Voir t. IV, p
t. Voir t. IV, p. 31.
ici : nos cavaliers ne chargèrent qu'après avoir essuyé de pied ferme le feu de l'ennemi. Le combat, très bien conduit, fut terminé à notre avantage; il y eut quelques retraites un peu promptes, des ralliements opportuns, de beaux retours offensifs qu'il est permis d'admirer sans suivre Gramont dans ses entraînements de Gascon, lorsqu'il peint Saint-iMaigrin « ramenant plus de dix fois les troupes au combat » ^ D'ailleurs le maréchal avait l'œil à tout; il sut garder quelques escadrons dans sa main, et avec beaucoup d'à-propos, par un mouvement de flanc, arrêta un gros de cavalerie qui prenait d'écharpe notre infanterie pendant le très sérieux combat de front que celle-ci avait à soutenir.
Au centre, Entre les actions de cavalerie à la droite et à
rencontre ,
dos deux la gauche, cet engagement du centre, commence
I batailles ». ,,.,,,,
Échec des Gardes presque en même temps, s était développe avec
françaises.
plus de lenteur. Partant du sommet de rideaux opposés, les deux » batailles » descendent l'une vers l'autre. Beck conduit celle du roi cathohque. Amenés rapidement de leurs bivouacs, essoufflés, un moment décousus, les Espagnols se rétabhssent graduellement. — Les d batailles » se rapprochent; une dizaine de toises les sépare ; elles s'arrêtent.
■I. Gramont à Mazarin, 21 août. A. C.
LOUIS II DE BOUr.BON. 551
Les Français, reposés, calmes, dans un ordre parfait, attendent le premier feu de l'ennemi. Tout à coup la patience manque aux deux bataillons cfui tiennent le centre de notre ligne.
(( Nous ne tirons jamais les premiers ", criait d'Anterrcches à lord Charles Hay sur la crête du ravin de Fontenoy; les Gardes françaises de J 7/1.5 se souvenaient-ils de la cruelle leçon que leurs devanciers reçurent dans la plaine de Lens> — Très brillant, déjà illustre, souvent morcelé, et retenu dans les garnisons agréables, ce régiment était inférieur aux autres pour Tinstruction, la discipline. Il « mangea l'ordre », comme on disait jadis ; au moment du contact, chefs et soldats furent dominés par l'émotion, mais rémotion des braves. Les officiers agitent leurs chapeaux, les mousquetaires envoient leur décharge ; tous se ruent sur l'ennemi, et, dans leur irrésistible élan, enfoncent trois bataillons, les poussent confondu^ l'un sur l'autre. Mais ils sont en flèche avec leurs mousquets vides, leurs lianes découverts, et laissant une large baie ouverte dans notre front. Le terrible Beck les guettait , lance infanterie et cavalerie sur ces trois bataillons (car les Gardes suisses, par esprit de confraternité, avaient suivi leurs camarades de la maison du roi). <■ Jamais il ne fut un si grand massacre. Tout le malheur
du combat est tombe sur les pauvres gardes. » ' cMtiiion reforme GhâtilIoD a promptemeiit mesuré la portée d'une
sa ligne. ^ ^ ^ ^ ^
Victoire généreuse et funeste erreur ; il v pourvoit aussitôt,
de rinfanterie , ' J 1 '
de France, fait avanccr la seconde ligne et l'encadre entre les bataillons de la première, qui sont restés immobiles sous le feu, dociles à la consigne. En vain plusieurs cornettes d'Espagne tentent de pénétrer par les fissures du front brisé ; « Gondé » et « Conti » les repoussent; Châtillon, se jetant à la tète des gendarmes, appuie le mouvement par une charge vigoureuse et reprend le canon un moment perdu. Les débris des régiments culbutés sont recueillis, ralliés en arrière. Ramenés à leur tour, les gendarmes exécutent froidement le passage de ligne en retraite ; ceux qui essayent de les suivre rencontrent un front impénétrable. Et l'infanterie de France, la ligne, — pourquoi ne pas l'appeler déjà de ce nom glorieux et si cher? — la ligne, lançant des salves régulières, s'avance correcte, comme à la parade. Tout plie, tout recule devant elle, et bientôt tout fuit.
D'Eriach engage Avcc les troupcs sous SCS ordrcs, et sans autre
la réserve.
