‹ Histoire des princes de Condé pendant les 16e et 17e siècles (volume 2)Chapitre 199 sur 236 · Nous avons aussi la minute autographe Je celte lettre · texte numérisé non relu

Nous avons aussi la minute autographe Je celte lettre

estât d'y mettre trois rail hommes de pied et trois cent chevaus jusque à ce que j"aie de vos nouvelles.

Je vous ay desjà escript pour iP de Chàtillon, et, m'aiant tesmoigné à Paris que vous sériés bien aise de luy en procurer le gouvernement, je ne doutte point que vous ne me fassiés la faveur de le faire; j'aurois esié bien aise de servii W de Paluau en une aultre occas'on. Comme le S'' de Posségu Puységur) est un homme très vigilant et très bon ofDcier, et y an aianL un très petit nombre dens les troupes, je l'ay choisy pour y commender en attendent les ordres du Roy; j'vous supplie de luy en vouloir faire donei- la lieutenance de roy;jenele propose que par la considération du service. aiant fort peu d'habitude avec lu\ .

Les ennemis sont postés sur la Lys avec leur grand corps, en aiant destaché un petit sous Dixmude. Je ne vous pui> encor lien mander de ce que nous pourons faire, parceque je n'ay point encor rasé les lignes ny mis cette place en estât ; de plus il me semble qu'il ne fault pas choisir un dessain qui donne lieu aus ennemis d'en entreprendre un aultre plus considérable. M"" de Ransault vient d'ariver; nous venons, lu\ . M"" le mareschal de Gramont et moy, tout ce que nous pourons faire après avoir veu l'est, it auquel nous restera l'armée. J'ay faict advancer M'' de Vaub'court à La Bassée et Béthuce pour couvrir ces places et estre en estât de se joindre à mo} en cas de besoin. Il fault aussylnisser les places de la mer bien garnies, et les postes de la Fintelle ^t de la Quénoque, pour asseurer la communiquation d'Vpro et de Furnes'.

Il est à propos que vous envoies promtement de l'argent icy pour y faire travaillier, sens quoy la place demeurera en très meschant estât ; je verray ce qu'on y poura faire, et vous en envoiray un project. Au reste il n'y a plus icy un ingénieur

1. Les forts de la Fintelle et de Cnocke étaient sur l'Yser, le dernier vers Dixmude.

qui puisse tracer un travail ny conduire une tranchée, ny un homme qui sçache passer un pont ny une galerie, si bien qu'il fault nous-mesmes faire ces choses-là, ce qui est un péril et une fatigue assés extraordinaire; il seroit bon de ne pas espargner de l'argent pour en faire venir de Hollande.

Cet homme dont vous me parlés dens vostre lettre pour cette entreprise n'est point venu; dès qu'il lésera, nous l'examinerons; et, si elle est faisable, asseurés vous que nous n'y oublirons rien. Faicles moy l'honneur de me mander vos santimens avec la mesme franchise que vous l'avés toujours faict. . . .

MAZARiN A M. LE piiTNCE {analyse).

Paris, 30 mai 1648.

Nouvelle de la prise de la citadelle de Courtrai en quatre jours. Craint que l'ennemi ne se porte sur quelque place maritime. Prendre garde à Furnes et même à Dunkerque. A écrit à Grancey (à Gravelines) d'assister Dunkerque. — Secourir Furnes si les ennemis s'y sont portés. — Son étonnement de la prise de la citadelle de Courtrai. Ne recevoir la garnison d'Ypres qu'à discrétion. Si on ne pouvait secourir Furnes, voir si l'on ne pourrait pas attïiquer Armentières. Nouvelle que les ennemis marchent vers la mer. A. C.

Paris, s. d. commencement de juin IG^S).

Envoie de bonnes nouvelles d'Allemagne, où Turenne a remporté un avantage. — Une particularité bien remarquable, c'est que la cavalerie a taillé en pièces de l'infanterie dans des bois et des marais, Turenne et Wrangel n'ayant eu pour infanterie que leurs gardes, auxquels ils ont fait mettre pied à terre pour combattre.

Évasion de M. de Beaufort; détails à ce sujet. Proleste « avec ingénuité et sans fard >; de son indifférence à cette

nouvelle. — Contenance de diverses personnes à la cour. — •< Noslre guerre dure toujours avec les compagnies souveraines de Paris. S. M. est bien résolue de pousser l'affaire jusqu'au bout. Le procédé de ces Me-sieurs-là est estrange. . . Il semble qu'ayant des?eing d'entrer dans une ville dont toutes les portes sont ouvertes, ils veulent néantmoins faire une brèche pour passer par la muraille. »

Débarquement à Dieppe de 500 Polonais levés par M. de Brégy. Je les fais repartir entre mon régiment et celui de PriemsU. — Reçoit par le comte de Bussy la nouvelle de la capitulation d'Ypres. En donner le gouvernement à Paluau, dépouillé par un pur malheur de h citadelle de Courtrai. Protestations de bon vouloir pour W de Chàtillon, qu'il s'efforcera de servir mieux dans une autre occasion. Laisse carte blanciie à 5. A. pour les projets ultérieurs. A. C.

M. LE F'F.INCE A MAZARIX.

(Mémoire; miaule autographe.)

Vprcs, 4 juin 1C4S.

Despuis la prise d'Vpre, on s'est appliqué à raser les lignes et les tranchées, faire refaire ce qui avoit esté ruiné par le siège et establir la garnison, laquelle on n'a pas peu laisser moindre de .3 mil hommes de pied et de trois à quatre cent chevaiîs. . , On a aussy esté obligé de laisser quatre cent hommes à Furnes, outre la garnison; et, parceque les régiments de M"" de Ransault ne se sont pas treuvés tels qu'on les avoit espérés, on a esté obligé de laisser à Dunquerque et Bergues des compagnies de Molondin et Vateville. Le poste de la Quénoque 'Cnocke), sens lequel Vpre ne se peut maintenir, est guardé par quatre compagnies de Molondin, et !a Fintelle par une, si bien que les régiments de Vateville et de Molondin estent séparés dens touttes ces places, on n'en doit faire aucun

58i PIKCES ET DOCUMENTS.

estât pour la campagne. Les postes et les places estent garnis en la manière que cy dessus, et aiant voulu estre informé au vrav du reste des trouppes, il s'en est treuvé dens le mien : d'infenterie, 5,600, suivent l'extrait cy joint, sçavoir.... Dens celuv de M*" le mareschal de Gramont.... compris sergens et tambours, en tout 6,451. — Cavalerie.... en tout 3,441. De plus il y a les gendarmes et nos compagnies des gardes, qui font aprochant de 1,000 chevaus.

Reste du quartier de M'' de Ransault : Piémont, 900; Douglas, 450; le régiment d'Harcourt le jeune, 150; Salbric, 180; le reste de Ransault, 300, et le régiment de dragons, 400. Qunyque les places soient munies comme on le mande, il est impossible, si on quitte ce costé icy, de s'empescher d'y laisser le corps de W de Ransault, tent pour apuier le travail de la Quénoque. dont on ne peut se passer, que pour asseurer les places de la mer qui ne valent rien et pour asseurer entièrement Ypre. Reste donc pour agir environ 12,000 hommes de pied et près de 8,000 chevaus. Il faut maintenant voiries places qu'on peut attaquer et celles que les ennemis pouront attaquer en revanche. Du costé de la mer, il n'y a que Dixmude, Nieuport et Ostende ; les deus dernières ne seroient faisables que par entreprise, à quoy il semble que les ennemis ont remédié, aiant destaché de leur armée un petit corps auquel ils ont faict joindre touttes les trouppes qui esioient en garnison contre les Holandois, qui donnent beaucoup de jalousie à M"" de Ransault, selon la lettre que je viens de recevoir de luy. Pour Dixmude, qui seroit le plus facile, la garnison est très forte et est soutenue du mcsme corps; si bien que, quend on pouroit l'attaquer, on doneroil lieu aus ennemis ou de venir à nous ou de choisir ce qu'il leur plairoit.

