M. LE PRINCE A GIRARD
S.iint-Germain, 1-2 mars 1619.
J'ay receu vos deus lettres des 23 et 26 du mois passé et veu celle que vous avés escrite à i>P Penault du 2 du courant. Je crois que le repos qui est dans la province sera encore augmenté par les nouvelles delà pais que la Reine a donnée à cens de Paris, laquelle fut hier siirnée.
La conduite de W le président De-barres ne me surprend pas, veu son ancienne réputation; mais elle me confirme dans la volonté que j'ay de la lui faire changer, en le réduisant à son devoir une fois pour toutes, dont il verra les effets à son desplaisir, ce que vous pourrés luy dire ou luy faire dire de ma part.
Le soin qu'a pris M' le l'remier l'résident pour empescher la levée des gens de guerre que l'on disoit se faire du costé de Châtillon est fort louable, quoique je n'estime pas que cet avis aie esté véritable, ny que ceus de Paris et leurs généraux aient pu faire a:nas de dis hommes seulement hors l'enclos de Paris, n'y ayant eu des provinces ou prochaines ou esloignées aucun avis à la cour de semblables levées.
Je fais savoir ii yv de .Alachault mon opinion touchant les fortifications de Seurre.
Je suis bien fasché du dëmeslé arrivé entre M.M'^ Bouchu et Brùlart fils, auquel la prudence des pères les doit obliger de ne point prendre de part, ce qui fait que j'estime beaucoup la conduite qu'a eue .M'' le Premier Président en ce rencontre de n'avoir pas porté au parlement une affaire de cetle nature ; il seroit à désirer que M'' le président Fyot continuast ses offices pour accommoder ce différend, à quoy mesme W de Machault pourroit encore s'entremettre si ces deus Messieurs l'avoient agréable, ce que vous leur proposerés de ma part, et les prières d'en sortir par cette voie au défaut de ma présence.
Jo suis fort aise que mes ordres aient été suivis aus députations faites par les estats généraus dans les bailliages de la province, et ne saurois assés désapprouver l'impertinence de (eus du bailliage de Beugey, lesquels en ont très mal usé. Il faut tasclier d'y remédier et porter les choses au point que je lavois projeté; de quoy j'escris au S"" Le Loup, mon intention estant que mes ordres soient ponctuellement exécutés.
Je suis très satisfait de la manière dont les dépesclies du l^ov et les miennes touchant la communication de ceus de l'aris avec l'archiduc ont été receues; la chose en est venue si avant que mon frère ayant envoyé Bréquignyà Bruxelles pour y négocier avec l'archiduc, il a esté pris à son retour sur la frontière de Picardie chargé des lettres dudit archiduc et du comte de Fuensaldagne, genéial espagnol ; on le fait maintenant venir à la suite de la cour pour y rendre compte du particulier de sa négociation. Cet événement m'a extraordinairement touché par la grandeur de la faute d'avoir osé traiter avec le roy d'Espagne pendant une guerre ouverte.
Vous pourrés désormais me faire savoir plus souvent des nouvelles de la province par le restablissement qui doit estre fdit des courriers ordinaires, à quoi je vous prie de ne point manquer. . . .
J'oubliois de vous dire que la bonté de la Reine a esté telle qu'elle n'a pas laissé de donner la pais à ceus de Paris, nonobstant qu'un événement, autant avantageus pour les affaires du Roy que donamageable pour eus, arrivé et connu de S. M. avant la conclusion, luy aie baillé moyen d'en user avec la sévérité qu'elle eusl voulu, qui est que l'armée de 31' le 31*' de Turennc, laquelle ils prétendoient devoir venir à leur secours et qui mesme estoit déjà en partie au deçà du Rhin pour l'exécution de ce dessein, sur les ordres de S. M. et les miens a refusé d'obéir audit S' de Turenne et s'est mise sous le commandement de M-" d'Erlach, qui la conduit maintenant en deçà au nombre de 6000 clievaus et 6000 hommes de pied, ce qui
a contraint led' S"" de Turenne de se retirer avec ses gardes et une seule compagnie de chevaus légers à Ileilbronn, outre que cette armée doit estie suivie de celle de Madame la landgrave de Hesse, composée de 3000 chevaus et 3000 hommes de pied. A. C.
