‹ Histoire des princes de Condé pendant les 16e et 17e siècles (volume 2)Chapitre 13 sur 236 · Voir t. IV. p · texte numérisé non relu

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tous ceux qui l'aimeront, Nemours, Basile Fouquet (rabbé]\ Grofis, Digby-, recevra de toute main argent, bijoux, domaines^ « l'avarice en personne « . Ambitieuse, elle rêve d'être reine et finit par épouser un souverain ; sa beauté, survivant aux années, attire les yeux de Louis XIV enfant; elle faillit s'unir à Charles II et mourra duchesse de Mecklembourg\

1. Frère aîné du surintendant Nicolas. II a eu longtemps toute la police secrète dans les mains et en a cruellement abusé. Mort en 1680.

2. Ces deux Anglais, proscrits coinme royalistes actifs, passèrent plusieurs années en France et jouèrent un certain rôle dans les affaires du temps, y compris l'hi-toire amoureuse. — Wiliiarn Crofts, qu'on appelait liabituellement Graft ou « Craff le milord », capitaine des gardes de la reine Henriette -Marie, amba-sadeur de Ciiarles II en Pologne, fut créé pair d'Angleterre et mourut sans enfants (1677). C'était « un homme de paix et de plaisir ». — Quant à George Digby, second comie de Bristol, homme d'action, « fier et plein d'ambition », il avait été lieutenant-général du roi Charles I'^"' et s'était vu dépouiller de toute sa fortune. Il prit du service en France, puis rentra en Angleterre avec son roi, et y mourut en 1676, âgé de soixante-quatre ans.

3. Entre aut' es les terre et château de Merlou (Mello). Ce domaine ne fut pas aliéné, comme nous l'avons dit (III, 447),mais bien donné à M""" de Chàtillon, en usufruit d'abord par le testament de Madame la Princesse (16.j0), et peu après définitivement en nue propriété par le Grand Condé.

4. Voir t. II, p. 283, t. III, p. 186, ibo, 438, et t. IV, p. 157 et 414. — Isabelle-Angélique de Montmorency, devenue veuve (1649), se remaria en I66i et n'eut pas d'enfanis. — Son second époux, le duc Christian de Mecklembourg, eut pour

Les enfants du décapité Boutteville reprenaient dans le monde le rang que leur assignait le nom de Montmorency. Voici Isabelle brillamment établie; Marie-Louise était déjà marquise de Yalençay; restait le fils posthume, que le départ de M°"' de €hâtillon allait laisser bien seul et presque nu. M. le Duc s'en chargea; c'était œuvre méritoire : né au lendemain de la mort tragique de son père, si chétif qu'on lui refusait son âge (dix-huit ans), franchement contrefait, ce jeune homme n'avait guère pour lui que son esprit malin et caustique. Patience! « Le petit François » est le futur « tapissier de Notre-Dame ;>, « le méchant petit bossu que le prince d'Orange ne vit jamais par derrière ^ » ! Le maréchal de Luxembourg continuera Gondé, qui le chérira, l'aimera comme son œuvi'e, se dévouera pour le sauver, lui tendra la main quand tous le quitteront; car il y aura des hauts et des bas, des grandeurs et des misères dans la vie de ce capitaine; il s'en faudra de bien

successeur son frère, dont est issu le grand-duc aujourd'hui régnant à Sclnverin. — Isabelle mourut en 169o, peu de jours après son illustre frère, le maréchal de Luxembourg. Sa sœur aînée, marquise de Yalençay, était morte en 1684.

