‹ Histoire des princes de Condé pendant les 16e et 17e sièclesChapitre 68 sur 131 · DOCUMENTS INÉDITS · texte numérisé non relu

DOCUMENTS INÉDITS

Cinq lettres écrites dans l'intervalle de la seconde à la troisième guerre civile1 (avril-août 1568).

Valéry, 2-4 avril 1568.

Sire, j'ay reçeu la lettre qu'il a pieu à Vostre Majesté m'escripre pour me commander de faire tenir prestz les cinquante mil livres que nous devons fournir aux reystres aussitost qu'ilz seront à Auxerre, à ce que à faulte de cela, ilz ne séjournent ny arre-tent rien d'avantage dans vostre royaume. Sur quoy, Sire, j'advertiray Vostre dicte Majesté que je y ay donné tel ordre que vous serez satisfaict en cest endroict comme je désire de le faire en tous autres; car j'ay accordé avec lesdicts reystres qu'ilz se contenteront d'avoir ladicte

1. On ne trouvera pas ici plusieurs pièces importantes citées dans le texte de notre ouvrage, mais qui ont déjà été imprimées dans la Popelinière, dans les Mémoires de Condé ou autres recueils. Nous ne publions ici qu'un choix de pièces, toutes inédites, ou du moins que nous croyons telles

somme sur la frontière d'AUemaigne et de n'arrester aucunement pour cela jusques à ce qu'ilz y soient parvenuz. Dans le quel temps, je feray de mon costé telle diligence d'assembler et leur faire porter ceste somme que je ne leur fauldray de promission ny ne leur donneray occasion de faillir à celle qu'ilz m'ont faicte. Tellement que Vostre Majesté se peult asseurer que son intention sera pour ce regard suyvye comme elle sera toujours, Dieu aydant, en toutes autres choses de ma part. Au reste, Sire, sachant qu'en plusieurs endroictz de ce royaume l'on refuse à ceulx de la religion les passages sur les rivières et l'entrée aux villes d'où ilz sont, et qu'ilz ne peuvent demeurer en seureté en leurs maisons, il m'a semblé que par mesme moyen j'en devois donner advis à Vostre dicte Majesté pour le bien et repoz que je désire à vos subjectz. Et mesme, comme le Sr Desternay m'a faict entendre que le capitaine Foissy estoit prest de l'assiéger en sa maison de la Mothe, qui descouvre et faict paroistre de plus en plus qu'il y en a, ainsy que j'estime l'avoir desjà escript à Vostre dicte Majesté, qui n'ayant peu empescher la paix tant nécessaire qu'il vous a pieu mettre en vostre royaume, se mettent en devoir et efforcent de donner empeschement en l'establissement et jouyssance d'icelle chose, qui ne peult estre que d'une bien mauvaise et pernicieuse conséquence et apporter encore beaucoup de mal à voz pauvres subjectz, tant travaillez des calamitez passées et qui auroient bien meilleur besoing de jouyr de la tranquillité en la quelle il plaist à Vo.tre Majesté qu'ilz vivent que d'estre plus ainsy molestez contre voz expresses défenses. Et pour ce, Sire, que ce faict du dict Sr Desternay, entre les autres, pourroit estre cause qu'il regarderoit de s'accompagner pour essayer avec l'ayde de ses vovsins et amys de repousser le dict Foissy et empescher qu'il ne luy face le tort et injure qu'il a délibéré de faire contre vostre intention et la teneur de voz édictz, je supplieray très-humblement Vostre dicte Majesté de vouloir obvier au plus tost par

le remède qu'elle advisera plus prompt et convenable a ce qui en pourroit advenir, de peur qu'il n'en arrive de l'inconvénient et que d'autres par tel exemple ne prennent hardiesse d'entreprendre choses pareilles; mais que au contraire, quand l'on congnoistra la volonté que Vostre Majesté aura de faire jouyr vos subjectz du bénéfice de la paix, chacun se contienne en doulceur et modestie, sans user de telles voyes d'hostillité. Et, pourvoyant à ce faict particulier, il plaira à Vostre dicte Majesté vouloir faire de mesme pour les autres qui sont empeschez d'entrer en leurs maisons ou travaillés en icelles.

(Original. — Archives du département du Nord.)

Noyers, 11 juin 1568.

