Sans doute vers Chin, à 36 kiloin. de Pont-à-Vendin
4. 11 venait de s'arrêter à Terapleuve, 3 kilom. ouest de Chin.
o. L'armée d'Espagne, qui déSIa le 13 juin sur les ponts de Pottes, se composait de :
72 LES PRINCES DE COiNDÉ.
morale, l'entreprise, si on la lui laissait conduire, présentait de grandes chances de succès ; la victoire eût probablement ouvert à notre armée les portes de Gand, la première ville des Flandres, et encore alors une des principales de l'Europe; le Hollandais y donnait la main au Français, et l'on pouvait entrevoir les Pays-Bas perdus pour l'Espagne, l'Empire aux abois, la paix générale! Le duc d'Orléans ne comprit pas la grandeur de l'entreprise, n'en aperçut cjue la difficulté ; d'ailleurs, il avait des ordres: Gassion s'était fait écouter; l'effort devait se porter vers la Lys.
L'armée se dirigea surCourtrai. Il fallait couvrir la marche, se garder du côté de Lille, d'où l'on croyait à chaque instant voir déboucher Caracena avec les troupes maintenues à Ypres, et du côté de l'Escaut, que les ducs de Lorrahie et d'Amalfi pouvaient franchir pour tomber dans notre flanc. Cette double mission échut à M. le Duc, qui reçut l'ordre d'occuper d'abord le château de Lannoy'.
Troupes de S. M. C... 10 Ijataillons, 17 escadrons.
Lorrains 9 — 22 —
Impériaux de Lamboy. 5 — 17 —
L'armée française comptait, le 15 juin, dans les lignes devant Courtrai, 25 bataillons et 58 escadrons.
1 . Lannoy est à environ une lieue et demie ouest-nordouest de Templeuve et deux et demie est de Lille.
LOUIS DE i; OLP. BON. 73
dans la direcliun de Lille, puis, après cette pointe à l'ouest, de revenir prendre l'arrière-garde. L'exécution de cette seconde partie de l'ordre le ramena en présence de l'ennemi, qui, suivant notre mouvement général, avait jeté des ponts sur l'Escaut ^ et se mettait en bataille près de Saint-Génois. Encore une fois le duc d'Anguien indiqua l'occasion à saisir; l'ennemi ulïrait le combat; le gros de notre armée n'était pas loin; un retour offensif général devenait possible ; mais encore mie fois S. A. R. s'éloigna et le duc d'Anguien fut rappelé'.
Dans la nuit du li au 15 juin, Villequier ^ sioge et prise investit Comirai avec six mille chevaux. Traversée (as juin).
, ^ .,, 1 1 •> Comment M. de
par la Lys, cette ville se cache derrière une mu- Lorraine
.,, .,,.,. . c^^ se tire d'affaire.
raille, qui de loin laisse voir comme une loret de
■I. Vers Pottes, à environ 4 lieues au-dessous de Tournay.
2. Lexpédition de Lannoy occupa deux jours (12 et 13). Le 14 : — le duc d'Anguien s'iirrêtait près de Bellegtiem, à une lieue et demie au sud de Courtrai, lorsqu'il reconnut la posilioii des Espagnols à Saint-Génois; — le duc d'Orléans marchait sur Menin, où il s'arrêta le même jour et où il avait convoqué le duc d'Anguien. — Belleghem est à trois lieues et demie de Lannoy, deux et de:nie de Menin, une un quart de Saint- Génois, qui est aussi appelé Saint-Denis.
3. Antoine d'Aumont. marquis de Villequier, né en 1601, frère du marquis d'Aumont tué devant Landau en 164^ petit-ûls du maréchal d'Aumont, le contemporain de Henri III et de Henri lY. Il devint lui-même maréchal de France en <6ol, duc d'Aumont en 166"} et mourut d'apoplexie le 13 janvier 1669.
tours et de clochers, La vieille et vaste enceinte avait été régularisée, la garnison renforcée par les Italiens de Delli-Ponti, aux ordres du gouverneur don Antonio Quevedo. L'embarras des eaux limitait l'assaillant. Deux attaques furent dirigées sur les fronts sud et conduites l'une par Gassion, l'autre par le duc d'Anguien; la cavalerie légère était cantonnée au nord, à Harlebecke et lieux voisins. C'est de ce ccMé qu'on attendait une prochaine tentative de secours, car à l'instant même où le duc d'Anguien rejoignait le corps de siège, M. de Lorraine s'établissait sur la Lys , audessous et assez près de Gourtrai; ainsi les ondulations , les incertitudes de notre marche n'avaient pas donné le change à l'ennemi, qui put garnir amplement la place menacée; les travaux commençaient à peine qu'il s'approchait en grande force. Bientôt notre avant-garde se trouva si resserrée qu'il fallut évacuer Harlebecke. L'ennemi grossissait toujours ; le gouverneur des Pays-Bas , ne redoutant aucune action vigoureuse des Hollandais, avait ordonné au marquis de Garacena et autres de rejoindre le duc de Lorraine. Un moment la cour de Son Altesse Royale crut le péril si grand qu'il fut question de lever le siège.
