Nous avons aussi la mi;.ute autographe de cette lettre
s'altachant au raesme temps à celuy du fort de Scarpe, ce que vous jugerés bien estre impossible, veu Testât présent et la force de nostre armée, et en ayant une en teste aussy considérable, à laquelle l'on peut assës facilement faire perdre la pensée qu'elle pourroit avoir sur La Bassée, en envoyant promptement un fonds pour la subsistance des gens de guerre qui y sont, pareil à ce qu'on donnoit durant le quartier d'hyver dernier et à ce que je leur ay faict payer jusques à cette heure sur le fonds qui resloit des contributions, sans lequel la garnison seia réduite dans peu de temps à néant, ainsy que je le prévoy et que le s"^ du Plessis-Bellière me l'a desjà mandé plusieurs fois. C'est à quoy je ne doubte pas que vous ne fassiés pourvoir dés à présent et d'autant plus aisément que cela va à peu de chose et que c'est la seule place qui en a le plus de besoing.
Pour ce qui regarde le dégast d'Aire et de S^ Omer, je crov que M' le mar^' de Ransault l'entreprendra fort volontiers, puisqu'oultre que la chose est bien facile, il se trouvera par ce moyen deschargé des postes de Furnes et de la Quénoque; mais aussy je ne croy pas que M"" de Paluau seul en puisse respondre, comme vous apprendrés par la dernière lettre de M"" le mareschal de Ransault, que je vous envoyé pour vous faire cognoistre plus clairement que l'alarme n'est pas cessée à Dunquerque. quoy qu'on en ait mandé à la cour, et que le prince de Ligne ne soit pas au Varneton, mais bien encore aujourd'huy dans l'armée ennemye avec touttes ses troupes, en parfaicle santé ; ce qui m'oblige à vous dire franchement qu'ayant donné jusques icy touts les ordres que j'ay pu de ce costé là, et ne pouvant pas de si loing continuer à y en envoyer, M"' le mar°' de Ransault, capable comme il est et fort expérimenté, avec des troupes bien considérables et de fortes garnisons, oultre celle d'Ypre qui est de quatre mil hoairaes et plus, et n'ayant que trois places à garder, peut bien, ce me semble, prendre soin des choses de delà et m'en descharger
entièrement, puisqu'il srait aussy bien que vous que j'en ay assés de veiller à plus de trente places fort dégarnies, et ayant l'archiduc en teste avec une armée égale à la nostre^ C'est pourquoy il vous plaira doresnavant envoyer de la cour touts les ordres qui seront jugés nécessaires audict s' mar^' de Hansault, estant pour moy, ainsy que je vous ay dict, trop esloigné, et les passages trop difQciles pour luy en envoyer davantage, ny prendre un party sur les occasions qui pourroienl s'offrir de ce costé-là, si ce n'est que l'armée entière des ennemys n'y marchast, auquel cas j'y marcheray avec celle-cy
Je vous puis asseurer que les chevaux de remonte que vous nous promettes seront bien employés quand nous les aurons receus, et je puis bien vous dire aussy qu'il est très nécessaire que vous donniés ordre pour faire diligenter les recreues d'infanterie et particulièrement de nos régiuients.
Quant à ce que vous me mandés du *•■ de Peny, j'estime que sa personne ne peut estre nécessaire pourveu qu'on aie ses comptes; car, pour l'argent, on ne s'en relaschera point, si ce n'est qu'on approuve qu'il soit employé pour retirer, au prix du quartier ordinaire, les prisonniers que les ennemis auront plus que nous, demeurant redevables envers nous du surplus de ce qui se trouvera rester après l'entier rachapt desd. prisonniers, à quoy, si on le trouve bon, le s'' de MazeroUes pourra estre employé.
Au surplus, je me remets à ce que j'ay chargé le chevalier de Rivière de vous dire de ma part, tant sur l'affaire du parlement que celle de Mad"^^*^ d'Alais, et encore à ce que vous en dira M' l'abbé de Bentivoglio, lequel j'ay jugé à propos de retenir encore icy deus ou trois jours en attendant la nouvelle de ce qu'aura pro Juict cette dernière conférence.
Pour ce qui est de l'advis qu'il vous a plu de me donner de
1 la nostre, si bien que je ne me mesleray plus de costé de la mer,
si ce n'est ea cas que l'archiduc y marche avec toutte son armée. C'est pourquoy... (Minute autographe.)
l'avantage remporté par les Irouppes du Roy et celles de M. le duc deModène sur celles d'Espagne commandées par le marquis de Caracena, je vous en suis très obligé comme d'une chose à laquelle je prends toutte la part que je dois, et je ne manqiieray aussy de faire faire touttes les resjouissances que mente une action si généreuse et si glorieuse à Sa Majesté.