Pour la Lis, l'impossibilité des vivres et des munitions em pesche de songer à aultre place qu'à Armentières, laquelle les ennemis couvrent, estent campés et retranchés à Ouarneton (Warneton) .

Pli: CES El DOCUMENTS. Ô8:.

Resteroil k•^ places de l'Escaut ou celles du Hainault : celles-là n'ont pas esté ju;:ées possibles du temps que la Lis estoit à nous: celles-cy doiineroient beau lieu aus ennemis de regagner ou la mer ou telle place qu"ils voudroient dens l'Artois : si bien que touts ces obstacles ne laissent pas un petit embaras du chois qu'on doit faire pour emploier utilement les armes du Roy pour le re?te d'une campagne qui ne faict que commencer et oîi apparament nostre armée ne peut manquer de diminuer, pendent ijue celle des ennemis se ranforccra ou du moins se maintiendr;i.

Touts ces maus là ne viennent que par la prise de Courtray en deus jours, à quoy nulle prudence humaine ne pouvoit remédier. Les places des ennemis sont deffendues par les bourgeois et par les garnisons; dens les nostres les bourgeois sont nos ennemis mortels. On n'a travaillié cet hiver en pas une de nos places du costé de la mer, si bien qu'elles ne se peuvent deffendre qu'à force d'hommes; les ennemis n'espargnent lien pour fortifier les leurs, si bien qu''avec cinq cent hommes ils peuvent mieus defTendre une place que nous avec I ,oOO. Il e?t donc absolument nécessaire d'ordoner des fonds pour les fortifications des places, et jusque là il les fault maintenir avec les armées. Les garnisons ne sont point paiées et se desbandent touts les jours; il est impossible de maintenir la guerre en un pais où tout est contraire, si on ne pourvoit sérieusement à touts ces inconvénients; sur quoy je treuve à propos de dire en passant que l'armée est à la mesme nécessité et que il n'est pas quasy en mon pouvoir d'empescher un desbandement si on n'y pourvoit par un prompt remède, ne- voulant point parler des petittes esmeutes qui se sont desjà faites et que j'ay appaisées.

Je ne doulte point que, comme la cause de touts ces maus vient de la prompte prise de Courtray, on ne soit bien aise de m'en imputer la faute, en n'y aiant pas renvoie des troupes. A cela je diray qu'une place, qui, sens fortification, avoit

résisté onse jours de tranchées ouvertes à Monsieur avec touttes les forces du royaume jointes, pouvoit bien, estent fortifiée au point qu'on le disoit, munie de fout et gardée par quinse cent hommes de pied ot deus cent chevaus et les officiers qui esfoient dedens, durer plus de quatre jours. Outre cela, aiant une circumvallation de .=is lieus à faire, à gardrr des posles pour la seureté des vivres, plus de huict, et munir Furnes qui se pouvoit prendre en quatre heures, avoir la jalousie de Dunquerque rt Bergue?, voir les ennemis venir droit à nous, il eût falu estre bien despourveu de sens pour oster des troupes de l'armée pour mettre à Courtray, où on devoit souhaiter que les ennemis s'atachassent pour nous doner lieu de faire fouts les [)lus grands progrès qu'on se pouvoit imaginer,

Quent à l'attaque de cette place, j'ose dire qu'elle s'est menée brusquement; la circumvallation a esté faicte en cinq jours et la place n'en a duré que huict, qui consistoit en contrescarpe et demy lune, dont le fossé est extraordinaircment grand, et qui ne se pouvoit prandre plus viste, à moins que d'avoir afaire à messieurs qui estoient dens Courtray.

M' le raareschal de Ransault est retourné du costé de la mer, tant pour doner ordre à ses places que pour estre informé au vray de la force du corps qui est à Dixmude et des garnisons, que pour doner ordre à nos vivres et munitions, qui cerfènemeiit manqueront si on n'y remédie promptement. J'ny chargé M"" de Champlàtreus de vous en mander le deslail et des ordres que je luy ay donés pour munir cette place. Le mal provient de ce que les munitionaires ne sont point paies. Les magasins de guerre sont aussy espui^és, et il n'y a quasy point de plomb, de mèche ny d'outils en toulte la cosfe ny à l'armée. Il doit estre icy lundy de retour. Si il y a le moindre jour de faire quelque chose, vous croies bien que je le feray avec grande passion; mais je suis bien aise de vous faire voir clèrement et positivement Testât de touttes choses, affain que

PIÈCES F,T DOCLMENTS. 587

VOUS me fassiés la faveur de me mander ce que vous croies qu'on peut faire, et que vous remédiés aus inconvénients présens et dont les conséquances peuvent estre fascheuses.

Je ne vous dis rien sur l'entreprise d'Ostende, parceque' M' de Ran^aull est allé pour Texaminer.

Depuis ma lettre escripte j'ay receu la vostre en response de celle que je vous avois escripte par M''de Bussy. J'ay toute la jove imaginab'e du bon succès que M"" le mareschal de Turcnne a eu sur les ennemys, tant pour l'intérest du service du Roy que pour la gloire particulière dudit sieur mareschal. duquel je suis fort serviteur ; j'en feray demain tirer le canon affain que les ennemis, qui ne sont qu'à une lieue de nostre camp, en ayent plus tost les nouvelles. J'ay esté infiniment surpris de la nouvelle que vous me mandés de l'évasion de M. de Beaufort. Je croy pourtant, ainsy que vous me le mandé?, que vous en appréhendés méd'ocrementles conséquences; s"il vient à l'armée des ennemis, il nous causera aussy médiocre terreur. Au reste je vous diray sur ce que vous me mandés que Sa Miijesté veult donner le gouvernement d'Ypre à M"" de Paluau et qu'elle remet M'' de Cha^tillon en ur.e meilleure occasion, qu'elle est la maistresse et peut disposer absolument des choses où je prendray quelque part : vous jugés pourtant bien quel sentiment je dois en avoir après la prcmesse que vous m'aviés faict la faveur de me doner devant mon départ de Paris. Je voy bien qu'il fault toutes les campagnes que je reçoive quelque petite mortification; mais pourtant il estasses rude de servir avec la passion avec laquelle je sers, et se voir hors d'estat de rien faire ny pour soy ny pour ses amys. Ce n'est pas que cela touche fort M"" deChastillon, puisqu'il attend, ainsy que vous me le mandés, que vous feras quelque chose de plus important pour luy; mais je voy fort peu de gens doresnavant qui se veuillent adresser à moy pour obtenir quelque grâce, et je seray fort circonspect a en demander, de

peur de me décréditer tout à faict. Je diray à M'' de Paluau qu^on le destine pour estre icy, et dès à présent je l'y mettray, affain que de bonne heure il songe aux choses qui y seront nécessaires, pour empescher que pareil accident ne luy arrive qu'à Courtray. J'ay prié M. de Champlatreus de vouloir aller jusques à Paris pour vous dire le détail de toultes les choses que je pourrois avoir oublié dans ma lettre. A. C.

