N° VI
HENRI Ier, PRINCE DE CONDE , A L'AMIRAL COLIGNY.
La Rochelle, ,8 septembre 1571.
Mon oncle, j'ay esté bien aise de congnoistre par vos lettres que vous n'avés aucune chose qui vous ait pu retarder votre voiage de la cour. Je prie à Dieu qu'il sçait que je le désire. Toutefoys l'on m'a adverty avoir ouy dire à Monsieur le marquis... qu'il estoit fasché de quoy vous y alliés, et qu'il craignoit qu'il vous en advinst du mal. Je vous supplie prendre garde à vous. Je sçay bien que vous avés beaucoup d'amis et serviteurs par delà; pour cela, mon oncle, vous ne délaisserez à pourveoir comme vous sçaurés bien faire aux advertissemens que vous en recevrés; car il ne se peult nullement doubter que vous ayés encores là un grand nombre d'ennemys. Quant à mov, je ne fauldray de vous advertir tousjours, sitost que j'entendray que Ion en veult tant à vous que à d'aultres, etmesmes, quand il sera question de la cause générale, de vous rendre certain de tout. L'on m'a asseuré aujourdhui que le duc de Médina Celi, qui pars d'Espaigne pour aller en Flandres, a charge de faire quelque entreprise sur ceste ville en passant, et, s'il y fault, le duc d'Albe en s'en retournant y donnera essay avec congé du Roy, se dict-on. J'en ai adverty Messieurs de ceste ville y prendre garde, et de faire commandement aux
hostelliers et tavemiers de porter tous les soirs au maire les noms de leurs hostes, et pour sçavoir ce qu'ils viennent faire ici. Asseurés-vous qu'il ne tiendra point à moy que l'on ny face bon ordre, aussy qu'ils le m'ont promis, jusques à regarder aux vendengeurs, comme il est besoing. L'on dict que Landrean est allé au devant du duc de Médina Celi pour le guider, el s'est allé embarqué vers Saint-Jean-de-Luz. Toutefois Ion me dict qu'il estoit passé, et que l'on avoit veu quarante navires d'une flotte qui alloit en Flandres.
Au demeurant, j'entretiens ma bonne tante paisiblement, ma cousine et mes petits cousins, et n'est guères de soirs que nous ne facions une belle vye à vostre gré, en nous esbatant tous ensemble joieusement , pour tascher à passer nos mélancoliques heures. Je vous prye que, tout ainsi que je vous escris de mes nouvelles, comme je vous promets que je vous feray à toutes les occasions, escrivez-moi aussy des vostres, car asseurez-vous que je prens à gran plaisir en entendre. Cependant je me recommandera}' bien à vostre bonne grâce, et supplieray le Créateur, mon oncle, qu'il vous ait toujours en sa saincte garde.
Escrit à la Rochelle, le 8me de septembre 1571.
Vostre bien humble et obéyssant nepveu,
Henry de Bourbon.
Je ne fauldray de satisfaire il vostre lettre, et partiray d'icy pour aller à la terre ung jour de la semaine prochaine.
(Bibliothèque de Berne, collection Bongsrs, t. CXI .1, p. 5.)