‹ Histoire des princes de Condé pendant les 16e et 17e siècles (volume 2)Chapitre 61 sur 236 · Le 25 août 16i7, la députation de Catalogne envoie féli · texte numérisé non relu

Le 25 août 16i7, la députation de Catalogne envoie féli

exécuté le 3 septembre. Un fort parti de cavalerie ennemi se montra, fut surpris et taillé en pièces par Balthazar. Ce fut pour le moment la seule démonstration offensive du marquis d'Aytona.

L'armée s'arrête à Verdu \ position aussi heureusement choisie que celle de Lesborges: sans trop s'éloigner de Balaguer, Gondé se rapprochait dudcampo» deTarragone et surtout de Barcelone, où sa présence était nécessaire. La « disgrâce de Lérida » avait eu en Catalogne le même retentissement qu'ailleurs; le parti castillan relevait la tête; les amis de la France étaient atterrés. Marca se croyait perdu; déjà, en elfet, à Saragosse aussi bien qu'à Paris, la rumeur publique faisait disparaître le visiteur général français et le gouverneur Margarit, égorgés par Témeute. Une première course de Condé au mois d'août apaisa l'agitation. Mais voici que Marca tonibe très malade; on craint pour sa vie, et M. le Prince doit courir à Barcelone « pour empescher le désordre que cette mort pour-

citer le prince de Condé sur le rétablissement de sa santé. (Archives des « Trois Bras ».)

I. Verdu : 28 km. est-nord-est de Borjas; 36 est de Lérida; 8 sud-ouest de Cervera ; 28 nord de Montblancli: 5o nord-ouest de Villefranche de Panades, qui est à 40 km. ouest de Barcelone, et où Condé s'arrêta le 10 septembre en revenant de la capitale. Il alla le lendemain inspecter les forts du campo avant de rejoindre son armée.

176 LES PTxINCES DE CONDÉ.

roit y apporter' ». La présence du vice-roi, ses

harangues, rendirent courage à la députation-,

calmèrent les esprits. 3Iarca d'ailleurs se rétablit.

Marche offensive Au inois d'octobre, l'allurc des opérations s'ac-

de M. le Prince. m» t» ' /» •

Il s'empare cclere. L amiec irançaise, ayant reçu son contin-

d'Ager, , -, , .

6-10 octobre, geut de rocrucs . Tcposce, rafraîchie, marche rapidement vers le nord-ouest, passe la Sègre à Balaguer, prend position à Castillon de Farfagne, faisant face à l'ennemi, que celui-ci vienne tout droit des bords de TÈbre ou passe par Lérida. Elle couvre ainsi le mouvement d'Arnauld, que M. le Prince a détaché pour s'emparer d'Ager. Sorte de nid d'aigle perdu dans les montagnes, cette petite ville a une certaine importance stratégique ; son occupation complétera celle de Balaguer et mettra fin de ce côté aux incursions de l'ennemi. L'accès est difficile, les chemins sont impraticables; mais les mesures étant complètes et les calculs précis, ce fut l'alTaire de trois jours : investi le 6, Ager était pris le 9 octobre.

M. le Prince ne quittait jamais les abords d'une place conquise sans l'avoir munie et remise en état. Il ne s'éloigna pas de Castillon tant que durèrent les travaux de la nouvelle enceinte d'Ager ; mais

i. M. le Prince à Mazarin; Verdu, 3 septembre. A. C. 2. Condé arriva le 5 à Barcelone et fut félicité par la députatien. Il repartit le 10 septembre. (Archives des « Trois Bras».)

il renvoya ses équipages en France. Annonçant que la campagne était terminée, que ses troupes entraient en quartiers, il les dispose en éventail; assez séparées en apparence pour inviter l'ennemi à manœuvrer, elles sont assez rapprochées pour se prêter un mutuel appui.

