‹ Histoire des princes de Condé pendant les 16e et 17e siècles (volume 2)Chapitre 176 sur 236 · LE MARÉCHAL DE BRÉZÉ A M. LE DUC · texte numérisé non relu

LE MARÉCHAL DE BRÉZÉ A M. LE DUC

Paris, -2:3 juillet 1640.

La lettre dont il a pieu à Vostre Altesse de m'honorer est si obhgente, que si j'avois un million de vies à emploier à son

service, je ne croirois pas satisfaire dignement ii ce que je luv doy, et je me persuade que me donnant absolument à elle comme je fais, qu'elle aura assez de bonté pour n'avoir pas désagréable que je luy rende conte de ce qui se passe icy sur mon subjet, et que je luy dise que jamais homme n'a esté si indignement traité; car après avoir demandé les choses, de celles que tenoit feu mon filz, que je croiois qui me pourroient donner moyen de servir V. A., enfin m'estant resduit à Oléroa seul, la Reyne m'a fait escrire par M"" de Lionne qu'elle estoit offencée de ceste prestention, comme estant excessive et exorbitante (ce senties mesmes paroles de la lettre); on m'a offert vint et sinq mille livres de rante, que je n'ay pas acceptées, dont je doy croire les payements très mal assurez, puisque depuis trois ans je n'ay peu tirer un teston des apointements de mareschal de France, ni pour les garnizons, dont les payements, qu'il fault faire de jour à autre, me ruinent entièrement, ce qui me fait avoir pensée de vendre mon gouvernement, mes alîaires estant fort à l'estroit ; mais quand elles se devroient ruiner de fond en comble, et moy mourir de mille morts, c'est une chose que je ne me saurois rézoudre à faire sans savoir la volonté de Vostre Altesse, à laquelle j'obéiray toutle ma vie avec le respec et la passion qu'elle peut dézirer...

MAZARIN A M. I.IC DlC.

Fontainebleau, 2 août 16J6,

J'ay receu la lettre que vous avez pris la peine de m'escrire par le s"" de ïourville et entendu de luy ce que vous l'aviez chargé d'y adjouster de vive voix. 11 vous raportera de mesme, je m'asseure, tous les discours que nous avons eus ensemble et surtout la constante passion qu'il peut avoir recognue en moy de vous servir en toutes rencontres. J'ay seulement grand desplaisir que, souhaitant extrêmement de

VOUS en donner de plus en plus de nouveaux ctTetz, je no voye pas jour en cette occasion de le faire ny comme quoy insister près de la Reyne sur une chose qu'elle a pris pour elle. C'est ce (jui fait aussi, Monsieur, que je ne puis que vous atseurer de l'entière disposition que Sa Majesté a de vous favoriser, et qu'elle vous ayme et vous estime a tel point, et a tel sentiment des services que vous rendez tous les jours au Roy et à l'Estat, que mesma sans celte funeste rencontre de la perte que nous avons tous faicte de M. le duc de Brézé, il y a peu de grâces que vous eussiez pu luy demander que Sa Ma'*^ n'eust eu autant de joye de vous accorder que vous mesme de les recevoir; et je seray ravy qu'entre cy et la fin de la campagne il se présente quelque occasion ou que vous-mesme me fassiez l'ouverture de quelqu'une dans laquelle j'aye lieu de vous donner de nouvelles marques de la passion que j'ay pour vostre contentement. Je ne m'estendray pas beaucoup à vous en réitérer les asseurances, parce que je me flatte que vous ne pouvez en douter sans me faire une injustice dont je ne vous croy pas capable.

Après avoir escrit ma lettre, j'ay appris que W le Prince, ayant esté à Valéry, a affecté d'éviter de passer par icy, quoy que ce fusl son chemin, et cela dans un temps qu'il court partout des bruitz de son mescontentement. Je ne veux pas croire qu'il l'ayt faict pour les confirmer, mais je suis marry que ses meilleurs serviteurs ne trouvent pas lieu de bien interprêter la conduite qu'il a tenue en ce voyage. Je vous en ay voulu toucher ce mot en passant, et m'en remetz au suiplus à ce que j'en ay dit au s"" de Tourvills. A. G.

MAZARIN A M. LE PRINCE

Fontainebleau, 2 août 1646.

