L-armée Les pertes des réformés étaient moindres qu'on
protestante se .. , ■ , , , -, , , .
raiiie il aurait pu le croire après un tel désastre , et ne
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sans trop de semblent pas avoir dépasse quatre cents homme?.
portes. Jugement . -i ± • ,-ii -i* j- r
sur îa conduite presque tous, il est vrai, gentilshommes distingues.
de Coligny et de T ,.„ . , . . , .
condé dans Leur artillerie, qui n avait pu arriver sur le champ
cette journée. , , .,, ,, ., ,, , . „ ,, ,
de bataille, était, des le soir même, en surete a Cognac. La plus grande partie de l'infanterie n'avait pas été engagée. D'Acier, qui accourait
\. « Il (Montesquiou n'avoit garde de le faillir autrement; car il ( Condé) a voit esté fort recommandé à plusieurs des favoris dudit Monseigneur que je sçay... » (Brantôme.)
avec six mille hommes de pied , s'était arrêté en apprenant la fin de la lutte et avait recueilli les débris des bandes de Puyvault; puis, gagnant Jarnac et coupant les ponts derrière lui, il était aussi entré à Cognac par la rive gauche de la Charente; d'autres détachements, égarés par suite de la dissémination de l'armée, s'étaient jetés dans Angoulême; l'amiral, suivi jusqu'à la nuit, s'était arrêté à Saint-Sulpice, sur la route de Saint-Jean-d'Angely. Le lendemain, après avoir rallié une cavalerie encore assez nombreuse, il venait rejoindre les jeunes princes, déjà retirés à Saintes. L'armée protestante était donc loin d'être détruite, les catholiques s'en aperçurent bien quelques jours plus tard. La « rencontre » du 13 mars 1569 mérite à peine le nom de bataille : ce ne fut qu'une série de combats soutenus par des troupes séparées et surprises contre un ennemi qui, déjà plus nombreux, attaque avec toutes ses forces réunies. Condé a sa part dans le mauvais succès de la journée par ses hésitations des jours précédents; mais il fit oublier quelques moments d'indécision par son dévouement et par sa valeur. La véritable responsabilité revient à l'amiral. Si, comme il devait le faire, étant très près de l'ennemi, il avait veillé lui-même à l'exécution des dispositions par lui prescrites le 12, l'armée n'aurait pas été surprise;
les hauteurs en face de Ghâteauneuf et la position de Bassac pouvaient être défendues et quittées en temps opportun ; la retraite pouvait s'effectuer. À ce grave tort Coligny joignit la faute d'appeler à lui Condé avec une précipitation regrettable, et de compromettre l'armée entière et son chef pour s'épargner à lui-même un échec partiel. Enfin ses contemporains l'accusaient encore d'avoir conduit mollement sa dernière charge1, et d'avoir paru trop préoccupé d'assurer sa retraite, alors que le prince, engagé par son imprudence, succombait à côté de lui. La valeur de Coligny est au-dessus d'un soupçon de faiblesse ; mais son impatience de toute autorité, son caractère jaloux, sont assez connus, et nous n'avons que trop vu dans nos ar-
I . « Là les ennemis veindrent à la charge les premiers, où l'on dit qu'estoicnt l'amiral et d'Andelot, fort mollement; car comme ils furent à la longueur des lances, la plus grande part tourna à gauche... » (Mémoires de Tavannes. Relation originale du maréchal, déjà citée.) — Cette conduite de Coligny fut exploitée par les catholiques, et lui fut reprochée avec l'assaisonnement ordinaire de calomnies. « Nous ne pouvons passer sous silence la rencontre de Coignac, où cet amiral laissa trop honteusement tuer un prince qu'il avoit auparavant trop laschement séduit, et lequel, avec un peu de cœur, il pouvoit desgager du péril où il estoit tombé. C'est de quoy ce pauvre prince se plaignoit en mourant, et qui cognent, mais trop tard, que iamais ferme hérétique n'aima les princes. » [Advertissement des catholiques anylois, pamphlet déjà cite.)
mées modernes ce qui peut résulter de semblables dispositions. C'est maintenant que, resté seul chef réel de son parti et de son armée, l'amiral va déployer toutes les ressources de son esprit et de son courage, et, pendant trois ans, se montrer si ferme et si habile, que ses adversaires, désespérant de l'écraser par la force ouverte, auront recours, pour en finir avec lui et les siens, à un abominable coup d'Etat.
Ce qui, aux veux des catholiques, donnait tant Effet produit par
1 ' J * la mort de
d'importance à la victoire de Jarnac, c'était la conaé.TraitemeHt mort de Condé. Tous cependant ne voyaient pas à ses dépouilles.
1 Résumé de sa vie.
dans ce prince le « grand ennemy de la messe1 »; tous ne jugeaient pas que nos discordes ne pussent avoir d'issue que l'extermination de leurs adversaires : quelques-uns pensaient, au contraire, que sa mort rendrait un accommodement plus difficile. Mais, parmi les chefs et les ardents du parti, sa fin fut célébrée comme une délivrance : un Te Deum solennel fut chanté à la cour et dans toutes les églises de France. Les drapeaux pris furent envoyés à Rome, où le pape les accompagna en
v L'an mil cinq cent suixanle usuf, Entre Jarnac et Châteauneuf, On vit porter sur une asnesse Ce grand ennemy de la messe. »
(Quatrain du temps.)
pompe à Saint-Pierre. Des processions eurent lieu à Venise, à Bruxelles. Quant au duc d'Anjou, il manifesta sa joie avec bassesse par le traitement ignoble qu'il fit essuyer aux restes de son parent vaincu, d'un prince du sang tombé les armes à la main.
