‹ Histoire des princes de Condé pendant les 16e et 17e sièclesChapitre 14 sur 131 · Castelnau · texte numérisé non relu

Castelnau

80 LES PRINCES DE COiNDÉ.

travaient souvent. Et puis, s'il était « excellent chef de guerre » , il était aussi « amateur de paix 1 » . Nul ne se montrait plus empressé à éteindre un

I. La Noue. — Voici du reste le jugement porté sur Louis Ier, prince de Condé, par la Noue, Montluc et de Thou :

La Noue. « En hardiesse aucun de son siècle ne le surmonta, ny en courtoisie. Il parloit fort disertement, plus de nature que d'art, estoit libéral et très-affable à toutes personnes, et avec cela excellent chef de guerre, néantmoins amateur de paix. Il se portoit encore mieux en adversité qu'en prospérité... Tant de dignes personnages catholiques et huguenots que nos tempestes civiles ont emportés doivent estre regrettez ; car ils honoroient nostre France, et eussent aidé à l'accroistre, si la discorde n'eust excité la valeur des uns à détruire la valeur des autres. »

Montluc. — « Plusieurs pensent que sa mort a allongé nos guerres; mais je croy que, s'il eust vescu, nous eussions vu nos affaires en pire estât; car un prince du sang comme celuylà, avant desjà ce grand party des huguenots, eust eu beaucoup plus de créance que M. l'admirai n'eust. Ce pauvre prince aymoit sa patrie et avoit pitié du peuple... Je l'ai cogneu tousjours fort débonnaire : la jalousie de la grandeur d'autruy l'a perdu, et si en a perdu bien d'autres; cependant il est mort au combat, soustenant une mauvaise querelle devant Dieu et les hommes : c'estoit dommage, car, s'il eust esté employé ailleurs, il pou voit servir à la France. »

De Thou. — « Hic exitus fuit Ludovic! Borbonii Condaei, regiœ stirpis viri, supra natalium splendorem magnitudine animi ac virtute illustrissimi ; qui fortitudine, constantia, ingenio, solertia, rerum usu, comitate, facundia, liberalitate, quae omneis simul virtutes in illo uno excellebant, paucos sequaleis, neminem, sua œtate, vel inimicorum confessione, superiorem habuit. »

feu qu'il n'avait jamais allume seul ; cette crédulité un peu naïve, que les réformés lui reprochaient avec tant d'aigreur, attestait du moins son patriotisme. Gondé « aimait et honorait » la France : ce fut le jugement de ses contemporains; devant la postérité, c'est son excuse et sa gloire.

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