LILIACÉES
feuilles carpellaires soudées entre elles par leurs bords contigus. Des ovules nombreux s’insèrent, en deux séries, à l’angle cen-
non.
Fig. 347. Le Lis,
tral desloges. Le style, épais au sommet, est couronné d’un stigmate à trois lobes. Lefruit mür forme une capsule. qui s'ouvre, non par décollement des cloisons, mais par le milieu du dos
de chaque loge, c'est-à-dire par déuscence loculicide. La graine présente un embryon droit dans l’axe d’un albumen charnu.
Le Zis est une plante vivace, à tige bulbeuse. Ce bulbe (fig. 348) est écailleux, à feuilles inférieures lancéolées, les supérieures linéaires, les dernières ovales lancéolées. Ses fleurs forment une grappe blanche.
Le Lis est originaire d'Orient, mais il est depuis un temps immémorial acclimaté en Europe.
Quelques botanistes croient même qu'il y vient spontanément. Les fleurs de cette belle plante sont dans tout leur éclat pendant les mois de juin et de juillet, elles exhalent une odeur exquise mais étourdissante et qu'il n’est pas sans inconvénient de respirer la nuit, dans une chambre fermée.
Le Lis a inspiré les poètes, et la mythologie lui a fait jouer un rôle, car elle nous montre cette fleur naissant du lait de Junon et offerte aux nymphes par le bel Alexis. Le dessin de cette plante figurait sur les étendards des rois de France, et il est encore l'emblème de la royauté bourbonienne. Saint Louis avait pour devise une marguerite et des Lis, par allusion aux armes de France et au nom de la reine.
Le Lis a donné son nom à la belle et nombreuse famille des Liliacées, qui abonde surtout dans les régions tempérées et subtropicales de l’ancien continent.
Parmi les plantes intéressantes de cette même famille, nous citerons : les A/oës, qui croisent dans les régions chaudes de l'Océan, — l'A, — l'Oignon, — la Civette, — la Sclle, — l'Echalotte, — le Poireau, — VYAsperge, — la Salspareille. — Parmi les Liliacées cultivées pour l’ornement des jardins, nous signalerons les Tulipes, les Fritillaires, les Jacinthes. — les Hémérocales, etc.
Fig. 348. Bulbe de Lis.
SR
inie,
Dracœæna d’Abyss
Fig. 349
IRIDÉES. 365
Nous croyons devoir mentionner ici l’un des représentants les plus extraordinaires de la famille des Liliacées, le Dracæna, ou Dragonnier de l'Inde orientale et des Canaries, si remarquable par son port, son vaste développement et le grand âge qu'il peut atteindre. Tous les voyageurs vont admirer, à Ténériffe, un Dragonnier gigantesque, qui, selon la légende, était adoré des Guancuss, peuple primitif de l’île de Ténériffe. C'est peut-être le plus vieux de tous les végétaux connus.
Nous reviendrons dans une autre partie de ce volume sur le Dragonnier d'Oratawa.
La figure 349 re présente le Dracæna propre à l’Abyssinie.
IRIDÉES.
Dans l’Zris (fig.
390) l'enveloppe extérieure de la fleur, ou le calice, est composée de trois pièces richement colorées, étalées en dehors. Les pétales, alternes avec les sépales, se recourbent vers le sommet de la fleur.
Ces six divisions, qui étaient libres Fig. 350. Iris d'Allemagne. dans la jeune plante, et disposées sur deux rangs, se réunissent plus tard, et
forment un périanthe en apparence unique, et fait en forme de tube à la base. ;
Si l’on abaïsse les divisions externes de la fleur, on aperçoit trois étamines à filets larges et aplatis, àanthères allongées, bifurquées en forme de fer de flèche, s’ouvrant en avant par deux sillons longitudinaux, remplies de volumineux grains de pollen. Ces étamines, d’abord complètement indépendantes du périanthe, sont, à l’état adulte, unies à cet organe. Le pistil se compose d’un ovaire infere, surmonté d’un style, soudé par la base avec le tube du périanthe, et terminé par trois lames pétaloïdes stigmatifères. L’ovaire présente trois loges, qui renferment des ovules nombreux, anatropes, disposés sur deux séries, à l’angle interne de chaque loge. Le fruit est capsulaire et s’ouvre en trois panneaux portant une cloison sur le milieu. Les graines, horizontales et aplaties, offrent un embyron droit, placé dans l’axe d’un albumen charnu.