Au premier bruit de la mort de Condé, le secrétaire du duc de Montpensier, Coustureau, avait été expédié du quartier général avec le baron de Magnac « pour sça voir le vrai de cette mort ». — » Nous le treuvasmes là, raconte-t-il1, chargé sur un asne, et ledit sieur baron, l'ayant fait arrester, le print par les cheveux pour lui lever le visage, qu'il avoit tourné du costé de terre, et me demander si je le reconnoissois. Mais, parce qu'il avoit un œil hors de la teste et-estoit fort défiguré, je ne sceus autre chose dire, sinon que c'estoit bien sa taille et son poil, et que, du reste, je n'en pouvois parler. » Cependant les récits des assistants levèrent tous les doutes, et le cadavre, ainsi jeté sur un âne, bras et jambes pendants, fut porté à Jarnac, où Monsieur logeait le soir de la bataille. Là, le corps de Condé fut descendu au milieu des sanglots de quelques prisonniers protestants, dont deux officiers de sa propre compagnie, Corbozon
1. La Vie de Louis dp Bourbon, duc de Monlpensier, par Nicolas Coustureau, Rouen, '1642.
et Clermont d'Amboise, qui baisaient en pleurant les restes inanimés de leur vaillant chef. Ce touchant spectacle n'arrêta pas les grossiers quolibets de Monsieur et de ses favoris1. Pendant deux jours, les dépouilles du prince restèrent dans une salle basse, exposées aux injures de l'air et aux plats outrages des courtisans. Le duc d'Anjou, qui associait déjà les apparences d'une étrange piété à des sentiments antichrétiens et à des vices contre nature, voulait faire bâtir une chapelle sur le lieu même de l'assassinat. Mais on lui fit comprendre que ce serait justifier des accusations trop bien fondées, et il consentit à rendre le corps de Condé au duc de Longueville, son beau-frère, qui le fit inhumer avec respect à Vendôme, dans la sépulture de ses ancêtres.
Le traitement fait aux restes du prince causa presque partout un profond dégoût : la plupart des
\ Selon la Motte Messemé, au témoignage duquel nous aimons à nous fier, le duc de Montpensier ne s'associa pas à ces ignobles démonstrations. L'auteur des Honnesles passetemps était auprès de ce prince, dans toute la chaleur de l'action, lorsqu'on vint annoncer la mort de Condé. Montpensier accueillit cette nouvelle avec gravité et même avec tristesse : « Toutefois, ajouta-t-il, j'aime mieux le savoir là où il est que s'il eût tourné le clos ; il a eu ce confort de mourir l'épée à la main et de voir maints dç nos régiments fuir encore une fois
lli'\ il lit lui. »
catholiques en rougissaient1. D'ailleurs, si l'on excepte quelques fanatiques et quelques ennemis personnels, Condé laissait des regrets dans tous les partis. Il était aimé de tous, aimé et admiré de beaucoup ; son éloge se trouve sous la plume de Montluc, comme sous celle de la Noue. On louait sa grandeur d'âme, son humanité, sa courtoisie, sa nature aimable et généreuse, ses brillantes qualités de soldat et de général. Nul ne le surpassa en courage et en hardiesse, el, s'il n'eut pas cette supériorité rare qui fait les grands capitaines, s'il fut souvent incertain dans ses projets ou aveuglé dans l'action par son ardeur, on ne saurait nier qu'il n'eût l'esprit judicieux et plein de ressources dans le conseil, et qu'il ne fût souvent inspiré, toujours admirable d'audace et de persévérance sur le champ de bataille. Sa conduite après la bataille de Saint- Quentin et à celle de Dreux, la journée de Saint- Denis et toute la seconde guerre civile, le choix du théâtre de la troisième, quelques uns des mouvements et des combats de cette dernière campagne, eussent suffi pour illustrer un homme de guerre : plus libre comme chef, plus
1 . Dans son Discours des duels, Brantôme lui-même, parlant du droit qu'avait Jarnac d'emporter la Châteigneraye sur un âne, ajoute tristement : « Cela s'est vu une fois en une de nos guerres, je ne diray point où. »
maître de son armée, il eût sans doute obtenu des succès plus fréquents et plus complets.
Il fut dissolu et scandaleux dans ses mœurs ; il agita sa patrie, dont il ouvrit les portes à l'étranger ; il combattit contre le Roi, et il eut le malheur de quitter la religion de ses pères : voilà les ombres du tableau. Nous ne prétendons pas le justifier; mais nous dirons que, dans ses vices et dans ses fautes, comme dans ses vertus ou ses belles actions, il fut beaucoup de son temps et de son pays. Sans doute, il adopta la réforme sans conviction religieuse bien ferme ; mais ce n'était pas seulement le dépit et l'ambition qui l'avaient poussé de ce côté. En combattant sous l'étendard des protestants, il ne vengeait pas seulement ses griefs personnels, il luttait aussi pour l'indépendance de la nation et de la couronne, pour l'hérédité du trône sérieusement menacée : il ouvrait la voie à Henri IV. Quelque jugement qu'on porte sur sa conduite, on ne peut qu'admirer sa constance dans les revers, le sentiment élevé, mais exempt de morgue, qu'en toute circonstance il eut de sa propre dignité, sa fermeté à soutenir une lutte disproportionnée « avec plus de courage que de forces1 », sa fidélité envers des amis qui le soupçonnaient toujours et qui l'en-