‹ Histoire des plantesChapitre 57 sur 114 · MOUSSES · texte numérisé non relu

MOUSSES

en spirale serrée autour de la tige; les feuilles du bas prennent, en vieillissant, une couleur rouge.

Dans la figure 326 on voit (1 et 2) que les tiges se terminent par un filament rougeûtre, allongé, portant une sorte de bonnet pointu, composé de poils soyeux disposés longitudina- -ement et d’un jaune clair. Si l’on soulève ce bonnet (6), on voit qu'il est la coiffe d’un corps prismatique (9), garni à son sommet d’une espèce de couvercle (8), assis sur un ourlet qui circonscrit une mince peau de couleur grisâtre, tendue horizontalement comme un tambour. L’ourlet se compose de petites dents pointues, recourbées à l’intérieur et réunies par la peau horizontale. 11 y a 64 dents. Quant à l'intérieur du corps prismatique, il est creux et renferme une multitude de petits granules verdâtres, parfaitement libres et qui s’échappent avec facilité.

On s’est assuré que ces granules reproduisent, par la germination, la plante qui leur a donné naissance. Ce sont donc des graines; mais leur organisation est si simple, et s'éloigne tellement de celle qui est propre aux plantes supérieures, qu’on les désigne sous le nom de spores. Ces spores sont, du reste, renfermées dans l’intérieur d’un sac membraneux qui tapisse les parois du corps prismatique et adhère à un axe central nommé columelle. Ce corps prismatique est l’wrne des Mousses. Le bord libre de l’urne couronné par les dents est le péristome ; ici le péristome a 64 dents. Le couvercle reposant sur le péristome porte le nom d’opercule; le bonnet de poils jaunes qui protège l’urne presque tout entière est la coiffe. Enfin, le filet qui continue la tige et supporte l’urne est appelé soie.

Cette wrne résulte du développement d’un petit appareil fait en sorte de bouteille à long col, traversé dans toute sa longueur par un canal très évident, ouvert, épanoui à son sommet, et qui n’est pas sans analogie avec le pistil des plantes supérieures ; on le nomme archégone. Dans le jeune âge, plusieurs archégones étaient renfermés dans la roselte terminale des tiges (3 et 7) : mais un seul de ces archégones se développe pour former l’urne portée par une longue soie.

L'apparition de ces archégones est contemporaine de celle des appareils fécondateurs. Ceux-ci apparaissent au centre des rosettes terminales de tiges différentes de celles qui portent les

urnes, car les Polytrics sont dioïiques. Ces appareils fécondateurs consistent en petits corps grisâtres allongés (4), plus où moins fusiformes et accompagnés de filets cylindriques, qui se nomment paraphyses. Ce sont des sacs celluleux qui s'ouvrent par en haut, et dont le contenu s'échappe par saccades, à un moment donné, jusqu’à ce que l'organe soit complètement vide.

Quand on examine la matière ainsi projetée hors du sac, on voit qu’elle est constituée par un tissu à mailles peu distinctes, dont chaque cellule renferme un petit corps enroulé sur luimême et offrant un renflement très sensible sur un point de sa circonférence. Ces petits corps sont dans un mouvement de rotation presque continuel. Le tissu qui les contient se dissout promptement au contact de l’eau. Le petit sac, qu’on nomme anthéridie, s'aplatit et se dessèche après l’émission des corpuscules mobiles qu’il contenait, et qu'on désigne sous le nom d’anthérozoides.

Nous avons dit que l’apparition des archéqunes est contemporaine de celle des anthéridies. Quelles que soient les difficultés qui paraissent s’opposer à ce que les anthérozoïdes parviennent jusqu'à ces archégones, il est impossible de nier que ce transport ait lieu, car on a trouvé dans les archégones de certaines Muscinées des anthérozoïdes vivants qui avaient déjà parcouru le tiers de la longueur du col.

Il résulte donc de la structure des archégones et des anthéridies, et de l’observation si curieuse que nous venons de signaler, que la sexualité de ces petites plantes est aujourd’hui hors de doute. Elle est encore confirmée par ce fait, dont l’illustre observateur Hedwig faisait son principal argument en faveur de cette sexualité, que dans les Mousses dioïques, les archégones n'arrivent à leur complet développement que quand les individus munis d’anthéridies croissent dans leur voisinage.

Le type si gracieux des Fougères à haute tige que l’on admire dans les régions chaudes de l'Amérique du sud est d’un effet saisissant. Ces plantes rivalisent avec les plus beaux Pal-

Fig. 327. Fougère arborescente du Brésil.