LEAET A M. LE PRINCE {extrait).
Corbeil, 13 mars 1649.
Je me suis imaginé que dans le rencontre vous seriez bien aise, Monseigneur, qu'estant à V, A. et creu partout pour tel, je tesmoignasse aux eschevins qui sont par deçà un peu plus d'empressement que peut-estre un autre ne feroit à servir Messieurs de Paris, afin qu'ils attribuent tousjours^ comme ils ont fait jusques à présent, tout mon procédé à des ordres particuliers de V. A., et qu'ils continuent à le faire sçavoir à ceux qui les ont députés; du moins la puis-je assurer qu'ils boivent tous les jours à sa santé. A. G.
EXTRAICT DE l'eSTAT DES PIERRERIES QUE MONSIEUR LE PRINCE DE CONDÉ A PRESTÉES AU ROY POUR ESTRE ENGAGEES POUR SON SERVICE AVEC CELLES DE LA COURONNE ET MISES ES MAINS DE M. HERVART, SEIGNEUR DE HENINGUEN ET DE LAUGER.
Sçavoir :
Une grande table de bracelet esmaillée de bleu composée d'un fort grand brillt(?) (brillant) taillé en rose et de vingt une petites rosettes autour certiées dans de l'argent, esvaluée 70.000 livres.
Un aprestador composé de douze roses de diamants et de treize travers, dans lesquelles roses il y a onze diamants, sçavoir au milieu une grosse rosette et autour cinq petites, et aux travers trois diamants, sçavoir une rosette médiocre au milieu,
et deux autres moindres, le tout en œuvre dans de l'or esmaillé de blanc et noir, estimés 30.000 livres.
Le Roy ayant un extresme besoin d'argent coniptant pour employer aux plus urgentes affaires de la guerre, a résolu, par l'advis de la Rf-inc régonte sa mère, de Monseigneur le duc d'Orléans, de Monsieur le prince de Condé et de plusieurs officiers de la couronne estant près de Sa M'"^ , de mettre es mains du S'' Jean Henry Hervart les deux pièces de diamants spéciffîez en chacun article de l'extraict d'inventaire cy-dessus transcript, auq. S"" Hervart Sad^ Ma'*= a fait expédier une commission pour engager lesd'* diamants et emprunter sur iceux le plus d'argent qu'il pourra avec ordre de l'employer au payement de la subsistance des troupes de son armée d'Allemagne, ainsy qu'il est plus au long contenu par son pouvoir ; veut et ordonne Sad» Ma'*^" qu'à cet effet lesd* diamants soient mis en ses mains sur son récépissé. Faict ii S' Germain en Laye le xxiu" jour de mars 1G49. A. C.
LA VIELVILLE A M. LE PRINCE {anall/Se).
Châ'.eau-Porcien, 29 mars 1(349.
Nouvelles des ennemis ; leur arrivée ii Pontavert, leurs pillages, leur crainte de l'armée qu'ils croyaient commindée par S. A., et leur retraite de la rivière d'Aisne; ils sont à Crécy, les troupes de Lorraine à Vervins. Arrivée du régiment de Yaubecourt à Balan ; passage considérable sur la rivière. Le reste de l'armée demeure auprès de S" Meneliould. Les officiers disent qu'il y a plus de 10.000 hommes. Demande où il doit servir. — Le régiment commence à être en bon état. A. C.
d'erlach a m. le prince [analyse).
D'auprès Ligny, 3 avril 1G49.
A fait toute la diligence possible. — Demande ses ordres.
G58 PIÈCES ET DOCUMEMS.
Bar-le-Dun, 4 avril 1G49.
Recommande M. de Rosen, qu'il a vu après son élargissement, et qui lui a témoigné un grand zèle pour le service de la France. A. C.
M. LE Pi;iNCE A CHAVIG.NY.
Compiègne, 27 mai 1649.