Mais, de l'autre côté, la direction n'est pas
LOUIS Dfc] BOURBON. Ta
moins llottante : M. de Lorraine, malade, donne ses ordres trop lard ; il est mal obéi ; les mouvements sont larges, et là aussi on laisse passer les occasions. Enfin, le 2i juin, chacun se tenait prêt à une bataille générale ; toutes les troupes d'Espagne étaient passées sur la rive gauche de la Lys, rompant leurs ponts pour bien marquer la résolution de combattre à outrance. Leurs attaques furent décousues. On s'acharna sur un clocher ^ qui fut pris et repris trois ou quatre fois ; Gassion et Beck l'ivalisèrent de prouesses ; le premier fut un moment entouré, ses troupes faiblirent; mais l'ennemi ne soutint pas son avantage. En somme, le secours fut manqué, Courtrai perdu et l'armée d'Espagne à son tour en grand péril ; mal en ordre, éparpillée dans quelques villages, elle pouvait être enveloppée, écrasée par les Français. Alors M. de Lorraine revint à lui ; le rusé capitaine retrouva toute l'astuce et la souplesse de son génie ; il sut amuser Gaston par une négociation : tandis que le gouverneur espagnol rendait la place au roi de France, le duc Charles sortait d'embarras à la faveur d'une suspension d'armes et retirait vivement son armée' (28 juin).
C'est au duc d'Anguien que Delli-Ponti et Que-
1. L'église de Cuerne, 8 Lilom. nord-est de Courtrai. i. Jusqu'à Ooslroosebeke, 12 kilora. au nord.
76 LES Plil.NCES DE ( ONDK.
vedo envoyèrent ôlages et parlementaire ; c'est à lui qu'ils voulaient remettre Coin irai ; car devant cette place imparfaitement investie, confusément attaquée, M. le Duc avait seul procédé avec suite; seul il avait entamé les retranchements ennemis. Son nom était si connu, si redouté que partout on croyait le voir : le marquis de Caracena, marchant d'Ypres sur le quartier de Al. de Lorraine, perdit quarante-huit heures à un grand détour pour éviter le duc d'Anguien et ses batteurs d'estrade, alors que ce prince ne quittait pas les tranchées de Courtrai. M. le Duc conduisit lui-même à Son Altesse Royale les officiers espagnols, évitant d'intervenir dans le règlement de la capitulation. Les hommes de cour présents à l'armée suivaient, non sans malice, les relations des deux Altesses, se rappelant les différends assez récents du prince du sang et du fils de France; mais, devant le généralissime, le commandant d'armée prit soin d'observer toutes les nuances d'une déférence complète; aussi le duc d'Orléans avait-il fini par prendre confiance dans son illustre lieutenant ; les princes se montraient souvent ensemble, laissant cours à leur verve satirique et ne craignant pas de l'exercer aux dépens du premier ministre, qui commençait à s'inquiéter de cet accord trop parfait.
Le secours di' L'état-major de Son Altesse Royale fit la partie
LOLIS DE BOURBON. 77
belle au gouverneur de Courtrai : Delli-Ponti put Hollande.
Marche sur la
sortir de la place avec tout son monde (29 juin) et ceime et prise de
Bergiies.
rejoindre M. de Lorraine. Les événements donnèrent raison aux conseillers de Gaston et justitièrent leur précipitation : le prince d'Orange s'était enfin décidé à passer l'Escaut; le 6 juillet, il débarquait à la Philippine avec le gros de ses forces. En grande hâte, le duc d'Amalfi cuurut garnir Lierre, Termonde, Anvers.
Le 16 juillet, l'armée française s'ébranle, en route vers le nord. Le duc Charles rappelle aussitôt de Buquoy, détaché vers Audenarde, cjuitte ses cantonnements de Wacken sur la Lys et prend position à Thielt, couvrant la route de Gand comme celle de Bruges [18 juillet). Le duc d'Orléans se dérobe vers l'ouest ; cheminant à travers bois et njai'ais, il gagne la bruyère de Bruges. Les Hollandais, qui menaçaient Anvers parle sud, lâchent prise soudainement et font leur jonction avec les Français. M. de Lorraine, avec sa témérité insouciante, s'avançait le long du canal ; il pouvait être serré entre les deu.x armées comme dans un étau; quelle occasion I Mais, à peine réunis. Français et Hollandais se séparent : le duc d'Orléans s'éloigne, laissant au prince d'Orange un renfort de six mille hommes; c'était la condition que Guillaume de Nassau avait mise à son entrt'e en campagne.
