‹ Histoire des princes de Condé pendant les 16e et 17e siècles (volume 2)Chapitre 84 sur 236 · I. 12 août, camp devant Eslaires. A. B · texte numérisé non relu

I. 12 août, camp devant Eslaires. A. B

Combat

de Lestrem,

14 août.

Habile

distribution

de l'armée.

traindre Tennemi à sortir de ses quartiers et de lui faire quitter sa forte position ». Ce but atteint, le plan des Espagnols se dessine; ils rétablissent les ponts sur la Lawe, se montrent en grand nombre à La Gorgue et un peu plus haut, en face de Lestrem, prêts à déboucher des marais pour gagner la route de Béthune. M. le Prince ne le permettra pas. Le l/l, laissant uu gros poste à Merville, il repasse la Lys, tient en échec ceux qui occupent La Gorgue et détache Châtillon vers Lestrem, où de Buquoy a déjà traversé la Lawe ; vivement attaqué, l'ennemi fut refoulé avec perte derrière la rivière. Nos troupes montrèrent de l'élan; c'était d'un bon augure. — Dans cette rencontre, prélude de la bataille de Lens, Persan fut gravement blessé, comme la veille de Rocroi; son régiment, les gardes, et les carabins d'Arnauld eurent les honneurs de la journée. Le combat fut très habilement mené par le duc de Châtillon, qui sut remplir les instructions de son chef sans les outrepasser; car M. le Prince n'entendait pas se laisser entraîner à une action générale ; quelques jours plus tôt, il se plaignait a du peu de confiance qu'il y a en cette armée » ; voici les courages relevés, le chemin de Béthune et d'Arras dégagé ; cela suffit.

Ce même jour iù, d'Erlach entrait à Arras. In-

formé durant la iiiiit, 31. le Prince envoie aussitôt la cavalerie de Yaubecourt au-devant des Weymariens; il calcule que les deux corps feront leur jonction à Souchez ^ et le trouveront à Béthune, où il conduit un millier de chevaux dans la matinée du 15. Au delà de la Lys, Merville est occupé par les troupes de Villequier, lieutenant-général; avec le gros de l'infanterie et les gendarmes, Gramont reste campé vers Lestrem. Toutes les éventualités sont prévues, les diverses lignes d'opérations observées : de quelque côté que l'ennemi entreprenne, sur l'une des rives de la Lys ou de la Lawe, sur la route d'Arras, sur celles de Béthune, de La Bassée, les échelons sont disposés de façon à faciliter une concentration rapide de l'armée française.

Le 16 août au point du jour, M. le Prince est jonct-oa

• • ■ « -r» 'il 1 1 -11 1 avec d'Erlach

rejonit a Béthune par les quatre mille hommes (i6 aoùi). d'élite - qu'amenait le gouverneur de Brisach. Enfin ! ont décampV A la même heure, un billet du maréchal de Gra- RecoMaissance mont l'informe que les postes qui gardaient la rive par MlVpdnce. droite de la Lawe ont disparu : Tennemi a décampé

4,12 kilom. d'Arras, 17 kilom. de Béthune.

2. Trois raille cinq cents, et raèrae seulemeat trois mille selon Mazarin (3, 11 août). D'Erlach avait laissé beaucoup de monde sur la route, presque tous ses Anglais. L'abus des fruits verts et du vin de Moselle avait considérablement réduit son corps d'armée, dont cepeadant MiZirin eiva^'ère la faiblesse.

dans la nuit. Va-t-il attaquer La Bassée? Revientil sur la Flandre maritime? — Toujours préoccupé de « quelque finesse » du côté d'Ypres ou de Bergues, Condé prescrit à Villeciuier de s'assurer que l'ennemi n'a pas repassé la Lys; lui-même, sans s'attarder, prend les escadrons de d'Eilach et de Yaubecourt, et les conduit en reconnaissance vers le sud-est. — Jusqu'à la fin de sa carrière, il fit toujours en personne ces reconnaissances importantes, ne voulant donner aux résolutions considérables d'autre fondement que le témoignage de ses yeux et son propre jugement. — Bientôt il découvre l'arrière-gai'de des ennemis sur la route d'Estaires à La Bassée. On entend le canon ; c'est la place qui ouvre le feu sur les troupes d'Espagne. Celles-ci défilent au pied des glacis, ne s'arrêtent pas et semblent se diriger vers l'est; il n'y a donc rien à craindre pour La Bassée. Après s'être mis en communication avec le gouverneur, Le Plessis-Bellière, qui a son système d'information organisé et fera connaître les mouvements de l'ennemi, M. le Prince regagne son camp devant Lestrem.