Vous m'obliges par trop de vous souvenir de moy, et vou debvés croire que vous ne sçauriés me faire plus de plaisi que de continuer à m'en donner des marques semblables à celles que j'en ay receues par vostre leLIredu 30" du mois passé, de laquelle je vous remercie de tout mon cœur en vous asseurant de mon alTeclion, et que je ne feray jamais de distinction entre vos inlérests et les miens A. E.
M. LE PRIN'CE A d'eRL\CH.
Compiègne, 2 juin 1049.
Vous ne debvés pas douter que je ne m'employe de tout mon cœur pour vous faire avoir la satisfaction des choses que vous souhaittés de la coar, puisqu'il est certain que vos inlérests ne me sont pas moins cliers que les miens propres, et que vous n'avés pas un meilleur amy que moy. C'est de quoy je vous donnerav des preuves, non seulement en l'occasion présente, mais encore en toutes celles qui s'offriront de vous servir, et de vous faire paroistre que je suis véritablement
(Bibliothèque de Berne.)
MAZARiN A M. LE PRINCE {analyse}.
Compiègne, 6 juin 1649.
Départ de M. d'Éianpes « pour qu'il puisse vous voir et re-
cevoir vos ordres ». — AfTaires de Provence; troupes qu'on veut faire venir d'Italie pour y mettre ordre. — Les Suisses ne veulent plus servir. En parler à M. de Schomberg et aux colonels qui sont à Paris, pour les obliger à écrire à leurs corps de continuer leurs services; on leur veut donner 100.000 écus comptant dans C3 mois; et pour le reste de ce (|ui leur est dû, qui ne monte pas à moins de 1.200.000 livres, on leur offre les meilleures assignations que nous ayons, et même de leur payer les intérêts pour le retardement. A. C.
M. LE PRINCK A LE TELLIIlR.
s juin 1649.
M"' de Bouillon m'est venu faire plaincte de ce que M" de Fabert n'avoit pas entièrement exécuté les ordres de la cour sur le subjectdes prisonniers qui sont dans Sedan, et m'a prié de vous escrire pour faire commander audit sieur de Fabert pendant son séjour à la cour d'exécuter le traicté qui a esté faict pour ce regard ; vous m'obligerés d'y vouloir donner ordre en sorte que ledict sieur de Bouillon puisse en recevoir contentement. Il m'a aussy faict entendre que ces gens d'Auvergne estoient allés à la cour au préjudice des défenses de j\r le Cardinal et des ordres de M'' le Chancelier ; je vous prie de les renvoyer sans rien faire, mais leur faire seulement cognoislre (ju'ils debvoient satisfaire à ce qui leur estoit mandé. B. N.
M. LE PRLXCE A MAZIRLN.
Paris, 8 juin 1649.
J'ay receu les deus lettres ((ue vous m'avés faict la faveur de m'escrire ; pour response ausquelles je vous diray que M"" de Schomberg doibt venir demain matin me trouver pour le subject de l'affaire des Suisses, laquelle je tascheray de traiter ii voitre conlentement.
660 PIÈCES ET DOCUMEXTS.
M' de Turenne m'a dicl que je pourrois vous asseurer de la fidélité de touts ses amys qui sont ii rarmée, ausquels il promet d'escrire pour les fortiffier dans leurs bonnes résolutions de servir !e Roy; mais il se plainct qu'ils sont maltraictés par ]\rd'Erlach, auquel je crois qu'il est important que vous vous donniés la peine d'escrire pour empescher qu'il ne les tourmente davantage, ledict sieur de Turenne ra'ayant donné toute asseurance que de leur costé ils useront comme ils doibvent. Il m"a de plus faict entendre qu'il a sceu que l'on avoil dessein d'esloigner quelques uns de ses amys et d'en licentier d'autres avec leurs troup^'s, ce que j'estime devoir estre empesché pour le bien du service du Roy, ainsi que vous pourrés facilement vous le persuader. Ledict sieur de Turenne, estant a la cour où il se doibt rendre dans peu de jours, vous pourra encore donner de plus particulières asseurances de la fidélité et du zèle de ses amys au service de Sa Majesté.