1 . « Je ne pourrai donc jamais battre ce méchant petit bossu » ! disait un jour Guillaume. Le mot fut rapporté à Luxembourg : « Comment sait-il que je suis bossu ? Il ne m"a jamais vu par derrière. »

peu qu'il ne monte comme criminel d'Etat sur l'échafaud où périt son père le duelliste, et qu'il ne s'asseoie sur la sellette des empoisonneurs à côté de la Brinvilliers et de la Voisin. Tout ce qu'on a faussement reproché à Gondé, il le fera : exécutions barbares ordonnées en souriant, sanglantes batailles livrées avec la paix en poche. L'âge, les traverses le modifieront heureusement ; son caractère sortira épuré des épreuves en même temps que son génie grandira. L'humanité, la générosité du glorieux vainqueur de Steinkerque et de Nerwinde ■eflacent le souvenir des légèretés cruelles et des taches qui obscurcissent les premiers triomphes ; le bon grain étouffera l'ivraie.

Voici encore un mariage qui fut le fait de Louis Henri chabot

. devient

de Bourbon et qui, sans se rattacher à sa vie par duc et pair

. par son mariage

les mêmes liens, lui causa plus de soucis, ren- avec Marguerite

. . . , . Je Rohan.

contra une opposition plus sérieuse, souleva une L'aventure de

I • 1 /~i • I Tancrède.

agitation plus durable que celui de Lhâtillon.

La maison de Chabot, souvent honorée de hautes charges, tenait un rang distingué à la cour, aux armées, en province \ En ce temps, elle était

4 . Philippe Chabot, amiral de France, avait été fort avant ■dans la faveur de François I", qui lui fit donner la Jarretière par Henri VIII. — Le duel de Guy Chabot avec La Chàteigneraye, terminé par le fameux coup de Jarnac, fut le dernier des combats en champ clos; — ce Guy était neveu de l'amiral Philippe. — Son petit-fils, Charles, sieur de Sainte-Aulaye,

36 LES PRI.NCES DE COXDE.

représentée par trois frères qui avaient peu de bien ; l'aîné, soldat modeste et dévoué, servait depuis plusieurs années en Catalogne, où il fut tué. Le troisième était le chevalier Guy-Aldonce, que le duc d'Anguien considérait déjà comme un de ses meilleurs lieutenants. Entre les deux venait Henri Chabot, (( un des hommes de France les mieux faits et les plus agréables « . Moins guerrier que courtisan, s'attachant plutôt à la fortune des princes qu'au métier des armes, il appartenait à la suite de Gaston de France, tout en étant admis dans l'intimité de M. le Duc. qui le prit pour confident de ses amours avec 31arthe du Yigean. Chabot fut un intermédiaire discret, délicat, plein de tact et de dignité ; par réciprocité et avec la chaleur qu'il apportait dans ses relations amicales, le duc d'Anguien servit Chabot dans la recherche de Marguerite de Rohan \ le plus noble et un des plus riches partis de France.

eut trois fils : 1° Charles, tué devant Lérida en 1646; 20 Henri, qui devint duc de Rohan; 3° Guy-Aldonce. le chevalier, tué devant Dunkerque en '1646. — Henri Chabot, né en 4 616, mêlé aux troubles sans y jouer un grand rôle, mourut à trente-neuf ans, laissant à son fils le titre que porte encore l'ainé de sa postérité. L'une de ses filles, « la belle Soubise », fut aimée de Louis XIV; une autre. « plus piquante que belle », M""^ de Coëtquen, fut admirée parTurenne.

i. Née vers 1617, héritière et fille unique de Henri, duc de Rohan.

Les huguenots les premiers s'émurent de la prétention de Chabot. Déjà alïhgés de l'abjuration du petit-fils de l'amiral, ils prévoyaient bien ce qui devait advenir si riiéritière du plus grand seigneur et du plus illustre capitaine de leur parti épousait un catholique : encore une pairie enlevée. Les Importants n'étaient pas moins hostiles. Chabot, se dévouant au duc d'Anguien, passait pour un déserteur dans la suite de Gaston; l'heureuse fortune de ce cadet ameutait tous les envieux. La famille même de la future était chvisée. Le duc de Sully, cousin germain et tuteur, prit parti pour Chabot ; c'est chez lui ^ que se fit le mariage. La mère, Marguerite de Béthune, opposa une vive résistance, sans avoir jamais beaucoup compté sur la docihlé de sa fille, « la pruderie incarnée » : or M^^de Rohan n'était rien moins que prude. Femme de tête et d"intrigue, elle tenait en réserve, caché dans un coin de la Hollande, un prétendu héritier auquel elle s'intéressait particulièrement.

