‹ Histoire des princes de Condé pendant les 16e et 17e siècles (volume 2)Chapitre 30 sur 236 · avril 1646. B. H. W · texte numérisé non relu

avril 1646. B. H. W

LOLIS DE BOURBON. 93

manière. Le contingent se composa de l'infanterie ramenée de Hollande, de quelques milices de Picardie et des Polonais de Sirot ; le tout incapable de servir efTectivement dans un siège, et ne pouvant guère être présenté sur un champ de bataille ; ceux-ci minés par la fièvre au point de pouvoir à peine tenir leurs armes; ceux-là mal équipés, mal disciplinés, inexpérimentés; les Polonais surtout, plus guerriers que militaires, intrépides cavaliers, mais inhabiles à manier la pelle ou la pioche, ne sachant môme pas construire une hutte et se creusant des terriers comme les renards. Cependant ils firent nombre; employés avec discernement, ils occupèrent 31ardick, Bergues, et d'autres points fortifiés.

L'ordonnance savamment combinée des prépa- ounkerque. ratifs, l'heureux succès des négociations, ne suffisaient pas à rallier au sentiment de 3L le Duc ceux qui devaient le seconder dans l'entreprise où il allait s'engager. Ce nid de corsaires enfoncé dans les sables d'une plage inhospitalière, cette ville mystérieuse dont on ne découvrait que le clocher, inspirait une sorte d'effroi. Depuis trois ans on tournait autour, on cherchait à en saisir les approches ; que de sang versé dans les conquêtes préliminaires de Gravelines et de Mardick! Et cette année même, au moment où Ton touchait au

but, les conseillers de Son Altesse Royale avaient reculé ^ ! Et voilà que Tautomne commençait, le terrible automne de la mer du Nord, avec ses pluies froides et ses tempêtes! En vain M. le Duc avait atténué les difficultés, ramené l'affaire aux proportions d'un siège ordinaire, il était désapprouvé de presque tous ceux qui Tentouraient. Lorsqu'il réunit ses principaux officiers pour les consulter, ses plus sûrs amis, même les plus hardis, se prononcèrent u contre » avec la majorité-. M. le Duc

^. « s. A. R. tient encores le lit. où les gouttes l'ont

arresté depuis quelques temps Il a couru un bruit sourd

qu'il avoit fait reproclie à son principal ministre (La l\ivière) de ce qu'il l'avoit porté à quitter l'armée et à perdre la gloire de la prise de Dunkerque. » ^Gilliers à Al. le Piioce; Fontainebleau, :22 septembre 1646. A. C.)

2. Voici comment les voix se partagèrent. Contre : Villequier (Antoine d'Aumont', lieutenant-général, de l'armée de S. A. R.; f'aluau. Alarchin, Chàtillon qui venait de quitter le slatliouder^ La Moussaye, Laval. Chabot, maréchaux-decamp, Saint-Martin, lieutenant de l'ariillerie, tous de l'armée du duc d'Anguien. — Pour : les deux marécliaux Gassion et Rantzau; La Ftrté-Imbault. Ueutenant-génordl ; Noirmoutier. marochal-de-camp; de Chouppes. lieutenant de l'artillerie; tous de l'armée de S. A. R. — N'opinèrent pas au conseil, blessés, malades, de garde ou en mission: Arnauld, — Quincé, — Miossens (César-Pliébus d'Albret) ; — De Clanleu, (Bertrand d'Ostoré), maréchal-de-camp détaché à 3Iardick; — Saint-Aoust (Jean, comte de), un de ces Fradet de Bourges si dévoues aux Condé ;voir t. III, p 308), maréchal-de-camp, chargé du service de l'artillerie. — De Rouauette (Gaspard de Michal) venait de ramener l'infanteiie de Hollande et ne faisait pas partie du corps de siège. — Sirot n'avait pas encore rejoint

passa outre, assumant, en face de la respectueuse et loyale contradiction de ses lieutenants, la responsabilité qu'il avait su prendre devant les réticences calculées du ministre.