MAZARiN A M. i.E PRINCE [anabjse).

Paris, fi juin 1648.

Se félicite de la prise d'Vpres. Jactance que celle de Courtrai a donnée aux ennemis. Écrits séditieux qu'ils répandent dans le royaume. — Fuensaldaiïa conseille à l'archiduc de ne pas se commettre au combat avec vous, mais d'attaquer une place peniant que vous en attaquez une autre. L'archiduc se fortifie autant qu'il i)eut à Warneton. — On pourrait attaquer le marquis Sfondrato près de Dixmude, ou menacer Nieudam ou Paaschendaele pendant que vous feriez tête à Tarchiduc ; ou bien attaquer le haut pont et la tête de Flandre avec 6 à 7,000 hommes, ce qui menacerait Aire et S*-Omer. — Avis que l'archiduc n'a pas le train de son artillerie en bon état, et qu'il attend 2,000 hommes pour renforcer don Juan Borgia; on les lire des places frontières du côté de MiM''* les États depuis l'échange des ratifications et la publication du traité de Hollande fait à Munster le 15 mai.

Projet de descente des ennemis sur les côtes du royaume vers La Rochelle ou S'-Malo, « sur les chimères que leur mettent en lôte M""" de Ghevreuse et Saint- Ibal qu'ils entretiennent de grandes intelligences de ce côté-là, comme aussi sur le fondement que nous ne saurions parer ce coup, tous nos vaisseaux étant dans la mer Méditerranée. Mais (en grand secret) je tâche de mettre ensemble une autre petite flotte, qui

sera plus forte que celle des ennemis, pour attaquer celle-ci à Nieuport où sera son rendez-vous ».

La perte de Courtrai a attiédi les Zélandais : à la Gn ils se rendront aux artifices de la province de Hollande, qui met tout en œuvre pour les gagner.

Regret de ne pouvoir donner Ypres à M. de Cl)àtillon. Confirmation de la lieutenance de Puységar. Promesse du brevet de maréchal-de-camp à !a fin de la campagne pour le comte de Buss\ . 3Ianque d'argent pour fortifier Ypres. 11 faudra que ceux qui seront dans Ypres lèvent des contributions ou obligent les gens du pays à y travailler. En attendant je fais chercher 20,000 livres pour commencer, dont je me rembourserai quand tous ces différends du parlement et des autres compagnies, qui fout tarir les finances, seront ajustés. — La Reine vous recommande de vous conserver. — J'écrivis hier à dEstrades de chercher des ingénieurs en Hollande, à tout prix.

Paris, juin 1648.

Nouvelles : en Allemagne les confédérés ont passé le Leck et sont entrés en Bavière. — En Angleterre, les affaires du roi vont chaque jour de bien en mieux. — A Naples, les affaires commencent à reprendre leur premier train.

A Bruxelles, désespoir de la prise dYpres. — On dit que le gouverneur avait reçu de l'archiduc ordre de capituler. — L'archiduc s'esi retranché à Warneton, afin de ne pouvoir être contraint à faire que ce qu'il voudra, et croyant incommoder les Français pour les fourrages. — Envoi du marquis Sfoudrato pour couvrir Xieuport et Dixmude avec un camp volant de 3 à i.OOO hommes de cavalerie et d'infanterie. — Les Français étant plus forts en infanterie, l'archiduc lève trois régiments wallons et fait venir le peu qui était resté dans les villes frontières des Provinces-Unies. — Importance de faire le dégât aux environs d'Aire et de S'-Omer. A. C.

(Réponse au mémoire de M. le Prince du i.)

Paris, juin 16J!S.

Les ennemis s'assemblenl dans le Hainaut pour entrer en France. L'assemblée doit se faire à Landrecies; nombre de paysans commandés; mais de troupes pajées il n'y aura que 6 régiments de cavalerie et 2 d'infanterie qu'on détache en grand secret de l'armée de l'aichiduc. — Si le dessein d'Oslende pouvait réussir, cela changerait la face des atTaires, quand ce ne ferait qu'y attirer le marquis Sfondrato et vous donner lieu d'entreprendre sur Dixmude. — Conseille de ménager et conserver les troupes, et surtout la cavalerie.

— Insiste sur le projet de Dixmude. — S. M. a ordonné à M. le Surintendant de divertir plutôt tout l'argent qui pourrait être destiné aux autres endroit?, aûn qu'il ne manque pas au lieu où vous èle-. — Les munitionnaires sont payés régulièrement jusqu'au dernier sol. — Les soldats qui se vont rendre aux ennemis leur disent tous qu'on meurt de faim dans notre armée, et ils font grand fondement sur cela. — Assurance pour les munitions de guerre. — Difficulté de faire des fonds pour les fortifications d'Vpres. Ne laisser pas de commencer les travaux. Les avances seront remboursées. — On a résolu de hàttr le renfort, de remettra sur pied le régiment de M. le maréchal de Brézé, et d'en lever encore quatre autres. — M. de Brégv va envoyer 600 Polonais, outre les 400 qui sont débarqués à Dieppe. — Le colonel Schak abordera en France avant le io juillet avec 900 Allemands.

— On fait acheter 7 à 800 chevaux pour remonter les cavaliers à pied. — Discours tenus au sujet de la perte de Courtrai. — Quelques mots de réponse aux plaintes de S. A. de n'avoir pu obtenir le gouvernement d'Vpres pour M. de Chàtillon.

PIÈCES ET DOCUME.NTS. 591

Palis, -21 juin 1G4S.

Quelques mois sur le mauvais succès de l'entreprise d'Ostende. — L'archiduc s'avance sur les frontières de Picardie : \° dans le but de profiter des divisiojis entre la cour et le parlement; 2" pour attirer M. le Prince dans des lieux plus ouverts, où la cavalerie ennemie puisse plus aisément combattre. — Le temps affaiblira l'armée ennemie et fortiûera la nôtre par les levées françaises et étrimgères; il faut temporiser. — Grands succès prédits à nos armes et à M. le Prince après la mi-juillet, par diverses personnes qui se mêlent de faire des pronostics. — On dit que l'archiduc a 18,000 hommes, ayant laissé le marquis Sfondrato vers la mer. L'archiduc veut reconnaître s'il y a moyen d'emporter facilement une de nos places, ou d'entrer en France entre Guise et S'-Quenlin, pour causer du bruit et faire crier les peuples. — Si les affaires du parlement s'accommodaient, la Reine pourrait bien mener le Roi à Compiègne afin d'être plus près de vous et de pouvoir vous envoyer des compagnies des gardes. — On a écrit à d'Erlach de se jeter sur le Luxembourg pour faire une diversion. — Mort du roi de Pologne et maladie de sa i'erame. — Les années confédérées sont toujours dans la Bavière, où l'ennemi le plus fâcheux qu'elles trouvent est la disette des vivres. — Insiste sur le dégât autour d'Aire et de S'-Omer. — Envoi des deux tiers de la montre pour mercredi prochain. Espoir d'accommodement avec le parlement; il doit y avoir aujourd'hui une conférence au Luxembourg en présence de S. A. R., où je me trouverai aussi. — On mande de Cambrai quel'attaque qu'on veut faire à la frontière sera avec 4,000 hommes de pied, formés en grande partie de nouvelles troupes, et 2,000 chevaux avec 10 pièces de canon, six de campagne et quatre de batterie, commandés par le duc Charles et le comte de Garcies. Si cette attaque vous oblige ài quitter la Flandre, l'archiduc tentera la reprise d'Vpres, ou, joignant le duc

592 PIÈCES ET DOCUMEM'S.

Charles, un combat général. Le comte de Garcies a dessein sur Guise.