MAZARiN A M. LE PRINCE [analyse).
Paris, 9 juillet 1C48.
Disgrâce de M. d'Emery, que la Reine ôte des finances. S. M. a lésolu de déclarer M. le m»' de La Meilleraie surintendant, et de le faire assister par MM. d'Aligre el de Morangis. — Inquiétude où l'a mis la nouvelle que les ennemis ont fait avancer à 3 lieues de S. A. un corps considérable de cavalerie. Souhaiterait qu'il put bientôt rentrer dans le pays ennemi pour décharger le nôtre de la présence de l'armée. — Doléances sur le mauvais état des finances. A. C.
Paris, Il juillet 1018.
Envoi de 60 chevaux pour remonter les cavaliers démontés. Annonce de 130 autres. A. C.
Paris, 13 juillet 1618.
Les affaires du parlement semblent prenlre un meilleur train. L'intention de S. M. est de former une chambre de justice pour connaître des malversations. — Nécessité possible d'une course de M. le Prince à Paris, oii les affaires s'échauffent, pour assister S. M. de sa présence et de ses conseils. — Sinon la Reine irait à Compiègne pour pouvoir détacher sur la frontière une partie des troupes qui restent près de la personne de LL. MM. — Un ofiicier de l'année ennemie,
qui a passé par ici, dit que leurs troupes diminuent extrêmement, et que l'armée de l'archiduc est réduite à 13 ou 14^000 hommes. — Désertion des soldats étrangers. — Quant au dégât d'Aire et de S' Omer, s'il met en hasard Furnes et Cnocke, il n'y faut point travailler. — Je me charge très volontiers de tout ce que vous désirez pour le côté de la mer. Le maréchal a l'esprit fort en repos de ce côté là. Pouvoir pour nommer qui il vous p!aira pour le traité d'échange des prisonniers. — Recommande « un intéièt qui me regarde pour une somme que j'ai avancée pour la rançon de Jannetin Doria. » — Hâte les levées de troupes, « quoique M. de Gramont ait dit que, quand on vous enverrait 6.000 hommes, vous ne seriez pas plus en état d'entreprendre, parce que, si vous vous attachiez à une place, les ennemis en attaqueraient aussitôt une meilleure et plus importante. — M. de Gramont m'assure que vous désiriez que les ennemis voulussent venir à vous pour combattre. En effet il se voit qu'ils se sont retranchés avec grand soin et que vous ne l'êtes point. » — Examiner si l'on pourrait employer utilement les nouvelles levées et le corps de d'Erlach. — Envoi du côté de la mer de 400 Polonais et 200 Allemands, plus 230 Allemands du régiment de Schak. On entend tous les jours qu'il en arrive plus de mille de Hambourg et de Dantzic. — « J'espère que Champlàtreux partira demain avec 100,000 livres que je me suis fait presler par M™« d'Aiguillon, M. le Chancelier et le commandeur de Souvré, afin que vous puissiez vous en servir en déduction de ce qui est dû aux officiers. » A. C.
M. LE PRINCE A MAZARIN
Le Catelet, 14 juillet 164S.
J'ay une extrême joye d'apprendre par vostre lettre du 8^ de ce mois que les affaires du temps soient en un estât d'accommodement et que Sa Majesté, par sa bonté et par vos bons
614 PIÈCES ET DOCUMEMS.
conseils, en verra bientost la conclusion dans les termes qu'elle peut désirer; sur quoy je n'ay rien ii adjouster en attendant le retour de W le mar^' de Gramont. Je ne lairray néantmoings pas de vous dire que je seray lousjours très disposé à vous aller voir, puisque j'oslime qu'il me sera très facille de le faire en fort peu de temps, et dans une conjoncture où je ne croy pas que l'armée en reçoipve aucun préjudice, n'ayant pas voulu faire payer aucune chose de la monstre qu'après l'arrivée dudit s"" mareschal, par lequel j'espère apprendre la résolution que Sa Majesté aura prise pour ce subject. Cependant j'estime qu'elle sera assés persuadée de mon entière résignation à son service et ii celuy de l'Estat, et en vostre particulier je vous supplie de croire que je suis véritablement. . . A. C.
MAZARix A M. LE PRINCE {ancibjse).
Paris, -27 juillet 1648.
