‹ Histoire des princes de Condé pendant les 16e et 17e siècles (volume 2)Chapitre 26 sur 236 · C'est pour proléger ou commander cette rade que les · texte numérisé non relu

C'est pour proléger ou commander cette rade que les

le chenal et par la rade, quel que fût l'état du temps ou de la marée, les défenseurs de Mardick communiquaient rapidement avec le port de Dunkerque bondé de navires, échangeaient à toute heure blessés et malades contre des secours en hommes et munitions.

La garnison se renouvelait sans cesse; les sorties étaient continuelles, de jour, de nuit, avec un grand déploiement d'artillerie, de mousquetaires, et nombre de travailleurs qui renversaient les epaulements et comblaient les tranchées. Pour reprendre le terrain perdu, les Français, cavalerie, infanterie, s'avançaient en rase campagne^ jusqu'aux genoux dans le sable, sans aucun abri, sous le feu roulant de la place; c'était à qui s'exposerait le plus. Cet inutile sacrifice d'hommes, d'officiers sm'tout, de volontaires, se prolongea trois semaines. Les pertes furent très vivement ressenties à Paris et à la cour; les listes fatales contenaient nombre de noms connus, soldats d'occasion, hommes de qualité, qui ne servaient pas régulièrement. On les voyait aux jours d'affaires prendre place dans les rangs avec leurs gentilshommes derrière eiLX; c'est ainsi que Gourville (qui n'est pas fâché, dans son récit, de s'attribuer

Espagnols avaient construit ce système eu 1626. Le canal de Mardick à la Colme datait de 1644.

en passant la qualité de gentilliomme) se trouvait au second rang d'un escadron du régiment du Roi, derrière le futur auteur des Maximes \ lorsque celui-ci reçut un coup de mousquet à l'épaule. Blessé aussi le duc de Xemours"; tués le comte de La Roche-Guyon, dernier rejeton mâle de l'antique maison de Liancourt ' ; Thcmines, mestre-decamp de (c Navarre », récemment promu^ tout jeune et brillant officier-général ^ ; du Terrail, aussi maréchal-de-camp et lieutenant-général en basse Auvergne; François de Fiesque, chevalier de Malte; Gaston de Foix, comte de Flei\% etc. Personne ne dépassait le duc d'Anguien dans

1. François VI de La Rochefoucauld, alors appelé le prince de Marsillac. Nous en avons déjà parlé ci-dessus, p. 4 3, et nous aurons souvent à parler de son valet de chambre, Jean Héraut, s"" de Gourviie.

2. Charles-Amédée de Savoie, tué en duel en 1652 par son beau-frère le duc de Beaufort. Il était né en 1624.

3. Henri-Roger du Plessis de Liancourt. Par suite do sa mort, le comté de La Roche-Gu\ on passa à François VH de la Rochefoucauld, qui épousa Tunique héritière de la maison de Liancourt (voir t. HL p. 448).

4. Pons-Charles de Lauzières; il avait vingt-six ans. C'est son grand-père qui avait arrêté Henri H de Condé.

5. M. le Duc perdit le lieutenant de ses gendarmes, qui était allié de sa famille [voir t. IV, p. 612, note). Dojà blessé à Fribourg, Isigny tomba cette fois hors du champ de bataille. S'étant pris de querelle avec des ofTiciers d'infanterie à propos d'un seau d'eau, il fut appelé par l'un deux, qui lui cassa la cuisse d'un coup de pistolet.

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ces bagarres. Bussy le vit revenir un jour le poignet couvert de sang et le crut blessé grièvement : c( C'est le sang de ces coquins », lui cria le pi'ince ; c'était bien le sien cependant ; il avait le bras percé d'un coup de pique. Deux jours plus tard, un soldat qui courait d'un magasin de tranchée à sa batterie laissa tomber une mèche allumée sur son chapeau plein de poudre. Le duc d'Auguien, que cet homme frôlait, fut connue embrasé. Ses yeux perçants, un peu à fleur de tète et mal protégés, s'irritaient facilement; il en avait souffert pendant la campagne de 16i3, assez pour donner des inquiétudes; cette fois il resta complètement aveugle. L'anxiété des siens fut grande : « J'ay une si grande appi'éhension que vous ne soyés gasté, que je ne saurois me remettre'. » II fallut beaucoup de prudence, deux semaines de repos complet et d'obscurité. Quand M. le Duc put revoir la lumière, JMardick succombait; dès qu'il y eut quelques voiles pour bloquer la plage, quelques bateaux à couler dans le canal, le fort capitula (23 août).