Un beau jour, tandis que l'armée du duc d'Orléans faisait des sièges sur le littoral de la Flandre, on vit apparaître à Calais un jeune homme mystérieusement amené de Leyde. Il portait le nom d'un

1. Au château de Sully. — Marguerite de Béthune. veuve de Henri, duc de Rohan, était fille de l'ami de Henri IV et tante de Maximilien-François, troisième duc de Sully.

héros du Tasse et descendit chez le comte de Charost ^ gouverneur de la place, parent et ami de M™"" de Rohan. Ainsi accueilh, le bel inconnu laissa là son poétique nom de Tancrède pour prendre le titre de duc de Rohan, et ses amis improvisés affectèrent une vigilance inquiète, comme s'il fallait protéger l'héritier du dernier des grands huguenots contre les embûches de M. de Chabot et de son puissant ami. On parlait de valets achetés, d'assassins arrêtés, de poisons saisis. Le chef de la cour militaire de Gaston, qui était aussi un des plus actifs meneurs de la cabale des Importants, d'Aubijoux, cerveau mal ordonné, plus brouillon qu'intrigant, homme de fantaisie, de boutade, grand duelliste, débauché infatigable, prit feu là-dessus, et par ses propos, ses lettres datées de Gravelines ou de Béthune, propagea activement ces rumeurs. Le scepticisme du maréchal de Gi^amont en fut un moment troublé, et la princesse Marie elle-même se sentit entraînée "■. Bientôt Tancrède devint à la

1. Louis de Bélhune, neveu de Sully, lieutenant-général des ville et citadelle de Calais et pays reconquis, duc et pair en 1672, mort en 1683.

2. Le maréchal de Gramont à la princesse Marie, 13 juin 1645. — Le vicomte d"Aubijoux à la même, 10, 17, 24 août 1645, A.C. — D'Aubijoux (F.-J. d'Amboise, vicomte), chambellan du duc d'Orléans, gouverneur de Montpellier, heutenant-général en 1650, mort en 1C73.

mode, circula dans Paris, se fit voir dans le carrosse du duc de Guise, eut audience de la Reine, entama une instance. Débouté de ses prétentions \ il retomba dans Tombre, ne fut ni empoisuniir, ni poignardé, et finit par mourir en soldat pendant la guerre de Paris.

jM. le Duc ne se laissa pas émouvoir parles aventures de Tancrède, encore moins par les menaces et les calomnies. De près ou de loin, il reste à la disposition de Chabot, n'épargnant ni les lettres, ni les démarches ; c'est son écuyer La Forêt qui porte les messages au château de Sully " . 11 désarme certaines résistances, ramène des amis, des parents, tels que Gramont, La Trémoille, ayant même soin de ne pas rompre toute relation avec 31""' de Rohan la mère. 11 intervient dans les discussions d'affaires, négocie, améliore les transactions; enfin il fait, non sans peine, régler le point difficile : Henri Chabot est déclaré duc de Rohan par le Roi. On crie à l'abus de pouvoir, rien n'est plus faux; la

1. Ce procès a donné lieu à de longues et belles plaidoiries. Les avocats et les chroniqueurs onl tout dit sur ce Tancrède, sans arriver à établir s'il était un Gis adultérin de M"''' de Rohan et du duc de Candale, ou un simple aventurier lancé par Ru\igny pour les besoins de la cause. Ce qui est certain, c'est qu'il n'était pas fils du grand Henri de Rohan. L'arrêt qui le débouta fut prononcé le 26 janvier 4 646, et c'était bien jugé.

