois.
La bonté du Créateur, sa sagesse infinie, ont su varier de mille manières la parure des fleurs, tant pour l’harmonieuse distribution des couleurs que pour le port et la figure. Parmi les fleurs de nos parterres, les unes ont un air de noblesse et de majesté; les autres, moins fastueuses, se distinguent par la régularité de leurs formes. Le Lis superbe dresse avec orgueil son majestueux calice, tandis que la modeste Pervenche nous charme par sa simplicité. Si de riches couleurs s'étalent sur les corolies d’une foule de plantes, d’autres, avec un aspect plus simple, attirent encore et charment nos regards ; et
cette diversité infinie dans l’aspect des fleurs est la plus douce jouissance pour celui qui sait comprendreles grâces de la nature.
Cette variété singulière que nous admirons dans les fleurs, nous pouvons en jouir d'autant mieux qu'elles ne se produisent pas à nos yeux en un même moment. Chaque fleur paraît à une époque déterminée. Ces décorations champêtres se succèdent et se remplacent dans un ordre invariable, selon des périodes bien réglées. C’est dans la froide saison, avant que les arbres ne se hasardent à développer leurs boutons, que le Perce-neige annonce le réveil de la nature endormie. Vient ensuite la timide fleur du Safran, la gracieuse Primevère et l'aimable Vzolette, qui éclosent avec les premières feuilles des bois. Les blanches corolles des Rosacées s’étalent au premier soleil du printemps : elles sont l'avant-garde de l’armée brillante des fleurs qui, aux jours de mai, vont envahir la campagne. C'est alors que chaque mois nous fait admirer une nouvelle merveille végétale. Une fleur est à peine flétrie qu’une autre se développe, pour la remplacer. La brillante Anémone arrondit son disque élégant, et bientôt la Zuwlipe étale avec orgueil son admirable corolle, sur laquelle la nature semble avoir épuisé les ressources de son incomparable pinceau. Le Rhododendron développe ses luxuriants rameaux, tout couverts de fleurs, aux nuances tendres et variées ; la Renoncule nous charme par la régularité de ses contours et l'harmonie de ses couleurs ; le Lilas décore nos clôtures de ses odorants panaches ; le Marcisse, le Muguet, \'Impériale, V'Iris, embellissent nos jardins. Tandis que les arbres fruitiers mêlent à la verdure naissante les plus tendres couleurs, le Rosier se couvre de feuilles, et la reine des fleurs ne tardera pas à venir réclamer les privilèges de son rang.
Aux jours d'été, la fête est dans tout son éclat : c’est le feu d'artifice de la floraison. Les Lis, les Chôvrefeuilles, les Glaïeuls, les Pavots, les Fuchsias, V OŒEillet, V' Hortensia, etc., étalent à nos yeux les grâces qui les distinguent.
Ces enchantements continuent avec l'automne. C’est alors que l'orgueilleux Dahlia, les superbes Hélianthes, les jolis Asters, la Reine-Marquerite, la Balsamine, V' Amarante, les odorantes Verveines, les élégantes Roses trémières, le Colchique, V Œïillet d'Inde etcentautresespèces, viennent nous consoler de la fin des beaux jours, jusqu'à ce que l'hiver jette son froid manteau sur la campagne attristée, et suspende pour nous ces fêtes de la nature.
Dans les pages qui précèdent, nous avons pris le mot de fleur dans un sens trop indéterminé. En poussant plus loin ces généralités, nous courrions le risque de commettre des inexactitudes, de tomber dans l’erreur banale des gens du monde au sujet de la désignation des fleurs. Séduit par le brillant éclat des couleurs qui ornent la corolle, le vulgaire n’applique le nom de fleur qu’à cette corolle même. Il ne voit la fleur que dans cette enveloppe brillante de beauté ; et, lorsqu'une plante est privée de corolle, il s’imagine qu’elle est privée de fleur! Rien n’est plus faux que cette idée, nous n'avons pas besoin de le dire. Sauf une classe spéciale de végétaux, dont la reproduction se fait par des organes d’une autre structure, toute plante a ses fleurs, plus ou moins appréciables, puisque la fleur est l'instrument de la reproduction de l'individu. Seulement, de tous les éléments qui entrent dans la composition de la fleur, des diverses enveloppes qui la forment, il arrive que plusieurs peuvent manquer ; mais la science permet de bien préciser dans tous les cas l’individualité de la fleur. Toutefois, l'erreur familière aux gens du monde au sujet de la fleur, nous avertit de Ja nécessité de bien fixer sur ce point les idées du lecteur. Étudions, en conséquence, avec attention cet organe, indispensable à la multiplication des plantes.