Sire, j'ay entendu, par la lettre qu'il a pieu à Vostre Majesté m'escripre par M. de Combault, vostre volunté et intention sur la satisfaction que je doibtz à l'obligation par moy faicte de faire payer les cent mil escuz et tout ce que se monteroit l'herryghelt et naustglet (sic) des reystres, à quoy, Sire, j'estimois bien pouvoir satisfaire plus amplement, si les moyens qui sont nécessaires pour y parvenir m'eussent esté plus tost ouvers; lesquelz estans donnez par Vostre Majesté, je mectray telle peine et diligence de mon costé , que sans aucun délay ou retardement elle en demourera contente , comme en toutes autres choses nous rendrons prompte obéissance à voz commandemens, ainsi qu'est le debvoir de trèshumbles et fidèles subjectz; mais, pour ce qu'il plaist à Vostre dicte Majesté se ramentevoir que, par les depputez pour la pacification, il n'a esté demandé autre chose que voz lettres patentes pour approuver et auctoriserla levée que nous ferions faire desd. deniers sur ceulx de la religion réformée qui

m'avoient accompagné, et non sur les autres qui estoient demourez en leurs maisons, ne me pouvant bonnement recorder de cest accord, d'autant que je n'y eslois présent et qu'il n'en a rien esté mis par escript, je faiz présentement une dépesche à M. le cardinal de ChastiUon, lequel, pour y avoir assisté, pourra remarquer à Vostre Majesté toutes les particularitez, et luy présenter par mesme moyen la forme des provisions nécessaires pour la levée desd. deniers, affin qu'estant veue en vostre conseil l'avancement de cest affaire apparoisse bientosl après les despesches faictes desd. provisions; j'adjousteray seullement sur ce point, Sire, une supplication très-humble, qu'il plaise à Vostre Majesté que faisant la levée desd. deniers, il ne soit faict distinction entre ceulx de lad. religion réformée qui m'ont accompagné et les autres qui sont deniourez en leurs maisons, d'aultant que leur volonté estoit une et semblable; et si tous n'y estoient en personne, soit pour indisposition , faulte de moyens ou aultre empeschement, ilz ne laissoient d'y estre de cœur et d'affection , joinct aussy qu'ilz obbéiront pour le regard de lad. levée aussi voluntiers les uns que les autres, et la célérité en sera d'aultant plus grande que le fort portera le foible, et qu'ilz sentiront moins d'incommodité, prestans chacun l'espaule en cest affaire. Au reste, Sire, j'ay prié led. S1- de Combault faire entendre a Vostre Majesté ce que je luy ay remonstré des contraventions qui se font tous les jours à voz édictz en ce que vos pauvres subjects'. de la religion réformée soutirent tant d'oppressions et injustices (qui n'est moindre à l'endroict de plusieurs que de perte de la vie), que le desbordement ne s'est jamais veu si grand, et toutes fois espèrent que vostre clémence et bonté les en mectra dehors et les embrassera, comme ceux qui n'ont aultre recours après Dieu qu'à Voslre Majesté ; ce que je vous supplie très-humblement, Sire , prendre d'aussi bonne part comme de sincère affection et d'un cueur entier je suis poussé d'en parler à vous, Sire, auquel après Dieu, j'ay voué et consacré

mon cueur, ma vie, mes biens, pour les employer du tout à vostre service, tomme l'un de voz plus affectionnez subjectz et serviteurs.

(Bibliothèque nationale, ms. Colbert, 24, V°, 153.)

Noyers, 29 juin 15C8.

Sire, j'eusse bien désiré avoir ung meilleur subject d'escriro à Vostre Majesté que celuy qui se présente maintenant pour vous relever de la peine et fascherie que je vous donneray par icelluy d'entendre mes plainctes et doléances; mais puisque vous estes seul qui y pouvez applicquer remède, j'ay tant plus de hardiesse et asseurance à le chercher vers vous-mesme que le faict me touche de si prez et regarde tant d'autres que je ne puys ny doibtz le celer à Vostre dicte Majesté. Il est tel, Sire, que depuis que je me suis retiré en ma maison de ce lieu avec ma femme et ma famille (en ceste volunté de m'estudier en tout et partout à vous faire paroistre par tous mes déportements ouvertz et manifestes que je n'ay autre but, comme je n'ay jamais eu ny n'auray, qu'à vous rendre très humble service et obbéissance), j'ay eu plusieurs advertissements que l'on faict journellement des menées contre moy. A quoy ne voulant adjouster foy, estant appuyé sur une bonne conscience et ne me pouvant défier de ceulx que je pense debvoir estre mes amys, pour m'y faire toucher au doigt, on m'a amené depuis deux jours ung espion, nommé Jacques de l'Escolle, serviteur du capporal Cagnart, de la compagnie du cappitaino la Verrière, envoyé en ceste ville par son maistre et par l'enseigne de ladicte compagnie, laquelle est en garnison à Courson, distant, de huict lieues d'icy, et a confessé avoir charge de recognoistre ia ville, la hauteur des murailles et ma compagnie. Autres me viennent dire qu'on me veult tuer et me désiii. 23