Investissement de Furnes par l'ennemi, qui a prévenu M. de Rantzau. Il y a 2300 hommes à Cnocke, la plus grande partie desquels eût été bien mieux à Furnes. — — Ordre expédié à M. d'Erlach d'avancer vers Marie et Guise. On attend l'avis de M. le Prince avant de Tui rien prescrire d'ultérieur. — « Si Furnes se perd, je vois presque impossibilité à pouvoir conserver Ypres, si ce n'est que nous en ouvrions la communication par quelque autre passage, comme pourroil estre Armentières. Mais ne voyant aucun jour au secours de Furnes, vous pourriez tenir cet autre dessein, si l'archiduc est, comme on le dit, aux environs de Douay. Je voudrois bien que vous pussiez faire quelqu'une des choses ci-dessus; autrement les conquêtes d'Ypres, de Dunkerque et de Berguos sont en grand hasard. » — Importance du poste de Furnes; recommandations continuelles à M. de Rantzau. Douleur que lui cause cet accident, « sans que la nouvelle de Torlose » puisse faire contrepoids. A. C.
PIÈCES ET DOCL.MEMTS. 615
Paris, 29 juillet 1618.
Avis reçus de Flandre. . . Le m'' Sfondrato n'avait laissé presque personne dans Dixmude; il croyait que Rantzau ne pourrait assembler plus de 1200 hommes. — « L'archiduc n'a près de lui que 900 hommes; il témoigne estre extrêmement en peine de vos résolutions et il craint vostre armée et le succès mùme de leur entreprise du costé de la mer: il est marry de n'estre pas en estât de rien envoyer dans le Luxembourg, ce que le conseil a déclaré impossible, vu l'affaiblissement de leur armée. Ils se sont confirmés en cette résolution sur la nouvelle que le marquis de Trozzi avait jeté du monde dans Montmédy, tiré partie de la garnison de Luxembourg, et partie des milices du pays. Comme il se voit donc que nous ne tirons aucune utilité du corps de d'Erlach dans le Luxenibourg, je me confirme dans le sentiment qu'il vaut mieux le laisser avancer vers Guise ou plus avant. » — Il me semble impossible que, le corps de d'Erlach étant avancé vers Guise et Saint-Quentin, nous n'ayons quelque succès favorable d'un côté ou d'autre, d'autant plus que le régiment Royal devant être demain à Amiens, celui de Grandpré devant avoir joint le s"^ d'Erlach, et toutes les nouvelles levées étant en marche, on se fortifiera tous les jours tant du côté de la mer que de celui-ci, et on se trouvera plus en état d'agir. — S'il y a apparence de faire quelque chose, soit pour le secours de Furnes, soit pour attaquer cette place si les ennemis s'en emparent, je crois qu'il serait avantageux de n'y envoyer qu'un corps, plutôt que d'y faire passer toute l'armée, parce qu'en ce dernier cas on serait obligé d'y mener tout le bagage, en quoi je vois de très grandes difficultés et longueurs, et presque impossible à subsister, avec l'armée de l'archiduc contre nous, étant indubitable qu'il y passerait aussi. En n'y envoyant qu'un corps, l'archiduc serait bien embarrassé, vous voyant demeuré avec le gros de l'armée sur la Lys, et ayant nouvelle que M. d'Erlach s'avance. Affaires du parlement. .. A. C.
M. LE l'BlNCE A MAZARiN.
Camp près Bolhune, :31 juilL't 1(5J8.
J'ay veu par ce que m'a dil M, de La Moussayela proposilion ^que vous faictes du siègo de Boucliin par M"^ d"ErIac; j'envoie le marquis de Noirmoulier vous trouver pour recevoir touts les ■ordres de Sa Majesté et les porter au s''d'Erlac, u'eslentpas pos>ible que, sens sçavoir le destail des troupes dudit s''d'Erlac, <^eluy des troupe? que vous luy envolés, de ?on esquipage de vivres et d'artillerie, je luy puisse envoler des ordres d'icy. Cependent j'envoie ^I' de Vaubecour à Aras avec tout son oo:ps de cavalerie et infanterie pour y attendre les ordres de Sa Majesté et ceus de M'" d'Erlac; j'envoie M'' de Champlatreus pour doner ordre aus vivres, et un officier d'artillerie pour les munitions; il n'y a qu'à songer aus chaioisde vivres et aus chevaus d'artillerie qu'il luy faudra pour conduire dens son camp les vivres, canons et munitions, qui recevront quelque difficulté si il y fault plusieurs convois. De plus il luy fault, selon mon sens, un pont de bateaus. et le iioslre est à Ypre. J'ay chargé M'' de Noirmoutier de vous dire le reste de mes i-enliments et vous prier de trouver bon d'envoier à M'' d'Erlac et à M"" de Ransault les ordres de la court immédiatement de ce qu'ils auront à faire, ne pouvent respondre que de mes actions et de celles oij je seray présent, tant il y a peu de confiance en cette armée icy. Si il fault que je m'esloigne tent soit peu d'icy, au nom de Dieu songes à Bergues et songes-}- sérieusement; j'attandray avec impatience vos dernières ré-olulions. A. G.
