‹ Histoire des princes de Condé pendant les 16e et 17e sièclesChapitre 7 sur 131 · Elisabeth à Xorreys, 27 août. State paper office · texte numérisé non relu

Elisabeth à Xorreys, 27 août. State paper office

3. Condé à Elisabeth, 15 septembre. Musée britannique. Cot ton, Caligula, E. VI. {Pièces et Documents, n° II.)

ourdis contre elle n'étaient que trop réels. Il devait avancer (sans du reste fournir aucune preuve) que le cardinal de Lorraine voulait faire céder au duc d'Anjou tous les prétendus droits de Marie Stuart sur la couronne d'Angleterre, et que ce prélat avait offert au prince de Gondé le commandement de l'armée qui envahirait la Grande-Bretagne. En retour du service que la prise d'armes des huguenots rendait à Elisabeth, Gavaignes devait demander un secours de six vaisseaux, six canons de batterie avec poudre, boulets, etc., enfin un prêt de deux cent mille écus, dont le remboursement serait garanti par la cession de marchandises entreposées au Havre, à la Rochelle, à Blaye. Ces deux cent mille écus étaient destinés au duc de Deux-Ponts, qui avait promis de se mettre en marche au reçu de cette somme, et d'amener six mille chevaux, trente enseignes de gens de pied, vingt canons de batterie et douze pièces de campagne avec leur équipage1.

Pour ce qui regardait l'intérieur, des instructions furent expédiées à d'Acier, à Montbrun, aux « sept vicomtes » , qui devaient diriger le soulèvement dans le Midi; enfin on prépara la jonction

\ . Instructions du prince de Condé au sieur de Cavaignes, certifiées conformes par ce dernier, et remises à Cecil le 6 octobre. (Hatfield papers.)

avec d'Andelot, qui devait rallier tous les réformés du Nord et tenter avec eux le passage de la Loire. En même temps, Gondé et Jeanne envoyaient de nouvelles dépêches à la cour. Au Roi, à la Reine mère, ils offraient des assurances de soumission; ils déclaraient ne prendre les armes que pour résister au cardinal de Lorraine, à cet ennemi public, cet oppresseur de tous les gens de bien, « non seulement de ceux qui suivent la loi pure de l'Évangile, mais de ces catholiques modérés qui ne sont pas de sa faction » . Les lettres écrites au duc d'Anjou, au cardinal de Bourbon, les mettaient en garde contre les Guise, qui, pour les mieux perdre, voulaient les entraîner à leur suite, sous prétexte de religion.

En répétant ainsi, avec un acharnement puéril, les accusations déjà contenues dans la longue « remontrance » que Gondé avait fait parvenir au Roi lors de son départ de Noyers, les chefs réformés exagéraient l'importance et grandissaient l'autorité de leurs ennemis. Mais ces pièces, destinées à la publicité1, s'adressaient plutôt aux protestants qu'à leurs adversaires : c'était le moyen dont on s'était déjà servi pour calmer les scrupules des con-

\ . On les trouve dans une foule de recueils contemporains qu'il serait trop long de citer. En général, nous n'indiquons dans les notes que les sources nouvelles ou peu connues.

sciences timorées. Quant à changer les dispositions de la cour, personne ne l'espérait. Aux premiers bruits de mouvement, le Roi avait rendu un édit pour prendre sous sa sauvegarde ses sujets de la religion prétendue réformée : on comptait que cette mesure diminuerait le nombre des combattants. Mais, dès qu'on reçut le manifeste passionné et souvent pathétique du 22 août, ce rôle fut abandonné. La nouvelle de la fuite de Gondé excita une vive colère : Téligny, qui avait apporté les dépêches , fut jeté en prison ; l'exercice de la nouvelle religion fut défendu; tous les édits de tolérance furent rapportés,, les fonctionnaires protestants destitués, et les ministres condamnés au bannissement. La formation d'une grande armée sous les ordres de Monsieur fut ordonnée, et, tandis qu'elle se réunissait, des renforts et des pouvoirs extraordinaires furent expédiés au duc de Montpensier, gouverneur de l'Anjou.