gnent à peu prés ceux qui ont juré ma mort. Les garnisons qui sont en tous les environs d'icy viennent courir jusques à demye lieue de ceste ville, emmenant les chevaux de mes gens, font plusieurs outrages et violences, et disent tout haut qu'ilz vont contre le prince de Condé. Tout cela, Sire, n'a poinct puissance de m'estonner, encores moins les faulses et calomnieuses imputations qu'on mect en avant contre moy, car Dieu fera paroistre ma fidélité. Et s'il est question du zèle et affection à vostre service, il me fera la grâce d'en laisser beaucoup derrière moy, qui, ayant plus d'apparence que de vérité, s'efforcent d'esloigner de vous voz bons et loyaux serviteurs et subjectz. Je me resjouys que, oultre les preuves dupasse, nostre obbéissanee à Yostre Majesté s'est encores monstrée fraischement, en ce qu'ayant chacun ung petit bulletin en la main de voz commandemens, nous sommes retournez en noz maisons. Nostre patience se veoit en ce que la hayne ne fust jamais plus aigre ne plus aspre contre nous, ny les violences plus fréquentes, et néantmoins nous n'avons recours qu'à Yostre Majesté, laquelle je supplie très humblement, Sire, vouloir faire justice desd. entreprinses, me commander ce qu'il vous plaist estre faict dud. espion etempescher les insolences et débordemens desd. garnisons. Je ne veulx oublier, Sire, à vous demander aussi justice d'un meurtre cruel et inhumain commis depuis trois ou quatre jours en la personne d'un de mes escuyers, nommé Hercule, au lieu de Brandy, où il passait. Les informations en seront présentées à Vostre Majesté. C'est le troisième gentilhomme des miens qui ont esté tuez depuis la paix. Le premier, nommé le cappitaine Rapin, fut décapité à Tholose. Le second tué prez de Yillerscosteretz, dont n'a esté faicte aucune justice. De ce troisième meurtre, je vous supplie très humblement, Sire, commander que la justice en soit faicte. J'adjousteray, pour la fin, une supplication très humble pour le cappitaine Dupré, lequel depuis ung mois a esté arresté prisonnier à Paris : s'il ne se trouve coulpable d'aucun crime,

comme je m'asseure qu'il ne sera, ayant esté asseuré par plusieurs de son innocence, il vous plaira, Sire, commander qu'il soit mis en liberté.

(Archives du département du Nord.)

Noyers, 22 juillet 1568

Sire, le désordre qui se commect tous les jours contre nous, qui, soubz vostre obbéissance, vivons selon la religion réformée, nous donne ce subject de vous escripre nos doléances, et moy particulièrement, qui à ceste heure est plus recherché que les autres, sans sçavoir pourquoy; car on ne me peult mettre assus que je fasse rien contre voz édictz et ne faiz que vivre en ma maison, soubz la foy publicque qu'il a pieu à Vostre Majesté donner à voz subgectz et promis en la présence des princes estrangers. Nonobstant cela, nous nous voions tuez, pillez, saccagez, les femmes forcées, les filles ravies des mains de leurs pères et mères, les grands mis hors de leurs charges, les officiers hors de leurs estatz, et tous en général nommez ennemys de vous, Sire, et de vostre royaume. Et tout cela se faict sans veoir une seulle justice. Hélas! Sire, en quel estât sommes-nous réduictz? Veoir vostre peuple tuant et faisant ce que bon luy semble sur vos subgectz et sur vostre noblesse, sans estre reprins ny chastiez. C'est une grande conséquence que Vostre Majesté sçait trop mieux comprendre que moy, et qui pis est, ils disent qu'ilz ont le mot du guet, chose que ne puys et ne veulx croire. Et pour aux plus petitz le persuader, disent : « Ne voyez-vous pas bien que, quand ilz sont mortz, qu'on ne nous en demande rien? Et si le Roy en vouloit faire justice, tous les arbres' seroient plus couvertz d'hommes que de fueilles. Vous sçavez bien qu'il n'entretient ses forces que pour les defiaire; car sans cela il nous osteroit les armes et ne permet-

