‹ Histoire des princes de Condé pendant les 16e et 17e siècles (volume 2)Chapitre 154 sur 236 · LE DUC DE CHATILLOX ET SON MARIAGE · texte numérisé non relu

LE DUC DE CHATILLOX ET SON MARIAGE

LE MARECHAL-DIC DE CHATILLON A il. LE DCC.

Paris, 10 juia 1644.

Je vous rends mille grâces de la responce qu'il a pieu à Vostre .-Mtesse me faire à la lettre que je luy avois escritesur le subject du voyage de mon fils en Hollande ; c'est pour le rendre plus capable de servir soubs l'faoneur de vos comeademens en une autre occasion. S'il ne trouve le vent à propos, et un navire de guerre prest à s'enbarquer dès qu'il arrivera à Calais, il poura s'employer pour un jour ou deux à visiter le siège de Graveline, dont on parle encores fort douteusement et diversement. Il faut espérer que, le bonheur et la valleur de Gaston de France, assisté de nombre de grands chefs et bons capitaines, ayant une armée de chois et d'elitte, et la plus forte qu'on luy pouvoit donner, avec ce que je vous marque, touties diflBcultez se peuvent surmonter. On luy envoyé de nouveau des gardes françaises et suisses: il a

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l'argent, vivres et munitions de guerre à souhait; que ne peuton faire avec tout ceila? Cependant ceste cannpaigne ne se passera que Voître Altesse n'y ait sa bonne part. Je me resjouyray tou>jours de ce qui regardera vostre gloire et conteutc-

ment, comme celiiy qui est de tout son cœur

GASPARD Dr: COLIGXV A M. LE DLC.

Saas de Gand, 16 juillet 16-14.

Je ne pense pas qu'il y ait au monde un si maudit chrestien que moy et que la douleur de n'estre point auprès de vous, jointe à toutes mes malédictions passées, ne face le plus acomp'i malheur du monde. Je fais en ce lieu iry la plus rude pénitence du monde, et si le désir et l'espérance que j'ay de revoir bientost Vostre Altesse ne modéroit un peu mes déplaisirs, par Dieu je ne pourrois pas vivre quinse jours en Testât où je suis. J'ay e-^té aussi vilainement du[ié de mon père et de ma mère qu'il est possib'e, jusques au point qu'ils me suposèrent ii Paris des lettres fausses de Hollande pour m'obliger à y venir: et quand j'ay esté icy. j'ay sceu de M'' le prince d'Orange (]u"il ne souhaitait nullement que j'y vinsse cette campagne et qu'il ne s'y attendoit en façon quelconque. Je vous confesse. Monseigneur, que la nécessité de mes affaires me fit résoudre à venir icy ; car voyant mon père et ma mère plus acharnés à me persécuter que jamais et dans la résolution de ne me pas donner un gueu d'escu, je creus que si je perdois ces charges icy je demeurerois en estast d'estre éternellement à charge à mes amis et qu'il me valoit mieux sacrifier pour une campagne, n'estant pas obligé après cela d'y retourner. Depuis que je suis icy, ces bonnes gens escrivent journellement au prince d'Orange afin qu'il face en sorte de m'aresler icy une partie de l'hiver. Le bonhomme m'en a voulu toucher quelque mot; mais je l'av si bien mandalo far

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foulir que je ne pense pas qu'il lu y arrive désormais de me dire chose pareille.

Viso de Cats vient d'arriver tout présentement dans cette armée; à la mine de cet homme là je ne pense pas qu'il face grand mal à nosire ami Paiuau, car un vis de cats n'est guère à craindre. J'ay l'âme si peu disposée à la joie que je ne sçaurois pas seulement pousser celte meschante raillerie là plus avant, et la crainte de vous ennuier d'un discours sérieux me fait finir diligemment, après vous avoir assuré que toutes les choses du monde ralliées ensemble ne me sont rien à l'esgal de Vostre Altesse A. C.

Sans date, 1645.

