PERRAULT A GIRARD
Saint-Germain, l^"" mars 1649.
Vous aurés receu la despêohe de S. A. par le valet de pied qui vous a esté envoyé; vous en recepvréspar d'aultres voyes, à cause de l'interruption des courriers.
Despuis et le mesme jour du despart dudit valet de pied on a résolu icy le retardement de l'assemblée des estats généraux au 15* apvrii prochain au lieu de mars ; il fault, s'il vous plaist, en donner advis partout de la part de S. A.
M"" de Grancey a pris la petite ville de Brie-Comte-Robert, que ceux de Paris tenoient et y avoient faict un prodigieux amas de grains dont il s'est saizy: il y avoit cinq à six centz hommes de pied, lesquels ont pris party dans nos trouppes. On a d'un austre costé serré de tout point le chemin de la Beauce, en sorte que la faim serabienlost dans Paris; en effect mercredy dernier le pain qui se trouva dans les places publiques fut enlevé tumultuairement sans paier par le menu peuple.,
qui ne mancque pa? seulement de provision de pain, mais encore d'argent pour le paior, y ayant plus de deux ceniz mille iirtisans ou gens de travail qui ne gagnent pas un denier pour vivre.
Messieurs du parlement ont esté icy par desputés et s'en sont retournés fort satisfaicts, quoy qu'ils ayent esté receus comme particuliers ; apprès leurs soubmissions, M" le premier président et le président de Mesme ont entamé une négociation, sur laquelle on a rien voulu respondre que le parlement n'ayt donné pouvoir absolu à quelques desputés en petit nombre de terminer toutes choses icy, le premier article devant ■estre que le parlement sor ira de Paris. Au retour de ces Messieurs à Paris, le rapport faict de Testât de lafFaire, il y a eu ■des violences extraordinaires faictes par les séditieux dans le parlement, ayant de leur costé M'' le Coadjuteur et les généraux de leurs trouppes. pour empescher l'effect de cette proposition, laquelle a passé à la fia en despit d'eux; sur quoy le peuple s'cstant esmeu pour appuier la résolution, on a advis d'hier au soir que tout est dans une extrême confusion, les chaisnes tendues et tout le monde sous les armes contre les séditieux et les généraux ; ledit 5'' Coadjuteur se signala par une rage qui n'est pas imaginable, jusques à scandaliser ceux raesmes de son parly. Xous atiendons la suitte de cela avec impatience, de laquelle vous aurés peut estre un courrier •exprès, si la chose le mérite.
M' de Longueville ne paroit point encore faire de grands ■effortz en Normandie, et je doubte grandement qu'il y réussisse; car oultre que M''le comte d'IIarcourt est à ses trousses, il ne sçait qu'espérer de ceux de Rouen et n'oze pas quitter la ville de peur qu'elle ne le laisse pas rentrer; il n'a jamais sceu faire donner aucun arrest au parlement en imitation de ceux de Paris, quoyqu'il ayt faict tout son possible pour cela, de quoy Messieurs de Paris se plaignent fort, et est dans une telle nécessilé d'argent qu'il a pris l'argent des consignations
des justices de Rouen, qui est une chose bien extresme. Il est vray qu'il faict traicter icy, mais je ne voy pas que cela s'advance.
Je ne puis vous dire combien S. A. se faict admirer en tout ce qui se passe. Elle a receu avec une extresme bonté ces Messieurs du parlement, qui admirent son jugement dans les affaires comme son courage à la guerre.
Avant hier M"" le mareschal deRanlzau, estant arrivé le jour précédent, fust arreslé prisonnier; c'a esté un bonheur incroyable qu'il soit venu, car, surl'advis certain que l'on avoit qu'il traictoit avec l'archiduc pour rendre aux Espagnols toutes les places qu'il tient moiennant quatre cent mille escus, on avoit despesclié M"" de Palluau do ce coslé là pour l'arresler vif ou mort. Si les Espagnols avaient eu de l'argent comptant, on croit qu'il auroit exécuté sa trahison, qu'il ne différoit qu'en attendant que celte somme fust amassée, car ils sont encore jilus néce^^siteux que nous. iNF le Chancelier l'a desjà interrogé deux fois. Cette affaire, despuis cinq ou six sepmaines, tenoit autant au cœur que celle de Par is.
Vous dires, s'il vous plaist, à Wde Machaultque ceux d'Ermenonville sont dans le nombre de quelques villages que l'on veult maltraicter pour avoir donné du bled à ceux de Paris. J'ay desjà représenté à S. A. l'intérest qu'il y avoit, et continueray à leur rendre tout le service qui sera en mon pouvoir. Ceux de Dammartin sont dans ce rolle, auxquels S. A. n'en pardonnera rien non plus qu'aux aultres A. C.
.M. LE PRINCE A u'eRLACH.
Kusil, 6 mars 1649.
Ne se pouvant adjouster aucune chose à l'importance du service que vous avés rendu au Roy, dont M"" de Ruvigny a faict entendre les particularités, aussy devés vous estre asseuré que la Reyne en a tout le ressentiment que vous sçauriés dé-
sirer, et qu'en mon particulier j'en suis rdvy de joie non seulement par la considération du service de Sa Majesté, mais encore par celle de la gloire qui vous en revient, puisque vous sçavés bien que je fais profession de longue main d'estre vostre amv intime. Assearés vous aussy, s'il vous plaist, que je prendray tousjours beaucoup de part à vostre réputation ainsy qu'aux adventages qui vous pourront arriver, pour l'accroissement desquels je m'emploieray toute ma vie avec l'affection que vous devés attendre de la personne du monde qui est plus
véritablement
Je vous prie d'asseurer de ma part touts les officiers de l'armée de mon service, et les asseurer que leurs intérests me seront aussy considérables que les miens propres.
(Bibliothèqae de Berne.)
Eueil, S mars 1649.
La lettre qu'il vous a pieu de m'escrire du quatre de ce mois m'a esté rendue par mon vallet de pied. Je ne saurois vous exprimer la joie que j'ay du bon estât auquel vous avés mis les affaires d'Allemagne par vostre prudente conduicte, sur le subject de quoy je vous ay desji escript despuis deus jours. Monsieur le Cardinal vous envoie les ordres de la cour touchant ce que vous aurés à faire en cette occasion, en laquelle je ne doubte pas que vous ne faciès paroistre de plus en plus des marques de vostre fidélité et affection au service du Roy. C'est une confiance que chascun doibt au zèle que vous y avés tesmoigné jusques à présent, et que j'ay en mon particulier plus que personne du monde, vous priant aussy d'en prendre une toute entière aux asseurances que je vous donne de faire valloir et recognoistre vos services autant que je pourray
Je vous conseille d'haster la marche des troupes autant qu'il se pourra, estant une chose de la dernière importance.
(Bibliothèque de Berne.)