2. Lettres de Henri Chabot, du chevalier de Rivière, 164o,etc. — A. C.

Couronne ne lésait personne lorsqu'elle rétablissait une pairie éteinte en faveur de ceux qui détenaient légitimement la terre sur laquelle cette pairie était assise. Louis de Bourbon soutenait les vrais principes de l'ancien droit, et il les soutint jusqu'au bout, malgré le mauvais vouloir ofticiel, malgré les clameurs des partis : au plus fort de ses embarras politiques, au risque de les compliquei-, il assura l'enregistrement des lettres patentes qui élevaient définitivement son ami au rang de duc et pair ^ .

Les «libertins» Ce groupc dos amis de la première heure,

dans la maison . ^

de M. le Duc. rivaux d étude ou d amour, compagnons de guerre

Bussj",

saint-Évremond , et dc pkisir, va s'éclaircissaut chaque jour. D'au-

Rivière,

Bourdeiot. tres prennent, dans ce cercle familier, les places que la mort des uns, le départ des autres laisse

1. La duché-pairie de Rolian, créée (avril 1603) en faveur de Henri de Rohan, fut éteinte le 13 avril 1638 par la mort de ce même Henri sans enfants mâles. Marguerite de Rohan. sa Glle, s'étant mariée en 'I64.j, le brevet de duc fut donné par la Régente à Henri Chabot, son époux. Les prétentions du soi-disant héritier ayant été écartées par un arrêt solennel, la vicomte de Rohan fut de nouveau érigée en duché-pairie par lettres du mois de décembre 1648. Le 1o juillet 4 652, au lendemain du combat du faubourg Saini-Anloine, dans la période la plus agitée de la seconde fronde. M. le Prince mena le duc de Rohan à la grand' chambre, et d'autorité fit enregistrer les lettres, qui furent transentes au parlement de Bretagne le 29 août 1653. En dernier appel, l'affaire fut définitivement jugée et réglée par le Roi lui-même en son conseil (1706).

vacantes. Voici d'abord deux officiers de la maison, dont les noms sont comme associés par certains traits semblables d'esprit, de caractère, et par une destinée commune : Roger de Rabutin, comte de Bussy, et Charles de Saint-Denys, sieur de Saint- Evremond. Le premier, un peu vassal, voisin plutôt, homme de qualité, moins grand seigneur que sa vanité ne veut le faire croire, vient de remplacer le brave Mauvilly dans le commandement des chevau-légers de Condé; très ])on officier, et d'étoile à devenir maréchal de Fj'ance; vaillant soldat, audacieux môme quand on le voit, mais sachant se ménager; personnel, pervers comme son regard qui inquiète et repousse \ Beaucoup de charme cependant; les femmes oublient ses injures-; ^I"' de Sévigné lui accorde le pardon que Louis XIV lui refuse.

Cadet de basse Normandie, Saint-Evremond hésitait entre la robe du magistrat, la soutane du prêtre et la casaque de Tofficier. On lui offre une commission d'enseigne au régiment de Champagne, et il la prend comme il aurait accepté un

1. Voir t. IV, p. 292, la tentative d'enlèvement de M'"* de Miramion.

2. Et cependant comme il les traite! Exilé, ruiné, il emprunte le pinceau d'un peintre pour continuer son pamphlet; et de sang-froid, à loisir, sur les murs de son château, il achève de déshonorer celles qui l'ont aimé.

bénéfice, ou un siège à quelque présidiaP. Appelé auprès de M. le Duc, il reçut devant AUerheim un coup de fauconneau dans le genou ; et quand, à Philisbourg, au mois de septembre 16/i5, après un terrible accès de fièvre chaude, Anguien reprit connaissance, il vit couché à côté de lui le lieutenant de ses gardes. Cloué sur son lit, celui-ci pouvait tenir un livre, et tout le jour il faisait la lecture:

1. Ce qu'il voulait, c'était « gaigner » à la façon de ses compatriotes quand ils allaient conquérir la Sicile au xi* siècle; il reste fidèle ù la tradition et parle sans vergogne de 50,000 livres grivelées sur les gens de guerre, « précaution qui lui a été fort utile dans la suite », a-t-il soin d'ajouter. — Saint-Évremond mourut à Londres (1703), âgé de quatre-vingtneuf ans, dont trente passés sous les armes et quarante en exil. A Londres, il vivait dans le plus grand nionde, sans jamais engager son indépendance. Beaucoup d'amis, les femmes surtout : Ninon, la duchesse Mazarin, la comtesse d'Olonne lui restèrent invariablement attachées. Nous ne pouvons guère juger de son visage, ne le connaissant que par les portraits où il est défiguré par une loupe énorme. Pétillant d'esprit, sagace, plein de finesse ; moins incisif, moins ferme queBussy dans son style, il est plus abondant; son œuvre est plus variée; c'est le type du polygraphe. Il y a du fatras dans ses quatorze volumes, mais de l'exquis, du délicat. Sa place était marquée à l'Académie française; il se contenta de persifler les académiciens Quant à Bussy, il fut admis dans la docte compagnie, sinon comme mestre de camp général de la cavalerie légère, ainsi qu'il le laisse entendre, tout au moins comme homme ae naissance, de savoir et de goût; ses confrères ne savaient pas qu'il méritait d'être reçu comme épistolaire ou comme satiriste, et d'être exclu pour l'indignité de son œuvre.

Rabelais d'abord, que M. lo Duc ne goûta guère, puis Pétrone, qui le divertit beaucoup; qu'on s'imagine Pétrone commenté par l'épicurien le plus raffiné du siècle! Saint-Evremond ne s'entendit pas longtemps avec son général et le (juitta (16^9) sans rompre; il a recueilli certains traits du Grand Condé qu'il retrace avec une justesse alTectueuse, parfois même avec éloquence. Écrivains de même famille et de rang distingué, Saint- Evremond et Bussy se perdent par la plume; l'un expie par un long exil la lettre sur la paix des Pyrénées, et le cantique de Deodatus confine l'autre dans le manoir où il termina sa vieillesse ennuyée ^ .

11 faut encore rappeler ici les noms de Rivière et de Bourdelot. Le premier exerça un moment la charge de Tourville sans hériter de l'indépendance, du dévouement et de la dignité de ce galant homme-. Agent utile, correspondant agréable, vaudevilliste cynique, athée de profession, com-

■1. Bussy avait été autorisé à sortir de son château dans les derniers temps de sa vie et fut même reçu par le Roi, mais sans revenir à la cour. Né en 161 S, lieutenant-général en l6oi, mort en 1693. — Il avait commencé une vie du Grand Condé. Le ms. autographe de l'introduction existe dans nos archives.

2. A la suite de quelque dissentiment, Tourville quitta son otfice de premier gentilhomme en 1647 et mourut peu après.

plaisant intéressé, il eut un moment la faveur, jamais la confiance, et disparut durant la guerre civile^. Avec au moins autant d'esprit, plus de portée, plus de fond, Michon, dit Bourdelot, n'avait pas un caractère beaucoup plus respectable' : « grand valet d'apothicaire et menteur effroyable » , dit Guy-Patin (n'oublions pas qu'il s'agit d'un « circulateur »), au demeurant habile praticien, versé dans plusieurs sciences, novateur, un peu charlatan, gonflé de vanité, traînant derrière son

1 . Le duc d'Anguien avait remarqué le chevalier de Rivière à Rocroy et l'avait tiré d'affaire après un duel; ce fut l'origine de leurs rapports (voir t. IV, p. '297, 49'/).

