décembre I64G. B. H. \V
faTril]647).
dément des troupes. Le comte d'Harcourt partit peu après, sans cacher « le sensible déplaisir qu'il avait de son congé ^ ». Il ne fut regretté que de ses favoris.
Le nouveau vice-roi avait quitté Paris le 2i mars. (( L'audience royale de la députation et de la cité » venait d'enregistrer ses pouvoirs, lorsqu'on apprit qu'il était à cinq lieues de Barcelone. M. le Prince avait voyagé à cheval, à grandes journées, dépassant tous les courriers; « son arrivée surprit extrêmement" ». Ceux que leur rang ou leurs fonctions désignaient pour aller au-devant de lui le rencontrèrent aux portes. Il se soumit aux solennités de l'entrée officielle, mais parut en habit de voyage, avec trois gentilshommes qui l'accompagnaient (11 avril).
Quand on vit cette suite modeste, cet homme maigre et de taille médiocre, ces traits irréguliers, ces longs cheveux flottant en désordre sur un costume de deuil, quelques-uns s'écrièrent : Es un estudiante; mais l'œil d'aigle, l'allure martiale, cette simplicité miUtaire, cette arrivée par surprise
1. Maica à Le Tellier, 18 mars 1647. B. N. — D'aprè-î la leUre royale, les pouvoirs de vice-roi devaient être exercés durant l'intérim par les s''* Marchin, lieutenant-général, de Marca, visiteur général, D. Joseph Margarit, gouverneur de Catalogne (archives des Trois Bras de Catalogne, à Barcelom^).
?. Marca à Le Tellier, 1 i avril. B. N.
Marca. Marsarit.
charmèrent le p;rand nombre; la foule voyait un chef et le saluait de ses acclamations.
C'était à Barcelone, parmi ce peuple de tout situation temps inflammable, jaloux de ses libertés, prompt Iwt'!''"^'
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a soupçonner la trahison, c était a Barcelone que etpanis. le parti de la France, ou plutôt de Tautonomie comme on dirait de nos jours, restait le plus compact; et cependant là mèmerenthousiasmedes premiers jours était bien tombé. Depuis la période d'abandon, ces dix-huit mois que Mazarin laissa s'écouler sans secourir La 31utlt', l'esprit public ne se releva plus; les erreurs politiques et militaires du comte d'Harcourt comblèrent la mesure. La plus grande partie de la noblesse, le haut clergé, quelques villes, comme Lérida, ne faisaient plus mystère de leur attachement au roi catholique. Tous les évêques avaient quitté le principat, et le pape refusait de nommer aux sièges qui va(|uaient par le décès des prélats absents^; en maints lieux
1. On envoya un Français, évèque de Babylone in parlibus, aûn de pourvoir à ladministralion des diocèses ; mais il ne sortit pas de Barcelone, se noya dans les intrigues, mené par un certijin docteur Morell, « hoiaime de basse naissance, de lettres fort médiocres, et de très mauvaise réputation pour ses mœurs, estant diffamé d'entretenir publiquement des garces et de faire office à ses amis en ces matières; Morell a bien servi pour envoyer les espions et en faire des rapports ; on pourrait le récompenser avec quelque petit bénéfice ou bien confisqué». , Marca à Le Telliei-. 27 juin 1fi45, B. X^ Le < visi-
142 LES PRIiNCES DE CONDÉ.
le peuple, privé de pasteurs et de sacrements, s'indignait et regrettait hautement le passé; courbés sous le faix des impôts, les paysans « trouvaient notre protection ruineuse ^ » .
L'âme du parti d'Espagne était une dame de haute naissance, dona Ippolita d'Aragon, séparée de son mari, vivant tantôt dans le monde, tantôt chez les religieuses hiéronymites, menant de front mille intrigues, insaisissable, froide, sans scrupules, et, « à l'exemple d'Agrippine , ne se relâchant aux délices de son sexe que pour la domination ^ » . Elle tenait dans sa dépendance, assurait-on, deux des principaux officiers catalans, belle-sœur de l'un, maîtresse de l'autre \ Sous son inspiration,
leur général », Marca, ne pouvait comprendre rengouement du corale d'Harcourt, qui voulait faire nommer « ce petit infâme j) à l'évêché de Sulmone et ne tarda pas à se laisser entièrement dominer par lui jusque dans les affaires militaires; la voix publique rendait Morell responsable du désastre de Lérida et l'accusait d'avoir voulu faire assassiner le gouverneur Margarit par les miquelets. Après la disgrâce du comte d'Harcourt, Morell fut appelé à Paris « avec quelque ignominie » (Le Tellier à Gramont); mais on ne fut pas peusurpiis de le voir bientôt revenir avec « des chaînes d'or » et toutes sortes de recommandalions. « C'est un personnage fort actif, écrivait Mazarin à M. le Prince (18 juin 1647); il mérite vos bonnes grâces; ménagez-le. «