Camp d'Hinses, près Bélhune, 2 août 1648.
Celle cy servira pDur accomjjagner la coppie des dernières lettres et nouvelles que j'ay receues de M''* le mar"' de Ransault et de Paluau, afin que vous connoissiés, par ce que m'en
mande celuy-cy, qu'il est nécessaire pour la conservation d'Ypre qu'il soit usé de la mesme façon (ju'on a faict à Courtray pour y mettre des vivres et des munitions, ce qui vous paroîtra assés facille, pui.-qu'ii s'en trouve déjà sur les lieus une a?sés bonne quantité et à un [)rix raisonnable, par le moyen des lettres de change que l'on propose payables à Paris ou à Lisie; et puisqu'il ne s'agit que d'argent pour niettre cette place en scureté et pour nous deslivrer de tou:r les convoys qu'il y faudroit faire, j'estime que vous y donnerés tout l'ordre que la nécessité du temps et la conjoncture des affaires de deçà le requièrent, en sorte qu'au plus tost M' de Paluau puisse faire acliapt desdits bleds et munitions et payer celles que dès le commanc^ment je ûs mettre en magasin dans Ypre, ainsy qu'il est porté par lesdits mémoires, ausquels je me remets '.
Quanta ce que mande M' le mar"' de Ransault. vous aprendrés par là Testât auquel est le siège de Furnes et son sentiment sur iceluy. Pour moy, vous en ayant mandé mon advis, je me conta nteray de vous dire que mon sentiment n'est pas de faire la marche qu'il propose, veu que le principal suject n'en est autre que de pourvoira Ypre, ce qui se fera bien plus facilement ainsy que W de Paluau dict, et que par ce moyen nous ne dégarnissons point Arras et Dunquerque, d'où il faudroit absolument tirer toutes les munitions qu'il est nécessaire de mettre dans Ypre. D'ailleurs il faut considérer que si nous allions vers Furnes avec nostre bagage, nous pourrions rompre nos mesures pour les desseins dont vous avés entretenu M"" de La Moussaye, ou que, si nous y marchions sans bagage, il faudrait le laisser dans quelqu'une de nos places frontières de deçà; ce qui feroit connoistre le dessein de cette marche, et, qu'outre que cela ne produiroit rien, au contraire nous y pourrions perdre beaucoup de nos soldats. Je laisse à
1. Ce qui précède a été publié dans l'édition Michaud des Ulcmoires de Lenet. Le reste est inédit.
VOUS à examiner le tout et attendra}', s'il vous plaist, les ordres de Sa ^lajesté et vos sentimens.
Cependant je vous supplie de faire envoyer promptement tou's ces fonds et celuy de la monstre de la garnison d'Ypre en lettre de change, ?ans lequel elle ne peut subsister; vous me manderés, s'il vous plaist, par advance le temps que tout cela viendra, afin que j'en puisse informer M. de Paluau . . .
. . . Despuis ma lettre escntte, il nous est arrive cent clievaus de remonte, lesquels je feray distribuer à vostie régiment et à celuy de M"" le mar^^ de Graraont pour remonter les cavaliers qui sont à pied. A. C.
MAZAniN A M. LE PRINCE {annh/se).
Paris, 3 août 1648.
Se défend d'avoir insisté sur l'attaque de Boucbain par le S"" d'Erlach. Ne fait qu'indiquer ses propres idées, sans prétendre donner des ordres et astreindre S. A. à les suivre.
M. d'Erlach écrit du 30 qu'il partira le lendemain pour Guise. Il a perdu quantité de Français et d"An.::lais. — « Je fais estât que, si le régiment de Grandpré Ta joint, il peut avoir 3300 hommes, cavalerie et infanterie. » — Envoie le s'' de Noirmoutier visiter le corps du s"" d'Erlach pour en rendre compte à S. A. — Sa douleur de la perte imminente de Furnes. Ses précautions pour ne pas décourager Rantzau, mais l'échauffer au contraire : « Un mot de vous au mesme sens le resveiUeroit plus que tout ce que je puis lui dire. » — L'engage à veiller à la sûreté de Bergues. — Fera ce que Paluau demandera pour Ypres. Croit la reprise de Furnes la plus avantageuse et la plus glorieuse action qui se puisse faire, si elle est facile. Fera tout pour seconder ce dessein : fait hâter toutes les troupes.
