LE PRINCE DE CONDE AU COMTE PALATIN
Sougèresl, 9 avril 1576.
Monsieur mon cousin, j'ay eu avertissement aujourdhuy que les Suisses du Roy et ses reistres, qui sont environ mille chevaux, ont repassé la rivière d'Yonne, yl y a seulement deux iours, et qu'ilz n'ont encor nul effroi de nostre armée, et pancent ceux qui congnoissent le pays que il n'y a d'icy à eux plus de seize ou dix-sept lieues. Voyant cella, il m'a semblé qu'une plus belle occasion ne se pourroyt présenter pour bien employer la bonne vollonté de tant de gens de bien qu'il y a en ces trouppes, ayant envoyé pour cest effect vers vous le sieur de Coubrelles vous faire entendre le désir que j'ay de tenter une telle entreprise, et vous prier affectueusement de gaingner tant sur quelques-uns de vos colonelz, quilz me veuillent accompagner, et sufliroyt des cornettes de Therze et de Stein, qui sont les plus prochaines d'ici, m'assurant, Monsieur mon cousin, que nous ferons quelque chose de bon. Et, cella avenant, pencez quel avancement cella apporteroyt à une bonne paix. Les belles entreprises se font de loin, lorsque l'ennemy, pençant estre en assurance, demeure négligent; aussy bien est-il nécessaire d'avancer quelque bonne trouppe pour le tenir en crainte, jusques à ce que nostre armée soyt toutte unye et que ung bon ordre soyt eslably parmi no5, car, si en ce désordre, et estant logez escartez co9 no' sommes, de leurs gens s'avançoyent, ils nous leveroyenf des logis au préjudice de nostre réputation.
En marge : Si vous trouvez bon que l'entreprise s'exécute,