‹ Histoire des princes de Condé pendant les 16e et 17e sièclesChapitre 18 sur 131 · Norreys à Cecil, 14 juin 1559. State paper office · texte numérisé non relu

Norreys à Cecil, 14 juin 1559. State paper office

2. La princesse de Condé àla reine Elisabeth, 12 avril 1569. State paper office. (Voyez Pièces et Documents, n° V.)

3. Ils étaient cinq, deux du premier lit, savoir : François de Bourbon, prince de Conti, né le 14 août 1338, et Charles de Boubon, né le 30 mars 1562 ; trois du second lit, savoir : Charles de Bourbon, comte de Soissons, né le 3 novembre 1566, Louis et Benjamin de Bourbon. — Sur l'éducation de ces jeunes princes, voyez les lettres de la princesse douairière de Condé que nous publions parmi les Pièces et Documents, n° V.

croyance, et, assurait-on, de mœurs, dont la reine de Navarre s'indignait fort1 et qui ne devait pas moins révolter l'âme sincèrement pieuse de Condé. La doctrine calviniste s'était fortement imprimée dans le cœur de ce prince; les leçons qu'il avait reçues, non moins que ses malheurs, avaient excité en lui une vive ferveur; son esprit, naturellement enjoué, s'était assombri , et il confondait dans une même horreur le vice, le plaisir et le papisme. Ainsi tout l'éloignait de la cour, et la confiance que lui montrait Goligny ajoutait encore au charme des « mélancoliques heures » (c'était son mot) qu'il passait à la Rochelle. L'amiral avait apprécié l'ardeur religieuse et la fermeté de Condé : il semblait se préparer à lui léguer le commandement des réformés de l'Ouest. C'est Condé qui, en son absence, transmettait ses ordres et lui rendait compte de tout ce qui se passait ; ils échangeaient des lettres fréquentes, et le jeune lieutenant témoignait une touchante sollicitude pour son vieux général2. Le

1. « Vostre cousine J a marquise est tellement changée, qu'il n'y a apparence de religion, sinon d'autant qu'elle ne va point à la messe ; car, au reste de la façon de vivre, elle est comme les papistes, et la princesse ma sœur encore pis... » (Jeanne d'Albret à son fds, Blois , 8 mars -1572 Lettres missives de Henri IV, I, 33.)

2. Nous publions parmi les Pièces et Documents , n° VI, une de ces lettres, à laquelle nous avons emprunté quelques

prince n'eût donc jamais songé à quitter la Rochelle sans une invitation pressante de sa protectrice. Or Jeanne n'avait pas voulu conclure l'union de son fils avec la sœur du Roi sans assurer en même temps les destinées de son cher neveu. Elle avait obtenu pour lui la main de sa cousine, Marie de Glèves, marquise d'Isles, fille de François, premier duc de Nevers, et de Marguerite de Bourbon *, jeune femme accomplie, riche et d'une rare beauté. Condé accepta avec joie, et s'assura du consentement de la princesse douairière, qu'il avait retrouvée en se rapprochant de la cour; celle-ci voulut même que le mariage se fît chez sa mère, la marquise de Rothelin, calviniste zélée et inébranlable. Au mois de juillet 1572, les noces furent célébrées dans le beau château de Blandy (près de Melun), qui avait toujours été un des plus sûrs asiles de la religion professée par les nouveaux époux.

Monde Cette union, toute protestante, fut comme une

Jeanne d'Albret f

et mariage du fête de famille pour les chefs reformes, et cepen-

roi de Navarre.

condé à la cour, dant elle s'accomplissait sous de lugubres auspices.

Son courage

et sa fermeté lors Celle qui l'avait préparée avec un soin tout materdéfcails; l'original est conservé dans la Bibliothèque de Berne (Collection Bongars, t. CXLI.)

1. Marguerite de Bourbon était sœur de Louis Ier, prince de Condé.

nel, Jeanne d'Albret, n'avait pu. y assister : un mal de ia

., . , , . Saint-Barthélemy

violent et rapide 1 avait enlevée un mois auparavant, (août 15-2).

., . Il n'abjure qu'au

De sinistres rumeurs circulèrent a cette occasion : mois d'octobre. personne dans le parti ne doutait que la reine de Navarre n'eût été victime d'un empoisonnement. Cependant rien n'éclata ; on redoutait tout de Catherine, mais on commençait à compter sur le Roi, qui semblait être fatigué de la domination de sa mère et se méfier de la faction de Lorraine. D'ailleurs, l'amiral , las de la guerre civile, tout plein, cette fois, d'un noble et patriotique projet qu'il poursuivait avec sa ténai/' -*. habituelle, voulait braver tous les périls personnels pour obtenir que la France intervînt dans les Pays-Bas. Il lui fallait avant tout la confiance du Roi. Pouvait-on refuser le gage que donnait ce prince de ses bonnes dispositions, la main de sa sœur, de sa « Margot » , offerte à celui que les réformés entouraient de tant d'espérances? Tout se prépara pour la conclusion du mariage dont on parlait depuis si longtemps ; les principaux d'entre les protestants affluèrent à la cour; le nouveau roi de .Navarre s'y rendit; Condé l'accompagnait.

Qui ne connaît ces fêtes nuptiales si brusquement interrompues par une effroyable scène de carnage, le meurtre de l'amiral, l'arrestation des deux Bourbons, tous leurs amis, tous leurs servi-

teurs massacrés sous leurs yeux dans la cour du Louvre? Ni l'âge ni le rang ne furent respectés : les assassins pénétrèrent clans la chambre de Marguerite, et un vieillard nommé Briou, qui n'avait jamais quitté le jeune prince de Gonti1, « ayant passé les quatre-vingts ans et blanc comme neige, fut poignardé ayant à son col cet enfant, qui mettoit ses petites mains en avant des coups2. C'est dans cette terrible épreuve que se révéla le caractère obstiné et fier de Gondé. Alors que tous étaient frappés de terreur; alors que les plus indignés du crime se mo,. ..aient le plus empressés à le glorifier en public; que le président de Thou 3, « qui pleuroit et soupiroit à la maison » , venait, à la tête de sa compagnie, louer le Roi de son action, discourant sur cette sentence : « Qui ne sait dissimule! ne sait régner4 » ; quand déjà l'attitude de Navarre

'I . Le second frère de Condé et comme lui fds d'Éléonore de Roye.

2 D'Aubigné.

3. Christophe de Thou, père de l'historien. C'est par une citation latine que le faible, mais honnête président exprimait plus tard sa vraie pensée sur l'attentat du 24 août ■1572. Lorsqu'on lui parlait de la Saint-Barthélémy, il avait coutume de répondre par ces beaux vers de Stace :

Excid.it illa dies asvo, nec postera credant

Sœcula! nos certe taceamus

[Silvarum, lib. v, n, vers 83.)

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