FÉCONDATION
De tous les phénomènes de la vie des plantes, il n’en est pas de plus intéressant, de plus remarquable en lui-même, que la fécondation. Quand l'existence des sexes chez Les végétaux fut, pour la première fois, mise en évidence, cette découverte causa un étonnement général. Si les preuves les plus convaincantes si l'observation la plus vulgaire, n’eüssent permis à chacun de constater la réalité de la fécondation végétale, on n'aurait pas manqué de la classer parmi les plus singulières fantaisies sorties de l’imagination des poètes. La démonstration de l'existence des deux sexes dans les végétaux jeta un trait d'union brillant etinattendu entre les animaux et les plantes; elle combla en partiel’abîime qui avait existé jusque-là entre ces deux grandes classes d'êtres vivants; elle devint enfin une source inépuisable de réflexions etde rapprochements pour les naturalistes et les penseurs. En voyant l'espèce d'attraction d’un sexe végétal pour l’autre, en observant les phénomènes spontanés et divers de l’étamine et du pistil, on fut conduit à rapprocher les plantes des animaux,
à leur accorder une certaine portion de sensibilité et de mouvement volontaire. Beau texte de méditations pour les admirateurs de la nature ! Mais nous n’avons pas à entrer ici dans le domaine de l'imagination et de la poésie : revenons à la pure observation des phénomènes qu'il nous reste à décrire.
Les anciens n'avaient que des idées très vagues sur l’existance de la sexualité chez les végétaux. Cependant nous savons par Hérodote, que, de son temps, les Babyloniens distinguaient déjà des Palmiers de deux sortes : ils répandaient le pollen des uns sur les fleurs des autres, pour déterminer la production des fruits de cet arbre précieux.
Césalpin, philosophe, médecin et naturaliste italien, qui, au seizième siècle, professait à Pise la médecine et la botanique, remarqua que certains pieds de Mercuriale et de Chanvre restaient stériles et que d’autres donnaient des fruits. Il considéra les premiers comme des pieds mâles et les seconds comme des pieds femelles.
Au dix-septième siècle, Néhémie Grew, savant anglais, membre de la Société royale de Londres, qui publia, en 1682, une Anatomie des plantes, mais surtout Jacques Camerarius, botaniste allemand, né à Tubingue, montrèrent avec précision l’usage des deux parties essentielles de la fleur et le rôle que chacune d’elles joue pour opérer la fécondation des germes.
Dans une lettre devenue célèbre, De sezu plantarum, publiée en 169%, Camerarius mit en complète évidence le grand fait de l'existence des deux sexes chez les plantes. Cette découverte frappa au plus haut point l'esprit des naturalistes ; c'était là, en effet, une des plus éclatantes conquêtes dont se fussent encore enrichies les sciences naturelles.
Après les travaux de Camerarius, l'existence des sexes dans les végétaux fut généralement admise. Vainement Tournefort se montre incrédule. L'un de ses plus brillants élèves, Sébastien Vaillant, professe publiquement la théorie de la sexualité, au Jardin des Plantes de Paris. Enfin, en 1735, le célèbre Linné la rend populaire, en fondant sur les caractères sexuels des végétaux son vaste système de classification, dont nous aurons plus loin à apprécier la valeur.
Le pollen étant reconnu comme la substance destinée à féconder l'ovaire, il s'agissait de découvrir la manière dont les grains de pollen produisent la fécondation du germe végétal.
On crut d’abord que les grains de pollen s’ouvraient simplement sur le stigmate, et que les granules qu'ils contenaient, absorbés par ce stigmate, allaient former l'embryon, ou concourir à sa formation. C'était l’opinion la plus naturelle à concevoir à priori. Cependant l’observation prouva que les choses se passaient tout autrement, et d’une manière plus compliquée. |
En 1823, un physicien et naturaliste italien, Amici, en observant le Pourpier, reconnut que les grains de pollen, loin de s'ouvrir, comme on le croyait, sur le stigmate, pour y répandre la matière fécondante, s’y changeaient peu à peuenune sorte de tube membraneux, qu’il désigna sous le nom de tube ou de boyau pollinique.
La figure 265 fait voir les états successifs par lesquels passe le pollen, quand il émet son éube, ou boyau pollinique, au moment de la fécondation.
En 1827, un célèbre botaniste français, Ad. Brongniart (mort en 1876), reconnut par de longues recherches sur la fécondation, que le fait observé par Amici se produisait chez un grand nombre de plantes, et que, de plus, le tube pollinique pénétrait ordinairement à une certaine profondeur dans le style. Il cita le Datura comme une des plantes chez lesquelles le mode d’action du pollen sur le stigmate est Le plus facile à observer.
Fig. 265. Pollen émettant le tube pollinique.
« Ges sacs tubuleux, dit Ad. Brongniart, la plupart encore remplis de granules, se distinguent assez facilement par leur couleur brunâtre et leur opacité du reste du tissu du stigmate, et je ne saurais mieux comparer un de ces stigmates ainsi couvert de grains de pollen qu’à une pelote qui
serait entièrement couverte d’épingles enfoncées jusqu’à la tête dans son intérieur. »
La figure 266 représente, d’après le beau mémoire d'Ad. Brongniart, la coupe verticale d’un stigmate de Datura, fécondé. On voit qu’il est sillonné, dans toute son épaisseur, par des tubes ou
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