‹ Histoire des plantesChapitre 41 sur 114 · CLASSIFICATION · texte numérisé non relu

CLASSIFICATION

Chaque plante qui croît à la surface de la terre ou dans les eaux, constitue une individualité distincte. L'examen attentif, la comparaison d’un certain nombre de ces individualités du monde végétal, conduiront tout observateur à reconnaître que plusieurs sont de tout point identiques, tandis que d’autres ne présentent que quelques caractères communs. Examinez les individus-plantes qui composent, par exemple, un champ d’avoine. Chez tous, la racine, la tige, les feuilles, les fleurs, les fruits, offrent les mêmes caractères. Les graines de l’une quelconque de ces plantes donneront des plantes semblables à celles du champ. Tous les individus de ce champ appartiennent à une même espèce, à l’espèce Avoine.

L'espèce est donc la collection de tous les individus qui se ressemblent entre eux plus qu’ils ne ressemblent à d’autres, et qui, par la génération, reproduisent des individus semblables.

Ces espèces peuvent présenter, par suite de diverses influences, par l’action du climat, par la culture, des différences plus ou moins marquées, plus ou moins tenaces, qui les éloignent du type originaire. On leur donne le nom de variétés. Le Blé, la Vigne, le Poirier, le Pommier, la plupart de nos légumes, ont donné, sous l'influence d’une culture longtemps prolongée, des plantes plus ou moins éloignées les unes des autres par la forme extérieure, mais qui ont conservé les caractères essentiels de l’espèce dont elles font partie : ce sont des variétés de Blé, de Vigne, de Porrier, de Pommier, etc.

La réuniéiiun certain nombre d’espèces âistinctes qui présentent le même aspect général, la même disposition dans les divers organes, la même structure de la fleur et du fruit, constitue un ensemble, un groupe, auquel on donne le nom de genre. La Rose à cent feuilles, la Rose églantine et la Rose du Bengale, sont trois espèces différentes d’un même groupe, ou genre : le genre Rosier.

Le langage vulgaire, ou plutôt l'observation générale, avait créé, avant les études des savants, de véritables noms de genres. Les mots Chéne, Peuplier, Orge, sont des noms collectifs vulgaires, qui ont servi, avant la création des sciences naturelles, à désigner un certain groupe de plantes. Ce sont de véritables noms de genres qui ont été créés par le public, et que les botaaistes ont acceptés, parce qu’ils étaient fondés sur une observation exacte. &« Un homme dont les yeux et l'intelligence s’ouvriraient subitement, dit Auguste de Candolle, remarquerait dans le règne végétal certains groupes supérieurs que nous appelons genres, avant de discerner des espèces. »

C’estun botaniste français, Tournefort, qui, le premier, définit et limita nettement le genre dans les végétaux, et lui donna sa formule, déduite des caractères communs aux espèces qu’il renferme. La plupart des genres créés par Tournefort sont restés dans la science, ce qui montre toute la valeur des caractères qui avaient servi à les établir.

Professeur de botanique au Jardin des Plantes de Paris sous Louis XIV, Tournefort publia, en 1694, ses Éléments de Botanique. Dans ce livre célèbre, Tournefort débrouille le chaos où la science des végétaux était plongée depuis Théophraste et Dioscoride. Séparant les genres et les espèces par des phrases caractéristiques, il décrit 698 genres et 1,146 espèces. Il fait connaître, en même temps, un système de classification des plantes, éminemment séduisant, surtout si l’on se reporte au temps où ce système apparut. En effet, le botaniste français dirigeait l'attention et l'esprit de l'observateur sur la partie des plantes la plus propre à exciter son admiration, c'est-à-dire sur les différentes formes de la corolle de la fleur.

En choisissant les formes de la corolle comme base de sa classification, Tournefort contribua peut-être plus aux progrès de la botanique que les plus savants naturalistes de son époque. Il sut plaire en instruisant. En prenant pour objet

Page 1