Ce triomphe suffisait à Son Altesse Royale. Se sentant menacé d'un accès de goutte, fort pressé par l'abbé de La Rivière, qui, tout épouvanté du

\. Madame la Princesse, 18 août. A. G.

carnage de Mardick, avait grande hâte d'éloigner son maître, Gaston partit pour la cour. Le duc d'Anguien La vaillance de Louis de Bourbon ne surprit

prend le

commandement, personne; OH s'attcudalt moins à le voir donner

conduit l'armée à ^

Hondschoote 1 excmplc de la discipline; sa conduite avait été

(31 août),

perce les lignes aussi liabilc quc militaire : sans rien perdre

du Loo et de

lacoime, dc l'estime des troupes, il gagna le cœur de

enlève Furnes

(4, ô septembre). Gaston; aucuu Sentiment n'était durable chez ce dernier; mais, pour un temps, l'intimité, la confiance succédaient à une froideur malveillante. Cette confiance n'alla pas jusqu'à laisser au duc d'Anguien la haute main sur les opérations : bien que çà et là, dans les pages qui précèdent, on ait pu retrouver cette pensée supérieure et ferme, il est facile de voir que son influence fut habituellement annulée; mille donneurs d'avis redoublaient les incertitudes de Gaston, étourdi par les querelles incessantes de ses lieutenants. Les lenteurs, l'indécision du généralissime, l'attachement à un plan dont tous les détails sont réglés d'avance, ont permis aux généraux espagnols de sauver leur armée renaissante, de se dégager des mauvais pas où les poussait M. le Duc, qui toujours a vu M. de Lorraine échapper à son étreinte. L'armée française, promenée à travers toute la Flandre, subordonnant ses mouvements à la coopération chimérique du stathouder, s'est usée,

affaiblie presque autant que l'ennemi; nul ensemble ; des faits d'armes brillants ; quelques succès achetés très cher : Mardick, simple reprise de terrain perdu; Gourtrai, excentrique, sera bientôt une charge, car Menin a été surpris dans la nuit du i!i au 15 août par Caracena, tandis que l'on s'acharnait sur le « fort de Bois ». Menin valait plus pour les Espagnols que IMardick pour les Français; Gourtrai, isolé, devenait ditTicile à garder, à ravitailler'.

Dès que le duc d'Anguien prend le commandement, la stratégie commence ; plus de flottements; les opérations ont un caractère d'ensemble; une même pensée les relie et les dirige. G'est à peine s'il a recouvré la vue ; il n'a pas d'instructions précises; les lettres qu'il reçoit du premier ministre sont ambiguës; mais il ne laissera pas ses troupes un jour de plus dans cette boue et ce sable, dans le découragement et la misère. La Ferté, qui arrivait de Lorraine, reçoit l'ordre d'observer Menin,

1. Caracena avait môme espéré y entrer d'emblée; mais il se heurta contre La Ferté, qui, arrivant de Lorraine où il avait pris Longwy, eut le temps de se jeter dans la place ; coïncidence bizarre, Caracena venait, lui aussi, d'être renforcé pai' le détachement espagnol qui avait manqué le secours de Long^vy. Nous connaissons La Ferté-Senneterre (voir t. IV, p. 44); on le confond souvent avec un autre ofiicier-général qui servait en Flandre depuis 4644, La Ferté-Imbault (Jacques d'Étampes), maréchal de France en ICol.

de veiller sur Courlrai, de se maintenir entre cette place et Béthune, d'assurer le passage de nos convois, d'inquiéter ceux de l'ennemi, ^lardick est pourvu. Sept jours après la capitulation, l'armée, enveloppant Dunkerque et faisant le tour des moers fangeux que borde la Colme^ s'arrêtait à Hondschoote (31 août), à quelques centaines de toises des avant-postes espagnols ; selon sa coutume, le duc d'Anguien marchait à l'ennemi.

