FRANÇOISE D'ORLÉANS, PRINCESSE DE CONDE, A LA REINE ELISABETH
La Rochelle, 12 avril 1569.
Madame, aussitost que j'ay peu impétrer de la juste douleur de ma perte insuportable quelque moyen de pouvoir mètre la main à la plume, je l'ay voullu dédier à présenter à Y. M. des souspirs et des larmes de la plus désolée jeune veufve qui vive aujourd'huy sur la terre, à laquelle, après avoir eu ce?t honneur d'avoir espoussé l'un des premiers princes du sang de France, qui a perdu sa vie pour la gloire de Dieu et le bien de sa patrie, il ne reste pour toute consolation que six filz et une fille jeunes sur les bras, dénuez de tous biens et moyens humains pour mesme occasion, qui me faict implorer l'ayde de V. M., Madame, et la supplier très-humblement les vouloir, avecques la mère, recepvoir en vostre protection, suyvant la faveur singulière qu'il vous a pieu monstrer tousiours par bons effectz aune si juste cause, et particulièrement encores à feu Monsieur mon mary, qui a tousiours tenu vostre secours le premier et plus seur d'entre les hommes, pour l'avoir bien esprouvé à son grand besoing, dont il se sentoit à jamais obligé à vous faire très-humble service, et en ceste dévotion, Madame, je mettray peyne de nourrir ses enfans, tant que je vivray, espérant qu'un jourilz auront cest honneur de recevoir voz commandementz, pour y obéyr d'aussy bonne volonté que eulx et moynous présentons à vous faire très-humble service.
(State paper office. Papiers de France.)
LA PRINCESSE DE CONDE A MADEMOISELLE DE GUILLERVILLE , GOUVERNANTE DE SES ENFANTS.
Blandy, 15 août 1571.
Mademoiselle de Guillerville, je ne puis vous escripre aultre chose synon que ne me sauriez faire plus grand plaisir que continuer à souvent me mander des nouvelles de mon fils, le comte , et de ses frères 1 , et principalement quand vous verrez sa fiebvre l'avoir laissé. A ce que m'escripvez, je voy qu'il y a amendement, mais non pas tel encore que je le désire. Il ne m'est possible de encores l'aller veoir pour eslre Madame ma mère quasy en ung mesme estât qu'elle a accoustumé. M. de Denonville, lequel vient de Paris, l'est venue veoir à ce matin, et lequel, à ce que j'entends, est remys en tous ses biens, de quoy je sçay que serez bien ayse. J'avoys envoyé vers Mme de Corbonzoy la prier qu'elle me vînt veoir icy, mais elle est si grosse qu'elle ne peult marcher. Voilà ce que je puys vous mander, sinon que j'ay envoyé mon tailleur a Paris pour achepter des chappeaux a mes enfans. La première fois que m'escriprez, mandez-moy ce qu'ils ont le plus de besoing affin que je leur face avoir. Ma couzine leur envoyé ung petit présent, lequel vous leur baillerez. Je vous prie avoir l'œil
1. Charles de Bourbon, comte de Soissons, né à Nogent-le-Rotrou le 3 novembre 1566; Louis et Benjamin de Bourbon, morts en bas âge; ce sont là les trois fils que Louis Ier, prince de Condé, avait eus de Françoise d'Orléans. Peutêtre faut-il ajouter à ces noms ceux des deux enfants du premier lit, François de Bourbon, prince de Conti, né le 18 août 1558, et Charles de Bourbon (qui entra dans les ordres), né le 30 mars 1562. Ces deux derniers princes étaient plus spécialement confiés à leur oncle le cardinal. Mais on verra, dans es lettres suivantes, que tous ces enfants paraissent avoir été souvent réunis, recevant une éducation commune sous la direction de la princesse douairière et du cardinal.
sur tout ce que vous verrez estre de besoing, et empeschez que ce qui a gasté jusques à icy les confitures n'y touche plus.
(Bibliothèque nationale, Fontette, XXIII, 322.)
LA MÊME A LA MEME
Blois, 7 octobre 1571.
Mademoiselle de Guillerville , envoyant un homme exprès vers Madame ma mère, tant pour sçavoir de ses nouvelles que aussi pour mes affaires, je vous ay escript ceste lettre pour vous pryer de ne vouloir faillir à me mander, le plus souvent que vous pourrez, des nouvelles de mes enfants, et cercher toutes les occasions que vous pourrez pour m'esciipre de leur santé et bonne disposition ; car c'est la chose que je souhaitte en ce monde le plus et que j'auray plus agréable. Et si ne trouvez messagier à Condé qui vienne de deçà, vous envoyerez vos lettres à Madame ma mère pour me les faire tenir. Dictes aussy à mon fils Charles Monsieur qu'il m'escripve de ses nouvelles et de la santé de ses frères 1.
(Bibliothèque nationale, Fontette, XXIII, 323.)