Et d'abord, quelle définition faut-il donner de la fleur, pour prétendre à une véritable exactitude et rester dans les termes scientifiques ?
Une définition rigoureuse de la fleur est plus difficile qu’on ne pourrait le penser.
J.-J. Rousseau, qui dut à l’étude et à la culture de la botanique les heures les plus douces de sa vie, et ses meilleures conso= lations contre l’adversité, nous a laissé, dans ses Lettres la botanique, un livre plein d’attrait et plein de bonne science. Le célèbre philosophe s'exprime ainsi, dans cet ouvrage, à propos des définitions que l’on peut donner de la fleur :
« Si je livrais mon imagination aux douces sensations que ce mot semble appeler, je pourrais faire un article agréable peut-être aux bergers, mais fort mauvais pour les botanistes. Écartons donc un moment les vives couleurs, les odeurs suaves, les formes élégantes, pour chercher premièrement à bien connaitre l'être organisé qui les rassemble. Rien ne paraît d’abord plus facile. Qui est-ce qui croit avoir besoin qu’on lui apprenne ce que c’est qu'une fleur? Quand on ne me demande pas ce que
c’est que le temps, disait saint Augustin, je le sais fort bien. Je ne le sais plus quand on me le demande. On pourrait en dire autant de la fleur et peut-être de la beauté même qui, comme elle, est la rapide proie du temps. On me présente une fleur, et l’on me dit : Voilà une fleur. C’est me la montrer, je l'avoue, mais ce n’est pas la définir ; et cette inspection ne me suffira pas pour décider, sur toute autre plante, sice que je vois est ou n’est pas la fleur, car il y a une multitude de végétaux qui n’ont dans aucune de leurs parties la couleur apparente que Ray et Tournefort ont fait entrer dans la définition de la fleur, et qui pourtant portent des fleurs non moins réelles que celles du rosier, quoique bien moins apparentes. »
Bien que la définition de la fleur paraisse à Rousseau environnée de tant de difficultés, il n’hésite pas à proposer la suivante : « La fleur, dit-il, est une partie locale et passagère de la plante, qui précède la fécondation du germe, et dans laquelle ou par laquelle elle s'opère. » Définition irréprochable, qu'un siècle plus tard, Moquin-Tandon modifiait à peine, en disant : « La fleur est cet appareil passager, plus ou moins compliqué, au moyen duquel la fécondation s'opère. »
Quelle est la composition, la conformation extérieure d’une fleur ? |
Lorsque cet appareil est le plus complet possible, il se compose de deux enveloppes : le calice et la corolle, et d'organes essentiels propres à assurer la reproduction de la plante, qui sont Le pisti/, lequel renfermera plus tard les graines, et les étamines, destinées à féconder le pistil.
Le calice, la corolle, les étamines, le pistil, sont insérés sur un axe, qui porte Le nom de réceptacle et dont la forme varie suivant les plantes.
Les fleurs de toutes les plantes ne présentent pas les cinq ordres d'organes que nous venons de signaler. Il est des fleurs qui n'ont point d’étamines, il en est qui n’ont pas de pistil. Dans ces deux cas les fleurs sont wniseruées. Dans le premier elles sont dites femelles, dans le second mâles. Le Buis a des fleurs unisexuées, les unes munies d’étamines sans pistil, les autres munies de pistil sans étamines.
D’autres fleurs sont dépourvues de corolle et mème de calice et de corolle. Les premières sont diles imcomplètes, les secondes nues, Le Populage, ou Souci d'eau, qui étend, au printemps, ses magnifiques fleurs dorées au bord des eaux, est dépourvu de corolle. La fleur du Fréne n’a ni corolle ni calice, elle est réduite aux organes de reproduction.
Enfin, certaines fleurs n'ont ni calice, ni corolle ni étamines ;
ou bien ni calice, ni corolle ni pistil. Elles sont à la fois incomplètes et nues. Telles sont celles du Saule, dont les unes ne se composent que de déux étamines, et les autres d’un pistil seulement. |
Une fleur munie d’étamines et de pistils est dite kermaphrodite, qu’elle soit, ou non, pourvue d’enveloppes florales.
