‹ Histoire des princes de Condé pendant les 16e et 17e siècles (volume 2)Chapitre 21 sur 236 · T. IV, p · texte numérisé non relu

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6i LES PRINCES DE CONDE.

L'année suivante, Son Altesse Royale sembla préparer l'investissement de Dunkerque, se saisit de Mardick, sur la mer, puis de Bergues, et, plus loin, dans l'intérieur des terres, alla prendre cette étrange ville de Gassel, perchée à la façon des cités étrusques sur un mamelon qui seul émerge de ces vastes plaines. A peine le duc d'Orléans reparti, — et il partait de bonne heure, — l'ennemi rentra dans Mardick, Bergues et Gassel. Sur ce, Gassion riposta en faisant brèche dans la ligne de la Lys et en occupant Menin. Cet infatigable cavalier battait la campagne l'hiver, avec quelques troupes, opérant un peu à l'aventure, mais tenant le pays sous la terreur par son acUvité dévorante et les lourdes rançons qu'il exigeait partout. Les malheureux habitants étaient menacés de la torche et de la corde s'ils déféraient aux réquisitions des Français ; et au moindre retard dans l'acquittement des contributions de guerre, ils voyaient aussitôt fondre sur eux les chevau-légers du terrible Gassion ^ . Dans le chaos de cette guerre confuse, il n'y avait de clair et de positif que la ruine du pays.

\. 11 y avait cependant une convention tacite pour certains pays, dits de contribution, qui étaient autorisés à s'exonérer des ravages de lennemi en payant une somme fixe; mais cet accord, singulier en droit, quoique profitable à tous, n'était pas très régulièrement observé.

LOUIS DE BOURBON. Co

Cette seconde campagne de Son Altesse Royale préliminaires

Je la campajjne

fut encore plus désordonnée que la première, et de i646.

Araiées du duc

celle de 1646 ne s'annonçait pas comme devant être d-oriéans et

duducd'Anguien

conduite avec beaucoup plus de méthode. M. le Duc, qui, aussitôt sa destination fixée, avait reconstitué les garnisons de Champagne, organisé ses troupes de marche, ses magasins, son état-major, ne connaissait encore que les lieux de rendez-vous assignés aux deux armées qui devaient concourir au même ensemble d'opérations. Celle du duc d'Orléans, la meilleure, ayant pour fond les régiments victorieux à Rocroy renforcés de quelques corps étrangers et de compagnies de la maison du roi. se réunissait sur la lisière de l'Artois et de la Picardie occidentale, à Auxi-le-Chàteau ^ Rassemblée à Marie, entre Laon et Vernns, l'armée de M. le Duc — environ 8,000 hommes appartenant aux régiments de la maison de Condé et à quelques autres ramenés de divers côtés — menaçait le Hainaut et le Luxembourg ; elle pouvait aller par Landrecies rejoindre Son Altesse Royale dans la vahée de l'Escaut, ou se rabattre sur Arras pour m:ircher avec l'autre armée vers la Lys et la côte. L'écart de quarante lieues environ qui séparait les deux points de concentration imposait un certain délai

^. Sur l'Authie, à 4 lieues ouest-nord-ouest de Doullens. V. 5

6« LliS Plil.NCES DE CO.XDÉ.

et quelques mouveinents préparatoires avant de rien entreprendre. Enfin il y avait une inconnue à dégager. Quel rôle assigner aux Hollandais dans cette campagne? Quelle coopération attendre deux sur terre et sur mer ?

Disposiiioi.s Lgg „ ggpt pi-ovinces » avaient conquis leur indé-

<lc,s Hollandais, i i i

pendance ; l'œuvre était accomplie ; la reconnaissance de leur libre existence par l'Europe n'était qu'une affaire de mois, presque de jours. Désormais séparés des Flamands et Wallons, avec une frontière à peu pi"ès définie, croyant n'avoir plus rien à redouter de l'Espagne, se méfiant déjà de la France, les Etats ne voulaient rien faire, rien tenter qui put retarder la conclusion de la paix, au moins de leur paix particulière. Autre était peutêtre le sentiment intime du statliouder : par caractère et par situation, Frédéric-Henri inclinait à la prolongation de la guerre ^ ; mais il était sage.

i. Guillaume de Nassau, prince d'Orange, « le Taciturne », premier slathouder (mort en 1584), eut pour successeur son fils .Maurice, le régénérateur de la tactique (mort en 4 623) Frédéric-Henri, fils de Louise de Coligny, dernière femme de Guillaume, fut le troisième statliouder (l62o-1647:. — Guillaume II, son fils, gendre de Charles I", opposé à la paix d'Espagne, prêt à s'entendre avec la France, essaya, pour maintenir l'armée permanente, d'un coup d'État qui ne réussit pas (1650). Presque aussitôt après, il fut enlevé par la petite vérole. Il avait compromis l'œuvre de ses pères; le slathoudérat semblait mort avec lui; mais il laissait sa femme grosse.

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patriote, respectueux de la volonté des États, vieux d'ailleurs et presque mourant. Sa femme, Emilie de Solms, était hostile à la France; on la disait acquise aux intérêts de l'Espagne.

Le gouvernement français semblait disposé à d'assez grands sacrifices pour modifier les tendances des Etats, réveiller l'ambition du prince d'Orange et même conquérir la bienveillance de la princesse. En dehors de l'action normale de notre ambassadeur ordinaire, M. de La Thuillerie, diverses négociations, dont quelques-unes toutes personnelles, étaient engagées et suivies par des diplomates de passage. Enfin un agent spécial, le sieur de Rouanette, venait de porter à la Haye des propositions importantes ^ : il offrait Gand en échange d'un concours efficace. Dès le milieu d'avril, le secrétaire des avis de guerre ' informait le vice-roi des Pays-Bas que les Hollandais commençaient leurs préparatifs. Presque aussitôt, ceux-ci entrèrent en opérations. Quittant les positions qu'ils occupaient déjà sur la rive gauche de l'Escaut occi-

Huit jours après sa mort, Henriette-Marie Stuart accouclia d'un fils qui fut Guillaums III.

■I. 20 avril 1646. ' Inïtructioa au sieur de Rouanette, sergent de bataille, s'en allant en Hollande pour concerter de la part du Roy, avec M. le prince dOrange, les desseins de la campagne. » — B. N.

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