Taris, 6 août 1648.
Lui a dit par M. de Xoirmoutier ses sentiments sur la reprise de Furnos. — A envoyé à Rantzau les ordres pour tirer de Calais les munitions pour cela, quand on pourra le tenter. — Faire savoir à Paluau qu'il peut faire état d'un fonds de 100.000 livres pour la fin de septembre prochain, pour les provisions d'Ypres. — Paiement des garnisons, on y travaille. — Le comte de Fuensaldafia est allé joindre le mr.rquis Sfondraio avec des troupes. Sans doute que, voyant l'entreitrise assurée, il a voulu aller prendre une partie de la gloire. — Le duc Charles devait partir le 2 de Bruxelles pour aller à l'armée. — L'archiduc et Peûaranda, voyant leurs troupes extrêmement affaiblies^ ont dépêché inutilement vers l'archevêque de Cologne pour qu'il donne ordre à Lamboy de venir en Flandre avec son corps. L'archevêque a répondu que le départ de Lamboy laisserait le pays en proie aux troupes de Madame la landgrave. — Les armées confédérées ont passé l'Inn. Attendre la confirmation de cette nouvelle.
M. LE PRINCE .V M.VZ.VRIN.
Camp d'Hinges, 7 août 1648.
Le S'' du Bosquet s'en allant à la cour pour rendre compte de ce qui s'est passé au siège de Furnes, je me sens obligé de vons donner tesmoignage des bons services qu'il y a rendus, tant par ce que j'en ay apris par >P le mar"^ de Ransault que par la confession propre des ennemis. Il est vray qu'on ne pouvoit pas attendre de son courage et de son expérience une moindre résistance; aussy veus-je croire, comme je vous en supplie, que vous le considérerés aux occasions qui s'offriront de le favoriser. Il vous dira assés particulièrement Testât de l'armée ennemie qui l'attaqnoit; par où vous connoistrés
qu'elle estoit de beaucoup plus forte qu'on ne l'avoit creue, et que la pluspart marche à présent pour quelque dessein que l'on n'a peu encore descouvrir. Quant aux irouppes qui sont avec l'archiduc, j'ay aus-y advis qu'elles sont plus considérables qu'on ne disoit, et que le bruict est parn:-»y eux qu'il leur en doibt encore arriver bientost du coslé de Ilolande; cela me faict croire qu'ils ont desseing d'entreprendre quelque chose et m'a donné subject de mander à M"" d'Erlach de s'advancer entre Guise et Péronne, et au régiment royal et aux autres trouppes qui peuvent eslre aux environs d'Amiens, de se rendre au plus tost à Arras. Je ne double pas aussy que vous ne leur envoyés de la part de la cour les mesmes ordres incontinent, afain que nous puissions estre en estât d'agir.
MAZARI.N A M. LE PKINOK.
Paris, Il août 1648.
Je croirois faire tort à M'' Arnaud si, après l'avoir entretenu emplement sur toutes les affaires, je prétendois encore vous en parler dans cette lettre. Vousagréerés donc que, pour cette raison et pour ne vous importuner pas aussi de redictes superflues, je me remette entièrement à sa vive voix.
Je vis hier le s"" du Bosquet, qui m'entretint au long de tout ce qui s'estoil passé au siège de Furnes, où certainement il a fait tout ce qu'un homme d'honneur et de courage pouvoit faire. La Reyne l'a fort bien rcceu, et en mon particulier je seray ravy de le servir aux rencontres qui s'offriront, et pour la recommandation que vous m'en faictes et pour son propre mérite. J'ay sceu de luy Testât de l'armée ennemye qui l'attaquoit, qui est conforme à ce que j'avois toujours cru et que je pense vous avoir mande. Le marquis Sfondrato avoit environ deux mil cinq cens hommes, compris ce qu'il avoit tiré de la garnison de Dixmude; on y joignit d'abord quatre mil hommes
PIECES ET DOCLMEMS. 621
pour luy faire investir la place et travailler à la circonvallation, et le comte de Fuensaldagna se rendit après au siège avec environ trois autres mil hommes, qui font en tout neuf mil cinq cens hommes.
