‹ Histoire des princes de Condé pendant les 16e et 17e sièclesChapitre 72 sur 131 · LE PRINCE DE NAVARRE A CECIL · texte numérisé non relu

LE PRINCE DE NAVARRE A CECIL

30 décembre lôOS.

Monsieur Cecill, ayant entendu par les sieurs de Stuart et de Renty, l'affection et bonne volunté que vous portés à la juste et légitime cause par laquelle M. le prince de Condé, mon oncle, et moi, et plusieurs autres grands, seigneurs, cappitaines et autres de ce royaume, avons prins les armes, et aussi les bons offices que vous faictes envers la Royne, vostre souveraine, pour nous y favoriser et secourir, ainsi qu'elle a tousiours faict comme princesse chrestienne et très-vertueuse, je n'ay pas voulu falir de vous en remercier de tout mon cueur, regardant qu'en ceste cause commune à tous ceulx qui par la miséricorde de nostre Dieu sommes distraitz de la tyrannie du pape, il y va, oultre nostre particulière ruyne, de la gloire et honneur de Nostre-Seigneur Jésus-Christ, pour lequel il ne faut espargner chose qui soit au moyen et puissance des hommes. Quant audict Sr prince, mon oncle, et moy, qui avons embrassé la protection etdeffense de ceste saincte querelle, nous sommes tous résolus d'y employer noz biens et vies, et si vous oouvez asseurer, Monsieur Cecill, que nous n'oblierons rien 1e nostre debvoir à vous racongnoistre voz bons offices, pour

1. La date du mois et tous les mois ou syllabes que nous avons placés entre parenthèses manquent dans l'original, qui a été endommagé par le feu. La lettre de Cohgny, qui accompagnait celle-ci et dont l'original se trouve dans le même volume, est datée de la Rochelle, 14 septembre. — Cette pièce se conserve en original, signature etsouscription autographe, au British muséum, Cotton, Caligula, E, VI.

lesquelz aussi une grande et forte partie de la noblesse et des bons soldatz de la France vous demeureront en obligation et vous en feront volontiers le plaisir et service que vous vouldrés tirer d'eulx. Je ne vous feray point icy mention de ce qui s'est faict et passé depuis la prinse des armes, d'aultant que vous l'entendrés bien particulièrement et au vray par le discours qui en est envoyé par ce porteur. Bien avons-nous de quoy louer et remercier Dieu de l'assistance que nous avons trouvé en luy, le suppliant la nous vouloir continuer, et vous donner, Monsieur Cecill, en parfaicte santé, longue vie. De Thouars. le xxxe de déc. 1568.

Vostre bien bon amv.

Henry.

31 décembre 1568.

Monsieur Cecill, le plaisir et fauveur que nous avons receu do vous à toutes occasions qui se sont cy-devant présentées d'employer vostre crédit pour nous envers la royne d'Angleterre, nous ont faict espérer qu'à ce coup, et en ce temps auquel il semble que tous les ennemys de la relligion refformée ayent conjointement complotté et conjuré laruyne d'icelle, vous continuerés ceste bonne affection et volunté envers nous, en quoy nous n'avons esté trompés, si ce n'est d'une chose, sçavoir est que nous ne pouvions ni debvions, pour le peu de moyens que nous avons eu de prendre nostre revanche du passé, espérer la moindre partie des bons et favorables offices qu'il vous a pieu nous despartir envers Sa Majesté pour obtenir le secour.- et assistance que nous luy avons demandée en ses derniers troubles, et dont monsieur Estuard nous a faict bien particulièrement et au long le ;écit. Dieu, qui est le rémunérateur de telles et si saintes œuvres, le vous rendra en son paradis- De nostre part, nous vous prions croyre qu'il ne se présentera oncques occa-

PIECES ET DOCLME.\ i >.

sion de recognoistre ce plaisir faiot si bien a propos, que nous ne l'acception de la mesme franchise et affection dont nous sçavons que vous uzés envers nous, et sur ce, après vous avoir présenté mes biens affectionnées recommandations, je prieray le Créateur vous tenir, Monsr Cecill, en sa saincte garde. De Thouais en Poytou, le dernier de décembre 1568.

Vostre bien affectionné et obligé amy,

Lors de Bourbon.

Page 1