Comment d'Erlach devra-t-il agir dans le Luxembourg? Voir s'il pourrait s'emparer d'Arlon ou de Yirton, concerter une jonction avec les troupes de la landgrave, à charge de revanche. A. C.

M. LE PRINCE A MAZAIUX.

Anas, 22 juiu 1648.

Je VOUS avois despesché un courier cotte nuit (mais je viens d'aprendre qu'il a esté tué) pour vous doner advis qu'un gentilhomme de Picardie, nomé Tagny, m'estoit venu trouver hier pour randre, disoit-il, à la France et à moy le plus grand service du monde. C'estoil, disoil-il, d"aler à l'armée ennemie sçavoir touttes nouvelles et me descouvrir leurs dessains. Je l'ay poussé là dessus pour sçavoir comme quoy il pouvoit faire cela sens leur doner du soupson. Il m'a dit qu'il m'avouoit ingénument (|u'il avoit intelligence depuis cet hiver avec le comte de Garcie, qu'il avoit esté à Cambray luy parler, qu'il avoit touché à Paris mil escus des Espagnolz par un marchant nomé Cochefeur, demeurent près des Grandes Haies; qu'il leur avoit prorais de les servir et de leur doner touts les advis de France et de l'armée; mais qu'il n'avoit fait cela que pour les tromper. 11 dit de plus qu'il a un valet qui a faict plusieurs voiages vers eus. J'ay creu le devoir faire arester; j'ay mandé à M'' le Vidame de faire arester le valet et vous mande cecy affain de sçavoir ce qu'il vous plait que j'en fasse ot affain que, fesant arester le marchant, vous puissiés descouvrir cens à qui il done de l'argent de la part des Espagnols. Je vous demande la vie de ce pauvre gentilhomme, ma parole y estent engagée, sans laquelle il ne m'auroit rien confessé. Je lenvoyray après cela en quel lieu vous voudrés.

PIÈCES I:T documents. 593

MAZARIN A M. LE PRIXCE [aitah/Se].

Paris, -la juin 164S.

Nouvelles! l'archiduc en personne a été à la frontière; en apprenant votre arrivée à Arras, il s'est retiré dans le pays. Peut-être son dessein est-il de faire investir quelque place au delà de la Lys par le corps qu'il y a laissé. Le poste d'Arras est le meilleur que vous puissiez prendre, parce qu'il regarde les deux côtés. — Peu d'apparence d'accommodement avec le parlement, qui commence à vouloir persuader qu'il s'est mù pour le bien du peuple. — Envoi de mille pistoles à M"" de Ranizau pour fortifier le fort de Cnocke. — Je ne croy paque les ennemis songent à entrer en France par la Champagne, mais d'Erlach par sa diversion assurera ce côlé-!ii. — Attendre les Polonais nouvellement débarc[ués. A. G.

Paris, 24 juin 164S.

Les ennemis agiront en Picardie ou repasseront la Lys. — Défaite entière de Lamboy par les troupes de la landgrave. L'archiduc comptait qu'il serait vainqueur et viendrait renforcer son armée. On compte déjii plus de oOO déserteurs de l'armée ennemie. — Propose de lever 5 ou 600 hommes en Bourgogne ou Bresse. — Le premier dessein des ennemis était de faire prendre position devant S'-Quentin au corps du comte de Garcies, tandis que l'archiduc fondrait avec toute l'armée sur le Catelet qu'il espérait emporter. Les avis étant par tagés, on s'est arrêté à l'idée d'inquiéter notre frontière, laissant le marquis Sfondrato pour défendre Nieuport ou Dixmude, et le prince de Ligne pour couvrir les places de la Lys et rejoindre l'archiduc si notre armée passait cette rivière, auquel cas l'archiduc hasarderait un combat général. Raisons qui lui font prendre ce parti. — Nécessité de jouer V. 38

à quitte ou double dans l'état de décadence où sont les affaires de la maison d'Autriche en Allemagne comme en Flandre. — Négociation à ouvrir avec la landgrave de Hesse pour l'obliger (si elle ne veut pas joindre ?on corps à celui de d'Erlach) à venir faire la guerre entre le Rhin et la IMeuse, dans le pays de Juliers, oij les places sont dégarnies. — Peu de cas à faire des propositions d'accommodement du duc Charles.

Se réjouit de la défaite de Lamboy, et de celle du comte de Bouchain par le général Wittemberg, que l'on annonce. En moins d'un mois les quatre armées que le parti contraire entretenait en Allemagne ont reçu chacune un notable échec. — D'Osnabruck on nous fait espérer satisfaction sur les trois points qui nous regardent, et les Espagnols s'efforcent de traverser la conclusion du traité, qui est une marque qu'il ne nous sera point désavantageux, et dans cette croyance peutêtre se porteront-ils à accepter le leur en même temps.

Les Espagnols trouvent la personne du duc de Guise bien plus considérable que la place de Guise, et leur projet est de donner les plus grandes appréhensions pour la vie du duc, espérant qu'on donnera cinq ou six places pour le sauver.

M. LE PRI.NCE A MAZAniN.

Camp du Catelet, 27 juin 1648.

J'ay receu vos lettres et veu les bons advis qu'elles contiennent; pour response ausquels je vous diray que, sur ceus qui m'ont esté donnés que le prince de Ligne avec ses trouppes avoit joint l'armée ennemie et qu'elle estoit campée à Or et Calillion*, j'ay creu que ce ne pouvoit estre à autre desseing que pour assiéger Guise ou Rocroy; ce qui m'a obligé do

1. Ors et Calillon, tous deux sur la Sambre ; Ors à " km., Calillun à 3 km. du Cateau.

PIÈCES ET DOCLMEMS. 595

m'advancer avec noilre armée, tiui campe aujourdliuy entre le Castelet el le Mont S'-Martin, d'où j'eàlime que nous pouvons mieus observer la marche des ennemis qu"en quelqu'aulrLlieu que nous eussions pu nous poster, puisque l'on peut aller à eus s'ils s'attachent a l'une de ces deus places ou à quelqu'autre de cette frontière, et que nous sommes aussy en estai de les suivre s'ils retournent en Flandre, où nous serons aussy tost qu'eus, n'y ayant que deus jours de marche d'icy à Arras et les ennemys estent autent esloignés de Douay. Cependant j'ay done ordre à M. de Vaubecourt d'envoyer le régiment d'Anguien dans Rocroy, et à M. le Vidame d'Amiens d'aller à Guise avec les tronppes qu'il commande, tandis que le premier avec sa cavalerie cottoyera ec observera de plus près les ennemys. Voilà, Monsieur, le sommaire des choses présentes, me remettant à ce que vous aura dit du détail le s*" de Mazerolles que je vous ay despesché. Quant à ce que j'ay veu que vous avés escript à 31. le mareschal de Gramont, je me remets pareillement ii ce qu'il vous y respondra, el à ce que le s'' du Fey vous pourra dire de sa part.

