MAZARIN A M. LH DUC
Amiens, 4 juin 1646 [analyse).
Le chevalier de Rivière a remis à .Mazarin la lettre de M. le Duc. Bergerac aura grâce pour son duel; mais il doit être arrêté « pour la forme et pour sauver la dignité ». — A vu l'abbé Franquelot; le servira. — Le régiment de S'-Simon, (|ui devait joindre M. le Duc à Landrecies, ira droite Bapaume et gagnera ainsi deux jours. — Les Hollandais ont résolu les levées extraordinaires, et le prince d'Orange promet de mettre en campagne, pour le 20 du courant, une armée aussi forte (jue celle de l'année dernière.
PIECES ET DOCLMEMS. 457
Reçu une lettre de Gassion qui apporte beaucoup de Donnes raisons contre le dernier dessein. — Les dernières résolutions seront prises mercredi au soir à Arras. où M. le l'uc sera avec S. A. M. et les maréchaux de France. . . .
Amiens, 9 juin 16-J6 {analyse).
Se réjouit que toutes choses se soient à la fin ajustées; M l'entreprise est très sure et fera voir à ces peuples que nous n'avons pas besoin des Holandois pour leur donner bien des affaires ».
M. d'Estrades va en Ho'lande pour se concerter avec le prince d'Orange.
Recommandations pour la marche de l'armée.. . . A. G.
Paris, IG juin 1640.
Envoyant ce gentilhomme à M. le comte de Seaux sur la mort du pauvre marquis de Gesvre, son frère, qui \ienl d'estre tué à Lérida, je profite de cette occasion pour vous asseurer de la continuation de mon service très humble et pour vous dire l'impatience que j'ay de recevoir des nouvelles de nos armées. J'ay donné à S. A. R. par le moyen de M' l'abbé de La Rivière quelques-unes que j'ay receu de Flandres, que je ne répéteray pas icy, ne doutant point qu'elles ne vous soient communiquées.
Je vous diray seulement. Monsieur, que la conduite que nous avons tenue envers M" lesEstatsa produict un très bon eOéct puisque desjà M' le prince d'Orange est hors de La Haye et qu'il promet que son armée sera ensemble au IS*" du courant en estât d'ai-'ir.
La Reyne a fait la grâce à M'' le comte de Seaux de luy accorder la charge de M"" son frère, considérant qu'il en a desjà perdu deux dans le service ; il faudra doresnavant se
garder des prophéties de W le niar^»^ de Gramont, qui prédit dernièrement audit s' comte à Compiègne que la campagne ne passeroit point qu'il n'eust fait tuer son aisné et qu'il lisoit cela sur son visage. ... A. C.
M. LE DCC A MAZARIN
Camp devant Coiirtrai, 2-1 juin 1610.
Le gouvernement d'Ardrcs vaquent par la mort de i\r de Lermont, et sçaclient les bontés que vous avés eues cet hiver pour M*" Arnault pour celuy de S' Disier, j'ay creu que vous sériés bien aise de luy procurer cet aventage; y', vous en seray en mon particulier très sensiblement obligé; vous sçavés le temps qu'il y a qu'il sert sens aucun bienfaict de la court, et puis je sray bien que ma recommendation vault quelque chose auprès de vous. Je ne vous mande point de nouvelles parce que je sçay que M'' de La Rivière vous les mande touttes. Jr vous demende la continuation de l'honneur de vostre amitié Il y a icy deus lieutenents des gardes fort
blessés; si il en meurt un, je vous supplie de vouloir faire doner une de leurs charges îi S' Martin de l'artillerie. A. C.
MAZARIN A l'abbk dk LA Riviiiut: {nimli/se).
Fontainebleau, 26 aoCit 1C4(J.