Il est un grand nombre de plantes qui ne donnent que des fleurs hermaphrodites. Il en est d’autres qui donnent à la fois, sur le même pied, desfleurs mâles, desfleurs femelles et des fleurs hermaphrodites : ce sont les plantes po/ygames. D'autres n'offrent que des fleurs mâles ou des fleurs femelles; mais celles-ci sont tantôt sur le même pied, tantôt sur des pieds différents. Dansle premier cas, qui est celui du Chätaignier, du Coudrier, du Ricin, la plante est dite monoïque ; dans le second, qui est celui du Chanvre, du Dattier, de la Mercuriale, la plante est dioique.
Les divers végétaux nous présentent dans leurs fleurs pres-
Fig. 133. Fleur du Rafflesia Arnoldi.
que toutes les dimensions possibles. 11 est des fleurs qui n'ont que quelques millimètres de diamètre et d’autres que leur grand volume a rendues célèbres. On trouve à Sumatra et dans les iles de la Sonde, une plante parasite dont la fleur, qui constitue le végétal presque tout entier, a près de 3 mètres de circonférence : c’est le Ra/fflesia Arnoldi (fig. 133). Le calice
de certaines Aristoloches des bords du Rio Madaglena est si volumineux, que les habitants s’en servent comme d’un bon net. Les fleurs de la Victoria reqta, que nous représentons dans la figure 134, ont une circonférence d'environ un mètre. Elles produisent d’admirables effets, lorsque, pendant les nuits magnifiques de ces contrées, elles étalent leurs immenses corolles à la surface de l’eau, sur les fleuves de la Guyane.
Les dimensions de la fleur ne sont pas en rapport avec celles des végétaux qui la produisent. La fleur de la plupart des arbres de nos forêts est peu apparente, et ne compte guère que pour le botaniste. Elle est si petite qu’elle échappe généralement aux yeux des gens du monde, et qu'il faut l’examiner a une très forte loupe pour en faire l’étude. Au contraire, des végétaux de petite taille portent souvent de magnifiques fleurs, qui font l’ornement et l'éclat des prairies, des bois et des parterres, par l'élégance de leurs formes et la beauté de leurs couleurs.
C’est spécialement sur la corolle que la nature a répandu toutes les richesses de son inépuisable palette. La corolle est aussi particulièrement le siège des plus suaves parfums du monde végétal.
Les plantes à fleurs odorantes sont plus communes dans les pays secs que dans les contrées humides. Dans les collines arides et dénudées du midi de la France, le Thym, la Sauge, le Fenouil, les Lavandes, chargent l’air des plus vives senteurs, tandis que les plaines humides de la Normandie n’exhalent aucun arome végétal.
Avant que la fleur s’épanouisse, les diverses parties qui la constituent sont intimement rapprochées et pressées les unes contre les autres: elles forment alors un bouton. Les boutons de toutes les plantes annuelles, c’est-à-dire de celles qui germent, croissent, fleurissent et meurent dans la même année, continuent de se développer jusqu’à leur entier épanouissement. Les boutons de certaines plantes ligneuses, comme le Zilleul, se comportent de mème. Mais il est d’autres plantes, comme l’'Amandier, le Prunier, le Poirier, ete., dans lesquelles les boutons apparaissent pendant l'été, grandissent jusqu’à l'automne, restent stationnaires pendant l’hiver, et s’'épanouissent, le prin-
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FLEUR. 155 temps suivant, aux premiers rayons du soleil. Ces boutons sont écailleux, c'est-à-dire renfermés dans des bourgeons écailleux, qui portent le nom de bourgeons à fleurs, tandis que les boutons qui naissent et se développent dans la belle saison
sont nus.
Enfin le bouton s’entr'ouvre, s’'épanouit et passe à l’état de
fleur.
Cet épanouissement n’a pas lieu indifféremment à tous les instants de la journée. Linné dressa une liste de plantes suivant l’heure à laquelle leurs fleurs s’épanouissent, et il appela cette liste du joli nom d’Æorloge de Flore.
De Candolle a vu s'épanouir en été, à Paris:
entre 3 et 4 heures du matin, le Ziseron des haies ;
à o heures, entre à et 6 heures,
à 6 heures,
entre 6 et 7 heures, à 7 heures,
de 7 à 3 heures,
à 8 heures,
à 9 heures,
de 9 à 10 heures, à 11 heures,
à midi,
à 2 heures,
entre 5 et 6 heures, entre 6 et 7 heures, entre 7 et 8 heures,
à 10 heures.
le Pavot à tige nue et la plupart des Chicoracées ;
la Lampsane commune, la Bellede-jour ;
plusieurs Solanum ;
les Laitrons, les Épervières ,
les Nénufars, les Laitues ;
le Mirowr-de- Vénus, le Mésambryanthème barbu ;
le Mouron des champs ;
le Souci des champs;
la Glaciale ;
le Pourpier, la Dame-d'onze heures ;
la plupart des Ficoïdes;
le Scilla pomeridiana ;
le Sz/ène noctiflore ;
la Belle-de-nuit ;
le Cierge à grandes fleurs, l'OŒEnothère odorant ;
le Convolvulus pourpre.