Je vous supplie de prendre entière créance en ce que vous mande M. le mareschal et vous prie de me man 1er au plus tost de vos nouvelles. A. G.

Caœp près Ju Calelet, 29 juin 1648.

Je viens de recevoir une lettre de M' de Paluau, que je vous envoie, qui m'oblige a vous despescher ce eourier pour vou? faire voir l'embaras où je suis de voir que M. de Ransault a peut estre abandoné ou est près d abdndoner le poste de Flandre le plus considérable, et sans lequel Vpre ne peut subsister, qui est la Quénoque, sens m'en demender seulement mon advis. Il n'a d'opposés à luy qu'une armée de neuf compagnies de cavalerie et deas mille hommes de pied et le.garnisons: et luv <n, outre ses garnisons, Molondin. Valeville,

59G PIÈCES ET DOCLMENTS.

Piedmon, Douglas et quatre régiments de cavalerie; je ne dis point qu'il y a dens Ypre près de quatre mil hommes et que. à moins d'une paresse extraordinaire, le fort de la Quénoque doit estre en deffence. J'ay avancé sept mil francs de mon argent ; Noirmoutier avoit faict marché avec les entrepreneurs qu'ils l'achèveroient le 18^ de ce moys icy, et nous sommes au dernier; et javois escrit à M" de Ransault et de Paluau que si dens mon absence il manquoit quelque argent, je les priois de l'avancer, et qu'en mou propre et privé nom je m'obligois de le rembourser. Pour Paluau, il n'en a point, comme vous voies qu'il me le mande; mais l'autre n'en doit pas manquer. Il m'est bien difficile de servir avec plaisir en un lieu où je ne me vo}- que médiocrement obéi, et quasy point soulagé. J'ay les ennemis en présence, à cinquante lieues de la mer, et il faut que j'apréhande plus pour ces postes lii que pour ceus cy. Despuis l'affaire d'Ostende je n'ay receu qu'un mot de lettre de M'' de Ransault, quoyque je luy aii' escrit dis fois, par laquelle il se remet à M"" de Ravanel à me conter toutles nouvelles. Je ne sçay pas de meillieur moien pour remédier à touts ces inconvénients que de vous les mander, affain que vous y pourvoies, et, s'il se peut, en envolant quelques troupes de ces nouvelles desbarquées à M"" de Ransaull, pour luy guérir l'esprit de Dunquerque, affain qu'il laisse les aultres pour Furnes, la Fintelle et la Quénoque. Il fault aussy luy envoler de l'argent pour travaillier, mais luy spécifier Furnes et la Quénoque, car sens cela il mettra tout ii Dunquerque. Je n'ay pas accoutumé d'escrire de la sorte; mais quand on voit qu'on ne s'en peut empescher, il fault bien le faire pour sa descharge. A. C.

MAZARIN A M. LE PftINCE,

Paris, 30 juin 1648.

J'ay v«u par la dépesche dont il vous a plu me favoriser du

PIÈCES ET DOCL"\IENTS- 597

27* les raisons qui vous ont obligé à preodre la résolution de venir jusques au Catelet, qui ne pouvoient estre plus judicieuses; et certainement quand mesme les ennemis n'auroienl pas esté en estât de songer à attaquer aucune de nos places, à quoy il y a grande apparence pourtant qu'ilz se fussent engagés sans vostre arrivée, ayant encore eu des ad%-is depuis peu qu'ilz en vouloient à Guise, il eust toujours esté bon, et principalement dans la conjoncture des brouilleries que nous avons icy, de les empescber de venir avec leur cavalerie sur nos frontières pour faire des courses dans la France. On voit fort bien que vostre approche leur en a aussi bien osté l'envie que les moyens; mais en tout cas je vous conjure toujours, .Monsieur, de vous souvenir de ce que j'ay eu le bien de vous représenter par mes précédentes, que présentement dans toutes ces occurrences nous avons beaucoup plus de besoing des effeclz de votre prudence ordinaire que de ceux de vostre courage ; et cela ne doit pas vous faire peine comme il feroit à quelque autre, puisque le monde est desjà assez bien persuadé que pour combattre vous n'auriez qu'à laisser agir vos mouvemens naturels, mais que pour vous en empescher il faut que vous fassiez une estrange violence à vostre inclination; en quoy mesme j'ose dire qu'il y a beaucoup de gloire à acquérir pour vous. J'espère, Monsieur, qu'il ne se passera guère de temps que je ne vous escrive en termes tout dififérens et que je ne vous sollicite du contraire.

Je ne voy pas que les ennemis ayent aucune ressource pour réparer la diminution qui se faict tous les jours à veue d'œil dans leurs troupes, et je me flatte qu'il n'en arrivera pas de mesme à noslre égard, me remettant pour vous faire voir plus clair en cecy à ce qne j'ay dict en détail au S"" de Maserolles.

Je ne sray quelz ad vis vous avez de Testât des ennemis; mais tous ceux que je reçois de divers endroitz portent unanimement qu'ilz s'affoiblissent fort. Il s'est desjà débandé bon

:m PIÈCES ET DOCUMENTS.

nombre de ^^■alIons, et tous les jours on continue à voir passer iiuanlité d'Italiens et d'Espagnols qui se retirent en leur pays.

J'ay rendu compte à la Reyne de ce que le mareschal de (Iramont m'a escrit de voslre part. Sa Ma*'^ en a esté sensiblement touchée et n'attendoit pas moins de vostre zèle pour le bien du royaume et de l'affection que vous avez pour elle. Scn dessein est d'éviter autant qu'elle pourra d'en venir aux extrémités si ces Messieurs du parlement ne l'y forcent. Cependant l'Ile m'a chargé de vous demander vos bons advis, et je vous jirie en mon particulier, si vous avez quelque chose à dire sur tout cecy, que vous me fassiez l'honneur de me le mander. Vous ne doutez pas, je m'asseure, qu'on n'en fasse grand cas, tant pour le rang que vous tenez en l'Estat et la part que vous avez en sa direction que pour la passion que Sa Ma'*^' sçaitque vous avez de voir bien aller les affaires.

J'ay receu une de vos lettres touchant le mariage de ^jt Ile d'Alez. Vous trouverez bon, Monsieur, que je remette à y respondre par l'abbé Bentivoglio, que je fais estât de dépesciier de delà au premier jour et qui aura l'iionneur de vous dire Testât de l'affaire. ... A. C.

Paris, ]"■ juillet i64S {annlijxe).

Pense que Rantzau n'aura pas abandonné le poste de Cnocke. — Départ du prince de Ligne pour rejoindre l'archi- (luc. — Envoi d'argent pour fortifier Cnocke et la Fintelle.

— Défend Rantzau d'avoir désobéi aux ordres de S. A.

— Envoyer un bon maréchal-de-camp à Cnocke. — Propose de fortifler par des déserteurs les garnisons d'Ypres et de Furnes. — Dithcullés extrêmes d'avoir de l'argent pour le paiement des troupes et les fortiQcalions; supplie S, A. d'en être bien ménager. Envoi de SOOpistolesà M. de Rantzau pour être employées à Furnes seulement. — Inconvénient d'envoyer à Rantzau les Allemands qui viennent d'arriver.

PIÈCES ET DOCIMEXTS. 599

M. LE PRINCE A MAZAllIN.

Camp pris du Catelet, -2 juillet 10 IS.