troit jamais les veoir entre les mains du peuple, qui à la fin en pourroit abbuser. Regardez qu'à ceste heure qu'il permect que les villes et le peuple s'associent ensemble, s'il n'est pas vray ce que nous vous disons.» Voilà, Sire, les effectz et propos qui se tiennent et font en vostre royaume. Pour y pourveoir, je m'en remetz à vostre gentil esprit; car vostre bon jugement vous dict assez que quand il seroit, ce qu'il n'est poinct, que fussions meschans, faudroit-il qu'il fust dict et pour jamais que soubz vostre règne on exerçast tous ces désordres et cruaultez ? Qui est celuy qui peut asseurément vous conseiller rompre la foy publique? Je m'asseure, Sire, qu'il n'y a éloquent ny orateur qui peust faire croire que ce fust bien faict de faire le contraire de ce qu'estes obligé envers voz subgectz de leur administrer et faire bonne justice, et en quelle extrémité seroient réduictz vos princes et noblesse de se veoir hors d'espérance de justice. Je sçay, Sire, qu'il y en a qui pensent estre bien fiers, qui diront que l'on nous la faict. Mais s'ilz vous disent que l'on nous baille l'umbre pour le corps, ils diront vrai; car nous avons veu M. le Mal de Cossé en Picardie et en la ville d'Amiens, et puys c'est tout. Nous avons veu des maistres des requestes à Auxerre. Qu'estce qu'ilz ont faict? Rien. Voilà, Sire, l'umbre; mais rien ne s'est veu en effect. Je sçay, Sire, que Vostre Majesté ne trouvera mauvais la hardiesse que je prends de vous escrire ceste lettre et de vous envoyer les informations d'un soldat que j'ay prins icy, que le cappitaine Laguette , qui est en garnison à Auxerre, envoyoit icy pour adviser les moyens pour me faire une esirette; qui est une chose estrange veoir ainsy traicter les princes de vostre sang qui ne bougent de leurs maisons, et pour cela l'on cherche à les faire mourir. De cela je n'ay peur ; car j'espère bien me garder d'eulx et de plus braves qu'eulx, quand il plaira à Vostre Majesté ne se mesler ny porter telz rustres contre moy. Et veoys qu'il n'y a que deux jours qu'aviez escript une lettre à M. de Tavannes, par laquelle vous

luy faisiez entendre vostre volunté, qui est que vous vouliez qu*on me laissast en repos en ma maison , vivant sans rumpre ny enfreindre vos ecditz et ordonnances. Mais je m'asseure, Sire, que icd. Sr de Tavannes ne sçait rien deceulxqui contre moyveullent quelque chose entreprendre; car je le cognois de trop longue main ennemy de ceulx qui ne veullent qu'entretenir les troubles. Parquoy je croy que cecy se faict à son desceu. Mais touteffois, Sire, les choses passent ainsy. Suppliant très humblement Vostre Majesté de faire naistre quelque bel ordre pour changer la malheureuse discorde en concorde amyable, et l'horrible orage de guerre cruelle qui le tourmente et menace en tranquillité paisible. Ce faisant, Sire, vous verrez avecques vos vertuz reluire vostre royaume, qui est desja pasle des peines passées et présentes.

(Archives du département du Nord.)

Noyers, 22 août 1568.

Sire , j'ay receu la lettre qu'il vous a pieu m'escripre par l'un de voz valletz de chambre, présent porteur; m'esmerveillant bien fort que Vostre Majesté désire entendre quel ordre j'auray donné au recouvrement des sommes des deniers qui ont esté promises par ceulx de la Religion, lorsque l'édict de paciffication fut conclud, attendu que cela deppend du bon plaisir de Vostre Majesté ; ne pouvant y pourvoir sans avoir les commissions de contrainctes qui sont nécessaires pour l'assiette et cottisation desd. deniers; l'expédition desquelles il vous plaira commander, affin que je puisse user eD cela de telle diligence que je sçay bien le faict le requérir, comme je feray en toutes autres choses qui concerneront vostre service. Quant k ce qu'il a pieu à Vostre Majesté envoyer pardevers le Sr de Tavannes pour luy faire entendre vostre intention sur le