Nos Zris ont un rhizome horizontal, rameux, charnu, très épais, une tige simple ou rameuse; des feuilles la pluparten fascicules radicaux, pliées longitudinalement et soudées dans presque toute leur longueur par les deux moitiés de leur face interne, la nervure moyenne correspondant au bord extérieur. Les feuilles caulinaires sont alternes et engaînantes. Une sorte de grappe composée réunit les fleurs, qui sont d’un grand volume et exhalent une odeur agréable.
La brillante famille des Iridées habite surtout les régions tempérées extra tropicales. Parmi les espèces intéressantes qui la constituent, nous citerons : l’Zris d'Allemagne, que nous venons d'analyser; — l’/ris de Florence, dont le rhizome, doué d’une odeur de violette très prononcée; est d’un grand usage dans la parfumerie et sert à donner aux vins le bouquet de Bordeaux, — le Safran cultivé, espèce indigène, dont les stigmates en forme de crête contiennent une huile volatile très odorante, unie à un principe amer : on les emploie en médecine et dans la teinture ; — les Glaïeuls, à fleur bilabiée, la plupart originales de l'Afrique australe; — la Tigridie queue de Paon, dont les fleurs sont remarquables par leur grandeur, l'originalité de leur forme et la vivacité de leurs couleurs; — les Zxia, ete.
Nous représentons, comme type de la famille des Orchidées la plante, très répandue dans les campagnes du nord de la
Fig. 351. Orchis maculata,
France, qui porte le nom vulgaire de Pentecôte, et le nom scienüifique d’Orchis maculata, ou Orchis taché (fig. 351).
se
Les enveloppes de la fleur de l’Orc/us taché se composent de six pièces pétaloïdes, disposées sur deux rangs et alternes entre elles (fig. 352). Des trois extérieures il y en a deux latérales un peu étalées. Celle du milieu est recourbée en avant,
de manière à former une sorte de casque avec deux des divisions du verticille interne, qui sont semblables. La troisième division a, au contraire, une forme toute particulière : elle s’étale en dehors comme un large tablier pendant, et se prolonge en bas en un éperon creux : c’est le /abelle de la fleur. La corolle est donc essentiellement irrégulière.
Lorsque les six pièces de l'enveloppe florale ont étélenlevées, on a devant les yeux une colonne centrale, qui offre en avant deux loges, dont les ouvertures longitudinales regardent le tablier. Au-dessous, on observe un godet à peu près carré, luisant et visqueux. Si avec une aiguille on entr'ouvre les loges dont il vient d’être question, on verra qu'il y a dans chacune d'elles un corps pyriforme, dont la partie supérieure, renflée, se compose de petites massules anguleuses, reliées entre elles par une sorte de réseau élastique et dont la partie inférieure s’allonge en une sorte de pédicule. Ces deux pédicules s’enchâssent par leur base dans les compartiments contigus d’une petite poche.
S1 l’on abaisse l’un des corps pyriformes vers le godet, il y adhère avec force, et l’on peut aisément s'assurer que le phénomène se produit spontanément dans la nature, et que les massules polliniques émettent, sur cette surface visqueuse, des tubes très fins qui ne tardent pas à pénétrer dans l'épaisseur de son tissu. Ce godet est donc un stigmate, ces corps pyriformes sont donc des masses polliniques, et les deux loges qui les renferment constituent une anthère.
Ainsi, dans celte curieuse fleur, le style et l’androcée sont réunis pour former la colonne centrale, etil n’y a qu’une étamine.
Fig. 352. Fleur de l'Orchis maculata.
Au-dessous du point d'insertion des divisions florales, la colonne se continue en une sorte de queue verdâtre, parcourue par six côtes longitudinales et tordue sur elle-même. C’est l’ovaire qui, comme on le voit, est infère. Cet ovaire offre une loge et renferme un très grand nombre d'ovules extrèmement petits, insérés sur trois placentas appliqués à la paroi interne de l'ovaire. Le fruit est capsulaire et s’ouvre en trois valves qui portent Les placentas sur le milieu, pendant que les nervures médianes restent en place, réunies par leur base ainsi que par leur sommet.