Il faut empêcher les |)iogrès des ennemis sur la Lys et y réparer les perles déjà faites. — Mardick pris, on laisserait le maréchal de Rantzau surveiller la côte et donner bon ordre à la sûreté de Bergues et Mardick. M. le Duc, « estant en estât d'aller en carosse », et le duc d'Orléans reviendraient sur la Lys avec toutes les troupes, ou du moins celles de La Ferté- Senneterre, [tour s'emparer de Menin. De celte position cha-
touilleuse pour l'ennemi, Rantzau fera des progrès si l'ennemi tire ses troupes sur la Lys, où elles ne pourront toujours pas arriver avant les nôtres. S'il ne peut rien entreprendre, on pourra le faire rejoindre après qu'il aura laissé de bonnes garnisons dans Bergues et Mardick. De plus le voyage de Tartnee vers la Lys facilitera le retour de M. de Gramonl; mais il est à craindre que le mauvais état où le prince d'Orange est réduit et l'envie qu'ont les députés de Hollande de quitter l'armée pour retourner chez eux, ne leur fassent mettre trop tôt l'armée en quartiers. — M. de Villequier, gouverneur du Boulonois, pourrait rendre de grands services en restant du côté de la mer. — On va donner satisfaction au colonel principal des Polonais. On pourrait mettre les Polonais dans les villes, à condition qu'il n'y soient pas les plus forts, et employer en campagne les Anglais et les Suisses qui sont dans les places. — Mettre aussi dans une place le régiment de Jonzac. — On assure de Londres qu'au mois prochain deux mille hommes seront débarqués à Calais. — Si, quittant les postes de la Lys, on jugeait bon d'en garder quelques-uns, on emploierait pour cela un corps de milices des gouvernements d'Amiens et de Doullen-;, ainsi qu'il a été arrêté avec les gouverneurs des places frontières. — Il faut menacer d'un châtiment exemplaire les munitioonaires s'ils font mal leur service. Ils n'ont pas fait de magasins du côté de la mer et de la Lys, malgré les ordres rerus. En cas de marches, le soldat doit emporter du pain pour cinq ou six jours. — M. Le Tellier est chargé de faire faire des amas de blés sur la Lys. — Faire le relevé des chevaux d'artillerie, des ofïiciers de même arme pour ne payer que ce qu'il y a et réformer le superflu si possible. — On travaille à envoyer le nécessaire pour raccommoder Mardick et Bergues
et les mettre à l'abri d'un coup de main « Si du
fonds que l'on donna à ^lons' le duc d'Anguien pour les travaux à sa sortye en campagne, il en a esté pris quelque chose pour le siège de Mardyk, on le fera remplacer icy au premier
advis que l'on en aura, afin qu'il ne manque rien pour l'heureux succès des desseings qu'on entreprendra.
On craint extrêmement que l'envie que Mons'' le Duc a d'agir ne le porte à mespriser son mal^ et que faute de prendre huit ou dix jours de repos il se mette en estât de ne pouvoir plus rien faire le reste de la campaigne. C'est pourquoy la Reyne m'a commandé expressément de prier de sa part S. A. R. de s'employer envers Mons'" le Duc pour le faire songer à sa santé préfèrablement à tout, et comme il s'agit d'une parlye si délicate qu'est la Aeue, laquelle pourroit courre grand risque en s'exposant trop tost à l'air et au grand jour, Sa Ma'^ voudroit bien qu'il se donnast un peu de patience el que tout au plus après le départ de S. A. R. il se contentast de donner les ordres, se mettant en quelque lieu bien seur près de l'armée, oiî il pust avoir toutes les commodités; et comme en cela Sa Ma'*^" n'a autre objet que le recouvrement de la santé de M. le Duc, si sans se meUre trop au hazard d'augmenter son mal il peut aller en personne avec l'armée, bien accomodé dans un carosse, Sa Ma^^ en sera très contente, sachant bien que sa présence ne peut qu'apporter beaucoup d'advantage au service du Roy. . . « '.
On prépare à Béthune les munitions de guerre, grenades, etc. — Au moment d'envoyer ce mémoire parle S"" Duhamel, il apprend la reddition de Mardick, qui va permettre d'arrêter les progrès de l'ennemi sur la Lys. Cependant que l'amiral Tromp, ou celui qui commande à sa place, ne bouge pas des environs de Dunkerque; sa présence donne jalousie aux enne.nis et les empêche de se concentrer sur la Lys. A. C.
1. C'est probableueiit à causj de ce passage que l'original de ce mémoire fut remis au duo d'Anguiea.
MAZARIX A M. LE DLC.
Fontainebleau, 36 août 1&45.
L'inquiétude où je suis de Testât de vostre santé m'oblige à vous dépeSL-her de nouveau le S'' Duhamel pour m'en raporter au plus tost des nouvelles et pour vous conjurer de ma part que vostre courage ne vous fasse point précipiter vostre sortye de la chambre auparavant que vostre blessure soit entièrement guérie, estant en une partye si délicate que l'on ne peut y apporter trop de précaution. Je sçay bien que ce vous sera une mortiffication, mais je m'asseure que vous la donnerés volontiers à la satisfaction de la Reyne, à la supplication de vos plus véritables serviteurs et à la considération que vous ne sçauriez lesmoigner plus agréablement à Sa Ma''= vostre zèle à son service que par les seings que vous apporterés à la conservation d'une personne si précieuse à l'Estat comme est la vostre. ... A. C.