J'ay trouvé toutes choses icy à mon arrivée en assés bon eslat et au mesme que vous l'aviés appris lors de mon despart de Compiégne, et j'ay chargé le sieur de MazeroUes, qui vous rendra la présente, de vous informer de ce que j'y ay remarqué de plus particulier. Vous prendrés, s'il vous plait, créance en ce qu'il vous dira de ma part, et si, pendant mon abs.Mice, il y a quelque chose que vous jugerés à propos de me faire sçavoir et en quoy je puisse estre utille, vous aurés aggréable d'en charger ledit sieur de MazeroUes, auquel j'ay commandé de demeurer à la cour pour ce subject.
Depuis mon arrivée, j'ay donné à M"^ l'abbé de Grâce le papier que vous m'aviés mis en mains touchant l'affaire de M'"de Guitaud; mais il n'en a voulu rien faire qu'il ne se voie pourveu d'un tiltre d'abbé; c'est pourquoy je voy bien que c'est une affaire eschouée, et j'auray ce desplaisir de la voir manquée, après l'avoir creiie faicte, si vous ne désirés y remédier, comme je vous en conjure, en donnant au sieur abbé de Grâce un bénéfice de la qualité et du tiltre qu'il désire, m'ajant
desjà desclaré qu'il retiroit sa paroUe, estant prcst de commencer à plaidder. A. E, original. — A. G. minute.
MAZEBOLLES A M. LE PRINCE.
Compiègne, 14 juin 1649.
Depuis hier !3 que je me donnay l'honneur d'escrire à V. A. M' le Cardinal a escrit à V. A. la lettre que je luy envoie et m'a dit que par elle il escrit à V. A. tout ce qui s'est passé à la oour depuis son départ.
Je luy av reparlé aujourd'hui des oppositions de Madame de Lorraine' ; il m'a dit qu'il a fait venir M"" de Chanvalon et qu'il luy a promis de faire quelque chose pour luy s'il obligeoit M'"' de Lorraine de s'en départir; qu'il luy a dit que cela ne pouvoit pas la préjudicier, vu que ce n'estoit que jusques à la paix générale; qu'alors, s'il fal'oit rendre ces places, V. A. n'y apporteroit pas d'obstacles, le Roy s'estant obligé en ce cas de dédommager V. A ; que si la guerre continuoit, ni M"' de Lorraine ni elle ne pouvoient pas espérer de les posséder. M"" de Chanvallon a répondu que Madame de Lorraine retireroit son opposition pourvu qu'on lui donnât un acte par lequel il paraisse qu'elle a esté faite et qu'elle l'a retirée. Je luy ay dit que je croyois que cet acte vaudroit l'opposition même, et que je croyois qu'il estoit expédient que M"" de Chanvalon demeurât d'accord avec 3r Perrault et le conseil de V. A. de ce qu'il faut que Madame de Lorraine fasse pour rendre son opposition inutile, et que celte affaire se puisse terminer de façon que V. A. y trouve ses sûretés. M"" le Cardinal m'a dit de voir là dessus M'' Le Tellier, '^e que je feray demain au matin.
Le Roy et la Reine partent demain pour aller coucher demain à Montdidieret après-demain à Amiens. M"" d'Orléans et M"" le Cardinal ne partent qu'après-demain pour aller coucher à
1. Au sujet de l'enregistrement de la cession du Clertnontois,
Amiens; ils iront tons deux ju^ques Airas pour faire marcher toutes les troupes, qu'on dit estre à demi mutinées, je dis les françaises, et particulièrement la cavalerie; ils croient que leur présence et quelque argent qu'ils portent pour distribuer aux ofiiciers les remettra dans une entière obéissance et les obligera à marcher pour entreprendre quelque grand siège, dont il est icy grand bruit. — Les Suisses qui sont dans Dunkerque sont maîtres de la place, gardent le gouverneur dans son logis, prolestant toujours que c'est pour le service du Roy. Ceux qui sont dans les autres places de Flandres ne font plus de garde, le tout par l'inexécution de ce qui lour a esté promis. On v a envoyé pour y remédier.
