‹ Histoire des princes de Condé pendant les 16e et 17e siècles (volume 2)Chapitre 175 sur 236 · LE DUC DE SAINT-SIMON A M. LE DUC · texte numérisé non relu

LE DUC DE SAINT-SIMON A M. LE DUC

Paris, 30 juin 16-10.

M"" le duc de Brézé dans son malheur doit estre plaint par son propre mérite; mais ceux qui sont les serviteurs de Voslre Altesse le doivent beaucoup regretter pour vostre considéralion. Pour moy, Monseigneur, qui le suis parfaitement, je suis sensible à cette perte, comme je le seray tousjours très fort en toutes les choses qui regarderont vos intérêts. Le monde a fort discourru des charges vaccantes; mais la visite que M*" de Brienne fisl hier à Monseigneur voslre père de la part de la Reine a esclaircy les espris: et le remerciement que Sa Majesté en a fait ce malin au Roy et en forme, et des gouvernemens et de la charge, passe icy pour une déclaration qu'elle a résolu de les garder. Cela fait une matière toute nouvelle pour les spéculatifs et les parleurs. Chacun a grande impatience de voir le mouvement de V. A. là dessus. Plusieurs croient que S. A. R. doit esire fort touché de n'avoir eu aucune part en cette résolution, qui paroist très précipitée, et ainsy les politiques et les intéressés ne manquent pas de matière à resver et à s'entretenir. Les plus raisonnables ne sont point en peine que V. A. ne sache bien mettre son inlérest à couvert; en mon particulier, je le souhaite autant que j'y suis obligé. Des personnes qui pensent estre clairvoyants croient que la boime intelligence qui paroist entre S. A. Koiale et la A'ostre fait grande peine et donne beaucoup d'inquiestudes au» puissans; quant à moy, je tiens aussy que

c'est ce qui peut faire leurs plus grandes appréhentions. Si je n'avois presque tousjours esté aus cliampset prest à partir pour Blaye depuis un raois, j'aurois esté soigneux d'apprendre les nouveautés pour vous les escrire, encor que je sache que des personnes plus intelligentes que je ne le suis s'aquittent de ce soing. . . .

GlRAIiD A M. Li: PRI.\CE.

Courtrai, 5 juillet 1040.

Je ne sçaurois exprimer à V. A. la douleur très sensible de laquelle Monseigneur le Duc a esté touché de la mort de M"" le duc de Brézé, et quoy que la nouvelle qu'il en avoit receue de V. A. l'eust entièrement disposé à suivre ses bons conseilz en celte fascheuse rencontre, il a eu de la peine à la croire véritable et asseurée jusques à l'arrivée des courriers qui luy ont esté envoyés par la Royne et par Monsieur le cardinal Mazarin ; après quoy il a véritablement faict paroistre tous les ressentiments qu'il peut avoir de la perte d'une personne qui luy estoit chère et pour laquelle il avoit une véritable amitié; il s'en est ouvert en ces termes à ceux (|ui l'approchent de plus près et ausquelz il tesmoigne prendre quelque conQance; j'asseure V. A. qu'il en a une telle à sa bonté qu'il se promet que, pour le surplus de ce qui regarde ses intérestz, tout réussira heureusement. L'événement de cette affaire est le seul entretien de toute l'armée, et, à ce que j'apprends, chacun en parle suivant son inclination. Sa prudence et sa retenue sont si grandes qu'il ne s'ouvre qu'à fort peu de personnes sur ce subjet ; ce luy a esté un très mauvais rafreschissement après tant de fatigues ausquelles il a esté exposé pendant quinze jours entiers sans aucun relasche ; et je puis dire avec vérité que ses soings et sa seulle présence ont asseuré toutes choses au point qu'elles sont par deçà; et je recognois à présent mieux que jamais que son honneur est d'agir dans uns

pleine liberté. Sa santé est, grâces à Dieu, très bonne^ et c'est un miracle qu'elle se soit maintenue telle dans Tembaras où il s'est trouvé, ayant esté chargé de tout ce qui a esté de plus pénible, et le jour et la nuict, pendant le siège de cette place; il s'y est fait cognoistre et admirer de tous les officiers principaux, et avec beaucoup de raisons. ... A. C.

MAZARIN A M. LE DUC

Paris, 9 juillet 1646.

J'ay entretenu si souvent et si au long M. de Tourville sur le sujet de son voyage, qu'il est superflu et je luy ferois tort si je voulois vous mander particulièrement tout ce qu'il pourra vous en dire. Je me contente, ^lonsieur, de vous asseurerhors de tout compliment que je ne désire rien avec plus de passion que de rencontrer les occasions de vous ser\ir et de contribuer à vos advanlages tout ce qui peut dépendre de moy. Je parle de la sorte parceque je vous crois trop juste pour désirer jamais de vos serviteurs qu'ils sacrifient pour vous leur réputation et leur devoir. Le s"" de Tourville vous expliquera cecy plus au long, et, s'il me fait la faveur de ne rien obmettre de ce que je luy ay dict, je me prometz que vous ad vouerez vous mesme que, sans m'opposer directement aux volootez de la Reyne, à qui il n'y eust petit ny grand qui ne conseillast ce qu'elle a fait, je ne pouvois m'y conduire autrement. . . .

M. LE PRINCE A M. LE DUC

Paris, 9 juillet 1646.

Mon fils, je suis infiniment contant de la façon que vous vous estes comporté en l'affaire qu'avés icy; vous verres le s"^ de Tourville qui vous dira des nouvelles de ma femme et

de raoy; il me seroit superflu de vous donner créance en luy, car je sçay la confiance que vous y avés. Celle-cy vous asseurera seulement de la continuation de mon afection. . . A. C.

Paris, 10 juillet 1G4G.

Mon fils, suivant ce que m'a dit Damours de vostre part hier, à l'instant que hV de Tourville parloit, j'envoiay MTigjan à M'' Le Tellier pour demander pour mon fils le duc d'Albret le régiment d'infanierie, qui est ii l'armée près de vous, de feu M" le duc de Brésé; la Reine me l'acorda et me l'envoia dire, en partant pour aller à Fontainebleau, par ledit s'' Le Tellier; c'est donc chose faite; dittes le aus capitaines dudit régiment et en prenés le soin. On désire que conserviés le lieutenant coronnel. C'est tout ce que j'ay à vous mander par la présente ... A. C.

-M. LE DLC A il. LE PRINCE.

Courtrai, 13 juillet 1M6.

Je renvoie Tourville à la court pour vous dire touts mes sentiments sur les affaires présentes; je souhaite que vous les treuviés raisonables; au reste, les obligations que je vous ay sont si pressantes que je n'ay pas assés de paroles pour vous en remercier. Tourville se conduira à la court comme vous luy ordonerés; et moy j'auray en touttes choses un soin très particulier de me conformer à vos ordres et à vos volontés. Failtes moy seulement riionneur de m'aimer toujours....

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