CR EPN :

miers, lorsqu'elles s'élèvent à dix ou quinze mètres de hauteur, en laissant retomber du sommet de leur tronc, en forme de colonne, un panache de feuilles mille fois découpées. Le bourgeon qui couronne leur extrémité se recourbe toujours en une sorte de crosse, dont la ligne gracieuse ajoute encore à l'élégance de la forme générale de ce beau végétal.

Le tronc des Fougères arborescentes s’allonge toujours par le sommet, sans augmenter en diamètre; il'est marqué de haut en bas de cicatrices laissées par la chute des feuilles (fig. 328). Ces cicatrices ont une forme régulière et sont presque contiguës

Fig. 328. Tronçon et coupe transversale d'une tige de Fougère arborescente.

vers le sommet de la tige ; mais, plus bas, elles sont légèrement déformées et plus espacées. On a conclu de là que latige grandit en longueur quelque temps encore après la chute des feuilles.

Nous représentons dans la figure 327 une Fougère arborescente du Brésil.

Tout le monde sait que, dans nos climats, ces Cryptogames sont loin de présenter les dimensions qu'ils atteignent sous les tropiques. Nos Fougères ne sont jamais que des plantes vivaces, à rhizome court ou traçant, et dont les feuilles ne dépassent guère 10 à 15 décimètres. Ajoutons, d’ailleurs, que beaucoup d’espèces de Fougères des pays chauds, telles que les Zyménophylles et les 7richomanes des tropiques et de l'hémisphère austral, qui ne croissent que dans les lieux humides, au pied des vieux arbres ou sur des rochers baignés par l’eau des ruisseaux, sont, en général, de très petite taille. Leurs feuilles, délicates, sont dépourvues d’épiderme, et consistent en une simple lame de tissu cellulaire, parcourue par des nervures, formées elles-mèmes de vaisseaux scalariformes.

Ces mêmes caractères sont reconnaissables dans le Capillaire nor (Asplenium aclianthum nigrum)que représente la figure 329.

Fig. 329. Capillaire noir.

Pour étudier de plus près la structure d’une espèce de Fougère, nous prendrons pour type le Nephradium filix mas, connu vulgairement sous le nom de Fougère mäle (fig. 330 et 331). | |

Cette plante, que tout le monde a vue dans les bois et les lieux stériles, porte sur sa souche, qui rampe horizontalement, des écailles rousses. Les feuilles sont grandes, pétiolées, très découpées. A la face inférieure des feuilles, ou du moins de ce qui a l'apparence des feuilles, et que l’on nomme dans le langage botanique rondes, on trouve de petites saillies, arrondies en forme de rein. Chacune de ces saillies est constituée par un groupe de petits corps, jaunes verdâtres dans le jeune âge, bruns à la maturité, et qui sont recouverts par une mince pellicule grisâtre.

FOUGÈRES. 333 Chaque groupe de ces petits corps, ou sporanges, porte le nom

Fig. 331. Fougère mâle.

(Face inférieure de la fronde.)

Fig. 330. Fougère mâle. Fig. 332. Fougère mâle. (Face inférieure (Face supérieure de la fronde.) et portion de fronde vues au microscope.)

de sore; la pellicule qui les recouvre est nommée enduste.

La figure 332 fait voir, avec un grossissement microscopique, les organes qui se trouvent à la ras inférieure des frondes de la Fougère mâle.

Les sporanges, ou capsules (fig. 333),sont des sacs celluleux pédicellés, munis, à leur circonférence, d'un cercle presque entier de cellules plus grandes et plus épaisses que celles du reste

Fig. 333. Fig. 334.

Sporange de Fougère Déhiscence ou ouverture d’un sporange mâle, de Fougère mâle,

de la paroi. Ces cellules constituent done une sorte d’anneau qui, par l’effet de sa croissance ou par ses changements hygrométriques, détermine la rupture irrégulière des parois du sporange (fig. 334) et, par ses mouvements, pousse au dehors un grand nombre de globules ovoïdes, anguleux, qu'on a longtemps considérés comme les graines de la plante, et que l’on nommait spores. Mais cette assimilation est absolument contraire aux faits.