M le Prince Avaut dc s'approclicr de l'archiduc, à ce moment ^^^'n'^aoùt!^'^^ suprême où chaque homme va compler, M. le renforce le corps pj.jj-j(.g ^j^j^t ^ remplir tout SOU dcvolr : aucun des

^^^ït'déuche"'' ordres qu'il a reçus ne sera négligé. Le dessein de vers^GuTst l'ennemi reste incertain, les places de l'Oise et

de la Meuse sont peut-être en péril : le Vidame. qui attend des ordres à Arras, conduira « Navarre n et trois autres régiments vers Guise et Rocroi. — D'autre part Sfondrato est encore menaçant , Rantzau crie misère ; de Furnes et de Saint-Omer, Bergues peut être subitement attaqué : le corps de Yaubecourt ^ est dirigé vers la mei' et mis à la disposition du gouverneur de Dunkerque, toujours aussi insatiable de renforts"-. Si la fortune de la guerre et la suite des événements ramènent notre armée vers la mer ou la Champagne, le sacrifice ne sera pas perdu.

Enfin il faut ôter à l'ennemi le droit de répéter que t( M. le Prince se laisse enlever des places sur la moustache » : Estaires sera repris. Ce n'est pas seulement affaire d'honneur ; c'est la sûreté pour Saint-Venant, pour nos communications avec Bergues et Ypres ; il suffira d'une petite garnison dans ce château pour garder le passage de la Lys, et le gros détachement maintenu à Merville pourra rentrer dans le rang. Attaqué dans la journée du 17, Estaires se rendit le J8 à neuf heures du matin.

Cependant les rapports sont arrivés dans la nuit : rarmée

■1. Régiments d'Anguien, de Noirraoutier, du Roi. de Gamaches, deux compagnies de gendarmes, Écossais et prince Robert.

2. Il allait encore recevoir par mer deux autres régiments d'infanterie.

LES Pni.NCES DE GONDÉ.

à La Bassée.

M. le Prince découvre l'eanemi

en position (13 août .

La plaine de Lens.

l'armée du roi catholique est à Don, disent les uns ; d'autres signalent sa présence à Pont-à-Yendin ; il y avait de quoi rendre perplexe. L'Espagnol se dirige-t-il vers l'est ou vers le sud? Veul-il gagner la vallée de l'Oise, pénétrer peut-être en Champagne, ou bien descendre jusqu'à la Somme en tournant nos positions d'Artois ? La perspicacité de M. le Prince ne fut pas longtemps en défaut.

Après avoir traversé la région des watregans en suivant la route depuis Estaires jusqu'aux glacis de La Bassée, l'armée d'Espagne avait longé le Neuf-fossé % puis franchi à Don les marais et le canal de la Deule, qu'elle repassa ensuite à Pontà-Yendin pour déboucher le 18 au matin dans la plaine de Lens. Voilà ce que Condé pénétra. Sans attendre d'autres éclaircissements, assuré de la reprise d'Estaires, il laisse à Grarnont un ordre de route, et, avec quelques escadrons, pousse droit sur le point où il a deviné qu'il rencontrerait l'ennemi.

1 . Aujourd'hui canal de La Bassée. Il faut se reporter à la carte de Cassini pour se rendre compte à peu près de l'état ancien de cette région. Beaucoup de canaux ouverts aujourd'hui n'existaient pas encore. Le canal de La Bassée n'était pas construit du côté de Béthune : mais il venait d'être ouvert entre La Bassée et la Deule ; c'est le « Neuf-fossé » des relations contemporaines. La Deule était canalisée entre Douai et Lille. Pour tourner le Neuf-fossé et franchir la Deule, l'armée espagnole dut faire ce mouvement circulaire par Don et Pontà-Vendin.

Encadrée par quelques ruisseaux qui coulent lentement dans des ravins peu profonds ou qui couvrent la surface du sol de marais et de flaques d'eau stagnante, la plaine de Lens présente, surtout à la fin de l'été, un aspect nu, aride, monotone, modifié de nos jours par les progrès de la culture, l'exploitation de la liouille, et la ceinture des hautes cheminées qui jalonnent les puits. Pas d'arbres, sauf de minces vergers cachés dans quelques plis de terrain près de villages très clairsemés. La configuration du sol rappelle ces grandes ondes que le vent de nord-ouest pousse à travers l'Océan depuis Terre-Neuve jusqu'à la côte de Portugal.