Mort de Beck. sccours, Châtillon avait paré aux suites d'un acci-
Fin ' ^
de la journée, (jent iiuprévu ct qui pouvait être fatal. Les escadrons de réserve n'étaient plus là pour le soutenir;
1. Gramont à Mazarin, 21 août. A. C. — Le maréclial était mestie-de-camp des Gardes françaises.
ils décidaient ailleurs du sort de la journée.
D'Erlach avait bien jugé l'importance du combat qui se livrait à notre aile droite. Lorsqu'il vit la cavalerie de Lorraine déborder un moment celle de 31. le Prince et tenter de l'envelopper, il fit rompre aussitôt, marcha par sa droite, et, se reformant à gauche en bataille, prit position sur le flanc de la mêlée ; nous Tavons vu s'y établir. Saisissant le moment où 31. de Ligniville essayait de rassembler sa troupe pour un suprême eflort. il le charge, donne la main à Condé, et tous deux ensemble dispersent la fameuse cavalerie du duc Charles.
Le corps de réserve ennemi, trop longtemps retenu par la prudence de Fuensaldana et l'hésitation de Tarchiduc, ne peut atténuer cette défaite; il est entraîné par les fuyards. Condé « les fait suivre par quatre ou cinq régiments desbandés » (en fourrageurs) . Lui-même se rapproche du combat, qui continue encore auprès de lui, et va prendre à revers la « bataille » du roi catholique. Bientôt il rencontre Gramont, qui, ayant achevé la défaite des « compagnies fi-anches », cherche à se réunir aux vainqueurs de l'aile droite pour consommer la ruine de l'ennemi. Les deux amis s'abordent joyeusement, veulent s'embrasser. Echauffés par l'action, leurs chevaux se jettent l'un sur
25i LES PRINCES DE C.OXDE.
l'autre, se frappent, se mordent; cette rixe d'étalons ne fut pas le moindre péril que le prince et le maréchal aient couru dans la journée.
La contagion de la panique saisit les escadrons de soutien attachés à l'infanterie d'Espagne. Beck n'est plus là pour les maintenir et les entraîner. Un coup de feu lui a fracassé l'épaule. Quelques officiers, le soutenant péniblement sur son cheval, essayent de l'emmener loin du champ de bataille, de lui épargner la douleur de tomber vivant entre les mains des Français.
L'infanterie du roi catholique reste seule. Elle a fait un effort vigoureux, arrêté un moment la roue de la fortune ; maintenant, enveloppée de toutes parts, elle est pressée sur son front par celle de France. Le découragement a succédé à un excès de confiance. Ces bataillons \Yallons, italiens, lorrains, espagnols, intercalés avec tant d'art, s'écartent, se rapprochent, s'éparpillent, se confondent sans se reconnaître, et finissent par s'entasser, obéissant à une sorte d'instinct et à la force de la tradition ! — Lancé sur cette masse avec une cinquantaine de chevaux, de Roches, lieutenant des gardes de M. le Prince % y fait brèche le pre-
1 « Gentilhomme de valeur, brusque et déterminé » (Lenet), bourguignon, officier dans Condé-infanterie, de Roches (Jacques- Gabriel de Hénin-Liétard) avait obtenu, par l'appui du
mier. Débouchant encoiY' une fois par les intervalles des bataillons, les infatigables gendarmes y pénètrent sur d'autres points. La résistance fut moins longue et moins glorieuse qu'à Rocroi; c'est une déroute.
Nos cavaliers se partagent la poursuite ; les uns ramènent les prisonniers épars, d'autres reçoivent à quartier des bandes entières ; ceux-ci sont sur la trace de la cohue qui roule vers Douai. Car il faut fuir ou se rendre au vainqueur. Le vaillant Isembourg ^ qui nous avait si longtemps disputé le vallon de Rocroi, et qui assistait, sans commandement, à la bataille, dégage l'archiduc un moment perdu dans la bagarre et même tenu au collet par Saint-31aigrin -. Le prince de Ligne,
prince Henri II, la lieutenance de Lescot tué devant Thionville (t. IV, p. 556;. Il devint en 1654 capitaine des gardes de M. le Prince par la démission du titulaire La Roque; la similitude de ces deux nonîs a donné lieu à quelques confusions. De Roches, « un des braves de M. le Prince « (Gui Patin', fut blessé et pris aux Dunes (1658), et mourut en ^682 sans avoir quitté ses fonctions.