J'.iy une gninde joye de voir que vous ayés approuvé la ré?;olution que j'ay prise de m'advancer jusques au Castelel. Elle a esté fondée sur deus raisons: Tune, pour empescher les ennemys d'entreprendre quelque siège sur la frontière ; l'autre, pour leur ester les moyens de fomenter par leurs courses et par leur voisinage les brouilleries qui semblent se vouloir esmouvoir dans le ro\ aulme. Il semble maintenant qu'ils ont perdu la pensée de l'un et de l'autre, puisque non seulement ils m'ont donné loisir de jetter dans Rocroy le régiment de mon fils tout entier, dans Guise et La Capelle celuy de Noirmoustier, de mettre sur ces frontières là plus de mil ii dijuze cens chevaus, et de m'advancer jusques ic\' avec le reste de l'armée; mais mesme qu'ils n'ont osé demeurer dans le poste de Catillon, et en sont délogrs la nuict mesme qu'ils m'ont sceu arrivé icy, pour s'aller poster sous les murailles de Lendrecy, entre la rivière de Sambre et la forest de Mormal, qui est un poste très advantageus pour eus, et oij mesme les rendus asseurent qu'ils se veullent retrancher.

Deus Espagnols qui se vinrent rendre hyer m'asseurent que le prince de Ligne, qui estoit demeuré entre Douay et Bouchain avec un corps de deus à trois mil hommes, les vint joindre avant hyer au soir et qu'il est présentement campé avec eus.

Le poste où sont les ennemys, estant une fois bien retranché et très abondant en fourrage, me faict craindre qu'ils ne prennent la résolution d'y demeurer et de destacber quelque petit corps par le derrière pour aller attacquer Furnes el la Quénocque, pendant que le reste de l'armée demeurera icy pour m'observer, si je destache des trouppes d'icy, pour me venir combattre dans ces grandes plaines, où ils piélendroicnt estre

les maistres et plus forts eu cavalerie, et, si je remarchois avec toutte l'armée au delà et que je m'esloignasse beaucoup de cette frontière, entreprendre quelque siège, ou du moins recommencer leurs courses. J'ay tasché d'obvier à ces inconvénieos en laissant près de quatre mil borames dans Ypre, en ne tirant pas un seul homme hors des garnisons de M. le mai*»' de Ransault, et en lu} laissant un corps d'armée deus fois plus fort que celuy du marquis de Sfondrate. Il me paroist pourtant, par une lettre de 3r de Paluau que je vous envoyé, que ledict s"" mareschal ne se lient pas fort en seureté, et qu'il est résolu, dès qu'il sraura quelques trouppes des ennemis approcher de ce costé-là, de ne laisser que cent hommes dans la Quénoque, qui est autant que de l'abandonner tout à faict. Je voy mesme que le travail n'est guères plus advancé que ([uandj'en suis party, quoique, par les marchés que j'en avois faicts, il deusse estre achevé dès le 1 8- du mois passé, et (ju'oultre cinq cens pistoUes de mon argent que j'avois advancées. j'y en eusse encore laissé deus cens avant d'en partir et que j'eusse prié M" de Ransault et de Paluau, s'il en estoit besoin de davantage, de l'advancer, leur en répondant en mon propre et privé nom. Oultre tout cela, j'y envoyay hyer vostre régiment de dragons, qui est très propre pour ce pays là, puisqu'il peut ser\ir à la campagne comme cavalerie, et dans les places comme de l'infanterie. Je n'ay pas cru pouvoir destacher de trouppes davantage sans me mettre hors d'estat de tenir la campagne devant les ennemys, que j'apprends d'ailleurs se mettre touts ensemble; et, quoiqu'il n'y ait pas d'apparence qu'ils veuillent entreprendre quelque chose de deçà, ils le pourroient faire aisément si je m'affaiblissois davantage. Il me semble que si vous pouviés envoyer à M"" de Ransault promptement quelques trouppes pour luy ester l'appréhension de Bergues et de Dunquerque et luy ordonneiv, et à M. de Paluau, de s'appliquer conjointement à la conservation de Furnes et de la Quénoque, les ennemys ne les pourroient

attacqiier qu'avec toutte leur armée, auquel cas je pourrois facilement les en empescher, y marchant auîsy avec toutte celle cy.

Il me paroist, et par la lettre que vous m'escrivés et par ce i]ue le s'' de Mazerolles m'a dict de vostre part, que Tintention de Sa Majesté ne seroit pas que je m'engageasse à un combat général avec les ennerays présentement; c'est une chose assés facile, pourveu qu'ils n'entreprennent rien; mais je serois bien ayse de sgavoir ce que Sa Majesté voudroit que je fisse 'Ml cas qu'ils entreprissent sur Guise, Rocroy, La Capelle, La Bassée ou Béthune, qui sont des places sciluées dans des plaines, qu"oa ne peut secourir sans hasarder un combat général, et qui ne peuvent manquer d'estre prises assés viste si '■lies ne sont secourues, et me voyant d'ailleurs quasy hors d'eitat, par la foiblesse de l'armée, par celle des dites places, et parla bonté de celles des ennera\s qui sont à nostre bienséance ^ comme pourroient estre Lendrecy, Cambray. Douay, Aire et S' Orner \ de songer à la diversion; resteroit Dixmude et Armantières : la première ne se trouveroit pas desgarnie d'hommes, le marquis de Sfondrate y estant; et pour l'autre, estant la seule place qu'ils peussent appréhender, il leur seroit aisé d'y pourvoir. Je vous supplie donc de me mander ce qu'on voudroit que je fisse, en cas que les ennemis entreprissent quelque chose du costé de deçà.

Les ordres que vous avés donnés à M"" d'Erlach de venir dans le Luxembourg et cens que vous donnés pour renforcer nostre armée nous mettront bientost en d'autres termes. Il est très constant que l'armée des ennemys s'affoiblit pour ce qui est de l'infanterie; mais je vous asseure que la nostre n'augmente pas. Suivant les avis que j'ay de touttes parts, ils peuvent avoir à Lendrecy huit mil chevaus efi'ectifs et huit à neuf miile hommes de pied; vous sçavés Testât de la nostre; c'est pourquoy je ne vous en mande rien.

Je voudrois estre plus cajiable que je ne suis pour pouvoir

donner des advis à Sa Majesté sur ce qu'elle doit faire dans la iencont:e présente des affaires du parlement. Je ne voy pas pourtant qu'elle puisse prendre un meilleur conseil que de porter les choses tout autant qu'elle pourra dans la doulceur et de tascher par toutes sortes de biais di> ramener les esprits, qui se trouvent estre un peu égarés, et d'en venir le plus tard qu'elle pourra aux extrémités; lo tout pourtant sans diminution de l'aucthorité royalle. qu'elle doit maintenir jusques au bout.

Les affaires changent touts les jours de face, si bien qu'il est bien difficile à une personne csloignée comme moy de pouvoir donner un bon advis, et je croy que Sa M.ijesté me fera bien l'honneur de croire que personne au monde n'est si fort lié aux intérêts de l'Estat que moy et n'a une passion jilus particulière pour le service de Sa Majesté

P. -S. — Je ne vous respons rien touchant la proposition que le s"" de Mazorolles m'a faicte de vostre part touchant le s' d'Erlach, parceque je ne sçay pas précisément les forces qu'il amènera avec luy, le temps qu''il pourra arriver, ny ccluy auquel les nouvelles levées de France seront prestes. Quand on m'aura fait l'iionneur de me le mander, je feray aussy sçavoir mon sentiment là-dessus.