Dans les divers genres composant la grande famille des Fougères, les appareils dont nous venons d’entretenir très succinetement le lecteur offrent des formes ou des dispositions différentes. -

Dans notre Polypode, les sores arrondis sont dépourvus d’indusium. Dans le Péeris, un indusium continu avec le bord de la feuille, et s’ouvrant du côté interne, protège les sores. Dans la Scolohendré! les sores, rapprochés par paire, sont protégés par un indusium en apparence bivalve, et ils sont disposés en lignes obliques. Dans l’Osmonde royale, les capsules forment des grappes terminales sur les nervures des parties supérieures de la feuille contractées et modifiées, et sont dépourvues d’anneaux comme d’indusie, etc., etc.

Le mode de reproduction des Fougères a été étudié de nos jours, par un botaniste allemand, Nægeli, et plus tard, par Leszcyc-Suminski. Nous allons donner un exposé des observations si curieuses des deux naturalistes qui nousont révélé ce mode étrange dé reproduction.

On savait depuis longtemps que les prétendues spores de Fougères étaient susceptibles, dans des conditions favorables, de germer et de reproduire le végétal originaire. Ce mode de développement de la plante semblait donc connu. On considérait les capsules comme des organes femelles, et l'on avait cru trouver les organes mâles dans les parties voisines, comme les poils, les glandules, etc. Mais de nouvelles et remarquables observations montrèrent bientôt que le phénomène n'était pas aussi simple qu'on l'avait pensé. D'ailleurs, la structure des corps qu'on avait considérés comme les organes mâles, ne répondait pas à celle que possèdent les anthéridies dans les Cryptogames voisins. Nulle part la présence des anthérozoïdes n’avait confirmé ces désignations hasardées. La nature, en effet, n’a placé les anthéridies des Fougères ni au milieu des spores ni sur le pédicule des capsules. Contrairement à toutes les prévisions de la théorie, c’est sur la plante en germination que l’on trouve ces organes, sur des individus qui ont à peine quelques semaines d'existence, et ne se composent Éore que d’un petit nombre de cellules.

Cette découverte remarquable est due à Nœgeli. Elle fut complétée, quelques années plus tard, par es Suminski,

qui annonça que ce même rudiment de plante porte les

organes femelles.

Assistons donc à la germination d’une spore de Fougère. Sa

membrane externe, résistante et colorée, se rompt, et par l’ou-

verture qui se forme, la membrane interne fait saillie, sous la

forme d’une espèce de boyau. Des cellules se produisent € etse. |

multiplient à l'extrémité de ce boyau. Il en résulte bientôt une petite expansion foliacée, en forme de cœur ou de raquette

(fig. 335, a), dont les dimensions sont d’environ 3 millimètres

de large sur 2 millimètres de long dans le Péeris serrulata. À la partie inférieure de ce petit organe, ou prothalle, apparaissent de bonne heure des radicelles ; puis se montrent les anthéridies et les archégones.

Les anthéridies sont de petits mamelons celluleux, formés,

Fig. 335. Prothalle de Scolopendre munie d'anthéridies.

selon Gustave Thuret, de trois cellules superposées (fig. 336).

Dans les jeunes anthéridies(a), dit ce botaniste, la cavité centrale (entourée par la deuxième cellule faite en forme d’anneau) n’est remplie que d’une matière granuleuse grisâtre ; peu à peu on y voit se dessiner de petits corps sphériques, qui sont les anthérozoides. À mesure que le développement de ceux-ci avance, la cavité centrale augmente de volume, et refoule fortement les parois de la cellule péri-

Fig. 336. Portion de proembryon de Fougère portant deux anthéridies, &.

phérique. Enfin il arrive un moment où la pression est si grande que l’anthéridie crève brusquement. La cellule du sommet qui servait comme de couvercle à la cavité centrale se rompt, ou quelquefois est chassée à travers la déchirure de la cuticule (fig. 337).

Les anthérozoïdes sont expulsés en même temps.

Au moment de leur sortie, les anthérozoïdes se présentent sous la forme de petites vésicules grisâtres, sphériques, dont le contenu est peu distinct (fig. 338). Ils sont d’abord complètement immobiles; mais au bout de quelques instants on les voit, l’un après l’autre, se dérouler subitement, et s’élancer dans le liquide ambiant avec une rapidité extraordinaire. [ls se mettent alors à tourner très vivement; ces mouvements giraloires se prolongent quelquefois sans interruption pen- Fig. 331.

dant une heure ou deux. Si l’on Portion du proembryon de

- : Pteris serrulata offrant à la fois ajoute sous le microscope une gout- des anthéridies (6) et des telette d’eau iodée, leurs mouve- archégones (a). ments s'arrêtent brusquement.