Tandis que le maréchal de Gramont, avec ses Français, remonte Iristement vers le Saas de Gand à côté du stathouder, dont le joyeux gascon essayera en vain de secouer la torpeur, Son Altesse Royale retourne h Courtrai, et les généraux espagnols, incertains, étonnés, s'agitent entre l'Escaut et la Lys, dans le triangle dont les sommets sont marqués par Deynse, Gand et Termonde. Bientôt le mouvement des Français se prononce ; ils veulent reprendre le terrain perdu pendant l'hiver, retournent au littoral, aux satellites de Dunkerque. Sur leurs traces, le duc Charles dirige de Buquoy, Lamboy, Caracena; par Ypres et Poperinghe, ceux-ci marchent à tire d'aile ; mais ils arrivent trop tard sur la Colme : Bergues capitulait le 29 juillet. Cette petite place commandait le nouveau canal qui réunit Dunkerque à la Colme, et toutes les avenues du grand port vers le sud ; l'attaque fut brusquée et menée avec audace par 31. le Duc: cela dura vingtquatre heures.
De plus en plus malade, ennuyé, peut-être engagé dans quelque négociation secrète \ M. de Lorraine remet à Beck le commandement de sa
1. Le Plessis -Besançon venait d'enlreprendie un de ces voyages mystérieux qui se terminaient habituellement par quelque entrevue avec les agents du Lorrain (Le Plessis- Besançon à M. le Duc; Metz, 17 juin I6i6. A. C).
petite armée et se retire à Bruxelles. Habituellement indolent, téméraire hors de propos, il n'avait guère brillé dans cette campagne, si ce n'est par sa désinvolture dans la mystification de Courtrai. Garacena rejoint le marquis de Lede à Dunkerque, où il ramène aussi Lamboy, qui s'était d'abord arrêté à Furnes. Don Fernando de Solis ^ est détaché à Mardick; c'est ce fort, situé près de la mer, à une lieue et demie ouest de Dunkerque, que les Français allaient attaquer.
Le sacrifice de six mille hommes prêtés au siège de Mardick.
, , , , pris le 23 août.
stathouder avait assure a notre armée le concours de la flotte hollandaise; cet avantage était payé assez cher pour qu'on en tirât profil; les vaisseaux de nos alliés complétaient leur armement; c'était affaire de quelques jours ; mais les lieutenants de Son Altesse Royale rivalisaient de témérité; personne ne voulait être en reste.
'I. Le même qui avait défendu Gravelines en 1644. — Fernando de Solis y Bargas, qu'il ne faut pas confondre avec Antonio de Solis de Ribadeynera, auteur de VHisloire de la conquête du Mexique. Il était sergent-major à l'armée de Flandre dés 1639. Après le second siège de Mardick (qui va suivre), Solis fut incarcéré; mais des l'année suivante, il était rétabli mestre-de-carap d'un régiment espagnol. — Promu sergent-général de bataille en 1650, et en IboG mestredecamp-général, il fut pourvu du gouvernement d'Anvers, oij il mourut le 2! novembre 1669. Il était chevalier de Saint- Jaiques.
Mardick avait été pris l'année précédente, perdu dans l'hiver, et on mettait une sorte de point d'honneur à le reprendre. Et puis on considérait que les clefs de Dunkerque étaient dans Mardick, et tous avaient hâte d'entrer à Dunkerque : Rantzau, qui, ayant la promesse de ce gouvernement, voulait tenir son gage; Gassion,qui ne désespérait pas de souffler cette faveur à son rival ; le duc d'Orléans enfin, qui craignait de ne pouvoir ajouter ce beau fleuron à sa couronne de conquêtes, si on laissait la saison s'avancer. M. le Duc était seul désintéressé, et il avait acquis le droit de donner aux impétueux, aux téméraires, des leçons de modération ; mais il se contenta d'exécuter les ordres: on n'attendit pas les vaisseaux de Tromp.
Un fort à deux étages, le plus élevé servant de réduit, avec une enceinte médiocre — rien que du bois et du gazon, — des fossés peu profonds et retenant mal l'eau; mais tout autour un interminable glacis de sable, où on ne peut se loger, où les tranchées se comblent d'elles-mêmes, où les épaulements s'eiïondrent. Un canal qui n'assèche jamais réunit cet ouvrage à la mer; à l'extrémité des jetées, le « fort de Bois (ou de Bovet) défend le seul endroit de la côte où les grands vaisseaux puissent être en sûreté jusqu'en Hollande* ». Par