Fontainebleau, 30 août lù46.
Je vous despesche esprez ce courrier pour vous donner un advis que j'ay eu de bon lieu, que les ennemis prétendent de pouvoir mettre ensemble comme en cachette le plus grand nombre de troupes qui leur sera possible, et nous fondre sur les bras en un instant. C'est une pensée de Pico'omini et de Caracena, à laquelle Castel-Rodrigo a fort aplaudy. Il est vra\ (à ce que le mesme advis porte; que compris ce qu'ilz ont vers la mer, la Lys et le costé d'Anvers, et enfin généralement toutes leurs forces, elles ne font pas plus de 20,ûG0 hommes, et qu'il y a partout trèz grande apréhension de nos troupes, parlant de qui s'est fait à Mai'dik comme de diables et non pas d'hommes. Yoilà les termes propres auxquelz on en escrit de
Flandres; on s'y flattoit pourtant sur vostre maladie dans l'espérance que vous ne pouriez agir en personne de tout le mois qui vient.
Je vous suplie de faire bien veiller à leurs mouveniens, afin que le projet de l'icolomini de vous tomber sur les bras deux fois plus forts que vous ne les croyez n'ayt pas l'efl'et qu'ilz se sont proposez. Hz ont desjà destaché six mil hommes de l'armée qu'ils avoyent contre les Jiollandoi», avec quatre mil desquelz on dit que Picolomini est venu à Donquerque, et Ettevan de Gamarra s'est jeté avec les deux mil autres dans Ypres.
Pour ce qui regarde Mardik, on vous en envoyra les résolutions aussytost que S. A. R. sera arivé icy, et je vous despescheray en toute diligence M'' de Ghastillon avec tout esclaircissement là dessus et sur toutes les autres choses autant qu'elles pourront dépendre de moy, vous assurant que je luy ouvriray mon cœur avec ingénuité et que je désire avec passion l'advancement du service de Sa Majesté dans l'acroissement de vostre gloire.
Je crains extrêmement que le retour de S. A. R. n'ayt donné lieu à beaucoup d'ofGciers et de soldats d'en faire de mesme. Je luy avois fait envoyer une lettre du Roy lii dessus, afin qu'elle pust luy servir de prétexte pour refuser tous les congez qu'on luy demanderoit ; mais je ne sçay ce qui en sera arivé. Je croy que, comme je vous suplie pour vostre intérest mesnie de ne donner permission de revenir à qui que ce soit sans une nécessité bien absolue, vous aurez agréable que je fasse remettre une pareille lettre de Sa Ma'^ entre les mains de M"" de Ghastillon pour vous servir d'excuse envers ceux qui vous en solliciteront.
Je serois d'advis qu'on ne tardast pas davantage à faire revenir l'infanterie de M' le mar^*' de Gramoot, car ce corpslà poura vous eslre fort utile. La présence dudit s'' maresclial avec sa cavalerie dans l'armée de M"' le prince d'Orange ne laissera pas de faire le mesme effet d'obliger toujours ledit prince
PIÈCES ET DOCLMEMS. 463
à tenir la campagne et d'engager par ce moyen bonne partie des forces des ennemis de ce costé-là.
Je vous suplie de tout mon cœur, -Monsieur, de songer à vostre ?anté préferablement à toutes choses et de ne vous inquiéter pas pour sept ou huit jours pins ou moins, puisque ce temps là de repos vous donnera aprez lieu d' agir sans crainte de retomber.
Les nouvelles cy-dessus sont du '2'6' de ce mois dans un temps oià ilz avoyent mis ensemble toutes leurs forces pour tenter le secours de Mardiii par terre; mais ii y a apparence qu'à présent leur principale pensée sera de garder Donquerque et les autres postes de la mer, auxquelz ilz croyent que nous visons plus qu'à retourner sur la Lys. A. C.
Fontainebleau, 31 août 16-16 {analysf).
On dépêche un courrier à Calais pour les affaires des Polonais et pour voir si on pourra en tirer parti. Avantage remporté par La Ferté-Senneterre; lui a ordonné de s'entendre avec Du Plessis-Bellière, qui commande dans Armentières, pour empêcher qu'il n'entre rien dans Menin ; l'occasion est favorable pour attaquer cette place. Si l'armée ne peut y marcher tout de suite, il serait bon d'y envoyer lÛOû chevaux rejoindre les lOOU autres qui y sont déjii et les 200 d'Armenlières.
