‹ Histoire des princes de Condé pendant les 16e et 17e sièclesChapitre 17 sur 131 · La Noue · texte numérisé non relu

La Noue

tachements qu'il avait recueillis en Languedoc, en Daùphiné, et tout récemment encore les quinze compagnies que Bricquemault lui avait amenées de la Charité n'avaient fait que remplir les vides causés dans les rangs protestants par les escarmouches, les désertions, les intempéries, les fatigues de plusieurs mois de route. Aussi toutes ses forces se bornaient-elles à deux mille cinq cents arquebusiers et quatre mille cavaliers, dont la plupart encore étaient fort mal montés. Mais le choix du terrain et la valeur des combattants suppléèrent à l'infériorité du nombre. Un ruisseau sinueux arrosait le pied de collines boisées et mettait en mouvement des moulins échelonnés sur ses bords ; des étangs formés par les eaux ralenties en rendaient le passage difficile. L'amiral prit position entre deux de ces moulins, qu'occupaient une partie de ses arquebusiers; le reste de son infanterie était jeté dans les bois; sa cavalerie occupait les collines, dont les replis lui donnaient un abri contre les boulets ; en sorte que l'armée royale ne pouvait ni tirer parti de son artillerie ni profiter de sa supériorité numérique pour déborder les ailes de l'ennemi ; car la nature du cours d'eau ne permettait de le traverser que devant le front des huguenots. Les moulins et les bois furent bien défendus : si les catholiques forçaient sur un

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point l'infanterie protestante, ils étaient aussitôt

chargés par la cavalerie et repoussés avant d'avoir pu se déployer. C'est clans ces engagements que les deux jeunes Bourbons mirent pour la première fois Tépée à la main. Ils s'y comportèrent avec la valeur héréditaire de leur race : Conclé était à la tête du second échelon de cavalerie, le prince de Béarn dirigeait le premier. Le combat dura ainsi tout le jour, avec assez de perte poulies assaillants et peu de dommage pour leurs adversaires : la nuit vint sans que ceux-ci fussent entamés. Le lendemain, avant le jour, les réformés prenaient le chemin d'Autun, sans que les troupes de Gossé, épuisées par les attaques de la veille, pussent les suivre à temps; peu de jours après, ils entraient à la Charité.

Ce succès, car c'en était un fort important et Altitude de condé

pendant la paix.

assez glorieux, hâta la conclusion des négociations son isolement.

Confiance

entamées depuis quelque temps, et valut aux hu- que hu témoigne

l'amiral.

guenots des conditions excellentes. Dans la paix, Ferveur de ses

convictions

Condé resta ce qu'il avait été pendant la guerre, le religieuses sn

mariage avec

compagnon du prince de Béarn, le fils adoptif et Marie de cièv...

, (juillet 15-2).

soumis de Jeanne d'Albret et.de l'amiral. Ses frères étaient toujours loin de lui, et, plus que la distance, l'éducation qui était donnée à ces jeunes princes les séparait de leur aîné ; car, bien qu'on eût laissé auprès d'eux quelques vieux serviteurs

protestants de leur père, ils étaient, comme disaient les huguenots. « nourris à la romaine » Dès le mois de juin 1569. le cardinal de Bourbon avait prié le Roi de lui confier les enfants en bas âge qu'avait laissés son frère 1 . Non seulement le Roi agréa cette demande, mais la princesse douairière ne paraîtpasy avoir fait d'opposition. Au moment de la mort de son mari, elle avait témoigné une grande chaleur pour la cause des réformés, et s'était placée tout d'abord sous la protection de la reine Elisabeth2 ; puis elle s'était promptement refroidie, avait quitté la Rochelle, et, résidant tantôt à la cour, tantôt dans ses terres de Brie, elle partageait avec le prélat, son beau-frère, la direction de l'éducation toute catholique que recevaient ses fils et beaux-fils3. Elle-même n'allait ni au prêche ni à la messe, et vivait dans un relâchement de

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