‹ Histoire des princes de Condé pendant les 16e et 17e siècles (volume 2)Chapitre 103 sur 236 · Mazarin à Servien, 21 août · texte numérisé non relu

Mazarin à Servien, 21 août

2. Fin mars 1648. « Le cardinal a dit à M. de Mesmes que c'était à sa seule considération qu'il ne faisait point mettre son frère à la Bastille et lui permettait de se tenir dans une de ses maisons, demeurant très persuadé et très assuré que ledit s"" d'Avaux n'était pas moins de ses ennemis que M. de Beaufort. « (Rivière à M. le Prince, 2 avril. A. C.)

Ennemi? plutôt livdl. Mazarin avait découvert que d'Avaux aspirait à revêtir la pourpre romaine. Il le soupçonnait de démarches qui troublaient ses propres manœuvres à Rome. Le chapeau rouge semblait être depuis trente ans l'insigne des premiers ministres en France.

ministre, avait jeté quelque trouble clans les négociations, causé de périlleux retards; mais laissons de côté les erreurs de détail, tenons -nous aux grandes lignes : Mazarin conduisit toute cette campagne diplomatique avec une habileté supérieure. Son coup d'œil stratégique ne fut pas moins sur.

Le roi d'Espagne restait belligérant; la conclusion de la paix de Munster, consacrant la séparation des deux branches des Habsbourg, augmentait le désarroi créé par la bataille de Lens et dont la cour de Bruxelles ne pouvait se remettre, malgré la confiance que parfois affectait l'archiduc ; la correspondance des quatre derniers mois de l'année 16^8 en témoigne. « Ni Penaranda, ni le conseiller Brun n'ont d'ordres de S. M. Déjà les troupes envoyées par IM. de Lorraine à l'électeur de Cologne viennent de rentrer et augmentent le nombre des bandes qui foulent les Pays-Bas. Tout ce pays-ci murmure et réclame la paix; les états de Brabant fomentent ce mouvement. L'indignation est grande contre les conseillers de l'Empereur, qui ont sacrifié le parent, l'allié de leur maître, et qui ont laissé donner le titre de roi au tyran [el tiranno) de Portugal \ » Mais l'accord peut se

< . L'arcliiduc au roi, 6 novembre 1648. A. B.

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rétablir en secret : il est facile à la cour de Vienne d'assister puissamment et sans risques S. ^1. Catholique en lui ménageant l'acquisition des armées devenues disponibles, celles de Piccolomini, de Lamboy, et peut-être de Maximilien, tandis que la France resterait privée du concours de ses anciens alliés. Pour parer à ce premier péril. Mazarin entendait que, sous le prétexte plausible de régler une foule de questions laissées en suspens par le traité, Turenne se maintînt quelque temps sur la rive droite du Rhin, attirât à lui le plus possible des corps licenciés par la reine de Suède et la landgrave de Hesse, voire même pai" rEiiipereuiou l'électeur de Bavière. Portée à vingt mille combattants' au moins, notre armée d'Allemagne aurait franchi le fleuve et serait venue prendre ses quartiers d"hiver dans la Gueldre et le pays de Juliers ^ ; au printemps, avec ou sans l'assistance du prince d'Orange, qu'on ne désespérait pas d'entraîner % elle aurait passé la Meuse vers Ruremonde ou Yenloo pour pénétrer dans les Pays-Bas par Test, tandis que nos troupes de Flandre attaqueraient de front : le tout dirigé par Turenne. Ce plan était

1. Mazarin à Servien, 30 octobre I6i8. — A Turenne, 16 novembre.

2. Mazarin à Brasset, \ 1 décembre 1648. (Archives d'Orange- Nassau.)

d'un succès assuré, si le gouvernement français avait pu sortir des embarras créés par la mauvaise gestion des finances, et si le premier ministre, en préparant la récolte de succès extérieurs que lui promettait la bataille de Lens, ne s'élait pas mépris sur le parti qu'on pouvait tirer de cette victoire à l'intérieur.

Arrestation II crut quc, pour raffermir son autorité et rem-

de Broussel. i • i i -r» • • i rv •

Journée plu' les cdisscs du Roi, il Suffirait de compléter le 25 août. ' triomphe de nos armes par un acte de vigueur, — c'est le mot consacré, — et que l'arrestation de deux magistrats briserait toutes les résistances. Cette erreur fut payée cher; le petit coup d'état accompli après le Te Deum du 25 août fut suivi de la journée des Barricades; l'émeute délivre les prisonniers ; la faiblesse succède à l'arbitraire. Cependant la soudaine apparition de ce peuple en armes, occupant toutes les rues, arrêtant les magistrats, repoussant les troupes, bloquant le Palais- Pioyal, avait étonné, alarmé bien des esprits. Ce spectacle rappelait aux vieillards les récits de leurs pères, la tyrannie des Seize et la démagogie de la Ligue. Si Ton retrouvait le cœur patriote et le courage du premier président de Harlay sous la toge et l'hermine de 3Iathieu 3]olé, n'avait-on pas aussi revu, sur les hausse-cols des officiers de la garde bourgeoise, l'image de saint Jacques Clément? Il

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ne maii(|uait que le Balafré. X'allait-il pas arriver de Flandre?