En 646, au milieu de monticules de sable accumulés par le vent et les flots, près de quelques cabanes de pêcheurs groupées à l'embouchure delà Colme, saint Eloi fonda l'église des Dunes. Cette haute tour, qui, encore aujourd'hui, domine au loin la plaine et la mer, attira les navigateurs ; le village devint une ville, que Baudouin, troisième comte de Flandre, entoura de murs en 960. La situation géographique de ce havre, médiocre en lui-même, mais abrité par des bancs, s'ouvrant en face du beau mouillage des Dunes et de l'entrée de la Tamise, gardant le passage de la Manche à la mer du Nord, augmenta de siècle en siècle l'importance de Dunkerque ; Flamands, Anglais, pirates, insurgés ou seigneurs féodaux s'en disputèrent la possession. En 1529, elle échut aux Espa-

avec ses Polonais; — La Ferté-Senneterre commandait sa colonne mobile entre Béthune etCourtrai. — Buffalini (Nicolas- Jules de), mestre-de-camp du régiment royal d'infanterie italienne, nommé maréchal-de-camp le 12 septembre, ne faisait pas le service d'officier-généial ; — non plus que Navailles (CyrusdeMoiitault, baron de), maréchal-de-camp le 2 mai '1646, qui avait conservé le commandement du régiment de cavalerie française du cardinal Mazarin.

gnols qui, avec une iuteri'uption de quelques jours ^ l'avaient conservée depuis lors. Le commerce y fleurit, surtout la course : les frégates de Dunkerque sillonnaient au loin les mers, efTroi des caboteurs et même des gros navires ; notre Jean Barl est le type de ces audacieux corsaires. Le chenal, les jetées avaient été perfectionnés, de nombreux canaux creusés et leurs écluses renfermées dans la place. Construite de J6i0 hiQlili, la nouvelle enceinte était de dix bastions, avec deux ouvrages à corne, fossé inondé, chemin couvert, demi-lunes, une vieille muraille servant de réduit, et, sur la rive gauche, un ouvrage (le fort Léon) adossé aux jetées ■. 3Iais ce qui protégeait surtout Dunkercpe, c'était cette ceinture de monceaux de sable sans cesse déplacés par le vent, d'eaux mortes et fangeuses; ni bois, ni chaume pour faire des huttes,

1. En looS, le maréchal de Termes entra dans Dunkerque après un siège de quatre jours et en sortit presque aussitôt.

2. Faut-il rappeler ici les vicissitudes bien connues de Dunkerque? Repris par les Espagnols (1633). par Turenne (1638), livré aux Anglais suivant le traité avec Cromwell, racheté à Charles II par Louis XIV ^ 1662). Les défenses, l'entrée, le port furent singuHèrement améliorés pai" Vauban; le tout ruiné en exécution de la paix d'Utrecht, partiellement relevé et de nouveau démoli durant le xviii* siècle. Assiégé vainement par les Anglais en 1793, Dunkerque est aujourd'hui une forteresse de premier rang; la ville est belle, florissante, le port a recouvré l'importance que sa situation lui assigne et qui devrait erandir encore.

ni herbe pour les chevaux, ni abri pour la cavalerie ; les terres cultivables ruinées au loin ; Tennemi maître des écluses; les convois par bètes de somme s'égarant au milieu des inondations; ceux de mer interceptés par les petits navires du port ou par les vents dominants et la furie des flots, tandis que les barques deNieuport pouvaient profiter de certaines combinaisons de vent et de marée pour échapper aux vaisseaux ennemis, ghsser derrière les bancs et multiplier les ravitaillements. Telles étaient la place que M. le Duc allait attaquer, les difficultés qu'il devait rencontrer, qu'il avait prévues et qu'il s'apprêtait à surmonter.

Le 15 septembre, la place fut reconnue. Le 19, ouukerque

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I armée quitta son camp de h urnes, marchant (lô septembres

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cette fois encore sur trois colonnes : M. le Uuc le la tranchée long de la mer ; Rantzau enveloppant la Colme ; Tromp Gassion, entre les deux, sur la berge du canal de Fumes à Dunkerque; au bout de six heures, tout le monde est réuni sous la place. Le 24 septembre, la tranchée fut ouverte, et le surlendemain Girard écrivait : « On pense que dans douze jours la place devra parlementer ^ » ; le calcul était juste.

II y eut deux attaques; celle de M. le Duc contre le dernier bastion le plus proche de la mer (nord-

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