L'archiduc estoit demeuré avec environ sept mil hommes, sravoir cinq mil chevaux et deux mil hommes de pied, et ce calcul se rapporte à ce qu'on nous disoit de Testât de leurs forces quand ilz estoient à Landrecy: car tous les advis portoient alors qu'il/. \ avoient de treize ài quatorze mil hommes, et vers la mer deux mil cinq cens, ce qui composoit les seize à dix-sept mil hommes. Le s' du Bosquet croit qu'ilz n'en mettront pas moins de deux mil dans Fumes. Je vous ay mandé et vous mande ingénuement, Monsieur, tout ce que j'apprens de Testât et des forces des ennemis, et je puis dire avoir recognu que ceux qui me donnent des advis ne m'ont guère jamais trompé; néantmoings, comme vous estes sur les lieux mesmes, il est malaisé que vous n'en receviés tous les jours des nouvelles asseurées; c'est pourquoy, après vous avoir dict ce que j'apprens, je mo rapporte à ce que vous en pouvés mieux sçavoir.
Pour les troupes qu'ilz font courir lo bruit qu'i'.z attendent de Holande^ j'oseiois asseurer qu'elles ne grossiront pas beaucoup leur armée et ne nous feront pas grand mal. La mère d'un comte de Nassau qui est au service des Espagnols a beaucoup travaillé à Maostrick pour lever un régiment
[passage en chiffres)
Ladite dame a eu l'argent pour lever mil hommes; mais on me mande qu'elle n'en avoit pu assembler que quatre cens, et qu'estans tous gens du pays, la plus grande partye se desbanderoit avant qu'ilz arrivassent ii l'armée. Je sçay que le comte de Pegnaranda, qui doit faire ce voyagea La Haye, faicl présentement tous ses efforts à La Haye avec le comte de Fuensaldagna, qui y et allé en diligence pour trouver quelque somme d'argent pour emp'oyer ausdites levées, croyant que
sa présence les pourra beaucoup faciliter ; mais on me mande qu'il aura grande peine à trouver ce qu'il luy faut pour ce efiFet, puisqu'il n'a pas encore assurance davoir ce qui luy est absolument nécessaire pour la despense de cette ambassade
qu'il prétend faire avec grande magnificence
(passage en chiffres)
Je croy avoir oublié par ma précédente que le s'' de Streft estoit arivé icy de la part de M. d"Erlak pour un simple compliment, «e remettant à ce qu'il a dict à .M. de Noirmoutier, dont vous serés maintenant informé. J'ay bien eu du desplaisir d'apprendre quil n'ayt dans son corps qu'environ trois mil combattans, quoy que le régiment de Grandpré l'ayt joinct. 11 est bien vray qu'on m'asseure qu'ils sont fort bons et fort lestes. A. C.
M. LE PRINCE A LE TELLIER
Camp de Mervillc, 15 août 1648.
J'ay recea vos deus dépesches du 9° de ce mois, l'une desquelles m'a d'autant plus surpris, cognoissant qu'on désiroit que le régiment royal retournast en France et que j'y envoyasse ceus de la Reyne et de M"" le duc d'Orléans, qu'au mesme temps qu'elle m'a esté rendue je m'advançois vers la Lys pour aller aus ennemis, qui s'estoient touts joints à Elerre, à la reserve de quatre mil hommes qui sont restés du costé de la mer. 11 est vray que par la lettre que M"" le Cardinal m'a escriple sur ce subject, il me mande que ce n'est pas un ordre positif de renvoyer ces trois corps lii ; aussy ay-je différé d'y satisfaire, jusques à ce que j'en reçoive un plus exprès; car nous avons si fort besoin de touttes nos trouppes, qui ne sont à présent qu'à une petite lieue des ennemis, que j'ay esté obligé de mander M"" d'Erlac de deçà pour nous opposer aus dessains qu'ils pourroient former.
Je croy que vous aurés de?jà sceu la prise du château d'Elerre, dont la nouvelle me fut apportée lorsque j'} luarchois pour le secourir, et que nostre armée à cet effect avoit presque toute passé la Lys à Merville, où j'ay esté obligé de camper, partie au deçà, partie au delà de la rivière, pour observer les ennemis qui sont touts au deçii et le long de la rivière de Béthune\ laquelle ayant voulu essayer de passer à La Gorgue, nous les en avons eiiipesché, avec perte de quelques uns des leurs.
Les postes que les ennemis occupent maintenant tiennent en grande jalousie Bethune et la Bassée, outre ce qu'ils peuvent faire du costé de la mer. Quand M"" d'Erlac nous aura joint, nous verrons aussy ce qui se pourra faire de nostre costé, et, s'il se passe quelque chose, je vous despescheray quelqu'un dans peu de temps pour vous en informer et des résolutions que nous aurons prises. Quant à voslre seconde lettre, je vous diray pour response que suivant ce que vous m'avés escript touchant le fonds nécessaire pour le paiement des bleds et pou'lres qui ont esté mis en magasin dans Ypre et ceus que M'" de Paluau y a encore arrestés par mou ordre, je luy ay mandé de tirer les lettres de change sur le banquier de Pari; mentionné en la lettre que j'ay cy devant envoyée à ir le Cardinal, aBn qu'elles soient acquittées dans le mois de septembre prochain, précisément comme il est très nécessaire de fairj pour maintenir son crédit; à quoy j'adjousteray qu'il seroit aussy fort ii propos par advance, con''ormément à ce que mande ledit sieur de Paluau, de mettre en main du batiquier de Paris dis ou douze mil livres, dont on enverra à Ypres le récépissé, pour satisfaire quelques particuliers. Je vous diray encore qu'outre les cent mil livres destinées pour lesdicts bleds et poudres, ledit sieur de Paluau
J . La Lawe, qui se jette dans la Lys à La Gorgue, un peu au-dessus d'Esiaircs.