Après ttint d'obli.ualions je n'ay plus de paroles et mon éloquence m'abandonne dans le rencontre dj ma vie où j'en aurois eu le plus de besoin. Toutes choses nous ont succédé le plus heureusement du monde, et, hors le déplaisir de ne voir Vostre Altesse de quelque temps, je luy proteste qu'en despit du ciel et de la terre je conserveray très peu de clugrin en la compagnie du bonhomme Chamilly. J'ay procédé ce matin au saint sacrement de mariage en présence de tout Chasteau- Tierri. Je pars tout présentement pour m'en aller à Stenay, où j'espère arriver demain; c'est de là que je vous promets d'illustres narrations. Celuy que vous avés acablé de grâces et de bienfaits vous demande la continuation de vos bontés et vous conjure de croire que rien sur la terre ne vous est si acquis que moy A. C,

Sans date, 1C45.

L'arrivée de La Tulere icy m'a donne beaucoup de joie, ayant receu par luy la continuation de vos bontés acoustumées, et je vous proteste aussy, Monseigneur, que la peine et les tourments que je voy prendre à Vostre Altesse pour

mes afdires, me donne beaucoup de chagiin, et que, si j'estois seul ombaïasté dans une mauvaise afaire, j'aymerois mieux quitter le royaume que de consentir aux tourments que vous vous donnés à cause de moy, qui sans doute suis perdu ii l'heure qu'il est, ou quy ay du moins les épaules descliargées de cet adorable fardeau, de celte merveille de nos jours, dont Vostre Altesse parle dans sa lettre avec les éloges qui luy sont deus. J'avois bien préveu que mon père et ma mère useroient dans ce rencontre icy de leurs bontés acouslumées en mon endroit. Vous avés ouy crier sur le Pont-Neuf les motifs de ma conversion ; je vous envoya ceux de mon mariage i, que vous m'avés comandé de vous envoyer; je ne sçay si cela sera dans la forme qu'il faudroit; ils ont esté faits avec tant de promlitude que vous trouvères, et dans le meschant stile, et dans la dévotion, assés de quoy réjouir Vostre Altesse aux despens de son serviteur. Je n'avois jamais fait de manifeste et cependant je croy qu'il pourroit bien aller chés le bonhomme Cramoisi. Les trois cent pisloles de M""" le P. (Prince) sont bien aussi bonnes que les huict centliviesde Saleshuict; je pense que (mais qu'il sache les mile pisloles) qu'il me croira bien un plus rude joueur, et qu'il m'apellera bien sangsue de prince et qu'il sera aysément persuadé qu'il n'en faudra guères comme moy pour vous mettre à l'hospital. On me mande que les voleurs, les canailles et les vantadours ont juré sur leur esprit et sur leur honneur qu'ils ne me lairroient jamais en patience. Jugés, Monseigneur, en quelle peine je dois estre, puisque tant d'honestes personnes se sont ligués contre moy par de si furieux serments. Quand mes mères et les parlements m'auront pardonné, j'espère que ces animaux forts en bouche, et qui ont pris le mors aux dents, soufriront qu'on leur mette de si bonnes gourmettes

l. Justification autographe du comte de Coligny sur la recherche qu'il a faite de M"" de Boutteville, 16 mars 1G45. A. C. — La place nous manque pour publier ce long mémoire.

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qu'il ne leur arrivera jtlus une aulre fois de faire les chevaux eschapés. Quoyque cette plaisanterie soit meschante, j'aymo mieux que Vostre Altesse croye que ce soit plaisanterie que bravoure; car je vous proteste, Monseigneur, que je n'en veux faire aucune. Adieu, ^lonseigneur, c'est assés vous importuner pour cette fuis.

Meymac n'est pas si slu|)ide dans un conseil de politique que je suis passionément

Madame de Coligny vous lemercie très humblement de l'honneur de vostre souvenir et vous proteste que vous n'avés point au inonde une servante qui vojs soit plus acquise A. ('..

Sans date (1G45;.