Surpris par la marche de son adversaire, le marquis d'Aytona n'avait pu secourir Ager; le caractère excentrique de cette opération lui offrait une chance qu'il essaya de saisir pom' dégager Tarragone et reconquérir les postes que les Français occupaient autour de cette place, dans le campo. 31. le Prince l'avait bien prévu; écoutons ce qu'il disait à Mazarin en arrivant à Castillon de Farfagne : c \os positions sont bien prises. Si les ennemis entreprennent de secomir Ager, je vous réponds qu'on les combattra avec avantage. S'ils vont à une diversion avec toute leur armée, ils trouveront les places en bon estât et je les suivray de près. Et s'ils se contentent de détacher quelque parti, j'en détacheray de plus forts après eux. Enfin, quoique très foibles, nous ferons l'impossible pour n'en pas avoir le démenty » ; et il n'en eut pas le démenti.

Passant l'Èbre avec son armée, le général espa- Manœuvres : gnol vint s'établir à Lérida ; et, tandis qu'il espère d^X' ainsi donner le cliange à son adversaire, il détache coifdé àxlrrlg

se:ours le baroH cle Touteville avec sa bande de Bourgai-

de Constanli. . , • \ />. i i.

gnons (trancs-comtois). Ce hardi partisan avait pour mission de prendre Gonstanti, ville et château qui incommodaient fort Tarragone; c'était la pièce principale du système d'occupation du campo. Gonstanti perdu, il eût fallu abandonner Salo, Reus et les autres postes.

Gondé excellait à tenir sa cavalerie en éveil, et il savait trouver des hommes pour la commander ; aussi était-il toujours bien renseigné. Les fortins que ses troupes occupaient ^ étaient organisés comme une sorte de réseau télégraphique; l'étatmajor correspondait avec les gouverneurs par signaux, par coups de canon. M. le Prince est vite au courant des mouvements du général espagnol, pénètre son dessein. G'est Gramont qui doit le déjouer : avec quelques escadrons, le maréchal marche à tire-d'aile au secours de Gonstanti. En chemin, il rallie La Trousse d'abord, puis le corps du comte de Broglie, posté à Montblanch. Derrière lui, M. le Prince descend vers le sud, repasse la

-1. Cette multitude de châteaux, de postes que M. le Prince occupait, n'affaiblissait pas son armée de campagne autan! qu'on pourrait le croire. Comme il les fortifiait et munissait avec beaucoup de soin, il n'y mettait que de petites garnisons, fournies par les milices du pays, les régiments fatigués, enclins à la désertion, etc., tirant ainsi parti de troupes qu'il n'aurait pu employer ailleurs.

LOUIS II DK liOURHON.

Sègre, réunit le reste de ses troupes à Tarraga. — encore une position admirablement choisie \ — Comme le cavalier qui rassemble son cheval avant de le lancer sur l'obstacle. Condésetientà distance de Lérida, sans cesser de menacer, tend la main à Gramont, se rapproche de Montblanch et du campo. Constanti est dégagé; après deux tentatives vigoureuses, Touteville est définitivement rejeté dans Tarragone, laissant entre nos mains trois canons et beaucoup de prisonniers.

Cependant Aytona s'était décidé à manœuvrer-. Espérant couper la route à Gramont, l'attaquer à son retour, pour combattre ensuite avec avantage M. le Prince aiïaibli, il dépasse Lérida et s'établit à Boijas (Lesborges) dans le camp retranché que les Français avaient occupé deux mois. Mais déjà Gramont était hors d'atteinte et rejoignait le général en chef. Condé se garda bien de renouvelei- Fribourg ou Norlingue, et d'attaquer la forte position de son adversaire, comme celui-ci peut-être y comptait. Il marcha sur la ligne de retraite d'Ay-

L'armée

d'Espagne,

attaquée

dans

sn retraite,

23 octobre,

repasse l'Ebre.

1. Tarraga : 28 km. sud-est de Castello di Farfana; 8 km. estde Belpuig. — Belpuig : 28 knti. nord-nord-ouest de Montblanch. — Constanti, 26 km. suide Montblanch; 6 km. ouestnord-ouest de Tarragone; 6 km. nord-nord-est de Salo.

2. Il avait huit mille hommes de pied, trois mille chevaux, douze pièces; — Condé, sept mille hommes de pied, deux mille cin] cents chevaux, cinq pièces.