Si on se résout à attaquer la place, il serait bon que La Ferté-Senneterre l'investit du côté de Lille avec le plus de cavalerie et d'infanterie possible, car il est probable que le principal corps des ennemis sera vers Ypres; La Ferté pourrait du côté de Lille s'acquitter de cette charge sans péril pendant que l'armée s'avancerait pour investir la place de l'autre. A. C.
46i PIÈCES ET DOCUMENTS.
Fontainebleau, 4 septembre 1G46 {analijsr).
Lui renvoie M. de Cliàtillon. — Raser le fort bas de IMardick. — Le colonel Priemski servira le reste de la campagne avec ses Polonais ; ne pas trop s'y fier, — Nouvelles d'Allemagne : l'armée franco-suédoise a poursuivi pendant quatre jours les Lmpériaux et Bavarois, qui se sont retirés vers Cologne. On peut entreprendre ce qu'on voudra en Souabe,Franconie, Wurtemberg et Bavière. Turenne va assiéger Heilbronn, sauf à quitter le siège pour combattre les ennemis s'ils veulent regagner le Danube. A. C.
Fontainebleau, 12 septembre 1646.
11 est superflu que je vous dise à quel poincl je me suis resjouy de la prise de Furnes, avec les circonstances dont elle a esté accompagnée. Ce que j'.iy escrit sur cela il y a longtemps vous l'aura assez fait cognoistre, et comme une affaire de cette conséquence est arrivée impréveue et que vostre résolution a esté suivye d'un bonheur que je croy inséparable de toutes les autres que vous prendrés, je conçois des espérances certaines d'un bon événement lorsque je vous voy résoudre à quelque entreprise, quelque grande qu'elle puisse eslre. Je prie Dieu seulement qu'après avoir examiné ce que vous pouvez assembler de forces et espérer d'icy, vous vous trouviez en estât d'aller à Donkerque.
Vous verrez dans le mémoire cy-joint tout ce que la Reyne, par l'advis de Monsieur, m'a commandé de vous mander, à quoy je n'adjousteray autre chose, si ce n'est que vous debvez compter certainement sur tout ce qui peut dépendre de moy, qu'il n'y a personne qui désire plus sincèrement ny avec plus de passion que moy l'accroissement de voslre gloire et vos advantages.
Je ne puis m'empescher de vous faire une recharge sur vostre conservation, vous suppliant très humblement de ne
faire pas si bon marché de vostre vie en toutes les moindres occasions qui se présentent, puisque cela ne peut rien adjouster à la cognoissance que tout le monde a de la grandeur de vostre courage et inquiète à un point que je ne puis exprimer tous vos serviteurs, parmy lesquels je ne doute point que vous ne me comptiez pour un des plus asseuréset des plus véritables.
J'ay entretenu au long le S' de Saint-Evremont que vous m'avez dépesché, et Milet aussi, qui vous dira tous les ordres dont il est chargé. Je vous suplie de considérer si, en cas qu'il n"y avt aucune espérance de faire agir l' armée holandoise et que nous ayons sujet de doubter qu'elle ne se retire dans les garnisons plus tost qu'elle ne devroit, il seroit bon de luy en laisser la liberté, pourveuqu'ilz nous baillassent dès à présenties trois mil hommes qu'ilz ont promis sur la fin de la campagne, parce que cela et le retour de nostre cavalerie et de nostre infanterie serviroit d'un grand renfort. Vous pourrez escrire à M' le mar ^^ de Gramont là dessus ce que vous estimerez à propos, et le dire aussi à Milet. qui a assez d'esprit pour bien exécuter tous les ordres que vous luy donnerez.
La Reyne a trouvé bon d'accorder le gouvernement de Furnes au S"" Bosquet, et M" Le Tellier a ordre d'en faire e.^pédier les provisions.
J'ay esté ravy de voir dans vostre lettre une relation si distincte de tout ce qui s'est passé en l'entreprise de Furnes; mais j'ay esté très marry qu'elle fust de vostre main, particulièrement n'estant pas encore bien guéry. Je vous prie au nom de Dieu de ne prendre jamais celte incommodité pour moy.
Je croy qu'en cas que vous preniez la résolution d'attaquer Donkerque, il est important que vous fassiez grande caresse à l'admirai Tromp et à son lieutenant, lui faisant espérer quelque bon présent, quoy qu'il n'y ayt aucun sujet de doubter que Mess''^ les Estatz soient capables de commettre une infidélité semblable à celle de commander à leurs vaisseaux de se retirer lorsque nous serions engagés à l'entreprise.