J'oubliois à vous dire que j'envoyay hier de mon argent cinq cens pistoUes à M. de Paluau pour faire continuer le travail de la Quénoque, et que j'ay aussy faict advancer pareille somme du mien à vostre régiment de dragons, dont les officiers et cavaliers, sans cela, esloient en si misérable estât qu'ils fussent morts de faim. Je voudrois estre assés grand seigneur pour pouvoir en faire de mesme à toutto l'armée; je vous asseure que dans la nécessité présente je ne vous en romprois pas la teste, et quoique je sçache bien les peynes que vous avés à trouver de l'argent, je ne puis pas m'empescher de vous mander que l'armce ne se peut plus passer d'en avoir. A, C. {Copie.)

M. LE PRINCE A LE TELLIKR

Le Catolct, 2 juillet 1C4S.

Le munilionnaire m'ayant dit franchement qu'il no pouvoil plus fournir à l'armée que pour douze jours de pain en ces quartiers, attendu qu'on ne luy avoit f;;ict aucune raison des bleds de Courtray, je vous faicts la présente pour vous en donner advis, etafain que vous le fassiés entendre à M"" le Cardinal et h M'S du Conseil, pour y apporter l'ordre nécessaire, duijuel il est aisé de juger la conséquence, puisque, s'il reçoit tant soit peu de retardement, il ne restera rien à faire qu'à congédier l'infanterie entière et toutte la cavallerie. à laquelle on est obligé de donner encore du pain, n'ayant aucune chose de qnoy subsister. Je me promets qu'en ce rencontre vous rodoublerés vos soings, d'autant plus que la chose est tout à faict importante. D. G.

Le C^telet, -2 juillet 1G48.

Escrivant par ce courrier assés amplement sur touttes choses à Monsieur le Cardinal, je me contenteray de vous prier par celle-cy de m'en procurer une prompte et précise response, sur touts les principaus points de ma dépesche.

Quoyqueje ne me sois jamais beaucoup soucié des imprimés du gazettier, je ne puis pourtant m'empescher de vous dire que je trouve assés estrange l'article qui faict mention de l'affaire d'Ostende, par lequel on veult persuader qu'elle n'a esté entreprise que pour me donner moyen de faire le siège de Dixmude; à quoy tout le monde n'ignore pas que ce n'a jamais été mon desseing; aussy n'est-ce pas ce qui me choque, mais qu'on ait souffert que la chose, qui court aussy bien parmi les estrangers comme entre les François, ait été imprimée de la sorte. Je me promets de vosîre amitié que je n'au-

ray pas subject à l'advenir de me plaindre de semblable chose et d'autant plus que je sçay que le gazettier ne met rien au jour qu'auparavant il n'ait esté examiné et veu à la cour.

Au surplus, je vous diray pour response à votre dernière lettre qu'il est impossible d'empescher les déserteurs, si les gardes des passages ne sont payés pour leur donner moyen de subsister et pour leur oster celuy de friponner. Je ne doubte pas que vous ne fassiés vostre possible pour cela. . . ,

M. LE PRINCE A MAZARIX.

Le Catelet, 5 juillet 164S.

Touts les advis sont conformes à ceus que vous m'avés faict la faveur de me donner, qui sont que les ennemis ou ne songent point à retourner en Flandre, ou que, s'ils y songent, ils ne sont pas encore prests de l'exécuter, puisqu'ils n'ont encore détasché aucunes trouppes de leur armée, et que le corps qu'ils ont de delà n'est pas capable d'agir tout seul; j'appréhende, quand ils sçauront la marche de M. d'Erlac de deçà, que cela ne leur fasse prendre quelque plus prompte résolution, puisqu'ils verront bien que l'approche de ce corps-là ou les obligera de détascher de leurs trouppes pour s'opposer à luy, ou, si nous le faisons joindre à nous, nous mettra en estât de rentrer dans leur pays et leur faire perdre l'espérance qu'ils ont de faire cette année leur récolte. — Je suis ravy que vous approuviés la manière dont j'ay pourveu aux places de la mer; je vous asseure que j'y ay faict tout ce qui estoit en mon pouvoir, jusques à me dégarnir des meilleures trouppes de l'armée. J'espère que yv le mareschal de Ransault y donnera si bon ordre qu'il ne pourra arriver aucun mauvais accident de ce costé là, puiscju'il ne doit plus rien craindre pour Dunquerque, l'armement de mer que faisoient les Espagnols s'eslaut dissipé, et que vous luy avés envoyé de l'argent pour

PIi;CES ET DOCLMEMS. 605

les fortiflications de Furnes et de la Quénoque. — Je tascheray d'exéculer les ordres que Sa Majesté m'a envoyés au cas que les ennnemys entreprennent quelque chose sur Rocro\ ou sur Guise; j'espère que nous ferons si bien que les ennemys n'y réussiront pas. Le temps qu'il y a que les ennemvs sont autour de La Cape'le sans lavoir attacquée me faict croire qu'ils n'y pensent pas; mais il me semble que s'ils entreprenoient ou sur La Bassée, ou sur Béthune, ce que j'estime pourtant assës difBcile à eus, il me le scroit encore plus d'entreprendre <ur Armantière. Les raisons en sont : que nos magasins de vivres et de munitions estant touts à Arras, l'armée deseimemys se trouveroit entre noslte camp et nos magasins; que si aussy on les faisoit advancer à La Bassée ou à Béthune dès à présent, ce qui seroit très difficile, n'ayant point de charoys pour cela, les ennemys pourroient attacquer la place oîi nous aurions faict nos magasins, et par ainsy il ne nous en resteroit plus; ducostéd'Ypre il y en a fort peu, et, à moins que vous ordonniés à M'^ de Ransault et de Paluau d'y en mettre de l'un et de l'autre pour que, sans dégarnir la place, je puisse en tirer assés pour le siège, et que vous n'ayés response de l'un et de l'autre de ces 3Iessieurs qu'il y en a suffisamment, par exemple de quoy nourrir l'armée six sepmaines, et de pouldre cent milliers, de plomb, de mesche, d''outils, de bouUets et de grenades à proportion, sans comprendre ce qui est nécessaire à la place, je ne juge pas l'attaque d'Armantière possible, ie vous supplie d'examiner ces raisons et de les faire voir à Sa Majesté, et de me mander ce qu'elle m'ordonnera, vous asseurant que je me conformeray tou?jours il ses volontés avec toutle la joye imaginable. La difficulté que j'ay veue à faire venir les convoysjusquesà Ypre me faict souhaiter de n'y pas retomber à une place qui est encore beaucoufi plus esloignée de Dunquerque que n'estoit Ypre, et oii il n'\ a point de rivière pour la facilité des voitures; les mesmes difficultés qui y estoient y seroient encore, puisque le mar-

quis de Sfondiate ne partiroit point des postes où il est, et il y auroit encore celles qui se rencontreroient entre Ypre et Armantière. — C'est un grand bonheur que M. d'Erlac ayt pris la résolution d'exécuter les ordres que vous luy avés envoyés; je doubte que les ennemys, le voyant hors d'estat de rien faire de considérable dans le Luxembourg, en prennent assés d'allarme pour détacher un corps de leur armée pour aller à luy. Nous en serons bientost esclaircis, puisqu'il est à présent à Thionville. Si cela estoit, mon advis seroit que vous luy envoyassiés ordre de venir prendre les postes de M'' de Vaubecourt et de yr le Vidame, pour me donner moyen de tirer à moy toutes ces trouppes la, de rentrer dans le pays ennemy, et de me prévaloir des occasions que je Irouverois les plus favorables.