Maintes fois M. le Prince avait parcouru cette plaine, s'arrêtant à chacun de ces longs rideaux, adaptant diverses combinaisons tactiques à ce champ de manœuvres disposé par la nature et où il rêvait de livrer bataille. Quelle ne fut pas sa joie en apercevant quarante escadrons ennemis déployés à environ 9 kilomètres au sud de La Bassée ! Evidemment cette cavalerie couvrait les derniers mouvements de l'armée espagnole, qui se réunissait près de Lens. Condé résolut aussitôt de lui jeter le gant. Il rentre à La Bassée, où arrivaient ses dernières troupes; tandis qu'elles dépassent la place et franchissent le Neuf- fossé, il dicte l'ordre de bataille et une instruction sommaire pour le combat.

ordre de bataiUe L'arméc, l'écluite par la misère, la désertion, les

et instruction

pour le combat, détachemeiits surtout, à seize mille combattants

Les chefs

de présents, comptait douze bataillons, quarante-cinq

l'armée française.

escadrons, dix-huit pièces.

Les régiments de cavalerie légère sont répartis entre les ailes, dix-sept escadrons à droite, seize à gauche, formés sur deux lignes \

Au centre, l'artillerie devant le front de l'infanterie ; six escadrons de gendarmerie ' se rangeront entre la première ligne (sept bataillons) et la seconde (cinq'). C'est la « bataille ».

•I . Cavalerie. — Aile droite (de la droite à la gauche) : première ligne — gardes de M. le Prince, Son Altesse Royale (2), Grand-maistre. Saint-Simon, Bussy, Stref, Harcourt le vieil, Beaujeu, — neuf escadrons; — deuxième ligne

— Chappes (2), Ravenel, Coudray, Salbric, Vidame, Villette (2j,

— huit escadrons.

Aile gauche ^de la gauche à la droite) : première ligne — gardes du maréchal de Gramont et de La Ferté (1 ], Carabins, Mazarin (2 , Gramont ('2', La Ferté-Senneterre (2), Beins (2),

— neuf escadrons; — deuxième ligne — Roquelaure, Gesvres, Lillebonne, Noirlieu (2), Maille, Chemerault, — sept escadrons.

2. Gendarmes et chevau-légers d'ordonnance : compagnies du Roi, de la Reine, de Condé, de Longueville, de Conii, chevau-légers d'Orléans et d'Anguien, — douze compagnies en six escadrons.

3. Infanterie (de la droite à la gauche) : première ligne — Picardie et Son Altesse Royale (détachements, 1 bataillon) ; d'Erlach allemand (i); Gardes écossaises (1); Gardes françaises (2) ; Gardes suisses ^1'; Persan (I); — sept bataillons.

Deuxième ligne : la Reine, garnison de La Bassée, Rokeby

LOUIS II DE BOrP.BOX. 229

En réserve, six escadrons d'Alsace'.

Ainsi deux corps de cavalerie, d'égale force, bien distincts, gendarmes et Weymariens, en parfait état, véritables troupes d'élite, sont placés de façon à pouvoir, successivement, frapper les coups décisifs ou remédier aux accidents, selon les ordres du général en chef, ou sur l'initiative intelligente de ceux qui les dirigent.

M. le Prince marque sa place à la droite, assigne la gauche au maréchal de Gramont; la « bataille » est aux ordres de Chàtillon; d'Erlach conduira la réserve. Yoilà les quatre divisions constituées, dirions-nous aujourd'hui. Reste à répartir nombre d'officiers généraux, que certaines questions de préséance, d'étiquette rendent embarrassants, ou que le départ de tant de régiments envoyés à Rantzau, la dispersion de ceux-ci, l'anéantissement de ceux-là, l'usure de l'armée enfin a laissés sans emploi : Gondé garde auprès de lui Xoirmoutier, son parent-, L.. jloussaye, confident de sa pensée intime, et de Fors% le frère de Marthe du Vigean.

(détachements, I bataillon ; d'Erlach français et Razilly(l); Mazarin italien (l; ; Conli(l); Condé ;1); — cinq bataillons.

1. liéserve : d'Erlach (2), Sirot (2;, Ruvigny(2'; six escadrons.

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