C'est de ce côté, en effet, qu'il fallait porter les concentration

des

premiers coups. Nous avons dit que d'Andelot troupes royales

i • i , ri i f r, i en Anjou. Combat

s était depuis quelque temps établi en Bretagne, de ia levée de

. la Loire.

et que le prince et 1 amiral, en 1 informant de leurs mouvements, l'avaient chargé de réunir sur la Loire leurs amis de l'Ouest et du Nord. Rendezvous fut donné pour le ïli septembre à Beaufort, entre Angers et Saumur. D'Andelot y rencontra

Montgomery, le vidame de Chartres, la Noue et autres. Il fallait trouver un moyen de traverser le fleuve : les Ponts-de-Cé étaient à l'abri d'une surprise. On chercha un endroit où l'on pût passer, partie à gué, partie en bateaux, et cependant on prit des cantonnements dans les villages voisins, n'ayant à se garder que vers Saumur, où le duc de Montpensier rassemblait ses troupes, et vers Angers, où devait se trouver Martigues. Ce dernier, gouverneur de Bretagne, n'ayant pu empêcher la prise d'armes de d'Andelot, marchait pour rejoindre Montpensier, lorsqu'il fut supplié par les bourgeois de Nantes de pourvoir à la sûreté de leur ville. Il revint sur ses pas, y mit garnison, puis gagna Angers. Là, il sut que les troupes de d'Andelot, postées sur la levée de la Loire, lui barraient la route ; néanmoins il résolut de s'ouvrir un chemin, et informa Montpensier de son projet, afin qu'il pût faire une diversion. Les réformés étaient si peu sur leurs gardes que, malgré leur grande supériorité numérique, malgré l'énergie bien connue de leur chef, Martigues eut facilement raison de tous leurs efforts décousus, les battit complètement, et pénétra jusqu'à Saumur sans l'aide de personne. Martigues n'avait que peu de monde; mais il avait son régiment de vieilles bandes, et surtout ses excellents arquebusiers; le

combat se livrait sur des chaussées où les têtes de colonne se trouvaient seules engagées, ce qui diminuait singulièrement l'importance du nombre : d'Andelot n'avait rien d'assez solide pour tenir contre ces vieux routiers 1 .

Après ce rude échec, la situation de la petite condé

, , . rallie d'Andelot

troupe protestante, en présence des corps reunis et

, , prend An^ou-

de Montpensier et de Marti gués, devenait très pe- îême. rilleuse; déjà on croyait sa destruction certaine, lorsqu'on apprit que d'Andelot était de l'autre côté de la Loire. Au moment où plusieurs des chefs ouvraient l'avis de se replier en arrière et même de se séparer définitivement, le gué si vivement désiré était découvert : le passage s'effectua en quelques heures. D'Andelot s'enfonça en Poitou; il amenait quatorze enseignes et seize cornettes. Soubise, envoyé au-devant de lui, le rallia avec cinq cents chevaux. Les deux corps réunis prirent Thouars et Parthenay, puis rejoignirent l'amiral, qui était sorti de la Rochelle avec une partie de l'armée. Niort, Fontenay, Saint-Maixent furent promptement enlevés; enfin toutes les forces disponibles furent employées au siège d'Angoulême. Condé dirigeait les opérations en personne. Au bout de quelques

\ . Le combat de la levée de la Loire ressemble, sur une petite échelle, à quelques-uns des glorieux combats livrés auprès de Vérone en 1796.

jours, la place capitula : elle était bonne, et dominait un pays riche et fertile. C'était le premier succès important de ia campagne.

condé devait Le mouvement qui avait amené les protestants

marcher vers l'est, . .

pour rallier sous Angouleme, et qui avait déjà produit un si

d'A ciôr Gt écraser

Montpensier, utile résultat, avait encore un autre but : il rap-

imprudemmeut , i-bm-.-i.

engagé prochait 1 armée des troupes attendues du Midi.

en Périgord. . . •

On savait, en efiet, que d Acier, après avoir rassemblé sur la rive droite du Rhône les contingents du Dauphiné et du Languedoc, était arrivé heureusement à Montauban avec quelque cavalerie et une assez nombreuse infanterie. On espérait qu'il pourrait rallier les « sept vicomtes » , et que tous ensemble déboucheraient prochainement en Périgord. Il était d'autant plus opportun de marcher immédiatement au-devant d'eux, que Montpensier avait passé la Loire et s'était avancé jusqu'à Confolens. Ce prince, renforcé ainsi que nous l'avons dit, avait reçu pour instructions de se porter à Poitiers, et de garnir toutes les villes qui tenaient encore pour le Roi dans ces provinces, afin d'arrêter ou tout au moins de ralentir les succès des protestants ; mais il devait éviter tout engagement, toute entreprise qui pourrait compromettre ses troupes, et attendre dans cette situation que Monsieur l'eût rejoint, enfin que la grande armée catholique fût en mesure de combattre l'ennemi avec avantage.