J'ay veu l'arrest que vous m'avés envoyé de M'* du parlement, qui m'a extrêmement surpris; je n'ay rien à adjoust?r a l'advis que j'ay desjà donné à Sa Majesté là-dessus, ny aus résolutions que vous me mandés que Sa Majesté a piises. Je suis si esloigné qu'il est difficile que je puisse rien dire de particulier, voyant que de leur costé il va louts les jours quelque chose de nouveau ; j'en ay pourtant fort entretenu le chevalier de Rivière et luy ay commandé de vous dire plus particulièrement mes sentiments, qui partira dicy au premier jour. Je ne réitéreray point à Sa Majesté les protestations de mon très humble service; je croy qu'elle en est assés persuadée.

Je viens tout présentement d'avoir advis que la monstre estoit arrivée à Montdidier; je l'ay envoyé quérir, et je vous puis asseurer qu'elle vient fort à propos pour la conservation de l'armée. Je vous envoyé une lettre que le comte de Fuensaldagne vient d'escrire à M'' le mareschal de Gramont touchant l'eschange des prisonniers dont m'avuit parlé Mazerolles de voslre part; mais comme je ne comprens rien à ce qu'il mande de ce dernier point, je n'ay pu luy faire faire aucune response là-dessus, jusques à ce qu'a paravant j'eusse reccu

PIÈCES KT DOCL.MEMS. ti07

de vos nouvelles; si vous me xouliés icy envoyer on tuuttc diligence le s"' Penys, qui est bien informé de tout ce détail, avec un oidre de faire ce que je luy commanderois là-dessus, je pense que nous sortirons bientost de cette affaire, qui ne pourroit que nous estre très advantageuse, puisque les ennemys tiennent beaucoup plus de prisonniers des nostres que nous n'en avons des leurs, et que, pour la despence, je ne croy pas que nous en touchions jamais de mauvais argent.

J'oubliois à vous mander que le i^ouverneur de La Capeile m'a dicl que cette année on avoit sorty de sa place touts les

I bleds qui y esloient soubs prétexte de les renouveller, et qu'on n'en a pas remplacé un seul grain; ainsy j'esiime qu'il est nécessaire que vous y fassiés pourvoir au plus tost ; ciir pour de deçà il ne s'y peut donner aucun remède, n'y ayant point de bled dans Guise iiy dans les places circonvoysines. Je ne double pas que vous nV fassiés mettre ordre de bonne heure, n'y ayant rien plus à craindre pour cette place que le manque de bled. A. C. [transcriplion).

Le Catelet, 6 juillet 1648.

Le S"" de Comiac s'en retourne à Paris, ainsy que vous l'avés désiré, et je proffitte de cette occasion pour vous dire que j'ay nouvelles que le retranchement auquel lesennemys travailloient près Landrecy est à présent parfaict. J'ay aussy eu advis qu'il est arrivé vers Cambray quinze cens chevaus, et qu'ils s'estoient advancés à trois lieues d'icy; je ne sçay encore à quel dessein, si ce n'est pour surprendre nosfourrageurs; mais afain de tascher à apprendre quelque chose de plus certain, j'ay donné ordre que dès cette nuict un party considérable de nostre cavallerie se mît en campagne pour les combattre, si on les rencontre et que l'occasion en soit favorab'e, ou du moins pour favoriser nos fourrageurs; s'il s'y passe quelque chose de considérable, je vous en donncray advis.

Tout le reste de la cavalerie sera à cheval pour soutenir les premiers en cas de besoin. A. C.

MAZARiN A M. LE PRINCE [analyse).

Paris, 6 juillet 1G4S.

Réflccliir avant de faire venir M. d'Erlach; si sa diversion dans le Luxembourg n'est pas préférable^ propose de lui faire tenter le siège de Montraédy en lui envoyant des renforts. — Ne pas croire à la franchise des propositions de Fuensaldana. Pour ce qui est de l'argent, il s'agit de 1,200,000 livres qu'ils nous doivent par compte arrêté. • A. C.

Paris, 8 juillet 164S.

Depuis deux heures qu'il lui a écrit, a reçu des nouvelles de Bruxelles. Les ennemis, cniignant que leur approche ne produise un effet contraire à celui qu'ils en attendaient, en réunissant pour la défense commune les esprits divisés au lieu d'accroître nos divisions, ont résolu de demeurer au poste oîi ils sont, et cependant de disposer quelque attaque en Flandre ou sur la Lys dès qu'ils y verront le moindre jour; ils doivent faire filer secrètement quelques troupes de ce côté-là. — Propose de détacher le régiment polonais pour l'envoyer rejoindre à Amiens ses compatriotes et les diriger tout droit vers la mer.

Séparation des plénipoteatiaires d'Osnabiuck sans avoir rien conclu. Peûaranda a quitté Munster. Cette retraite ôtant aux peuples de France toute espérance de paix, les ministres d'Espagne s'imaginent qu'on verra bientôt une grande révolution en ce royaume. — Espoir d'accommodement avec le parlement. L'archiduc et les Espagnols sont mal satisfaits du duc Charles. — S. A. pourrait, s'il lui plaisait, appeler M. d'Erlach à elle pour quinze jours. — Compte rendu de la conférence avec les députés du parlement. A. C.

Ar r.r puinck a mvzvhin*.

Le Catelet, 9 juillet lOlS.

J"a\ roceu les deus letîres que vous m'avés escriptes. l'une du ()'' de ce mois par M"" l'abbé de Bentivoglio et l'autre du 8' par mon valet de chambre; pour respondre ausquelles je commenceray à vous dire, sur ce que vous me mandés touchant M'' d'Erlach, que mon advis est qu'il sera bon de le faire tousjours advancer jusques à Montmédy, quoique je n'en croye pas le siège faisable, ne se pouvant tirer de Champagne que fort peu de trouppes, et que d'ailleurs le corps de M"" de Vaubecourt ne peut quitter la frontière, particulièrement Rocroy, où est toutte son infanterie, sans s'exposer au dernier point. Mais si les ennemis ne destachent point de trouppes pour aller dans le Luxembourg et s'opposer audit M"" d'Erlach, j'estime que vous ne sauriés mieus faire que de luy envoyer ordre démarcher du costé de Mézières, de jetter de l'infanterie dans Rocroy cl Guise, et se porter avec le reste de sesr trouppes à Marie, ce qui me donneroit moyen de retirer touttes celles que commandent M" de Vaubecourt rt levidame d'Amiens, affain de pouvoir rentrer en Flandre; et d'autant que, comme vous me mandés, ledit s' d'Erlach pourroit avoir quelque ré[tugnance de quitter sa frontière de si loin, il est, ce me semble, nécessaire qu'en ce cas on luy envoyé des ordres de la cour^ jusques à ce qu'il soit plus près de moy, pour lever touts les prétextes qu'il pourroit prendre de ne pas^ exécuter ce que je luy manderois de faire pour cela.

Quant au des?eing de Douay, en cas que les ennemys attaquassent La Bassée ou Bélhune, il est vray qu'il seroit autant important que celuy d'.\rmentières; mais il faut considérer, s'il vous plaist, que l'on ne peut en'reprendre ce siège qu'en

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