2. Lorsque Guénaud, retenu à Paris par sa clientèle, cessa d'accompagner M. le Prince dans ses voyages, il désigna pour le remplacer un de ses élèves, le jeune Michon, qui avait pris le nom d'un oncle, médecin assez connu. Bourdelot débuta par la bagarre de Fontarabio, puis fut appelé auprès de M. le Duc pour suppléer à l'insuffisance médicale de Montreuil (voir t. III, p. 318), qu'il finit par remplacer définitivement lorsque celui-ci mourut en Catalogne [août 1647). — La thérapeutique de Bourdelot ne laisse pas d'étonner un peu. Tour h tour apôtre ou proscripteur du tabac, il s'en sert pour guérir les rhumes du Grand Condé (Ballard, Discours du labac), ou lui attribue les accès de folie de Saint- Ibal. Il condamne « l'usage de l'herbe-thé » (A. C. décembre 1644), et purge M'"" de Sévigné avec des melons et de la glace (lettre de Sévigné, juillet 1677), etc. — Correspondant habituel de Balzac, il eut de bruyantes querelles avec le savant 3Ieibomius. — Né à Sens en 1610, il mourut à Paris le 9 février 1685, empoisonné par l'imprudence de son valet, qui avait mêlé une forte dose d'opium dans sa conserve de roses.

LOLIS Dt; BOURBON. 45

carrosse estafiers el laquais, courant après les abbayes, les évêchés même, sans croire en Dieu; amusant indifféremment ceux qu'il llatte par une lioulTonnerie ou par un sacrilège ^ ; aujourd'hui l'abbé Bourdelot est le médecin écouté, le familier, presque l'oracle de M. le Duc, qu'il séduit par ses théories, amuse par sa pétulance, rassure par ses soins intelligents. Bientôt il devient précepteur, puis laisse là son élève, le petit duc d'Albret, pour s'attacher à la reine Christine, qu'il suit à Stockholm et dont il bouleverse toute la cour. 11 saura faire oublier ses témérités, ses désertions, ses bassesses; on lui pardonnera jusqu'à ses airs de grand seigneur; il retrouve ses amis, ses protecteurs des premiers jours, et finit par rentrer à Chantilly; Dangeau fera mention de sa niurt.

L'allure, le ton, les tendances de ces nouveaux venus ne devaient guère être du goût de M. le Prince, sans cju'il put se plaindre bien haut, ces choix étant presque tous les siens. C'était à son insu, mais un peu par son fait que le nombi'e des « libertins » résolus avait grossi autour de son fils. D'ailleurs, s'il se méfiait des esprits forts, il

1. Un jour il s'enferma avec le prince de Condé et la Palatine pour brûler devant eux un morceau de la vraie Croix. Le résultat négatif de cette expérience aurait frappé la Palatine et amené sa conversion.

les redoutait moins que les huguenots; contre ceux-ci son antipathie est toujours en éveil, et il semble comme rassuré par les incidents qui ont rompu ou détendu les liens entre M. le Duc et les réformés, la mort de Goligny, le mariage de Ghàtillon,les querelles avec Ruvigny ^ A la longue, la rumeur publique arrive jusqu'à ses oreilles, et alors son mécontentement se traduit par ces boutades qui lui sont habituelles : « 11 vaut mieux vous poignarder que de continuer la vie que vous menezM » Et vraiment, au lendemain des violentes émotions du champ de bataille, à la veille de nouveaux périls, n'échappant au poids de ces redoutables responsabihtés que pour retomber dans les peines de cœur, Louis de Bourbon menait la vie assez vite. Le badinage licencieux allait

1. Ruvigny (Henri de Massue, dit le marquis de), fils d'un boQ otlicier que Sull\' avait distingué, fut de bonne heure en relations intimes avec la femme et la filie du vieux ministre et ne pardonna pas à Chabot, assurait-on, de l'avoir supplanté dans la faveur de W^" de Rohan. De là sa querelle avec le duc d'Anguien, dont il avait été et dont il redevint plus ou moins l'ami. — Lié aussi avec Cinq-Mars, c'est lui qui, en 1642, avait décidé le grand-écuyer à faire visite à M. le Duc. — Homme de mérite et de courage, lieutenant-général en \6oi, puis député général des églises réformées, il joua un rôle important. Après la révocation del'édit de Nantes, il se relira à Greenwich, où il mourut en 1689. Ses flis prirent du service en Angleterre et y exercèrent de hautes fonctions.

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