‹ Histoire des princes de Condé pendant les 16e et 17e siècles (volume 2)Chapitre 20 sur 236 · Saiiit-Évremond, Éloge de M. de Turenne · texte numérisé non relu

Saiiit-Évremond, Éloge de M. de Turenne

62 LES PRIxNCES DE CONDÉ.

caractères de la décadence des armées. Us accumulent les enceintes, les ouvrages autour de leurs vieilles forteresses; ils en créent de nouvelles, creusent des canaux défensifs, hérissés de fortins et de redoutes. A la moindre alerte, leurs troupes actives s'enferment derrière les murailles. Plus ces garnisons accidentelles grossissent, moins les gouverneurs montrent de résolution ; ils n'épuisent pas les moyens de défense, aimant mieux perdre leur place quelques jours plus tôt pour obtenir de bonnes conditions, échapper à la prison, et conserver leurs régiments au roi.

Campagnes du Lcs généraux français semblaient se prêter au

duc d'Orléans en . , .^^ , , • ,

1644 et 1645. jcu dcs Lspagnols et se montraient moms soucieux de détruire cette armée renaissante, de l'étouffer dans l'œuf, que d'occuper successivement les forteresses qui couvraient le sol de la Flandre. La disposition géographique de cette partie des Pays-Bas invitait à ce genre de guerre. Ici, pas de barrière transversale, rivières ou places, comme en Picardie et en Artois : devant l'assaillant, s'ouvrent trois voies pénétrantes, trois lignes d'invasion qui, séparées à leur origine par un écart d'environ cinquante lieues, se rapprochent lentement pour se réunir à un sommet commun, Anvers. Sur chacune de ces lignes, l'ennemi peut s'avancer par une sorte de cheminement dont il

LOUIS DE BOURl'.ON. 03

faut marquer tous les progrès, on pourrait dire tous les pas, par la prise d'une ville.

Sur la cote on rencontre d'abord Gravelines, puis Dunkerque et ses satellites, Mardick, Bergues, Furnes, ensuite Nieuport, Ostende, qui est le port de Bruges, et, en retour, le long de la large bouche de l'Escaut, le Saas de Gand avec les forts disséminés dans le pays de Waes. — La Lys : nous tenions à Aire la tète de cette vallée, entourée par un petit groupe de places, Béthune, Saint- Venant, Lillers; puis viennent, en descendant, Estaires, Armentières, Menin, Courtrai, Gand enfin, où la Lys se réunit à l'Escaut. — Ce fleuve forme la troisième ligne; sur ses bords, les places sont nombreuses, importantes : Cambrai, Bouchain, Valenciennes, Condé, Tournay, Audenarde. A Anvers, l'Escaut est large comme un bras de mer.

Celait une entreprise de longue haleine que de procéder à la conquête des Flandres, en marchant pas à pas, de place en place. On commença par la côte. Nous avons vu^ que Gravelines retint l'armée de Gaston toute une campagne (16^4), tandis que les Hollandais, qui avaient leurs vues particulières, s'emparaient du Saas de Gand.

Page 1