Jo vous ntiolz aussi en cousidération si en cas que vous fassiez joindre le S'' de La Ferté-Sennelorre à vostre armée, il seroit à propos de laisser sur la Lys un bon mareschal de camp qui pust aller d'une place à l'autre, selon les occasions, et y placer les Polonais, si vous estimez qu'il le faille faire.
Je vous suplie, avant que la campagne s'achève, de trouver bon que le S'" de Bufalini serve sept ou huit jours de mareschal de camp, pour s'en mettre en possession, et je ne croy pas que personne puisse me taxer en ce rencontre d'aller trop viste à procurer des advantages à ceux qui me touchent.
Je suis assez persuadé que faisant le siège de Donkerque on sera obligé à beaucoup do despenses extraordinaires: mais sur cet article vous debvez faire estât que je ne hésiteray pas à conseiller que l'on y despense jusques au dernier sol, et j'espère avoir assez de crédit pour faire que le fonds ne manque point, scachant bien qu'il ne peut jamais estre mieux employé qu'en cette occasion de Donkerque, si vous en résolvez l'attaque, et mesme que rien n'est dépensé plus à propos ny avec plus de mesnage que ce qui se faict par vos ordres.
Je me suis extrêmement resjouy d'apprendre qu'il n'y a eu aucun désordre ny à Honscot (Hondschoote) ny à Furnes, parce que les grandz exploictz de guerre ne contribuent pas tant aux conquestes que la bonne discipline, notamment dans le pays où vous faites à présent la guerre.
Je croy que vous aurez desjà veu la response que Mess"" les Eslatz ont faicte à un escrit que leur avoit baillé M. de La Thuillerye, puisqu'elle a esté imprimée; néantmoins je vous l'addresse à toutes fins, avec les nouvelles que nous avons eues cette sepmaine d'Allemagne. Celles de Flandres portent une confusion de toutes choses et un dernier abbattement, et à Bruxelles on disoit que le roy d'Espagne avoit esté fortfasché que l'on n'eust livre combat aux nostres, à quelque prix que ce fust.
Je vous suplie de tout mon cœur de songer à vostre santé préférablement à tout.
Le S"" de S' Evreraont vous raportera quelque chose que je luv av dit louchant yv le mar^' de Rantzau. A. G.
Fontainebleau, 12 septembre 1646 (analyse).
Grâce à la prise de Furnes, de Bergues et de Mardick, Dunkerque n'a plus de communications avec la Flandre. — Dispositions pour le siège, outils, etc.; fortifier la Lys; emploi des troupes, Polonais, garnison de Jlardick, etc. — Conseille de laisser Gramont et sa cavalerie dans l'armée hollandaise; maladie du prince d'Orange. — Sur La Ferté et sou corps en cas que les ennemis bougent; Caracena est à Nieuport. — Le roi d'Espagne a ordonné au marquis de Castel- Rodrigo de livrer bataille avec toutes ses forces; mais il a a se défendre contre les Hollandais du côté d'Anvers et de Dendermonde. — Fortifier Furnes et se retirer sur la Lys en cas qu'on ne puisse venir à bout de Dunkerque. — Les ennemis, tenant assurée l'attaque de 3Ienin. avaient mis 500 chevaux dans Douai et autant dans La Bassée; mais, voyant Dunkerque assiégé, il est probable qu'ils les en auront retirés. — M. de La Tour assure que La Ferté est parti avec un grand convoi pour Courtrai. Si M. le Duc s'attache à Dunkerque, le maréchal de Gassion se tiendra sur la Lys ; si M. le Duc va vers la Lys, M. de Rantzau restera du côté de la mer avec un corps de troupes. A. C.
Fontainebleau, 18 septembre 1616 (analyse).
Lui renvoie La Moussaye. — Lui annonce que Gramont s'est embarqué avec son infanterie, ce qui fera un renfort de 4,800 bons hommes; le maréchal et 3L d'Estrades ont bien servi en ce rencontre, A. C.
468 PIÈCES ET DOCUMEMS.
Fontaicebleau, -23 septembre 1646 {analyse).
Mauvais élat des finances. — Fortifier les places de la Lys. — MM. de Gramont et d'Estrades en Hollande. — Nouvelles d'Italie, de Catalogne et d'Allemagne. A. C.
Fontainebleau, l" octobre 1640.
11 est superfiu que je vous exagère à quel point Sa M"^ s'est resjouye avec toute la cour des bonnes nouvelles que vous m'avez données de l'heureux progrez de vostre attaque. Tous le jugerez assez par la qualité de l'entreprise. Et pour mon particulier, je vous suplie de croire que personne au monde ne prend tant de part que rnoy à l'accroissement de vostre gloire, et que je ne serois guère plus ravy quand moy mesme j'exécuterois les beaux desseins que vous faites tous les jours. Jay dit à la Reyne ce que vous m'avez escrit en louange et recommandation de M. de Ghemerault; Sa 31'« luy a aussytost accordé le brevet de sergent de bataille.