Voilà ce que 3Iazarin redouta un moment : aussi se montra-t-il d'abord fort empressé à retenir M. le Prince loin de Paris; nous avons lu ses dépêches. On croyait à une détente ; des négociations furent entamées. Quelques traités particuliers pourraient bien prévenir le retour des troubles et surtout procurer l'argent ; mais les symptômes alarmants reparurent, les bourses étaient plus fermées que jamais. Le cardinal résolut de passer à l'exécution du système de rigueurs dont il a tracé le projet dans ses u carnets ». D'abord, il déblaya le terrain, écarta deux hommes qui lui faisaient ombrage, inégaux par le mérite, mais en situation d'occuper la première place dans l'Etat. Le 18 septembre, le vieux garde des sceaux Chàteauneuf était exilé dans sa maison du Berry, et Chavigny enfermé dans le donjon de Vincennes : le premier, disgracié par le défunt cardinal, âme damnée de M"^ de Ghevreuse et chef des Importants ; le second, très supérieur, confident de la pensée de Richelieu, auteur de la fortune de Mazarin, ami des Gondé. Le même jour, la cour sortait de Paris, où Mazarin comptait bien la ramener de vive force, et, le lendemain, M. le Prince, soudainement retiré du poste où on l'avait d'aboi'd

si soigneusement retenu, rejoignait la Régente à Rueil. Il était devenu le pivot de toutes les combinaisons de répression.

M. le Prince, Do longuo malu, 3Iazarin l'avait sondé. Dès

consulté,

puis rappelé, le 21 mal, il se lamentait dans ses dépêches « des

rejoint la cour

à Rueil continuelles contestations avec le parlement ; cela

(.19 septembre I.

nous coupe la bourse ^ » ; et quelques jours plus tard : « Nostre guerre dure toujours avec les compagnies. Le procédé de ces messieurs estestrange. Sa Majesté en fera prendre quelques-uns ; Elle est résolue de pousser l'alTaire jusqu'au bout ». Ce refrain revient souvent; mais M. le Prince ne répète pas le cri de guerre : « Je ne vois pas que Sa Majesté puisse prendre un meilleur conseil que de porter les choses tout autant qu'Elle pourra dans la doulceur, et de tascher, par toutes sortes de biais, de ramener les esprits qui se trouvent esgarés, enfin d'en venir le plus tard qu'Elle pourra aux extresmités; le tout pourtant sans diminution de l'authorité royalle qu'Elle doit maintenir jusqu'au bout » (2 juillet). Et lorsque le cardinal parle d'accord (8 juillet), M. le Prince témoigne « une extresmc joye, voyant que les alTaires du temps sont en estât d'accommodement, et que Sa Majesté, par sa prudence et ses bons conseils,

en verra bientôt la conclusion » (1^ juillet). Cependant JMazarin trouve que <( les alTaires s'échauffent », et convoque M. le Prince à Paris (13 juillet). C'est après ce voyage que commence réellement la crise. « 11 faut achever au plus tôt de façon ou autre » (29 juillet). « La Reine est résolue à sévir contre le parlement » (3 août) \ La lutte qui s'engageait sur la Lys fit oublier quelque temps celle qui continuait entre les deux palais. La question disparaît de la correspondance jusqu'au double changement à vue que nous avons indiqué : l'ordre de rester à l'armée (9 septembre), et, trois jours après (12), l'ordre de revenir en toute hâte.

C'est la pénurie du trésor qui avait mis aux La Fronde. prises la couronne et le parlement; combien de révolutions, avortées ou accomplies, ont eu la même origine que la Fronde ! — Il faut battre monnaie : le ministre veut soumettre les magistrats à l'impôt, créer et vendre de nouvelles charges, ce qui diminuera la valeur des anciennes. Pour défendre leurs bourses, les « officiers - » refusent l'enregistrement des édits. Cette intervention d'un corps judiciaire dans une question de gouvernement ne s'accorde guère avec nos idées modernes sur la séparation des pouvoirs. Mais ce principe,

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