Mémoires de d'Estrées
2. Condé au connétable, à la duchesse d'Angoulême, doux lettres sans date, mais écrites après la mort du Roi. Bibliothèque impériale, fonds Saint-Germain. — Pièces et Documents, n° XXII.
Boutteville, à qui Montmorency venait de donner une mission bien différente de la première, et qui le trouva « en humeur de s'accommoder » ; il s'entretint même confidentiellement avec le secrétaire de Berny, le même « qu'il avoit menacé du bâton, lors du vacarme de l'hôtel d'Orange », ce qui ne laissa pas de surprendre un peu 1 ; mais il se refusa à toute rencontre avec sa femme. Lorsqu'il alla faire ses adieux à l'archiduc, celuici le reçut dans les jardins de Marimont, et le pria d'écouter une prière qu'il voulait lui adresser. Le prince, se doutant de ce qu'on avait préparé, supplia son illustre hôte de ne pas lui demander une chose qu'il ne pouvait accorder; puis, apercevant de loin la princesse, et craignant qu'on n'eût voulu ménager une réconciliation improvisée, il s'empressa de se retirer 2. Le 8 juillet, il arriva à Mons, où il dit adieu à Spinola et à d'Anovar, et se sépara des Espagnols qui l'avaient servi en les récompensant magnifiquement. Le 15, il coucha à Louvres 3, et, le lendemain de bonne heure, il alla à Saint-
\. Montmorency à l'archiduc, '18 juin; l'Infante à Montmorency, 20 juin ; Vandegies à Praets, 27-29 juin et 6 juillet ; Pecquius à l'archiduc, 1er juillet. Archives de Belgique.
2. Récit de Virey. — Lettres de Praets et de Vandegies, 7, 8 et 9 juillet. Ibidem.
3. Voyez l'analyse du Journal de voyage du prince de Condé. — Pièces et Documents, n° XXIII.
Denis faire dire une messe pour le feu Roi. En revenant au Bourget, il trouva Monsieur le Grand l, M. d'Épernon, M. de Sully, avec beaucoup de noblesse, qui faisaient bien treize cents chevaux. Après les premiers compliments , tout ce monde repartit en toute hâte pour précéder le prince auprès de Leurs Majestés. En effet, malgré les assurances données par Vire y, on était assez inquiet à la cour. La veille, on avait demandé un nouveau serment à tous les capitaines des gardes, et on avait tenu à ce que le roi fût bien entouré. Cependant tout se passa tranquillement. Arrivé au Louvre, Gondé salua fort respectueusement la Régente, et l'assura de sa soumission et de sa fidélité. Puis il retourna à son logis, en traversant les rues, remplies d'une foule immense, mais triste et silencieuse ; car le peuple n'était pas consolé de la perte irréparable que venait de faire la France 2.