Histoire des princes de Condé pendant les 16e et 17e siècles
Premières violations de l'édit de paix. Condé se retire à Noyers. — Mesures prises pour l'appauvrir et le désarmer. — Griefs des catholiques. « Le fait de la Rochelle. » Les Rochelois appellent Condé. — Actes et démarches des puissances catholiques. — Attitude de la cour de France; réunion des troupes en Bourgogne; ordres donnés à Tavannes. — Fuite de Condé et des Châtillon avec leurs familles (23 août 1568). Passage périlleux de la Loire. — La troupe des fugitifs grossit; ils gagnent la Rochelle (29 septembre); accueil des bourgeois. — Jonction de Condé et de la reine de Navarre. — Plan d'opérations, momentanément concentrées dans l'Ouest; premières mesures d'organisation; négociations et manifestes. — Concentration des troupes royales en Anjou; combat de la levée de la Loire; échec de d'Andelot. — Condé rallie d'Andelot et prend Angoulême. — Il devait marcher vers l'Est pour rallier d'Acier et écraser Montpensier, imprudemment engagé en Périgord. — Tandis que Condé reste en Saintonge, Montpensier bat d'Acier; les deux armées remontent en Poitou (novembre). — Monsieur entre on campagne avec vingt-sept mille hommes; Condé marche au-devant de lui avec près de trente mi lie.
— Combat d'avant-garde à Pamprou, entre Poitiers et Niort. — Condé donne par erreur au camp de Monsieur; combat incertain de Jazeneuil (16 novembre). — Dans la nuit, Condé se met en marche vers la Loire pour y saisir un pont. 11 enlève Mirebeau sans être inquiété, et arrive devant Saumur. — Prise de Saint-Florent; acharnement des deux partis; pillage de Noyers.— Condé est rappelé en Poitou pour secourir Loudun. — Les deux armées forcées par la saison de se cantonner sans avoir pu combattre (décembre). — Situation financière des protestants; mesures prises pour hâter les renforts. — Au mois de février 1569, Monsieur, en se postant à Montmorillon, coupe toutes les lignes de communication des réformés. — Condé, ne recevant pas de renforts et de plus en plus menacé par l'armée royale, marche vers la Charente pour aller en Quercy chercher « les vicomtes ». — Monsieur, après avoir pris Ruffec, descend lentement la rive gauche de la Charente, en lançant de forts partis sur la rive droite. — Rencontre d'avant-garde. L'amiral croit pouvoir attirer l'armée royale sur la rive droite audessus d'Angoulême, et dégager ainsi la route du Midi. — Condé arrive à Chérac (10 mars); tout est prêt pour passer la Charente le lendemain. — Monsieur l'a prévenu sur la rive gauche. Il occupe Châteauneuf et menace Cognac (10 et 11 mars). — Condé semble décidé à remonter vers le Nord pour passer la Loire et rejoindre le duc de Deux-Ponts, mais sans prendre son parti assez complètement ni assez promptement. — 11 étend ses cantonnements vers Saint-Jean-d'Angely; ordre de marche donné pour le 13. — Dans la nuit du 12 au 13, les catholiques passent la Charente devant Châteauneuf. — La rive droite de cette rivière présente trois bonnes positions entre Châteauneuf et Triac. — Bataille de Jarnac. — Le 13, à la pointe du jour, les catholiques avaient passé la rivière et s'étaient, sans coup férir, emparés de la première position. — Tandis que l'amiral rallie ses troupes, ils enlèvent Bassac. Coligny demande à Condé de le soutenir. — D'Andelot reprend Bassac, mais il en est chassé; la gauche des protestants va être tournée; ils sont rejetés sur la position de Triac. — Condé se rend à l'appel de l'amiral. — Il arrive sur le cha:np de bataille avec trois cents chevaux; il a une jambe brisée. — Il lance l'amiral sur sa gauche et charge le centre de Monsieur. — La droite des protestants est délogée, Colignybattu, et Condé, après d'héroïques efforts, est entouré, pris et assassiné. — L'armée protestante se rallie les jours suivants
r-ans trop de pertes. Jugement sur la conduite de Coligny et de Coudé dans cette journée. — Effet produit par la mort de Condé. Traitement fait à ses dépouilles. — Résumé de sa vie.
Si Condé avait eu quelques illusions en accep- premièro8 tant le traité de Lonjumeau, elles durent être de vlolaïopSa?s0 .lcdIt courte durée, et tout d'abord une violation de ^Noyers!'™ l'édit de paix vint exciter sa juste indignation. Parmi les commissaires catholiques et protestants envoyés à Toulouse pour l'enregistrement de cet édit, se trouvait un des gentilshommes du prince, nommé Rapin, qui avait été condamné à mort à Toulouse lors des premiers troubles civils, mais que deux amnisties et le caractère de sa mission devaient mettre à l'abri de toute poursuite. Néanmoins le parlement, passant outre, le fit saisir et exécuter. Sur les vives instances de Condé, le Roi promit d'évoquer l'affaire en son conseil; mais cette promesse n'eut pas de suite, et cet acte d'audacieuse illégalité resta impuni. Le parlement de Toulouse, persévérant dans son attitude, attendit, pour enregistrer l'édit de paix, la quatrième lettre de jussion; encore n'obéit-il qu'après avoir posé des restrictions à huis clos.
Ailleurs, on méprisait encore plus les formes : la plupart des gouverneurs de province no toléraient aucune pratique du culte protestant; des meurtres, des massacres même avaient lieu sur plu-
sieurs points. Coligny et d'Andelot ne pouvaient exercer les grandes charges dont ils étaient investis. Condé lui-même, bien qu'officiellement rétabli dans son gouvernement de Picardie, ne put y faire reconnaître l'autorité de Senarpont, son lieutenant général, qui cependant remplissait ces fonctions avant les troubles \ Le prince voulut s'assurer de l'état des choses dans cette province : il avait, d'ailleurs, à y recueillir la succession de Madeleine de Mailly, mère de sa première femme. Quittant donc Valéry, où il était allé passer quelques jours après avoir fait la cène à Orléans avec ses confédérés, il gagna les confins de la Picardie et s'établit près de Soissons, au château de Muret, où sa belle-mère venait de mourir2. Il comptait parcourir la province et avait déjà donné à ses amis, de l'une comme de l'autre religion, des rendez-vous de chasse au lévrier3; mais il ne put commencer la tournée qu'il se proposait de faire, ni même prolonger son séjour à Muret : les plus tristes nouvelles venaient l'y assaillir chaque jour. A peine
1 . Il avait reçu en cette qualité l'ambassadeur d'Angleterre, en 1559, après la paix de Cateau-Cambrésis. (Forbes. A full view, etc.)