Examinons enfin les organes de végétation de cette curieuse plante que nous prenons comme type de la magnifique famille des Orchidées.
Sa partie souterraine présente deux griffes inégales, dont l’une est ridée, flasque et paraît épuisée de sucs, et dont l’autre est plus blanche, plus volumineuse, plus ferme. La première, en effet, a servi au développement de la tige aérienne actuelle
qui se termine par une grappe de fleurs, tandis que l’autre
doit fournir au développement, qui se fera l’année prochaine, d’un jeune bourgeon feuillu. Ces deux griffes, en forme de palmes, sont des racines nutritives. Sur le haut de ces racines on peut même apercevoir encore un troisième petit bourgeon, qui ne se développera que deux ans après. Chez d’autres espèces indigènes, la racine, au lieu d’être palmée, est ovoïde. Ces deux sortes de productions radiculaires sont toujours accompagnées de racines ordinaires, cylindriques, dont l’absorption est la fonction principale. Les feuilles de l’Orchis maculata sont engaîinantes, s’échelonnent en spirale sur la tige; leur limbe, lancéolé, est ordinairement semé de taches noires.
La froide analyse que nous venons de faire d’une des Orchidées que l’on rencontre le plus fréquemment dans le nord de la France, ne saurait donner une idée suffisante des formes remarquables que nous offre ce magnifique groupe de plantes, ornement des forêts tropicales.
Beaucoup d'Orchidées tropicales sont épiphytes, mais non parasites, c'est-à-dire qu’elles croissent, sans y puiser leur nourriture, dans les fentes des arbres, dans les angles des rameaux, pour s’y dresser ou s’y suspendre avec grâce. Leurs fleurs disposées en épi, en grappe, en corymbe, de petite ou de grande taille, sont souvent décorées des couleurs les plus riches
et les plus variées, et répandent parfois un suave parfum; elles offrent toujours un aspect original. Certaines Orchidées ressemblent à une mouche, d’autres à une araignée; celles-ci à un papillon, celles-là à un homme qui serait pendu par la tête. La diversité de leur taille, de leur port, de leurs fleurs, leur étrange beauté, font de ce groupe naturel de plantes un des ornements les plus recherchés de nos serres. La serre d’Orchidées du jardin du Luxembourg à Paris, est une des plus grandes curiosités botaniques que l’on puisse citer, et en France plusieurs particuliers se plaisent à cultiver dans leurs serres chaudes ces magnifiques et bizarres échantillons de la flore tropicale.
Au point de vue pratique, les substances utiles que l’homme retire de cette famille sont le Salep et la Vanille.
Le Salep est une fécule fournie par les racines tubéreuses des Orchis et des Ophrys, qui en contiennent une abondante quantité, et un autre principe analogue à la gomme. Quant à la Vanille, que nous avons représentée au commencement de ce volume, c’est comme nous l’avons diten parlant de racines, le fruit d’un arbre exotique, dont l’espèce est restée longtemps indécise; mais on sait positivement aujourd’hui qu'elle est produite par la Vanilla planifola.
Les Palmiers se placent au premier rang des espèces végétales, autant par la beauté majestueuse et l'élégance de leur port, que par les services qu'ils rendent aux habitants des régions tropicales, auxquels ils fournissent tout à la fois des fruits, le pain, l'huile et le vin.
Nous étudierons le Dattier comme type de ce groupe de végétaux.
Ce bel arbre (fig. 353), que l’on a désigné, avec raison, sous le nom de Prince du règne végétal, élève jusqu’à 25 ou 30 mètres son stipe droit et colonnaire. Il est couronné par une ample touffe de quarante à cinquante feuilles, dont la longueur peut atteindre 3 et4 mètres, et qui présentent des folioles linéaires, lancéolées, raides, en forme de glaive, disposées comme les barbes d'une plume. De laisselle des feuilles naissent des spathes coriaces, d’une seule pièce, qui
s'ouvrent d’un seul côté, pour donner passage à de longues panicules rameuses, connues sous le nom de régimes et qui
Fig. 353. Dattier.
portent des petites fleurs, lesquelles sont mâles ou femelles. Notons bien que les spathes de fleures mâles et les spathes
de fleurs femelles appartiennent à des individus différents, car le Dattier est un arbre dioique. Personne n’ignore que pour faire produire des fruits à cet arbre, on a recours à la fécondation artificielle des fleurs femelles au moyen des fleurs mâles. Cette opération a été mise en pratique en Orient dès les temps les plus reculés.
