LIVRE iV, CHAPITRE X
MADAME LA PRIXCESSK A M. LE DUC
24juia 1646.
Mon cher fils 3r vostre père a feit partir deus couriers qu'il vous a anvoyés an si grande diliganse qu'il ne m'an a pas avertie; il vous porte une nouvelle dont je m'asure que vous orés bien au déplésir; car M" le duc de Brésé étet très afecsioné à vos intérês. La nouvelle de sa mort n'a pas ancore été confirmée, et il n'y a que celuy que M"" le conte d'Alais nous a anvoyé qui dise cète nouvelle. Nous avons parlé de vos intérês à la Rêne et à M. le Cardinal, qui nous ont feit asés bonne réponse; vous crérés bien que je ne perdre poio de tamps oprès d'eus pour ce (|ui vous regarde.
L'on n'a pas ancore dit cèle movèse nouvelle à vostre famé, car l'on veult alandre la confirmasion devan que luy dire, espérant pcult estie que cela ne sera pas. ... A. C.
27 juin 1646.
Mon cher fils, anfein la nouvelle asurée de la mort de M' le duc de Brésé vient d'ariver ; le lieutenan de ses gardes a aporté cète movèse nouvelle, don M. vostre père vous mandera les particuliarités, que je ne say pas, mes seuleman qu'il
n'y a nulle autre personne de calilé qui y ait été. M<; vcstre famé vient d'aprandre cète perte, dont elle est for afligée; pour raoy, je ne vous puis dire combien j'an ay de déplésir ; car je resiiniés beaucoup, outre la pasion que l'on dit qu'il avet pour vous. An vérité, c'est une grande perte que nous avons fête ; je ne doute pas que vous ne le regrétiés beaucoup et que vous n'écriviés à vostre famé sur son aQicsion. Jr n'ay point veu M'' le Cardinal depuis que M"' vostre père luy a parlé; lequel me dit qu'il luy avet fait asés bonne réponse, comme je vous l'ay mandé par La Serre. L'on dit que M. de Guise a demandé la charge d'amiral ... A. C.
M. LE PRINCE A M. LE DLC
Paris, 28 juin 1640.
Mon fils, j'atans de vos nouvelles avec impatience. Vous recevrés avec la présente un mémoire de Testât des affaires comme elles sont, sur quoy vous prend rés vos résolutions et me les ferés sçavoir. Les miennes sont de vous servir et assister en l'occurance présente, comme je le dois et que Fimportance le méiite. Je suis, mon fils, vostre bon père et amy.
Depuis avoir despescbé les s" de Billy et Damour à mon fils, >lonsieur le duc d'Anguien, le dimancbe 24« juin, auquel jour j'avois receu la nouvelle de h mort de W le duc de Brézé par l'avis que m'en avoit donné W le comte d'Alais, il n'est venu aucune nouvelle à la cour que le mercredy 27e du présent, auquel jour est arrivé le s"" de S'-Tropez, despescbé par le s' du Dognon, qui a apporté asseurance de lad. mort, arrivée d'un coup de canon qu'il a receu en un combat naval devant Orbitello.
Est à noter que le s"" de S'-Tropez, courrier dud. s' du Dognon, a apporté ses despescties droit chés M'' Le Tellier, et
ne m'est venu voir que six heures après son arrivée, et ne m'a apporté aucune lettre dud. s' du Dognon, qui ne luy en a donné aucune ny pour mo\ , ny pour mon fils, Monsieur le duc d'Anguien, mais seulement en a apporté une fort simple à ma belle-fille, Madame la duchesse d'Anguien.
Je croy que M"" le mareschal de Brézé sera bientost icy, comme il m'a mandé par le courrier que je luy avois envoyé.
Jen'obmeltray rien à faire de ce que je dois pour les inlérests de mon fils. Monsieur le duc d'Anguien.
Il fault que mon fils prenne le deuil et qu'il le fasse prendre à ses pages et laquais, cela estant deub comme héritier du deffunl.
Mon fils, Monsieur le duc d'Anguien, n'oubliera pas s'il luy plaist d'envoyer visitter ma belle fille, sa femme, pour la consoler dans son affliction, luy ayant hyer faict annoncer la moit de son frère. A. C,
M. LE DUC A MAZARIX.
Camp de Courtrai, -28 juia 164G.
La confience que j'ay dens vostre amitié me faict croire que vous serés très sensiblement touché du desplaisir que j'ay de la perte de M"" de Brézé; vous sçavés qu'il n'avoitrien de plus proche que mon fils, que c'est son seul héritier; vous voies la perte que je faicts en le perdent ; il est mort dens le service, et j'y suis actuèlement. Je m'a?seure que vous aurés la bonté de demander ses charges et gouvernements pour moy et pour mon fils : ce sera un comble d'obligation ; je l'atens de vous comme de la personne du monde que j'aime et que j'honore le plus. ... A. C.
MAZARIN A M. LE DlC.
Paris, 29 juin 1646.
L'intervalle de près de quatre jours qu'il y a eu entre la première nouvelle et la confirmation de la mort de M. le duc de Brézé nous avoit faict concevoir espérance que la chose ne seroit peut estre pas: mais elle ne s'est trouvée que trop véritable et il n'y a eu de faulx que les circonstances dont on laccompagnoit, que nostre armée navale eust esté battue ; laquelle au contraire, après la perte de son général, n'a pas laissé de poursuivre trois jours durant l'armée ennemye, sans jamais avoir pu l'engager au combat, parce qu'elle avoit l'advantage du vent sur nous, dont elle ne se servoit que pour esquiver noître abord.
J'envoye ce gentilhomme exprès pour me condouloir avec vous d'une perte que je sçay qui vous sera très sensible; pour moy, je la regretteray toute ma vie, pour l'estime que je faisois de luy, et srachant qn'il me considéroit comme un de ses meilleurs amys. Quand Monsieur le Prince en eut la première nouvelle, il prit la peine de me voir, et parla ensuitte à la Reyne, supliant Sa Ma'^ d'avoir esgard en celte rencontre à vostre personne et à celle de M. le mareschal de Brézé. Mais lorsque la conârmatioo en est arrivée, Sa Ma'"^ m'a commandé de vous escrire de sa part que. l'occasion se présentant de s'asseurer un advantage si solide dans le rovaume. comme sont les charges qui vaquent, Sad^ Ma*« a résolu de s'en prévaloir en les prenant pour elle, ne doublant point que vous ne soyez très aise de tout ce qui regarde son contentement et ses intérests. En mon particulier, comme il s'agissoit d'une chose désirée par Sa Ma*'^. je n'ay pu qu'approuver tout ce qu'il luy a plù de résoudre, vous pouvant asseurer que toute autre considération que celle là n'eust pu m'empescher de m'employer vivement afin que vous receussiés en cette occa-
sion quelques marques de l'estime que Sa ^la"=^ faict de vous, et de la passion que j'ay de vous servir, de quoy je me flatte que vous ne doublerez point, quand vous ferez réflexion sur les asseurances que je vous ay données de mon service très humble A. C.