Aussitôt Mardick tombé, l'armée et les généraux du roi catholique avaient quitté Dunkerque, y laissant Guillaume de Lede, « gouverneur de la mer », avec une grosse garnison. Le marquis de Caracena avait son quartier-général à Nieuport et son principal camp à A'ulpen, l'avancée à Furnes. Des postes et détachements gardaient les passages du canal de Loo, et de Buquoy. avec sa cavalerie, s'étendait au sud jusqu'à Ypres. L'armée espagnole était ainsi établie sur deux lignes formant un Y renversé : la première, de Furnes à Loo, dans la direction d'Ypres; la seconde, le long du grandcanal navigable qui réunit Furnes àNieuport.

1 . L'embouchure naturelle de la Colme est le port de Dunkerque; mais cette rivière donne son nom au canal qui met en communication Saint-Omer avec Bruges, surtout à la portion de canal comprise entre Watten sur l'Aa et Nieuport. par Bergues, Hondschoote et Furnes. On dislingue la haute et la basse Colme.

Le li septembre, les Français s'avancèrent de Hondschoote sur trois colonnes, à travers un dédale de bois, de marais, de fossés, de canaux, de bras de rivières, cheminant sur des chaussées qui, moins nombreuses qu'aujourd'hui, se recroisaient souvent; tout est si bien ordonné qu'il ne survient ni confusion ni mécomptes. La première ligne ennemie est d'a]3ord percée sur trois points : Gassion, à l'aile marchante, pousse jusqu'à Loo, puis se rabat au nord-est; Laval conduit la deuxième colonne; au pivot, Villequier se dirige sur Yulpen; Anguien les soutient. Dans la journée du 5, le mouvement tournant s'accomplit; de Buquoy revient en hâte par Dixmude pour ne pas être coupé*; quelques postes sont surpris, d'autres forcés, A^ulpen et la ligne de la Colme abandonnés. Tout est rejeté sur Nieuport, où Caracena rallie son monde; Gassion lui fait face, et, derrière ce rideau, M. le Duc emporte Furnes.

Cet ancien port des Flamands, séparé de la mer FortificaUon de par la création des digues et la formation des Hesiutions de

j • iM • . ' 1 -r. » Mazarin.

dunes, aujourd hui entoure de magnifiques pâturages et confluent de plusieurs canaux, était un grand centre d'approvisionnement et une position stratégique importante. En l'occupant, M. le Duc,

1. 11 redescendit à Ypres quelques jours plus lard (La Ferlé à M. le Duc, 10 septembre; A. Cl.

déjà maître de Mardick et de Bergues, fermait la dernière avenue de Dunkerque; à défaut d'une bataille rangée, il voulait une conquête sérieuse. Se mettant hardiment entre la proie qu'il guette et cet ennemi quïl vient encore de provoquer en vain, il va faire de Furnes sa base d'opérations et sa place de dépôt. Son parti est arrêté et ses premières dispositions prises; mais il n'a pas encore révélé son dessein , désirant présenter un plan bien complet et dont le succès soit déjà préparé par de premiers avantages. Il sait que le ministre a d'autres pensées : Mazarin voudrait contenter les maréchaux, Gassion qui tient à rentrer dans Menin, Rantzau qui a la promesse du gouvernement de Dunkerque; et le premier ministre conseille de morceler l'armée, de ramener le gros sur la Lys, tandis que, sur le littoral, un détachement attendrait l'arrivée de la flotte hollandaise. Ce système, développé dans les dépèches des 26, 31 août \ reparaît encore timidement dans le mémoire du 12 septembre, alors que la prise de Furnes est connue à la cour. Le messager de M. le Duc, Saint-Evremond, a été très fêté; le cardinal n'a pas ménagé les félicitations, sans peut-être avoir bien compris le sens et la portée de l'opéra-

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