La fleur mâle du Dattier présente un petit calice à sépales très courts, une corolle à trois pétales beaucoup plus grands, et six étamines, munies de longues anthères linéaires, dont les deux loges s'ouvrent en dedans par deux fentes longitudinales.
La fleur femelle présente, à l’intérieur d’une double enveloppe florale dont chaque verticille est formé de trois pièces, trois pistils distincts, surmontés chacun d’un stigmate en forme de crochet. De ces trois pistils un seul se développe, mürit et devient une baie ovoide allongée, à épiderme mince, d’un rouge jaunâtre, à pulpe solide un peu visqueuse, à endocarpe représenté par une mince pellicule enveloppant le noyau, qui est la graine même. Cette graine est cylindrique, amincie à ses deux extrémités, profondément sillonnée d’un côté sur toute sa longueur, et offrant de l’autre, en son milieu, une petite empreinte circulaire, véritable opercule, destiné à tomber au moment de la germination pour laisser sortir la radicule de l'embryon, comme nous l’avons montré au chapitre de la Germination, à propos du Balisier. Cet opercule correspond en effet à une petite fossette dans laquelle cet embryon est placé de manière que son grand axe (si l’on peut parler de grand axe pour une si petite chose) est perpendiculaire à la surface de la graine. Celle-ci est, du reste, presque entièrement constituée, comme on:.le voit dans la figure 354,
pe qui montre une coupe de la graine de Dattier, par
du Dattier, Un albumen dur, corné, et dont les cellules, à parois très épaisses, sont gorgées de matières albuminoïdes et de matières grasses.
Le Dattier, propre à l'Arabie et au nord de l'Afrique, est l'arbre par excellence des oasis, celui qui doit, selon le langage imagé des Orientaux, plonger son pied dans l'eau et sa tête dans le feu du ciel. On le plante comme arbre d'ornement, en
Corse, en Sardaigne, dans Le nord de l'Italie, aux îles [oniennes et dans la Grèce septentrionale. Mais dans ces contrées il ne müûrit pas, ou ne mürit qu'incomplètement.
Le Palmier dattier est cultivé pour fournir ses feuilles connues sous le nom de palmes à San-Remo, sur les côtes de la Méditerranée italienne. Le même arbre est cultivé sur les plages de la Méditerranée, dans les régions suffisamment abritées. On connaît les plantations et allées de Palmiers de Nice, d'Antibes et des îles d'Hèyres. Mais il faut, dans ces pays, beaucoup de précautions pour défendre cet arbre des froids de certains hivers.
Le tronc du Dattier fournit par incision un liquide sucré, nommé lait de Palmier, qui, après avoir subi la fermentation, prend une saveur vineuse. Distillé, ce liquide fournit un alcool de très bon goût. Le stipe du même arbre procure aux indigènes leur combustible et leur bois de construction. Ses feuilles sont employées pour la couverture des maisons, et les nègres confectionnent avec ses folioles des paniers, des nattes, des chapeaux, etc.
Nous avons donné avec quelques détails l’histoire du Palmier dattier parce que nous avons choisi cette espèce comme type de la famille des Palmiers. Le cadre de cet ouvrage ne nous permet pas de passer en revue les diverses espèces de Palmiers, si nombreuses et si intéressantes sous le triple rapport de leur structure, de leur beauté, de leur utilité. Nous nous bornerons à signaler les plus remarquables entre toutes par leurs formes ou les usages qu’elles reçoivent,
Le Cocotier (fig. 354) (Cocos nucifera) habite toute la zone torride et se plaît au voisinage des mers. Il s clève à la hauteur de 30 mètres, et se couronne d’un chapiteau de feuilles pennées, c’est-à-dire en forme de plume, longues de 6 mètres. Son fruit est une drupe, grosse comme la tête d’un homme, à mésocarpe fibreux, à endocarpe osseux. La graine est
presque entièrement formée d’un albumen à chair blanche et
ferme à l’intérieur; le centre de cet albumen est occupé par une liqueur claire, agréable, rafraîchissante, une sorte de lait végétal. On retire du Cocotier une huile fixe qui sert à l'éclairage et à la préparation des aliments. Toutes les autres parties du Cocotier sontutiles à l’homme, soit pour le vêtir, soit pour l’abriter.