LOUIS DE BOURRON. 20

Cependant, entouré d'officiers ardents, et très ardent lui-même, entraîné surtout par le jeune duc de Guise, qui venait, malgré des ordres formels, de lui amener une partie de la cavalerie destinée à suivre Monsieur, Montpensier avait voulu sortir de cette attitude passive, et la cour, incapable de faire exécuter avec fermeté un plan d'opérations militaires, ne sut pas tenir le langage qui aurait pu empêcher ce mouvement. Au lieu de jeter du monde dans les places, Montpensier se mit en campagne, laissa prendre Angoulème, qui, secouru à propos, eût résisté longtemps; et, quand lui-même s'approcha de l'armée protestante victorieuse, il reconnut qu'il n'avait pas assez de monde pour livrer bataille : il dut se replier rapidement vers l'est. Ainsi les réformés, ne pouvant rien craindre sur leurs derrières, avaient deux motifs d'entrer en Périgord : d'abord pour rallier d'Acier, menacé sur son flanc gauche par Montluc, sur son flanc droit par Montpensier; ensuite pour profiter de la faute de ce dernier, écraser les forces insuffisantes avec lesquelles il s'était témérairement avancé, et détruire ainsi un des principaux éléments de l'armée de Monsieur.

Cependant cette résolution si simple ne fut pas TandiS adoptée. On abandonna, et l'armée d^ d'Acier à qUen sXtonge! °

, 11 i ■»• , • ■> , ', • Montpensier bat

sauver, et celle de Montpensier a détruire, pour «j'Acier.

remontent en

Poitou (novembre).

Les deux armées compléter la conquête de la Saintonge, où quel-

nontent en , ...„,-,, i • . i

Poitou ques places insignifiantes dépendaient encore du Roi. Cette faute capitale doit-elle être attribuée à une singulière méprise de Gondé? provenait-elle de ce conflit d'influences qui entravait si souvent les opérations des protestants? était-ce un caprice de l'impérieux amiral, qui, plus hautain que jamais, et se sentant le vrai chef selon le cœur du parti, voulait « manyer le prince à sa volonté » *? ou bien plutôt ce déplorable mouvement avait-il été imposé par Jeanne d'Albret et par le petit gouvernement théocratique de la Rochelle, qui, voulant surtout avoir un pays à administrer, tenait à étendre son action jusqu'à la Gironde? On ne peut, à cet égard, faire que des conjectures. Ce qui est certain, c'est que, quittant Angoulême, l'armée protestante se rapprocha de la mer pour venir prendre Pons et Blaye. Quand, après ces succès insignifiants, on voulut enfin marcher audevant des Provençaux, il n'était plus temps que de recueillir leurs débris.

D'Acier avait fait de vains efforts pour décider les vicomtes à l'accompagner. Ils refusèrent, sous prétexte qu'en quittant leur pays ils exposeraient le parti à perdre cette sûre retraite : il fallut conti-

4 La PopeHnic:3

nuer la marche sans eux. Cependant Montluc n'osa pas attaquer le contingent du Midi; mais Montpensier, dès qu'il apprit la marche de Gondé sur Pons, revint immédiatement sur Périgueux. Il avait avec lui deux excellents chefs de troupes légères, très vigilants et très entreprenants, Brissac et Martigues. Guidé par eux, il donna inopinément aux quartiers des Provençaux, qui étaient cantonnés entre l'Isle et la Dronne, et, tandis que d'Acier essayait de rassembler ses troupes, il lui détruisit la meilleure partie de son infanterie, commandée par Mouvans et Pierre Gourdes, qui y furent tués. L'épuisement des chevaux ne permit pas aux catholiques de pousser plus loin leur victoire , dont ils rapportèrent cependant dix-sept drapeaux. La « bataille » des huguenots, postée en un lieu fort, ne put être entamée, et gagna Ribcrac le soir. Le 96 octobre, d'Acier passa la Vienne à Aubelcrre, et lit sa jonction à Châlais avec l'armée du prince : il lui amenait encore , malgré son désastre , sept cents chevaux et quelques milliers de bons arquebusiers. Montpensier, hors d'état de tenir plus longtemps la campagne, remonta vers le Poitou, où Monsieur venait d'entrer. La grande armée protestante le suivit, et même assez vivement; toutefois elle dut s'arrêter pour forcer un des passages de la Vienne qui étaient aux mains des catho-