J'ay receu la lettre de V. A. et entendu ce que le s»- de Figean m'a dict de sa part; et comme je crov l'avoir bien V. 32

4'J8 PIÈCES ET DOCLMEMS.

satisfaict par mes responses, dont il aura Thonneur de l'enlretenir, je n'ay autre chose à luy dire si ce n'est que n'a\ant point d'autres intérests que ceux de l'Eslat, il n'y a rien de plus aisé que de s'asseurer de mon service. Je ne doute point que V. A. en efifect n'ayt les mesmes intentions que celles là; mais elle me permettra de luy dire que ses meilleurs serviteurs ne voyent pas comme ils peuvent bien interprêter qu'elle ayt affecté d'éviter de passer par icy et de voir Leurs Majestés, quoy que ce fust le chemin pour arriver au heu où elle est à présent.

Quant à ce que V. A. désire que M. Le Tellier l'aille trouver à Valéry, la Heyne ayant considéré qu'elle n'a rien à luv- faire proposer, que ce vojage feroit croire à tout le monde qu'on entreroit en négociation où il n'y en a aucun sujet, et conûrnieroit les bruicz qu'on faicl courir partout du mesconlentement de Y. A., Sa 31a'*- n'a pas estimé à propos de vous envoyer ledit s' Le Tellier, d'autant plus que si elle a quelque chose à représenter à la Reyne, on aura toute sorte de créance à ceux qui viendront de sa part. Pour moy, je n'entreray pas en d'autie détail, sgachant que V. A. a trop bonne opinion de moy pour croire que, quoy qu'il arrive, je manque jamais à ce à quoy mon debvoir m'oblige; et comme j'ay eu le bonheur de servir utilement V. A. et toute sa maison ju?ques icy, je seray ravy qu'elle me donne occasion de continuer à le faire à ladvenir. A. C.

M. LF. PfxnCE A MAZAK1.\.

Mémoire porté par filsjean.

Valéry, 3 aùùt 1G46 ^analyse).

M. le Prince avait désiré voir M"" Le Tellier pour lui exposer qu'après la mort du duc de Brézé il alla trouver .M. le Cardinal pour le prier de faire donner les charges du défunt soit au duc

d'Anguien, son beau-frore, soit au duc d'Albret, son neveu, soit au maréchal de Brézé son père. Le cardinal lui donna bon espoir, ainsi que la Reine, qu'il était ensuite allé voir au Val de Grâce. Cependant trois ou quatre jours se passèrent sans amener de réponse; mais quelqu'un dit alors à M. le Prince que les charges n'étaient pas héréditaires, ce qui lui donna connaissance préalable de ce qui avait été résolu.

Deuxjours après on écrivit au duc d'Anguien, h l'insudeM, le Prince, que les demandes de son père étaient rejelées; ce dernier fut en.'uile informé par 31. de Brienne que la Reine gardait pour elles les charges du duc de Brézé. Aussitôt M. le Prince écrivit à M. le Duc pour lui recommander le respect et l'obéissance envers la Reine, et l'affection envers le cardinal; tt en effet il ne s'échappa de la bouche du jeune prince aucune parole qui ne fût conforme à son devoir.

HnsuiLe .M. le Prince fit tous ses efforts, comme M. le Duc jiar M. de Tourville, afin qu'il fût avisé à des moyens qui pussent lui faire espérer contentement, et il fût allé trouver Mazarin au moindre mot qu'il eût plu au cardinal de lui écrire; mais ne recevant aucune réponse, M. le Prince s'est résolu de ne rien dire, de ne rien proposer et de ne pas passer par la cour; car s'il eût proposé quelque chose, ou l'on eût dit que les propositions n'éiaient pas convenables au bien de l'État, ou l'on eût dit a M. le Duc que son père en avait fait à son insu.

Assurances de fidélité, de respect et d'obéissance à la Reine. M. le Prince ne demande rien pour lui-même, et n'a en vue que le contentement de son ûls; il y a trois façons de le satisfaire :

Si le cardinal fait une proposition, M. le Prince n'omettra rien pour faire agréer à son ûls les désirs de la Reine ;

Ou bien que M. le Duc propose lui-même ce qu'il désire à présent, et envoie Tourville à la cour;

Si l'un de ces deux moyens ne réussit pas, 31. le Prince désire voir M. le Duc avant d'aller à la cour pour s'entendre

avec lui sur ce qu'il lui plaira que M. le Prince dise à la cour pour ses intérêts.

M. le Prince no met pas en considération la forme dont celte affaire s'est faite ; en effet on n'a pas demandé l'avis du duc d'Orléans, ni celui de M. le Prince, et l'on n'a tenu là-dessus aucun conseil.