Nous emprunterons à un ouvrage moderne le récit, allégori
que ou réel, qui va suivre, et qui donne, sous une forme assez piquante, une idée du parti infiniment varié que les habitants
des contrées chaudes de l'Amérique tirent du Cocotier et de ses
produits :
« Un voyageur parcourait ces pays situés sous un ciel brûlant, où la fraîcheur et l'ombre sont si rares, et où l’on ne trouve qu’à des distances considérables quelque habitation où l’on puisse goûter un repos que la fatigue de la route rend si nécessaire. Accablé et haletant, ce pauvre voyageur aperçut une cabane entourée de quelques arbres au tronc droit, élevé et surmonté d’un gros bouquet de feuilles très grandes, dont les unes relevées et les autres pendantes avaient un aspect élégant et agréable. Rien d’ailleurs, autour de cette cabane, n’annonçait un terrain cultivé. A cette vue qui ranime ses espérances, le voyageur rassemble ses forces épuisées, et bientôt il est reçu sous ce toit hospitalier. Son hôte lui offre d’abord une boisson aigrelette, qui le désaltère et le rafraîchit. Lorsque l'étranger eut pris quelque repos, l'Indien l'invita à partager son repas ; il servit divers mets contenus dans une vaisselle brune, luisante et polie ; il servit aussi du vin d’une saveur extrêmement agréable. Vers la fin du repas, il offrit à son hôte des confitures succulentes, et lui fit goûter d'une fort bonne eau-de-vie. Le voyageur étonné demanda à l’Indien qui, dans ce pays désert, lui fournissait toutes ces choses. — « Mes Cocotiers, lui répondit-il. L'eau que je vous ai offerte à votre arrivée est tirée du fruit avant qu'il soit mûr, et il y a quelquefois des noix qui en contiennent trois ou quatre livres. Cette amande d’un si bon goût est le fruit dans sa maturilé; ce lait, que vous trouvez si agréable, est tiré de cette amande; ce chou si délicat est le sommet d’un Cocotier, mais on ne se donne pas souvent ce régal, parce que le cocotier dont on a ainsi coupé le chou meurt bientôt après. Ce vin dont vous êtes si content est aussi fourni par le Cocotier ; on fait pour cela des incisions aux jeunes tiges des fleurs", il en découle une liqueur blanche, qu'on recueille dans des vases, et qui est connue sous le nom de vin de Palmier. exposée au soleil, elle s’aigrit et donne du vinaigre. Par la distillation, on en obtient cette bonne eau-de-vie que vous avez goûlée. Ce même suc m'a encore fourni le sucre pour ces confitures que j'ai faites avec l’amande. Enfin toute cette vaisselle et ces ustensiles qui nous servent à table ont été faits avec la coque des noix de Coco. Ce n’est pas tout : mon habitation elle-même je la dois tout entière à ces arbres précieux; leur bois a servi à construire ma cabane, leurs
ceuilles sèches et tressées en forment le toit; arrangées en parasol, elles me garantissent du soleil dans mes promenades ; ces vêtements qui me couvrent sont tissés avec les filaments de ces feuilles; ces nattes qui me servent à tant d'usages différents en proviennent aussi. Les tamis que voilà, je les trouve tout faits dans la partie du cocotier d’où sort le feuillage ; avec ces mêmes feuilles tressées, on fait encore des voiles de navire; l’espèce de bourre qui enveloppe la noix est bien préférable à l'étoupe pour calfeutrer les vaisseaux; elle pourrit moins vite et se renfle en s’imbibant d’eau. On en fait aussi de la ficelle, des câbles et toutes sortes de cordages.