LE DUC DE CHATILLON A M. LE DLC
Paris, 24 octobre 1646.
Ce seroit une chose superflue que de mander des nouvelles à Vostre Altesse, .Monsieur de La Moussaye s'en alant, qui vous
1. ChâtiUon n'obtint pas la charge de colonel-géaéral des Suisses; elle fut donnée à Schomberg en 164".
les dira de bouche et qui est mieux informé de toutes choses que personne. Depuis quatre jours que je suis icy, je n'ay veu Monsieur le Cardinal q'une fois; il me parla de la charge de colonel des Suisses, et sur cela me fit un galimatias de civilités, dans lequel je n"ay point voulu pénétrer jusqu'à ce que j'eusse des nouvelles de Yostre Altesse. Ce n'est pas que je voye qu'il y ait pour moy dans ce rencontre là aucun suject de rien espérer; tout le bien que je croy qui m'en pourra arriver, c'est que Vostre Altesse continuant à avoir un peu de bonté pour moy et me faisant la grâce de s'emploier à son retour pour moy, elle obtiendra avec plus de facilité qu'auparavant ce qu'elle demandera en ma faveur. Jusques à celte heure, je croy que je n'avois pas passé pour un homme intéressé dans l'esprit de Yostre Altesse, mais à cette heure, après tant de persécutions de ma part, je pense que si vous ne me croyés intéressé, qu'au moins vous penserés que je suis converti en homme qui songe fort à ses afaires. Pourveu que vous ayés dans les vostres la satisfaction nécessaire, je me oonsolerav quand les miènes iront aussi mal qu'à l'ordinaire, pourveu que vous aymiés un peu celuy qui vous adore et qui
est avec un respect très profond et sans réserve
On a dit à >!"■ l'abbé de La Rivière qu'on luy avoit rendu de mauvais ofices auprès de vous; il témoigne en estre fort en peine et proteste que sa plus forte passion est d'estre creu de Yostre Altesse son serviteur très humble, et d'obéir à ses comandements en tous rencontres. Un homme que vous devinerés aysément m'a venu voir exprès pour me dire cela.
MAZAniN A M. Li: DUC.
Sans date, 1646.
J'ay entretenu au long M"" de Chastillon sur ce que vous m'aviez escrit à son advantage. Je m'asseure qu'il a luy mesme
cognu et est demeuré persuadé des raisons qui m'empeschent de le pouvoir servir dans cette conjoncture cy en la chose que vous proposiez. J'estime infiniment sa personne et son mérite; il a fort bien servi en toutes rencontres et particulièrement en celle cy; et joignant à tout cela voslre recommendation, il n'y a que ce qui est absolument hors de mon pouvoir que je ne fisse pour luy et avec très grand plaisir; mais certes, dans cette occurrence, la chose dont est question se trouve de cette nature, à mon grand regret. Je n'entreray pas, Monsieur, avec vostre permission, dans le détail des raisons, me remettant à ce qu'il vous en raportera luy mesme, sur ce que je luy ay dict. Il n'y a que la Reyne seule qui ayt sceu ce que vous m'avez mandé, et la personne dont j'emprunte la main pour vous faire responce. J'espère que, comme j'ay dict à M"" de Chastillon. je seray a?sez heureux pour luy procurer un establissement dans les premières occasions, la Reyne ayant eu la bonté de me confirmer depuis peu que S. M'"^" sera ravie qu'elle se présente bienlost. J'ay entretenu mondict s"" de Ghastillon de toutes choses et luy ay dict mes petits advis sur ce qu'il m'a fait sçavoir de vostre part; et comme j'ay eu le bien de vous escrire encore quelques particularitez par le s'' de La Bourrelie, il ne me reste qu'à vous asseurer que je suis plus qu'aucun autre A. G.