‹ Histoire des princes de Condé pendant les 16e et 17e siècles (volume 2)Chapitre 105 sur 236 · Voir t. III, p · texte numérisé non relu

Voir t. III, p

Citons encore un personnage aiïairé, mêlé à toutes les intrigues d'amour ou de politique, dont le nom revient mystérieusement sans laisser presque de trace, — si bien qu'on a longtemps attribué à La Rochefoucauld un morceau dont il paraît être l'auteur. Assez avant dans la confidence du duc d'Orléans, Vineuil * se fit fort d'assurer à M. le Prince les plus brillants avantages, les plus beaux gouvernements, comme prix d'une attitude décidée et d"un concours actif donné aux ennemis du ministre ; mais il s'attira cette réplique : '( J'ai assez de bien et d'établissements pour me conserver par mes services et par ma fidélité ; si j'en avais davantage, je de^^endrais justement suspect au Roi ».

La visite la plus remarquable fut celle de l'archevêque de Corinthe, coadjuteur de Paris. A la journée des Barricades, parcourant les rues en rochet et camail, Paul de Gondi venait, sous le

\. Louis Ardier. sieur de Vineuil, a esprit fin et satyiique, quoiqu'il craignit tout, ce qui lui attira de méchantes affaires: bien fait de sa personne, entreprenant avec les femmes, et cela le fit réussir » Histoire amoureuse des Gaules . Presque toutes It s héroïnes galantes de la Fronde l'honorèrent de leurs bontés ; mais il gouverna particulièrement M'"^ de Chàtillon, de\int gentilhomme de M. le Prince, fut l'ami de Turenne. En 1675, M™*" de Sévigné le retrouve à Saumur, c bien vieilli, bien toussant, bien crachant et dévot, mais toujours de l'esprit «. 1! mourut en 1681.

masque du devoir pastoral, de s'essayer au rôle que jouaient les capitaines du peuple dans certaines républiques italiennes. Si bien arrangée que fût la mise en scène, ce prologue n'eut qu'un succès médiocre; c'était pourtant une révélation. Le futur cardinal de Retz ne s'était encore signalé que par des bravades et des aventures qui n'étaient guère séantes pour son état. On s'aperçut de l'influence qu'il avait acquise : — sur le peuple, par son allure intrépide et une apparence de dévouement à la cause populaire; — même sur son clergé, généralement respectable, et qu'il aurait pu scandaliser par ses mœurs, mais qui voyait en lui un brillant orateur de la chaire, un habile administrateur, un savant théologien, enfin un adversaire résolu des molinistes. Ses relations avec M. le Prince étaient anciennes et amicales. 11 avait hâte de savoir jusqu'à quel point ses visées ambitieuses pourraient être secondées par cette redoutable épée. L'entretien, plusieurs fois renouvelé, fut cordial, plein d'abandon au moins apparent ; mais la conclusion ne répondit pas aux espérances du coadjuteur. Sondé à fond, pressé, Condé finit par éconduire son interlocuteur avec ces paroles : « Je m'appelle Louis de Bourbon, et je ne veux pas ébranler la couronne. »

Louis deBcuTbon Coudé n'avait pas le caractère félin de Henri de

Guise, dont on se plaisait alors à lui prédire la et

. Paul (lo Gondi.

carrière et peut-être la fin. Méprisant les allures théâtrales, les entrées bruyantes, les cortèges fastueux, il négligeait les càlineries à la foule, les ménagements, les ruses qui déguisent et servent les aspirations des grands ambitieux. Pour ceux qui voulaient pousser la révolution jusqu'au bout, <( il manquait de fermeté dans le dessein ^ '>, et les fauteurs de répression à outrance ne trouvaient en lui ni l'empressement, la docilité insouciante de certains instruments commodes, ni la conviction profonde, la sévérité froide, uniforme, inflexible, qui écrase les peuples sans merci comme sans remords. La petite-fille de Philippe II se faisait illusion, si, en rappelant 31. le Prince, elle pensait au duc d'Albe.

(' Il marcha sans hésiter, d'un pas égal, entre la faction et la cour. La gloire de restaurateur du public fut sa première idée; celle de conservateur de l'autorité royale fut la seconde. »

Qui a dit cela? Le plus infatigable des adversaires, le plus passionné des ennemis. Nous avons déjà prononcé le nom du coadjuteur; plus loin, nous reparlerons de son rôle, le mot lui convient ; mais puisque nous venons de faire un premier

Page 1