La monstre part de Paris infailliblement, et, sans me faire de feste, je vous prie, Monsieur, de croire que si je ne m'y fusse employé de la sorte que j'ay fait, quelque bonne volonté que M'^ des finances ayent, il eût esté très malaisé de mettre ensemble une somme si considérable d'argent que celle qu'on est obligé d'envoyer.
Je ne pouvois recevoir une nouvelle plus agréable que celle des ordres que vous avez donnez pour la conservation des postes de la Lys, qui faisoient toute mon inquiétude dans la résolution de l'entreprise où vous estes maintenant attaché; ils ne pouvoient estre plus judicieux ny vraysemblablement de plus de fruict qu'ils seront.
Le désir que j'aurois de voir M. de Marsin bien estably (à quoy l'affection que je vois que vous avez pour luy m'est un nouveau motif bien puissant', m'avoit fait songer, comme vous
PIÈCES ET DOCUMEMS. 469
sçavez, à luy faire avoir le gouvernement de Bergue?, quand on donneroit celui de Donquerque à M. le maréchal de Rantzau ; mais ayant sceu depuis que Donquerque, sans Bergues ou sans Mardik, estoit une place véritablement de grand nom, mais de peu de considération pour le gouverneur, en sorte que, s'il v avoitiiopter, on choisiroitplustost Bergues sans Donquerqueque celuy-cy sansBergues, comme le dit sieur maréchal m'a mandé, j'ay creu que vous Taymeriez assez, estant d'ailleurs vostre serviteur très passionné, pour vous employer volontiers h luv faire conserver ces deux postes qui doivent estre nécessairement conjoincls, d'autant plus que, dans le train que prennent les affaires, il ne manquera pas d'occasions de donner à M. de Marsin quelque place encore meilleure que Bergues. Ledit s' maréchal me mande qu'il a eu l'honneur de vous dire toutes ses raisons Ui-dessus. que vous aviez eu la bonté de ne pas désa prouver.
J'ay eu beaucoup de joye d'aprendre que vous soyez content du peu que j'ay contribué icy à vous donner moyen de venir
bout de Yostre entreprise; j'en useray tousjours avec la mesme franchise et passion en touttes les choses qui regarderont vostre intérestet satisfaction particulière, et M'^ de Chastillon et de La Moussaye ne vous ont rien advancé la dessus que les efifects ne confirment en toutes les occasions qui dépendront de moy, vous confirmant toujours qu'il n'y a personne au monde qui ayt plus d'estime pour vous et plus d'inclination de vous honorer el da vous servir que j'en ay.
Sa M'" a trouvé bon que je vous envoyé un présent pour l'admirai Trorap de mesme qu'à Graveline; j'en ay desjà Tordre et vous l'envoieray demain ou le jour suivant.
M. le maréchal de Turenne nous presse extraordinairement
pour luy envoyer de liofanterie. Je vous prie de me mander
si vous croyez qu'on pust, sans préjudice des affaires de
landres et de l'armée que vous commandez, en destacher
vers le lo^ du courant et mettre en marche vers l'Allema-
470 PIÈCES ET DOCLMEMS.
gne. J'achèveray cette lettre en vous disant que les Espagnols tesmoignent plus que jamais estre résolus d'achepter la paix à quelque prix que ce soit, recognoissans bien que c'est le meilleur party qu'ils puissent prendre pour arrester nos progrès et la suite de leurs malheurs, mais, quelque diligence qu'ils y apportent, je crois qu'ils pourront malaisément sauver Donquerque et Lérida
Je vous prie de faire que M'' les maréchaux de Gassion et de Rantzau travaillent ensemble à faire un eslat bien exact de tout ce que nous avons occupé durant celte guerre en Flandres et dans le Luxembourg, n'oubliant pas mesme les petites places et chasteaux et toutes les dépendances, a6n que nous puissions envoyer ce mémoire là à M''* les Plénipotentiaires, qui en auront besoin, et pour cet effect me faire la faveur de me l'adresser par la première occasion.