Leur corps, tordu en hélice, forme une sorte de petit ruban spiral : il est d’ailleurs peu

nettement défini, surtout aux \ ; extrémités. Les organes loco- + G 7 moteurs de ces corps étranges composent un faisceau de cils a He courts, nombreux, formant une & | 4 gs espèce de crête, qui émane de d

la partie antérieure du Corps. Fig. 338. Anthérozoïdes de Fougère. Le nombre de ces cils rend

facilement raison de l’extrème vitesse avec laquelle se meuvent ces anthérozoïdes. :

Ces faits renversent toutes les notions relatives à la distinc-

tion des animaux et des plantes. Voici de simples organes végétaux quise meuvent; et si l’on réfléchit, d'autre part, qu'il est des animaux totalement immobiles, comme l’Eponge, les Coraux, les Huîtres adultes, ete., on se demande où est la plante, où est l'animal, et l’on se dit que ces distinctions que la science est obligée de tracer parmi les êtres vivants, c’est-à-dire la séparation des animaux et des plantes, devient impossible quand on se place aux confins de ce que l’on appelait autrefois les deux règnes dela nature.

Les organes femelles des plantes qui nous occupent sont moins nombreux que les précédents ; un proembryon n’en porte pas plus de quatre à vingt (fig. 338 et 339). Ils sont situés à la face inférieure du prothalle, mais en avant du côté de l’échancrure. Chacun d'eux se présente comme une cavité arrondie plongée dans l’intérieur du parenchyme et communiquant avec l'extérieur par une sorte de cheminée que forment Fig. 339. Archégone isolé Seize cellules transparentes, disposées,

(montrant l'action quatre par quatre, les unes au-dessus des des anthérozoïdes sur le

corps embryonnaire). autres (Gg. 339).

Nous devons faire remarquer ici que les deux sortes d'organes que nous venons de décrire peuvent exister à la fois sur le même prothalle, comme dans la figure 337, ou se distribuer sur des prothales différents, comme dans la figure 335. Il y a donc monœcie ou diœcie. Quant au fait de la fécondation, il ne peut plus être contesté. Suminski a vu et figuré les anthérozoïdes dans l'intérieur de la cavité des archégones. Le fait a été confirmé depuis par d’autres observateurs.

Sans entrer dans les détails du développement de la vésicule embryonnaire à l’intérieur de la cavité de l'archégone, nous ferons remarquer qu'on ne voit sortir du proembryon qu'une seule plante, comme si un seul archégone était fécondé, ou, au moins, prenait un tel développement que la croissance des autres en füt empêchée.

En résumé, les capsules qui se développent à la face inférieure des feuilles de Fougère, ne sont pas des fruits, comme on l'avait longtemps admis; les spores que ces capsules renfer-

Fig. 340. Fougère arborescente de Madagascar.

ment, ne sont pas des graines. Les organes reproducteurs mâles et femelles se développent sur un petit appareil transitoire et celluleux, résultant de la germination de la spore.

Pour résumer les indications qui précèdent concernant le mode de reproduction et le développement des Fougères, nous mettrons sous les yeux du lecteur une figure d'ensemble, réunissant les différents organes ou éléments de structure de la Fougère mâle.

Dans la figure ci-dessous les divers organes de la Fougère mâle

Fig. 341. Différentes parties de la Fougère mäle.

sont représentés par les lettres suivantes : À donne Île port de la plante, tel qu’il a été déjà retracé dans plusieurs dessins précédents. B est une portion de fronde montrant, à la face inférieure, des sacs, contenant les spores. C est une portion de fronde montrant plus distinctement les groupes de sacs

à spores. L’un des groupes est recouvert par une membrane (andusie), l’autre en est dépourvu. D représente la partie terminale des Fougères, qui consiste en jeunes frondes enroulées en forme de crosse. F est un sac à spores laissant échapper les spores qu'il contient. G est le prothalle grossi, c’est-à-dire . le résultat de la germination d’une spore G: G' est le prothalle de grandeur naturelle. H est une portion très grossie de prothalle vu par sa face inférieure et montrant les organes dont l’action réciproque détermine la reproduction et le développement de la Fougère, c’est-à-dire les anthéridies et les archégones. [ représente les formes diverses des anthéridies en mouvement. J est la vésicule incluse, dans laquelle commence le développement de la jeune Fougère.

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