Et afin que nul n'interprète sinistrement le voyage de M. le Prince, le cardinal se rappellera que dès le retour de la cour d'Amiens et avant la mort du duc de Brézc, M. le Prince lui avait annoncé son intention de faire un petit voyage dans ses terres et aux eaux de Bourbon, pour sa santé, ses affaires domestiques et les ordinaires de son gouvernement. M. le Prince n'a d'autre dessein que de gagner ainsi du temps pour voir si raccommodement des affaires de M. le Duc se fera, ou voir M. le Duc avant son retour et de là s'en venir à la cour.

Assurances d'affection au service du Roi et de l'État.

A. C. (Alinule.)

M. LE PRINCE A LE TELLIER

Valéry, 3 août IGJG.

Je vous confesse que je n'espérois rien moins que le refus qu'on m'a faict de vous veoir, estant ce que vous estes à M. le Cardinal^ en laquelle condition je vous désiroîs, non comme secrétaire d'Estat, scachant bien que la dignité de la Reyne ne se doibt pas abaisser d'envoyer des ministres sans sujet; mais aussy la confiance que j'ay en vous et que vous estes sans liayne contre les ennemis de l'Estat et de M. le Cardinal et qu'au contrayre vous aimez mon filz et moy que vous y sçavez absolument attachez, m'obligeoit à désirer de vous ouvrir mon cœur. Recevez donc la présente et vous opposez par vos bons offices à l'achèvement de l'œuvre commencée par nos ennemis et qui n'ont que leurs intérestz devant les yeux sans politique ny raison, quoy qu'en autres choses ils ne soient pas si résolus.

PIÈCES ET DOCUMEMS. 501

Au moins vous poiivp? icnir (roi? clioses certaine^, l'une oion inviolable affeclion à l'Eslatel au Roy, l'autre mon désir de conserver les bonnes grâces de M"" le cardinal, et la troisième que personne du monde n'est tant que moy..,. A. C. [Copie.)

LE TELLIER A M. LE PRINCE [anCllySe).

Fontainebleau, 5 août 1645.

Protestations de dévouement; il ne peut le lui montrer par des senices, car la Reine et le cardinal ne permettent pas qu'on paile impunément contre le respect qui est dû à S. A.; cependant « le séjour de Y, A. pendant deux heures en ce lieu garantiroit les affaires du Roy du préjudice qu'elles peuvent recevoir par la forme de vosti e voyage, et ne seroit point nuisible à celles de Y. A. ». A. C.

M. LE PRLXCE A MAZARIN.

Mémoire perlé par Filsjcan.

Mailly, 8 août 1646.

Je souhaite aussi que si M"' le Cardinal veust que j'aille à Fontainebleau, qu'il m'escrive que ma présence y est utille au service du Roy et qu'il désiie luy que je face un tour, me promettant qu'aussi to?t que j'auray veu la Reine et assisté à un conseil à mon arrivée, elle me permettra de faire un petit voyage dans mes deus gouvernemens, où mes affaires domestiques m'apellent, ma santé à Bourbon, et l'assemblée des communes de Bresse, qui se tient de trois ans en trois ans, et qui eschet en ce mois de septembre, que je vas tenir moy raesme à l'ordinaire, ne la voulant laisser tenir à autre en mon absance, car tout l'ordre que je mets pour bien servir à faire payer le Roy en ce petit païs seroit corrompu et gaste.

Après qiioy je verray mon fils, si ce n'est qu'entre cy et là par autre voie il soit contenté de ses prétentions. Et dés que je l'auray veu, j'iray ii l'heure mesme en cour; ou, si ses affaires sont auparavant ajustées comme je le désire avpc passion, je retourneray de mesme en cour, mes afTaires achevées, ?ans cérémonie ny commandement, n'aiant rien à négoticr a mon esgart.

Que si W le Cardinal ne jugeoit pas ma présence utille nécessairement asteures, et qu'il voulust avoir mon avis sur les affaires pour détromper touts ceus qui me croient mescontent, ce quy n'est ny ne peut estre jamais, qu'il m'envoie un mémoire; je mettray mes avis en marge, qui seront très semblables aus siens, puisque luy et moy n'aurons jamais de diférens riessains, touts nos buts n'aboutissant qu'au service du Roy et grandeur de l'Estat, et en ce c;is il m'obligeroit infiniment de m'espargner quatre vingt lieues à aller et venir du lieu où je suis. Le porteur dira ce que je luy av ordonné touchant M. Le Tellier. A. C. [Minule auloijraphe.)

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