Estant sur le point de signer cette lettre, j'en reçois deux de M. le maréchal deGraraont et du s'' d'Estrade du 23«, qui me marquent qu'ils n'avoient pas grande espérance que M. le prince d'Orange tînt la parole qu'il avoit donnée d'agir, et une autre du 29 de Bruxelles, qui porte que les Holandois n'avoient encore rien entrepris, quoyque l'on eût destaché Bek et Picolomini avec trois mil cinq cens hommes pour les faire aller joindre Caracena ot faire une tentative pour le secours de Donquerque, comme je vous manday dernièrement, et que le marquis de Caslel-Rodrigo et le duc de Lorraine estoient allez à Jlalines. Peut-ostre que, sur les advis que je vous en donnay, vous aurez jugé à propos de faire joindre ii vous la Ferté-Senneterre avec ce qui luy re?toit, après avoir renforcé les garnisons des places que nous avons sur la Lys. Cependant nous avons sujet de faire des plaintes bien hautes à M""" les Estais de M' le prince d'Orange, et nous ne sçaurions rien dire là dessus qui ne soit très juste, et à la vérité il est insupportable de voir que lesdits s'" Estats ayant donné les ordres pour faire entreprendre quelque chose à leur armée dans un temps
que les ennemis leur opposoient un corps considérable, que M. le prince d'Orange en ayt donné parole positive à M. le maréchal de Gramont et qu'il vous ayt escrit à vous. Monsieur, et à moy dans ces mesmes termes, cependant que son armée demeure oysive et que, ce corps estant diminué de plus de moitié, lesdits sieurs ont deu prendre la résolution de faire quelque entreprise quand ils ne l'auroient pas formée auparavant. Tout cela, à mon advis, se fait par les menées de Madame la princesse d'Orange, qui, estant gaignée par les grands advantages que les Espagnolz luy ont prorais, se prévaut de la foiblesse où son raary est réduit pour éluder toutes les résolutions de l'Estat quand elles nous sont favorables. Je vous suplie de dépesclier quelqu'un à l'armée de M"^ les Estats, qui passe à La Haye, pour vous plaindre hautement de ce procéder, puisqu'on a raison de le faire et qu'il ne peut estre que fort utile d'en tesmoigner nostreresentimenf, et de ce costé-cy nous le ferons en bonne forme par l'ordinaire. Je croy mesme, Monsieur, qu'il ne seroit pas mal à propos que vous disiez que, sur les asseurances qu'on vous avoit donné du siège de Lierre, vous vous estiez engagé a l'entreprise de Donquerque, et que cependant les Holandois n'ayant pas exécuté de leur costé ce qu'ils avoient si absolument promis, ils ont donné lieu aux ennemis de destacher la meilleure partie du corps qu'ils leur opposoient pour l'envoyer joindre à Caracena contre nous et luy donner les moyens de tenter le secours de Donquerque. ... A. C.
M. LE DUC A MAZARIN
Camp de Honscùtte (Hondschoote, 17 ociubre 1646.
C'est avec un regret très sensible que je suis obligé de vous demender le gouvernement de Rosières pour M"' de Rohan, puisque la mort du chevalier de Chabot vous en laisse la dis-
position; c'est une perte qui me touche au dernier point, et je la vois preste destre suivie de celle du pauvre Laval; je vous advoue que j'en suis inconsolable. Je vous conjure de vouloir avoir la bonté de considérer en C3 petit rencontre 3r de Rohan A. C.
MAZARIN A M. LE DUC
Paris, 1" novembre 16-16.
Je ne respondois point à quelques lettres dont vous m'avez favorisé, parce que j'espércis de jour à autre le bien de vous voir; mais, aprenant par vostre dernière que vous aviez résolu, avant que revenir, de voir effectivement ravitaillé Courtray et laisser les postes delà la Lys en Testât que l'on peut désirer, je m'en suis resjouy au point que vous pouvez croire, scachant de quelle importance tout cela est, et je me sers de l'occasion du retour du s'' de Cbavaignac pour faire response à vos dépesches.