m'escript que, par compte faict, il manque de fonds de dis mil livres, à quoy vous pourvoyrés, s'il vous plaist.
Pour ce qui est de la garnison d'Vpres, Rr de Paluau me mande qu'on luy a promis de luy donner de l'argent sur les lieus, pourveu que l'on fournisse au sieur Emanuel Rerpreidt, banquier à Paris, le fonds à quoy montera la monstre de ladicte garnison, composée du régiment du mareschal de camp général de la cavallerie légère, de dix compagnies des régiments d'infanterie de Rambures, de 30 d'Harcourt, de 20 de jMazarin, de 30 de Jonzac, de 20 de Paluau, de 20 et huict compagnies du régiment de Bournonville, oullre les Suisses. Il faudra donc, s'il vous plaist, au plus'o?t envoyer Testât de la montre de ces troupes-là avec les récépissés dudict banquier, afin de les faire payer inconlinnnt, pour leur donner davantage moyen de subsister. M"" de Paluau me mande aussy que les Suisses qui sont à Ypres, particulièrement ceus du régiment de Molondin, le pressent extraordinairement pour leur faire toucher de l'argent, jusques à luy dire qu'ils ne peuvent plus respondre de leurs compagnies; je vous prie d'y mettre ordre par quelque moyen que ce soit.
Vous sçaurés aussy que j'envoye présentement audict sieur de Paluau sis mil livres, pour faire travailler aus choses les plus pressées de sa place et pour subvenir à ses plus grandes nécessités. Au sur[)lus, je veus croire que vous vous souviendrés du corps des gens d'armes, qui sont en une exlresme nécessité, ce que je vous prie de représenter à W de La Meilleraye, et si, par la responsse que vous me ferés sur ce subject, je ne voye une véritable espérance pour eus, je vous advoue que je seray contraint de laisser aller chacun chez soy et que par ce moyen nous perdrons un co'ps de mil chevaus.
Camp de La Gorgue, 18 août 1648.
Depuis la dernière dépesche que je vous ay faicle touchant la garnison d'Ypres, M"' de Paluau m'a escript qu'il seroit nécessaire qu'il eust un ordre exprès du Roy à luy addressé pour faire faire exacte reveue des trouppes qui la composent, pour sur l'exlraiot d'icelle les faire payer de leur monstre et par ce moyen satisfaire les officiers qui font leur debvoir et osier tout subject de pUiintes à ceus ausquels on seroit obligé de tenir quelque rigueur pour n'avoir pas eu assés de soing de leurs compagnies: ce qu'estant bien juste, je vous prie de luy envoyer ledit ordre avec Testât et le fonds de monstre et de vous souvenir en le faisant que le fonds que vous aviés employé pour le régiment maistre de camp, sur la croyance qu'on avoit qu'il estoit à l'armée, a sen'y pour celuy de Viilette.
J'ay receu les commissions des mestres de camp des régiments de Condé, Anguien et Conty ; mais je vous prie encore de ra'envoyer celles des lieutenants colonels desdits régiments, la première soubs le nom du sieur de Saiat-Micaud et les deus autres en blanc pour les faire remplir ainsy que je juger.îy à propos. D. G.
MAZARix A M. LE PRINCE analyse).
Paris, 19 août 1648, à 3 h. du matin.
Avis de Bruxelles : on me mande que la prise de Tortose et le succès de Prague ont déciié les généraux espagnols à vous attaquer. Peiiaranda a reçu ordre d'Espagne de presser fort l'archiduc pour faire hasarder un combat, quand même il serait plus faible.
Le parlement s'est déjà assemble deus fois pour finir promptement les affaires; jusqu'ici tout va bien.
