LE PRINCE DE NAVARRE A LA REINE ELISABETH
2 février 1569.
Madame, s'en alant le sieur de Vezines, présant porteur, devers vous, ne l'ay pas voulu laisser partir sans vous escripre ce mot de lettre, pour toujours me ramentevoir en vostre bonne grâce et souvenance, et vous offrir mon affectionnée voluncté à vous faire service, quand il plaira à Dieu m'en donner quelque bonne occasion. Atendant laquelle et remetant aussi audict sieur de Vezines à vous faire bien amplement entendre de nos nouvelles, je salue voz bonnes grâces de mes plus humbles recommandations, et supplie Dieu vous donner, Madame, heureuse et longue vie.
De Niort, le segund jour de febvrier.
Votre très-humble et obéissant cousin, Henry.
les princes de navarre et de condé au prince d'orange1.
10 février 1569.
Monsieur mon cousin, nous avons entendu qu'on a commencé vous tenir propos de la paix, et comme nous sça-
1. Cette lettre et les trois suivantes n'existent pas en original au Sialepaper office. On y conserve des copies expédiées à Cecil par Norreys le 9 mai.
vons au vray que c'est ung moyen par lequel nos ennemys veulent empescher ou retarder le secours qu'il vous plaist nous donner, nous vous prions, sans aucunement vous arrester à ces beaux langages que le cardinal de Lorreine et ses adhérans font mectre en avant pour vous tromper et circumvenir, vous acheminer le plus diligemment qu'il vous sera possible au passage de la rivière de Loire, où estant, nous aurons moyen de nous joindre avec vous, et nous rendre maistres de noz ennemys, de Dieu, de bien et repo? de ce royaume, mais du résidu de toute la chrestienté, et lors nous leur baillerons telle loy que nous vouldrons, et que nous congnoistronsestre nécessaire pour vivre cy-après en seureté et repos de conscience, vous priant, Monsieur mon cousin, croire qu'il n'y a aucun moyen d'y parvenir que par une bonne et advantageuse victoire, ou après ce que nous aurons réduictz noz ennemys à tel poinct et extrémité qu'ils puissent toucher au doigt qu'il n'y a moyen de nous pouvoir résister; ce qu'ils sentiront et recongnoistront en brief, et aussitost que nous serons joinctz, unis ensemble. Et sur ce, faisant fin à la présente par noz bien humbles recommandations à voz bonnes grâces, nous prierons le Créateur vous tenir, Monsieur mon cousin, en sa saincte garde.
De Nyort, le lOfév. 4 569.
Voz plus affectionnez cousins et parfaicts amys,
Henry. Loys de Bourbon.
{Au dessoubz :) Messeigneurs les princes m'ont commandé de me signer à ce bout de lectre,
Chastillon.
LES PRINCES DE NAVARRE ET DE CONDE AUX GENTILS- HOMMES FRANÇOIS QUI SERVENT DANS l' ARMEE DU PRINCE
d'orange.
10 février 1569.
A MM. de Janlys, de Mouy, MorviUers, Argenlieu et autres seigneurs, gentilzhommes de France, estans à l'armée de Mons. le prince d'Orange.
Messieurs, nous avons entendu que on est entré avec vous en quelque pourparler de paix, et, parce que nous savons certainement que c'est vraye ruze, de laquelle noz ennemys usent à leur accoustumé pour destourner, desgoutter les forces estrangères qui viennent à nostre secours, nous vous avons bien voulu prier ne vous endormir là-dessus, et néantmoins vous faire entendre la forme dont nous avons usé lorsqu'on a envoyé de par deçà quelques-ungs pour nous tenir semblable langage. Le sieur de Malassise, maistre d'hostel ordinaire du Roy, sur le commencement des troubles, estant à Lymoge, nous envoya demander sauf-conduict pour nous faire entendre quelque chose de la part (comme il disoit) de S. M. ; auquel nous feismes response que tant que le Roy seroit tenu et possédé par le cardinal de Lorreine et ses adhérans, ennemys de ce royaume et du repos public, nous ne recevrions aucune chose qui nous seroit dicte et escripte soubz le nom de S. M. comme venant d'elle, ains comme estant forgée et bastie en la bouticque dudict cardinal. Il n'y a que deux ou trois jours que le sieur de Poully est venu à nous de la part (comme il disoit) de la Royne, pour adviser s'il y avoit quelque moyen de pacifier les affaires ; auquel sans permectre qu'il entrast plus avant en besongne, on couppa broche, et luy dict-on que, tant que le cardinal de Lorreine et autres pensionnaires du roy d'Espaigne, ancien et capital ennemy de la France, seroit auprès
PIÈCES ET DOCUMEiVrs. 381
de nostre roy, on ne presteroit l'oreille à aucun accord que on voulust proposer, bien certains que, demeurant S. M. asservie et gouvernée par telle manière de gens, tous les traictez et accordz ne seroient qu'autant de pièges tenduz pour nous tromper et surprendre. Il nous semble que vous debvez tenir semblable langage à ceux qui vous parlerons de la paix, leur remonstrant en oultre qu'il seroit mal séant que telles choses fussent par vous traictéez et maniées sans nous en advertir et nous faire entendre ce qu'ils auront proposé. Ce sera ung moven pour nous advertir souvent de voz nouvelles et de Testât de vos affaires, vous priant cependant n'intermectre pour cela aucun exploict ou effort de guerre, ny perdre aucun advantaige que vous peussiez gaigner sur nos ennemys, et vous résouldre qu'il n'y a moyen d'acquérir repos en ce royaume, que par une bonne et advantageuse victoire, ou bien après ce que nous aurons réduietz nosdicts ennemys à tel poinct et extrémité qu'ilz puissent toucher au doigt qu'il n'y a moyen de nous résister; ce que, Dieu aydant, ils sentiront et recomgnoistront en brief, et si tost que nous serons joinetz et uniz ensemble. A ceste heure, nous vous prions, pour l'honneur de Dieu, sans vous endormir en telles et semblables sorcelleries, vous acheminer au passage de la rivière de Loire, en la plus grande diligence qu'il vous sera possible, et espérons, par ce moyen, vous veoir en brief. Nous prierons le Créateur vous tenir, Messieurs, en sa saincte garde.
De Niort, ce 10e febvrier 1569.
Voz bien affectionnez parens et meilleurs amys,
Hexrv. Loys de Bourbon.
J'ai eu congé de Messeigneurs les princes de vous faire icy mes bien affectionnées recommandations.
ClTASTlLLON.