Il est des fleurs qui restent épanouies plusieurs jours de
suite. Il est des fleurs éphémères, qui s'ouvrent à une heure déterminée, se ferment pour toujours, et meurent dans la même journée, à une heure à peu près fixe. Les Castes, les Lins épanouissent leurs fleurs vers 5 ou 6 heures du matin, et sont fle-
tries avant midi. Le Cierge à grandes fleurs s’épanouit à 7 heures du soir et se ferme environ à minuit.
Certaines fleurs équinoxiales s'ouvrent à une heure déterminée, se referment le mème jour à une heure fixe, puis se rouvrent et se ferment le lendemain et quelquefois plusieurs jours de suite aux mêmes heures. La Dame-d’onze heures s'ouvre plusieurs jours de suite à 11 heures du matin et se referme à 3 heures. La Ficoide nocthflore s’épanouit plusieurs jours de suite à 7 heures du soir, et se referme vers 6 ou 7 heures du matin.
« La régularité de ces phénomènes, dit de Candolle, a frappé tous les observateurs ; mais quoique leur cause tienne évidemment à l’action de la lumière, elle est cependant difficile à apprécier avec précision... J'ai soumis des Belles-de-nuit à la lumière continue des lampes. J'ai obtenu par là une fleuraison tout à fait irrégulière ; mais, ayant placé ces plantes dans un lieu éclairé pendant la nuit et obscur pendant le jour, j'ai vu d’abord leur fleuraison très irrégulière. Puis elles se sont accoutumées à ce nouveau climat, et ont fini par s'épanouir le matin, c’est-à-dire à la fin de la journée que je leur faisais artificiellement, et se refermer le soir, c’est-à-dire à la fin de leur époque d’obscurité. »
Cependant la chaleur paraît avoir une certaine influence sur l'heure de l’épanouissement des fleurs et sur sa durée. Aussi voit-on ces deux phénomènes varier selon les latitudes pour différents pays et selon les saisons pour le même pays. L’Horloge de Flore, dressée par Linné à Upsal, retarde sur l’hor-
loge dressée par de Candolle à Paris.
= Ilest enfin un petit nombre de fleurs dont l'épanouissement est modifié par l’état de l'atmosphère et qu'on pourrait appeler météoriques. Le Sonchus de Sibérie ne se ferme pas, dit-on, le soir lorsqu'il doit pleuvoir le lendemain. Plusieurs Chicoracées ne s'ouvrent pas le matin quand il va pleuvoir. Le Souci pluvial se ferme quand le temps se dispose à la pluie. Mais sa fleur reste ouverte dans les pluies d'orage, qui le surprennent et le trompent, pour ainsi dire.
Des faits du même ordre, mais peu nombreux, ont servi à dresser un zygromiètre de Flore.
La période de la vie de la plante pendant laquelle l’épanouissement des fleurs a lieu, ou sa floraison, varie beaucoup selon les espèces. Chez les Péchers, les Amandiers, les Abri-
cotiers, parmi les arbres; chez les Jacinthes, les Tulipes, parmi les herbes, la floraison ne dure que quelques jours. Mais l’Ellébore d'hiver se couvre de fleurs tout l'hiver, et la Bourse-à-pasteur, qui abonde dans les campagnes du midi de la France, fleurit depuis le mois d'avril jusqu’en novembre. |
L'époque à laquelle la floraison commence varie de même selon les espèces. Linné a dressé le tableau de la floraison des divers végétaux sous le climat d'Upsal, en Suède, pour l’année 1755, et il a donné à cette liste le nom de Calendrier de Flore. Mais ce calendrier varie nécessairement avec chaque climat, car l’époque de la floraison d’une plante doit avancer ou retarder suivant la latitude du pays. À Smyrne, l’Amandier fleurit dans la première moitié de février; dans le midi de la France, il fleurit au commencement d’avril;, en Allemagne, dans la seconde moitié d'avril ; à Christiania, dans les premiers jours de juin.
Est-il nécessaire de faire remarquer ici combien une connaissance exacte des époques de la floraison est indispensable à l’agriculteur, au jardinier fleuriste, ainsi qu'aux personnes qui tiennent à voir les fleurs se succéder sans cesse et avec agrément dans leurs parterres?