Il ne se présentera jamais d'occasion qui puisse estre advantageuse à M. de ^larsin que je ne l'embrasse avec grand plaisir, ayant eu en tout temps beaucoup d'affection pour sa personne, et grande estime pour son mérite; et il me feroit grand tort aussy bien qu'à luy mesme s'il révoquoit en double une vérité que j'ay tasché de luy confirmer en toutes rencontres par des effects. Mon intention a tousjours esté de luy procurer près de Sa Ma'^ l'établissement de Bergues; et, si M. le maréchal de Rantzau ne m'eust escrit que vous aviez aprouvé les raisons qu'il vous avoit représentées là-dessus, et que M. de Marsin mesme y donnoit les mains, je n'eusse jamais escrit, comme je fis, que, cela estant, je procurerois qu'en donnant le gouvernement de Donquerque à M. de Rantzau, on ne luy ostast pas celuy de Bergues, attendant quelqu'autre occasion de servir M. de Marsin; et il est si vray, que, quoy que m'eust
escrit M. de Rantzau de vostre bonne volonté et de celle de 51. de Martin en son endroit, dès que je receus vostre lettre par laquelle vous me tesmoigniez d'av oir esté surpris et iM. de Marsin aussy de ce qui s'estoit fait, j'escrivis par deux fois, dans les termes que vous avez pu sçavoir, à M. de Rantzau, et me«me à présent l'affaire est toute entière; ce n'est pas que, sur ce que vous m'avez fait l'honneur de m'escrire, je ne songe à faire avoir la satisfaction complète à M. le maréchal de Rantzau, puisque M. de Marsin ne s'arreste pas à désirer le gouvernement de Bergues.
Je ne vous feray aucune response sur ce que vous m'avez fait la faveur de m'escrire louchant M. de Chastillon, parce qu'outre l'honneur que j'espère d'avoir bientost de vous vcir et de vous en entretenir, le mesme W de Chastillon, qui aura le bien de vous voir devant moy, pourra vous rendre compte de ce que je luy en ay dit; je sçay combien sa naissance est considérable; je cognois de plus et estime parfaitement son mérite, et j'ay aussy une affection très particulière pour sa personne.
Je m'asseure, Monsieur, que vous n'aurez plus esté en peine de ce que deviendra M. le maréchal de Gassion dez que le s'' de Bougy sera arrivé par delà, et que toutes choses seront ajustées en sorte qu'il demeurera volontiers sur la Lys comme il fit l'année passée, et je ne sçay pas comprendre par quelle raison il a faict difficulté, avec les troupes que vous luy donniez, d'amener le convoy à Court ray.
La perte que le roy d'Espagne a faicte de son fils unique est un des plus grands malheurs qui pust luy arriver, puisqu'il peut causer de grands accidens dans les royaumes mesmes d'Espagne auss\ bien qu'ailleurs.
Je vous suplie de n'oublier pas ce que j'eus le bien de vous mander dernièrement touchant le Mont-Cassel et pour quelqu'autre poste de semblable nature, dont il soit en nostre pouvoir de nous emparer afin qu'ils nous demeurent par la paix
avec leurs dépendances, ensuite de ce que je vous ay escnt bien amplement.
Les dernières lettres qu'on a de Porto-Longone sont du 20«. C'est une place bien achevée, qui a cinq grand bastions sur le roc et n'est attaquable que d'un costé; mais ils se sont si mal deffendus qu'en dix jours, depuis l'ouverture de la tranchée, le mineur esioit huict pieds avant dans le bastion.
Je vous envoyé les advis que j'ay eus d'Allemagne cette semaine, dans lesquels vous verrez que les armées confédérées ont levé le siège d'Augsbourg, et qu'il pourroit bien y avoir bataille; je vous advoue que je l'apréhende extrêmement, quelque succez qu'elle pust avoir; car dans le gain il seroit bien à craindre que les Suédois n'augmentassent encore leurs prétentions et que la paix n'en fust bien reculée; et, dans la perte, que les Impériaux ne nous tinssent pas ce que nous avons ajusté a\ec eux. Nous avons eu advis, par un courrier revenant de Munster, que le prince d'Orange se retiroit de Venloo lorsqu'il a passé en ces quartiers là; j'avois tousjours apréhendé que ce siège n'eust le succez qu'il a eu...
... Je prétendois que le s'' de Chavaignac deust porter cette lettre; mais m'ayant fait cognoistre que vous lui aviez dit qu'il n'estoit pas nécessaire qu'il retournast vers vous, je l'ay donnée à ce gentilhomme.
W le maréchal de Turenne me presse extraordinairement qu'on luy envoyé quelque infanterie sur le Rhin, disant qu'il est absolument nécessaire, et que sans cela il prévoit qu'il aura grande peine à pouvoir subsister de delà; et, comme l'aprends que les Polonois se desbandent tous les jours, ayant receu lettres de Bruxelles par lesquelles on me mande qu'il y en a desjà trois cens dans les troupes des ennemis, j'ay pensé qu'il seroit bien mieux de les retirer et les faire passer en Lorraine pour prendre ensuite les résolutions qu'on estimeroit plus à propos. J'avois songé encore aux Anglois; mais tout sera remis à ce que vous jugerez plus à propos. J'escris là
dessus à Ronette afin iiu'il en parle à M'* les maréchaux de Gassion et de Rantzau, en cas que vous soyez party. A. C.