meurtre commis en la personne du Sr Damauzay à ce que la justice en soit faicte, Dieu vueille que Vostre Majesté puisse estre mieulx obéye en cela qu'elle n'a accoustumé, et qu'entre tant d'autres insolences qui ont esté commises et qui se commectent encores journellement par tous les endroictz de ce royaulme, on commence à faire chastiment et punition duel, meurtre, affin que l'audace des meurtriers soyt reffrénée qui s'augmente tous les jours, comme depuis peu de temps on a veu à Meaulx, où il en a esté tué beaucoup de ceulx de la Religion, et en Auvergne, d'où la pluspart sont fugitifz, et ceulx desquelz on a peu se saisir constituez prisonniers et dévalisez, en sorte qu'il est aisé à veoir qu'on tient fort peu de compte de voz commandemens et de vostre voulloir et intention ; et ce qui est cause que je ne puis espérer mieulx à l'advenir est qu'on faict acheminer par deçà ung grand nombre de forces et que j'attends d'heure à autre d'estre assiégé en ce lieu pour recevoir semblable traictement que les autres et pire que je n'ay encores receu; remectant à faire demain entendre à Vostre Majesté plus particulièrement par homme exprès les tortz, injures et indignitez qu'on me faict et les advertissemens que je reçoys de jour à autre des beaux desseings qui se préparent contre moy et contre tous ceulx de la Religion.

(Bibliothèque national?, ms. Colturt, 24, Ve, 1~3.)

N° Il

Dépêches et pièces tirées du State paper office de Londres (papiers de France). — Période du 4 2 mai I0G8 au 40 mars

NORREYS A CECIL

(extrait.)

12 mai 1568.

I receyvid your letter of the first of maye, right honorable, the 8 of the same, wherby I finde you desirous to understande wher the prince and the admirall are. Yt may please you to be advertised that the prince is now at Murrett, in Picardy, at the marques Rothelin,his mother in lawe's house, the admirall at Chastillon, the cardinall Chastillon at Brayle in Beuuoys, nions1- d'Andelot at Tanley.

The thinges hère goithe not to ther behalfe as I wolde wishe or désire; flfor that I finde thés hère do the goo aboute to strenghten themselfs and weaken the Religion and the favorers therof what they may; insomicheas wher so ever they shall make eny attempt,ytshalbe(as they thinck) to the advantage of the papists, and to the great hinderance of them of the Religion ;and wherby ther devices which now they

Très-honorable, j'ai reçu le S de ce mois votre lettre du 1er, par laquelle je vois que vous désirez savoir où sont le prince et l'amiral. Vous saurez, s'il vous plaît, que le prince est maintenant à Muret, en Picardie, chez la marquise de Rothelin, sa belle-mère, l'amiral à Châtillon, le cardinal de Châtillon à Bresle en Beauvoisis(?), et M. d'Andelot à Tanlay.

Les choses ne vont pas ici à leur guise, comme je le voudrais ou désirerais, parce que je vois que ceux d'ici travaillent à se fortifier et à affaiblir la Religion et ses partisans autant qu'ils peuvent; d'autant plus que, partout où ils feront quelque entreprise, ce sera (à ce qu'ils pensent) à l'avantage des papistes, et au grand désavantage de ceux de la Religion; et pour que les desseins qu'ils méditent à présent ne

havc in hande may not be disclosid, they hâve cassid ail them to be ofthe Religion, withe intent to rj'dd the King's house of ail that be suspectid therof.

Ail things are rulid by Monsr de Anjou, who, thoughe younge, yet a most ernest and cruell ennemy against the favorers of Religion, and now hathe his prevy counselers, the cardinall of Lorreine beinge the cheffest; he further hathe his chauncelor, whiche submithe and seatithe ail soch things as the good olde chauncelor of the Kinges refusithe to seele, which thing he hathe so to harte, as he is retirid him home to his owne house in the towne of Paris; and wher as the King's chauncelor I meane, who nether for love, nor dread wolde scal eny thing against the statutes of the reaime, or that might be prejudiciall to the same, this of Mr d'Anjou's refusithe nothing that is proferid to him. . . .

soient pas découverts, ils ont cassé tous ceux qui sont de la Religion, pour débarrasser la maison du Roi de tout ce qui peut en être suspect.

Tout est dirigé par M. d'Anjou, qui, quoique jeune, est le plus ardent et cruel ennemi des partisans de la Religion, et maintenant il a ses conseillers privés, dont le cardinal de Lorraine est le principal. Il a de plus son chancelier, qui soumet et scelle tout ce que le bon vieux chancelier du Roi refuse de sceller, ce que celui-ci a pris si fort à cœur qu'il s'est retiré chez lui dans la ville de Paris; et, tandis que celui-ci (c'est du chancelier du Roi que je parle) ne voudrait sceller, ni de bon gré ni par crainte, aucune chose contre les statuts du royaume, ou qui pût y être préjudiciable, celui de M. d'Anjou ne refuse rien de co qu'on lui présente. . . .

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