31' le comte d"Harcourt a fait le mécontent sur ce qu'on luy a envoyé un brevet de survivance de sa charge en faveur de son fils, qui portoil que sil mouroit dans un an la charge seroit à son fils. Il ne l'a pas voulu recevoir de cette manière. On m'a assuré qu'il lui a esté accordé aujourd'huy comme il le souhaitoit. Il se sent très embarrassé de son employ; il y a dix jours qu'il a la colique.
M"" de Caudale a preste aujourd'huy le serment pour la survivance de la charge de colonel.
Il m'a esté assuré que le traité du gouvernement de Picardie en faveur de M"" le Cardinal est faitii trois cent cinquante mille livres et le gouvernement d'Auvergne, qu'on m'a dit aussy qu'on récompense en argent; Madame de Chaulnes est icy pour cela et pour Amiens, ii ce qu'on dit.
Il a esté quelque bruit qu'il y a eu quelque petit démêlé entre la Reine et M"" le Cardinal sur le voyage qu'on va faire, pour lequel on dit que la Reine a grande répugnance.
Tout le monde parle icy fort du voyage de Y. A. et tesmoigne grande curiosité de savoir le temps de son retour; et la plupart de ceux qui ne savent pas ses intentions ne peuvent se laisser persuader qu'elle n'ait quelque mécontentement ou qu'elle ne soit d'accord qu'on fera pour elle quelque chose de très consi-
dérable. J'assure à tout le monde que le retour de V. A. sera dans le l.j du mois prochain; quant au reste, sans entrer en matière, je dis que V. A. n'a jamais paru plus contente et que son retour fera changer les opinions que l'on a là-dessus; je prie Dieu qu'il la ramène bientôt en parfaite santé. .. A. C.
LENET A M. LE PKI.NCE.
Paris, 16 juia 1C49.
Suivant le commandement qu'il plut h V. A. me faire en sortant de cette ville, je vis 3r le prince de Conty et Madame de Longueville, auxquels je tesmoignai le desplaisir que vous aviez de ne les avoir pas trouvés à l'hôtel de Longueville pour leur dire adieu, à quoi le premier me respondit qu'il avoit esté pour prendre congé de V. .\. dans le lieu oiî elle dîna, mais que la considération de Madame la Piincesse l'avoit empesché d'entrer; que depuis, s'estant rendu chez Madame sa sœur un peu trop tar j, il vous avoit trouvé parti et qu'il vous escriroit pour vous en faire ses excuses ; Madame de Longueville me parla aussi en ces mesmes termes ; je m'assure, Monseigneur, que vous aurez reçu les lettres de l'un et de l'autre.
Paris est à peu près en mesme estât qu'il estoit à vostre départ ; on y philosophe plus que jamais sur le voyage de Bourgogne, et outre tous les prétendus mescontentements de V. A. on ajoute que l'on fait avancer une partie de l'armée suédoise avec laquelle Elle doit conquérir (pour Elle) la Franche-Comté. Tous les jours on régale S. Em. de quelques nouveaux impi imés incomparablement plus pleins de mespris et d'esprit séditieux que tous les précédents, mais en vérité très mal faits; je n'en envoie point à Y. A. sachant qu'on les lui envoie d'aideurs.
M'' de Beaufort, parlant ces jours passés de la lettre qu'on a fait courir sous son nom à M'' de Mercœur, disoit que ce n'estoit pas son style, mais bien son intention; la prétendue response court, qui n'est pas moins impertinente.
Tous les généraux et les frondeurs soupent souvent ensemble et se donnent les violons, qu'ils mènent ap;ès le souper à la place. Hier leur débauche se fit à S'Cloud, et jeudi chez Cou- Ion, où ils dansèrent toute la nuit et tout nus, portes closes: tout le monde estoit cependant dans le jardin de M'^de Sourdis- La Chapelle pour ouïr les violons qui estoient chez ledit Cou- Ion, qui fut rudement marqué au visage d'un coup de chandelier quïl reçut de M"" de Mata en jouant.
