‹ Histoire des princes de Condé pendant les 16e et 17e siècles (volume 2)Chapitre 14 sur 236 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Mazarin et le pape. M. le Duc destiné d'abord à l'Italie, 1646. — Il est désigné pour servir sous Gaston dans le Nord. Ses rapports avec le duc d'Orléans. — Les Flandres. — Situation des Espagnols. M. de Lorraine et son armée. — Campagnes du duc d'Orléans en 1644 et 1645. — Préliminaires de la campac^ne de 1646. Armées du duc d'Orléans et du duc d'Anguien. — Dispositions des Hollandais. — Mouvements de la cour. Quartier général. État-major. — Premières opérations. Marche d'Arras et de Bapaume sur Courtrai. Deux fois en présence. — Siège et prise de Courtrai (28 juin). Comment M. de Lorraine se tire d'affaire. — Le secours de Hollande. Marche sur la Colme et prise de Bergues. — Siège de Mardick, pris le 23 août. — Le duc d'Anguien prend le commandement, conduit l'armée à Hondschoote (31 août), perce les lignes du Loo et de la Colme, enlève Furnes (4, 5 septembre). — Fortification de Furnes. Hésitations de Mazarin. — Missions de d'Estrades et Tourville à la Haye, de Talon à Grcenwich. L'intendant Chaniplàtreux à Calais et Boulogne. Sirot et les régiments polonais. — Dunkerque. — Dunkerque reconnu (15 septembre), investi (19); la tranchée ouverte (24). Tromp et sa flotte. — Tentatives de secours. — Suite du siège. Guillaume de Lede et don Jacinto de Vera. Mort de Laval et de Chabot. Reddition de Dunkerque (11 octobre). — Derniers mouvements. Séparation de l'armée (novembre 1646).

Si le duc d'Anguien apportait dans le plaisir la le DucTestiné même furie qu'au combat, s'il trouvait quelque

Mazarin

M. le Duc destiné d'abord à l'Italie

agrément à organiser des fêtes, des ballets, des

(1646). agiciiiciii et KjiQ

LOUIS DE BOLRliON. 49

mascarades, les sensations banales et les distractions frivoles ne pouvaient le retenir longtemps; la vie de famille n'existait pas pour lui; l'aniour était sorti de son cœur; l'ambition ne s'en était pas emparée ; la guerre le reprit tout entier. Mazarin lui destinait mie mission de confiance.

A cet homme qui a si heureusement conduit nos aflaires extérieures, qui a fait aboutir la politique de ses prédécesseurs, il manque cette passion de la France qui inspire Henri IV, Richelieu, ce soufïïe patriotique qui réchauffe la froideur de Louis XIII, anime la solennité de Louis XIY. Mazarin est un artiste; son origine permet de dire qu'il gouverne en dilettante: sans chalem*, avec une adresse consommée, il exécute, développe le plan que d'autres lui ont légué. Son esprit n'en est que plus libre, sa marche plus sûre; nul écart : il échappe aux entraînements du succès; mais les calculs personnels, l'égoïsme, le « moi ;j l'emportent trop souvent. On s'en aperçoit aux affaires d'Italie : si quelque part le ministre de la régence dépasse les limites que la prudence lui trace, ce sera de ce côté. Le cœur est là comme les intérêts; là s'accumule Taro-ent. s'élèvent les palais, se rassemblent les objets d'art ^ .

1 . C'est plus tard que vinrent en France les nièces, les tableaux, que fut agrandi l'hôtel Tubeuf.

En France, Mazarin n'a ni famille, ni liaines, ni amitiés; il se sert des hommes, les élève, les abaisse, les écarte, les rappelle, suivant l'heure. En Italie, il a des parents, de vrais amis, de vrais ennemis surtout. Ceux-ci triomphent en ce moment.

Le cardinal Panfilio ^ vient de monter sur la chaire de saint Pierre. 11 a joué Tambassadeur de France, nos agents, nos partisans dans le sacré collège. Une fois pape, Innocent X quitte toute mesure, persécute les Barberins-, refuse de nommer aucun évêque en Portugal ou en Catalogne, ne veut plus entendre parler du chapeau rouge demandé pour le dominicain Michel \ soutient en France les mécontents du clergé, et à Rome combat les amis, dépouille les parents du premier ministre français. Celui-ci négocie, met en mouvement les ressorts secrets, promet des ponts d'or; mais le pape est arrogant; tout autour de lui sont les troupes espagnoles : il se croit en sûreté. La France n'obtiendra rien de lui si on ne trouble cette quiétude.

1 . Jean-Baptiste Panfilio, élu pape sous le nom d'Innocent X le 15 septembre 1644, mourut le 7 janvier 16oo, à l'âge de quatre-vingt-un ans.

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