‹ Histoire des princes de Condé pendant les 16e et 17e siècles (volume 2)Chapitre 74 sur 236 · M. le Prince à Mazarin; G juil'et. A. G · texte numérisé non relu

M. le Prince à Mazarin; G juil'et. A. G

2, Marie de Holuin, veuve du connétable de Luynes, mariée en secondes noces à Claude de Lorraine, duc de Chevreuse. — Voir t. m, pp. 179, 240, et supra.

LOUIS II DE BOLnnON. 203

émigré comme elle, aussi profondément plongé dans la conspiration incessante, brave, actif, entreprenant, mais « d'un grand travers » (Retz), sans discernement, cerveau dérangé « par l'abus du vin, du tabac et l'usage immodéré de l'herbe thé » , au dire du médecin Bourdelot ^ ; en tout cas, esprit hagard, aussi dangereux par son audace que par sa déraison, poussant jusqu'à la manie, jusqu'à la fureur, la haine de quiconque en France arrivait au pouvoir.

Le premier objet de ces dignes associés était d'arracher au gouvernement des Pays-Bas l'argent dont ils avaient besoin pour l'exécution de leurs desseins. Rien à espérer, s'ils ne montraient un parti réel, organisé, avec des chefs ilkisfres ou puissants. Le canevas sur lequel ils brodaient était bien frêle : hors quelques princes exilés ou en prison, deux ou trois amis peu considérés, ils n'avaient le droit de citer aucun nom connu ; mais sur la plus étroite des bases, avec une merveilleuse fécondité d'imagination, ils surent construire tout un édifice : — les huguenots de l'Ouest n'attendant que l'apparition de quelques voiles espagnoles

I. Bourdelot au duc d'Anguien, 20 décembre 1644. A. G. — Henri d'Escars de Saint-Bonnet, seigneur de Saint-Ibal, petitneveu de Brantôme, cousin germain de .Montrésoret de Matha. comme lui conspirateurs endurcis et plus tard frondeurs enrairés.

pour prendre les armes, acclamer le duc de Rohan (titre décerné à l'aventurier Tancrède) et livrer La Rochelle avec Tîle de Ré ; plusieurs gouverneurs de places du Nord prêts à ouvrir leurs portes aux premiers cavaliers qui se présenteraient; une véritable armée de mécontents se ralliant autour des Vendôme , absolument acquis à Sa Majesté Catholique; enfin, le duc de Longueville, joué par Mazarin à Munster, voulant la paix à tout prix, plein de rancune et de colère, assuré d'entraîner son beau-frère le prince de Gondé, qui ne pouvait pardonner au ministre son échec de Catalogne.

La première esquisse de ce plan fut présentée à Son Altesse Impériale (décembre 1647) par un officier de sa maison, l'abbé de Mercy, « sommelier de cour », qui recevait les confidences de la duchesse et de Saint-Ibal '. Puis les notes, les entrevues se succédèrent; l'abbé réclamait pour M'"'' de Chevreuse la pension de 10,500 écus par mois que lui payait jadis le trésor de Madrid ; il suffisait de 200,000 écus et d'une flottille pour soulever et armer les huguenots; si l'archiduc demandait à M. de Longueville la main de sa fille, le succès était assuré et tout se mettrait en branle.

I. Notes et dép(}clies (décembre 1647-aoùt 1648.) A. B. — L'abbé de 3Iercy, hombre agudo y aclivo, était frère du célèbre "énéral tué à Allerheim.

Le creux de ces promesses, le néant de ces espérances, furent promptement pénétrés par le . bon sens de Léopold et la finesse d'un des secrétaires du roi, détaché depuis plusieurs années à Bruxelles, Galaretta *, homme d'esprit et de tact, chargé de conduire les négociations secondaires à côté ou plutôt sous la direction de Penaranda ■, le véritable plénipotentiaire d'Espagne. L'appui j)rété aux émigrés par 31. de Lorraine et le duc d'Amalfi, tous deux fort suspects, excita d'abord la méfiance du prince et de son conseiller. Dès qu'il fallut sortir du mystère, le fantôme s'évanouit : un seul gouverneur, celui de Péronne, le marquis d'Hocquincourt, avait donné parole à la duchesse, encore assez vaguement; c'était le moins sur des hommes -. Elle avait cru pouvoir nommer le gouverneur de Saint-^Ialo, M. de Goëtquen*,

i. Don Francisco de Galaretta Ocariz, chevalier de l'ordre de Saint-Jacques, secrétaire de Sa Majesté et veedor général de l'arlillerie aux Pays-Bas, envoyé à Bruxelles en 1643.

2. Don Gaspa^-d de Bracamonte, comte de Penaran la, premier plénipotentiaire d'Espagne pour la paix de Hollande et pour la paix générale; ambassadeur extraordineiire auprès de l'Empereur; présiient du conseil des Indes.

Page 1