liques. On fit grande diligence : le château et la petite ville de Chauvigny 1 furent enlevés en vingtquatre heures ; la Vienne fut franchie, et les huguenots, se remettant en marche sur les traces de l'ennemi, arrivèrent le même soir en vue de Châtellerault. En prenant position sur les hauteurs qui dominent cette ville au sud, ils cherchaient des yeux les colonnes qui se retiraient devant eux depuis plusieurs jours, lorsqu'au lieu d'une arrièregarde se repliant avec précipitation, ils découvrirent une armée nombreuse, bien établie et bien retranchée : Montpensier venait de se rallier au duc d'Anjou (6 novembre) .

Monsieur entre Monsieur avait avec lui une belle artillerie, les "JÏSS maie0 Puisses, les archers de la garde, quelques bandes hommes. italiennes, les gentilshommes pensionnaires et assez de noblesse. Depuis longtemps, il attendait le retour de la colonne si imprudemment lancée dans le Midi. Sans doute la faute de Montpensier avait été compensée par la faute plus grande encore des réformés, et la défaite de d'Acier était un avantage sérieux ; mais la bonne saison était passée et déjà une partie des troupes royales était fatiguée. Cependant, malgré les intempéries prématurées d'un hiver déjà très rude, Monsieur ré-

< . Six lieues à l'esl de Poitiers.

LOUIS DE BOUUBON. 33

solut de prendre l'offensive. Il disposait de vingtsept mille hommes, dont vingt mille fantassins et sept mille cavaliers. Tavannes lui prêtait l'appui de son expérience et de son intelligence de la guerre.

De son côté, Condé ne désirait pas moins en condé marcha

au-devant do lui

venir aux mains. Si son armée ne se composait pas avec près do

trente mille

d'hommes aussi éprouvés que les soldats de Mon- hommes, combat

d'avant-garde

sieur, elle était au moins égale en nombre1, comp- àpamprou, entro

Poitiers et Niort.

tant deux cent quarante enseignes et quatre-vingtquatorze cornettes. Les mesures violentes de la cour avaient exaspéré les réformés et leur avaient mis à tous les armes à la main : jamais ils n'étaient accourus plus nombreux ni plus ardents sous l'étendard du prince. Cependant c'étaient des troupes irrégulières, et que, déplus, on ne pouvait solder : dans des opérations prolongées, le désordre et la désertion ne pouvaient manquer de réduire rapidement leur effectif. Tout commandait clone de se hâter. Mais, bien que son caractère et sa situation dussent le presser de livrer bataille à l'armée royale, Condé ne pouvait, ni aller chercher le duc d'Anjou dans la forte position qu'il occupait près de Chàtellerault, ni rester en présence pour atten-

I . De Thou ne l'évalue qu'à vingt et un mille hommes; mais, suivant le calcul assez vraisemblable de la Popelinière, elle devint monter a plus de trente mille.

il. 3

dre une attaque, puisqu'en cas de revers, il aurait eu à traverser la Vienne et à passer sous le canon de Poitiers, qu'occupait une forte garnison catholique. Il prit le parti de revenir par Chauvigny, sur la rive gauche de la Vienne, et, pour ne pas être tourné par Poitiers, il recula jusqu'à Cheney1, sur les bords de la Sèvre. Il ne tarda pas à savoir que Monsieur avait quitté Ghâtellerault et dépassé Poitiers sans s'y arrêter. Aussitôt, dans l'espoir d'avoir promptement un engagement en rase campagne, le prince marcha en avant, et gagna Lusignan sur le chemin de Poitiers (15 novembre) .

Là, il apprit que l'ennemi était sur sa gauche et tenait la route de Niort2, les généraux catholiques espérant rencontrer les protestants près de cette dernière ville, dans un pays moins accidenté, où ils pourraient tirer parti de leur belle et nombreuse cavalerie. Gondé envoya aussitôt d'Andelot en reconnaissance dans la direction indiquée, et s'apprêta à le soutenir avec le reste de ses troupes. Tout en battant l'estrade, d'Andelot atteignit un

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