Je vous escris encores ce billet et adjoule encores cette importunilé à toutes les autres; c'e^t qu'il me semble que, puisques dans le parlement on déclare mon mariage clandestin, il seroit bon d'avoir recours au Saint Père; et si pour cet efect Vostre Altesse voyoit M'' le nonce et le prioit d'en escrire au pape, luy témoignant que ce sont personnes à qui vous prenés intérest, et que mesme Vostre Altesse luy en escrivît, je croy, en cas que les choses demeurassent toujours dans l'aigreur, que pour n'avaler point le déplaisir du clandestin cette procédure là ne seroit pas inutile, et pour cet éfect à tout hasard j'enverray dans deux ou trois jours à Vostre Altesse une confirmation de mon mariage et un acte de cela par devant notaire et tous ceux de cette ville et de celte garnison et des nobles d'alentour pour témoins avec les autres formalités observées, et devant cela je feray semblant de m'absenter et on prendra témoins comme elle aura déclaré sa volonté, estant en toute liberté et à son choix d'aller retrouver Madame sa mèie; il faudra de plus que je me face bourgeois de Stenay, que j'estime plus que de citoyen romain. La Feuillade porce à

Vostre Altesse une copie de la déclaration quej'envovay hier; s'il atrape l'autre valet de pied, il vous en portera l'original qui est escrii et signé de ma main; pour le stile, Vostre Altesse conestra facilement qu'il est de moy. Bon jour, Monseigneur et mon maistro, c'est celuy qui vous adore A. C.

MADAME LA PRINCESSE A M. LE DUC

19 juin 16-1Ô.

Mon cher fils, je crois que vous seres bien ayse d'aprandre que le mariage de M'" de Coligni a été confirmé avec toutes les formalités nésésères: M"" vostre père a bien voulu siner au contrat, nous y avons touls sine; j'ay ausi été au mariage, qui a été fect dans l'archevêché par M'' l'archevêque de Paris; M'' de Yalancé y étoit présan, qui a ausi sine au contrat. Je crois que Coligni fera ce qu'il poura pour voir sa mère, qui est an cette ville, avant que de vous aler trouver, qui sera pourtant bientost à ce quil m'a dit. Il n'y a rien de plus nouveau que ia résolution que Brion a prise d'épouser M°»« de Conblisi *, dont nous luy ferons touts uneéirange guerre, et san la joie que me donne le mariage de M'"'' de Rambouillet, qui sera dans dis ou dous^ jours, je ne me pourés consoler de celuy de Brion. Si vous voyés M''"^ de Rambouillet dans l'ambaras où elle est, vous mouriés de rire; vous perdes un gran divertiseman de n'estre poin à ces nosces-là; pour moy j'ay bien peur de n'y estre pas parseque les noses se feront à Rue!. Pour vostre sœur, coy qu'elle soit fort incomodée de sa grosèse, elle ne léra pas d'y aler, car elle dit que ce sera tout le divertiseman qu'elle ora duraa si grosèse. Mesieurs du parleman ont feit

1. François-Christophe de LéTis-Ventadour, neveu de Madame la Princesse, comte de Brion, puis duc de Damville (16J8), épousa Anne Le Camus de Jambeville, veuve du vicomte de Comblisy, morte en 1651. Il n'en eut pas d'enfants et mourut lui-même en 1661.

for les moues sur l'afère du présidan Barillon, mes ils ont commansé aujourd'uy à se radoucir: M"' vostre père a été au parleman de la part de la Rêne. M°"'de Rohan continue à dire tant de soiises sur le mariage de sa fille que M°"= de Rambouillet et moy la pansâmes quereler avant-hier. Il me semble qu'il y a asés long temps que je n'ay eu de vos nouvelles et je coramanse à m'an annuler. Fêles m'en savoir le plus souvan que vous pourés, et ayés soin de servir Dieu et de vostre

santé, et m'émer autant que mon afeclion le mérite

M. LE DUC A MAZARIX.

Camp de Honscotte (Hondschoote), 22 octobre 1646.

La charge de coronel général des suisses estent vacante par la mort de M^" le mareschal de Bdssompierre, j'ay creu q le vous ne la pouviés donner à personne qui la méritât mieus ny qui fût plus vostre serviteur que M. de Chàtillion; il a la naissance et les services qui parlent pour luy; de plus, vous releverés parce raoien une des plusgrand'^s maisons di France, qui est certainement incommodée: ouU-e cela, vous pouvés juger quelle obligalion je vous en auray; vous sçavés comme je l'aime; vous ne me sçauriés obliger plus sensiblement que dens ce rencontre '. Je vous demande, Monsieur, la continuation de vos bonnes grâces A. C.

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