180 LES PRINCES DE COM)i:.

tona et vint se placer à Belpuig entre l'arniée ennemie et Lérida.

Le '26 octobre, trois coups de canon tirés par le gouverneur d'Arbecca apprennent aux Français que le général espagnol, manquant de vivres, a commencé son mouvement de retraite. Les ordres sont aussitôt donnés : partagée en deux corps, la cavalerie harcèlera l'ennemi pour ralentir sa marche et donner à l'infanterie le temps d'arriver. Condé et Gramont dirigent chacun une des ailes de cavalerie; Arnauld et Broglie conduisent les gens de pied. — C'était une des pratiques de César, un des exemples laissés par les Commentaires ; l'application était heureuse, pourvu qu'il ne survînt ni erreur, ni accident. — Arnauld s'égara. Comme plus tard à Seneiïe, M. le Prince fondit sur l'ennemi en marche, fit des prodiges avec Gramont. Dans cette dernière rencontre, les escadrons catalans de don Joseph d'Arden se signalèrent à côté du fameux régiment allemand de Balthazar; mais l'infanterie n'ariiva pas à temps. On continua de se charger la nuit, au clair de lune, comme dans une bataille de roman, au pied des hauteurs qu'avaient occupées les légions de Pompée. Les Espagnols entassés avaient grand'peine à gagner leurs retranchements; leur arrière-garde fut très malmenée. Sans l'erreur d'Arnauld, Condé remportait peut-

clrc une éclatante victoire sur le théâtre des grands succès de César.

Le lendemain au jour, le marquis d'Aytona, couvrant son mouvement par un feu d'artillerie, traversa la Sègre à Lérida et s'en retourna au delà de l'Èbre.

Voici donc l'armée d'Espagne rejetée dans le suuation

,. , . . favorable à la fia

royaume d Aragon, qui ne peut la nourrir et sup- d-oetobre. porte impatiemment sa pi'ésence ' ; elle va se séparer. Celle de France reste maîtresse de la campagne; toutes les ressources de la plaine d'Urgel et des environs si fertiles de Tarragone. el campo, lui appartiennent. Distribuées en quartiers de Balaguer à Montblanch, nos troupes forment une ligne de bataille, couverte par les postes retranchés que nous occupons autour de Lérida et de Tarragone. Chacune de ces deux grandes places est enveloppée d'un cercle de petites forteresses bien munies, bien gardées, cjui, ne laissant à l'une que la route de la mer, à l'autre que le chemin de l'Èbre, coupe les communications de Tortose avec Fraga et Lérida. Le comte de Broglie commande dans le campo de Tarragone et achève les forts de Constanti; M. le

I . D. Luis de Haro au marquis de losBalbazes ; 18 juin 1647; A. C. : « Le royaume d'Aragon, bien qu'il se reconnaisse défendu par ces troupes, ne voudra pas les souffrir à l'inlérieur, no las querra siifrir dentro de si >k

Prince lui a laissé des instructions très détaillées'. Le maréchal de Gramont restera quelques jours avec les troupes'; il sera remplacé par Marchin, si digne de ce rang qui va lui être conféré. Le nouveau général en chef tiendra à la disposition du vice-roi qu'on attend une armée rétablie, qui a recouvré la confiance, repris l'avantage, et qu'au début de la campagne prochaine on pourra mener à l'attaque de Lérida ou à celle de Tarragone. Tout est réglé, préparé pour ces deux opérations ; ce sera au ministre de décider et surtout d'envoyer en temps utile l'argent, les vaisseaux, les renforts nécessaires.

condé pan Lc 2 uovembre, Gondé rentrait à Barcelonne ; et,

le ~ novembre, , „ , x i r» • i

regretté Ic /, prcuaut la route de Pans dans un carrosse, il s'en allait coucher à Hostalrich. 11 avait été très fêté à son passage dans la capitale du principat ; la députation lui oH'rit, non seulement un grand bal-, mais un autodafé solenneP. Les repré-

1. Articles résolus avec M. le comte de Broglie; Constanti. 19 novembre -1647. Note renvoyée par le maréchal de Gramont à M. le Prince. A. C.

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