Querelle survenue le 13 août entre les gardes du corps et les archers de la prévôté de l'hôtel, qui accompagnaient le Roi V. 40
aux vêpres à l'église des Feuillants. Deux archers tués. La Reine ordonna au marquis de Gcsvres, capitaine des gardes, de se retirer chez lui, et, ne sachant pas que le duc de Tresmes fût à Paris, elle ordonna que le comte de Chdrrost prendrait le bâton à sa place. M. de Tresmes résolut de détendre son bâton l'épée à la main, de sorte que M. de Charrost ne put obéir. La Reine vit ensuite M. de Tresmes et lui ordonna de se retirer chez lui pour y attendre ses ordres. Voulant être obéie, elle avait résolu de faire prendre le bâton à M. de Charrost et de le rendre le soir même à M. de Tresmes, cause innocente du désordre, puisque la Reine ignorait d'abord qu'il fût à Paris. Elle ordonna alors à M. de Charrost de prendre le bâton; refus de ce dernier qui répondit qu'il ne pouvait pas être déshonoré en déshonorant W. de Tresmes, et qu'il irait plutôt mille fois à la Bastille. La Reine envoya ensuite quérir M. de Chandenier et lui donna le même ordre par deux fois; elle en reçut la même réponse. Destitution des capitaines : la charge de M. de Charrost donnée au marquis de Jarzé, et celle de M. de Chandenier au comte de Noailles. La Reine a fait mettre à la Bastille Lisle, lieutenant des gardes, et un exempt, principaux auteurs de ce qui s'était passé aux Feuillants.
Paris, 19 août IG-IS.
Avis secret de Bruxelles que les ennemis ont résolu d'attaquer Ypres. Ils ont eu cette visée dès l'entreprise de Furnes et se sont aussi emparés d'Estaires pour faciliter leur dessein» M J'ay grande peyne à croire qu'ils l'effectuent avec si peu d'infanleiie et devant séparer leurs troupes, nostre armée estant si proche d'eux et de la place. Ils ont fort mauvaise opinion de nos troupes tant pour le nombre que pour la qualité, et croyent que, tous les corps réunis, vostre année ne sauroit aller à plus de 10 ou 1 1.COO hommes, lis ont laissé un corps de 4,000 hommes sous Sfondrato entre Dixmude et Furnes, pour investir
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Vpres. » Envoi d'un gentilhomme du coté de la mer avec oOO pistoles pour remettre en bon état les soldats qui peuvent être sans armes. Se concerter avec M. de Paluau pour les troupes à mettre dans Ypres. Les 2 régiments qui viennent de Normandie peuvent être arrivés. Pour renforcer la garnison d'Vpres, on peut le faire du côté de M. de Rantzau. Il y a un corps assez considérable a Bergues et à Dunlierque et l'avis ci-dessus indique que l'intention des ennemis n'est pas d'entreprendre de ce côté-là. — Donner de bonne heure les ordres à M. de Rantzau. — Si Vpies attaqué ne pouvait être secouru, Rantzau pourrait attaquer Furnes, et S. A. Armentières ou Douai. A. C.
d'eRLACII a MAZARIN.
Camp de Lods, 20 août 1648.
Je ne m'estendray pas à entretenir Vostre Eminence de l'heureux combat que Monseigneur le Prince a obtenu sur les ennemis, sachant bien que Son Altesse le fera très amplement, mais prendray la liberté que Yostre Eminence m'a faict la gràCL- de m'accorder de m'adresser à elle en tout ce qui regarderoit mes inlérosts et celuy de mes amis, au nombre desquels je mets le sieur de Razilli, tant dans le don que Vostre Eminence m'en a faict que par l'inclination particulière que j'ay pour sa personne, lequel s'estanl trouvé dans la bataille à la teste des troupes que je commande, s'est si généreusement meslé parmi les ennemis qu'il a eu son cheval tué soubs luy et esté faict prisonnier, d'où pourtant il a esté retiré dans le fort de la meslée; je re m'estendray pas à priser son courage à Vostre Eminence, mais bien à la supplier très humblement de vouloir considérer ses services de quelque tesmoignage de bienveillance, la commodité se présentant par la vacance de quelques capitaines aux gardes qui ont esté tuez dans la bataille, dont il supplie très humblement Vostre Emi-
fience de le vouloir gratifier; ce seroit un mojea de le metlre hors de nécessité s'il obtetioit cette grâce et que \'o--tre Eminence luy fist en mesme temps celle de la pouvoir remettre à quelque autre personne capable d'en faire la fonction; il promet à Vostre Eminence de si bien servir le Roy que Yosire Eminence n'aura pas regret de luy avoir accordé sa très liumble prière. Je prendray toute la part dans l'obligation qu'il aura, et ra'efforceray par mes très humbles services de tesmoigner à Vostre Eminence que je suis avec toute sorte de respect A. C.