Le bruit avoit couru ces jours passés que l'on riuiienoit le Roy à Ruel, ce qui faisoit juger que W de Beaufort s'accommodoit et que l'on ne nittlroit guère à revenir a Paris et mesme avant le retour de V. A. ; mais au contraire tout est parti aujourd'hui pour Amiens, d'où S. A. R. et S. Em. iront, ;i ce qu'on dit, jusques à Arras. L'on a dit à Paris que celui-ci vouloit commander l'armée, ce qui lui a attiré quelques nouveaux quolibeis par deçà Madame de Chaulnes et M"^ le Vidame ont fait chacun deux voyages d'Amiens à la cour, oià ils ont esté plus caressés au second qu'au premier, d'où l'on conclut que l'accommodement de la citadelle s'achèvera en ce voyage, ce que l'on juge encore de ce que M"" de Villeroy a paru depuis quatre jours un peu plus en faveur qu'à l'ordinaire.
Un homme de qualité qui vient d'arriver de la cour m'a assuré que la Reine. M"" le Cardinal et tout le monde ensuite faisoient compliment à M"^ de La Rivière sur sa promotion, quoiqu'il ne soit point venu de courrier qui assure que le pape ait nommé des cardinaux; mais ledit s"" de La Rivière a reçu lettres du pape, de la signora Olympia, de l'ambassadeur et de ses amis particuliers qui l'assurent que le lundi après la date d'icelles Sa Sainteté nommeroit pour les couronnes et qu'il devoit tenir sa nomination pour certaine; de sorte qu'il a dit à celui qui me l'a rapporté qu'il pouvoit assurer tous ceux qui lui en parleroient qu'il estoit cardinal (dont l'Église certainement recevra un grand lustre).
M"" le p. Le Railleul m'a encore réitéré les offres que je vous
PIÈCES ET DOCLMENTS. 665
fis à Chantilly de sa part et m'a ajouté que la bonne réception que V. A. lui avoit faite à son dernier voyage Ty engageoit de plus en plus.
jMM" de Melun m'ont ici envoyé leur maire pour me prier de continuer à leur rendre ofTice vers V. A. et de la supplier de leur donner un gouverneur de sa main, pour à quoi parvenir ils m'ont proposé quelques expédients que je dirai à V. A. lorsque jaurai l'honneur de la voir; ces pauvres gens se louent au dernier point des bontés qu'EUe leur a tesmoignées à son passage.
>«'onobslant la conquête de M'' d'Épernon et son entrée dans Bordeaux, qui a esté pompeuse et magnifique, le parlement de Toulouse n'a pas laissé que de donner arrest pour faire les impositions suivant l'ancien pied el surséance des nouvelles. iF de Caudale a preste serment de la charge de colonel et a assurances pour le gouvernement; on croit son mariage aussi avancé que celui de M"" de Mercœur, qu'on rompt, qu'on surseoit et qu'on conclut deux fois le jour par deçà et me^me à la cour. J'estois hier chez Madame des Hameaux, qui a eu la charge d'acheter toute la parure de la noce, qui me dit qu'elle avoit reçu ordre de ne rien faire couper, et qu'on en estoit toujours sur celle qualité de fils aîné et principal héritier, sans laquelle rien ne se feroit. A. C.
M. LE PRINCE A MAZARIX.
Dijon, 18 juin 1649.
La lettre qu'il vous a pieu de m'escrire du 14*= de ce mois me vient d'estie présentement rendue. Je me resjouis du dessein que vous avés de faire donner contentement à M"" Foule et je vous en suis d'autant plus obligé que ma considération est un des principaux motifs qui vous portent à le favoriser.
Je suis bien aise que le s'' de 3Iazerolles vous ayt entretenu
de toutes les affaires dont je l'avois chargé. Je vois bien que l'affaire de l'abbé de Grâce est entièrement rompue, si vous n'avés la bonté de vous enlicmeftre pour la faire réussir au contentement de W de Guitaud ; c'est de quoy je vous conjure encore très instamment par ces lignes.
Je me re?jouis de la résolution qui a esté prise du voyage d'Amiens, et du vosire avec M"" le duc d'Orléans vers Arras,^ cela ne pouvant produire que de très bons efFects, tant pour reschauffer les gens de guerre dans le service que pour l'accroissement de vosire gloire, qui ne sera jamais si grande que je le souhaitleray. . . A. E.