LA PRINCESSE DOUAIRIÈRE DE CONDE A MADEMOISELLE DE GUILLERVILLE
Fontainebleau, 28 avril 1573.
Mademoiselle de Guillerville, j'ay esté bien fort ayse d'avoir
1. Dans cette lettre, la princesse semble parler de « son fils Charles Monsieur » et de t son petit comte » comme de deux personnages différents. Le comte deSoissons, son fils, s'appelait Charles; mais le dernier enfant que son mari avait eu d'Éléonore de Roye s'appelait Charles aussi et devint cardinal de Bourbon. C'est lui qui doit être désigné sous le nom de « Charles Monsieur » et qui est pressé « d'escripre de ses nouvelles et de la santé de ses frères ». Né en 1562.il avait neuf ans quand sa belle-mère écrivait cette lettre; le « petit comte » de Soissons n'avait pas cinq ans et. ne devait pas être encore un correspondant bien exact.
entendu par Pichot la bonne disposition de mes enfaos. C'est le plus grand contentement que je puis recevoir que de sçavoir souvent de leurs nouvelles, qui me fait vous prier de ne laisser passer aucune occasion sans m'en faire entendre. On m'avoit un peu auparavant raporté que Benjamin avoit mal à un œil; mais l'espérance que Pichot m'a donnée du contraire me fait croire qu'il n'en est rien, et aussi que je m'asseure que n'eussiez failly à m'en advertir, suivant ce que je vous ay souventes foys dit que je voulois estre incontinent advertie du moindre mal qui leur pourroit advenir; ce que vous prie encores que faciez et que vous servies d'un médecin bien expérimenté qui demeure près de là, ainsi qu'on m'a dict, si d'adventure il leur survient quelque malladie : prenez bien garde qu'ils ne s'eschaufent, et qu'ils n'endurent aussi trop de froid ; car de ces deux extrémités viennent les pleurésies, qui sont maintenant bien en règne. Je suis asseurée du bon debvoir que vous y faites, et pour ce je ne les vous recommanderay d'avantage. J'ay entendu qu'on a retranché la moitié des gages de leurs serviteurs, contre ce que Monsieur le cardinal mon frère m'avoit accordé 1.
(Bibliothèque nationale, Fontette, XXIII, 3-25.)
LA MÊME A LA MÊME
Blandy, 22 décembre 1573.
Mademoiselle de Guillerville, j'ay esté bien fort ayse d'avoir entendu des nouvelles si bonnes de mon fils. Je vous prie ne faillir à m'en escripre encores par ce porteur. Je me délibère, après avoir encore esté quelques jours en ce lieu, m'en aller à Paris, et de là à Gailon2. Vous direz à mon filz que je lui
1. On voit que la direction de l'éducation était partagée entre la princesse et le cardinal.