‹ Histoire des principaux écrivains français (volume 3)Chapitre 5 sur 8 · LE RENOUVEAU · texte numérisé non relu

LE RENOUVEAU

L.es fourriers d'esté sont venus Pour appareiller son logis; E ont fait tendre ses tappis De fleurs el verdure tissuz.

Gueurs d'ennuy pieça morfonduz, Dieu mercy, sont sains et jolis ; Alez-vous-en, prenez païs, Yver, vous ne demeurez plus.

Le temps a laissié son manteau De vent, de froidure et do pluye, Et s'est vestu de broderye, De soleil raiant, cler et beau.

Il n'y a beste, ne oyseau Qui en son jargon ne chante ou crye Le temps a laissié soii manteau De vent, de froidure et de pluyc.

Rivière, fontaine et ruisseau Portent en livriée jolye Goultes d'argent d'orfavrerie ; Ghascun s'habille de nouveau :

Le temps a laissié son manteau De vent, de froidure et do pluye.

Malgré ses qualités aimables, Charles d'Orléans n'est que le continuateur des troubadours; comme eux, il a peu d'inspiration et peu d'idées ; la forme remporte sur le fond, qui est pauvre. Il eut un contemporain qui le surpassa et qui fut un véritable novateur ; c'est Villon, le premier poète du peuple, comme Charles d'Orléans est le dernier poète de la chevalerie et de la féodalité.

La vie de Villon est peu connue. Enfant de Paris, né de parents pauvres, il se lia de bonne heure avec de mauvais compagnons, et il se plongea dans tout ce que le vice a de

plus hideux. Ses moindres larcins étaient de voler le vin du cabafetier, le poulet du rôtisseur ou le poisson des femmes de la halle. Enfin ses tours d'escroquerie et ees vols lui valurent la prison et une sentence demort. Sous les verrous du Châtelet, Villon conserva sa verve, son esprit, son insouciance, sa bouffonnerie poussée jusqu'au cynisme. Il fait son épitaphe et son testament en vers. Il lègue à son procureur une ballade en guise de paiement ; aux cabaretiers, ses dettes ; à un ivrogne, son tonneau vide ; aux joueurs, ses cartes et ses dés ; sa malédiction àTarcher qui Ta arrêté ; deux procès à un ami trop gras, pour corriger son embonpoint; et enfin son corps à » noire grand'mère la terre «, plaignant les vers qui n*y trouveront pas « grande graisse, tant la faim lui a fait dure guerre ». Il plaisante sur le gibet de Montfaucon, « où son corps sera lavé de la pluie, desséché du soleil, poussé rà et là par le vent, déjà cendre etpoudre ». Villon est prêt à mourir comme il a vécu. Il demande seulement « à ses frères humains qui vivent après lui de prier Dieu qu'il le veuille absoudre ; et, s'ils s'offensent de ce nom de frère dans la bouche d'un homme occis par justice, qu'ils se rappellent que tous les hommes n'ont pas le sens rassis ; et que lui surtout n'a eu de bon sens que le peu que Eieu lui en a prêté ; » et il ajoute, en vrai satirique, qu'il n'a pu, et pour cause, en emprunter à ses contemporains. Villon ne fut pas pendu. Il fit appel, et le jugement

fut cassé. A peine libre, il reprit sa vie de débauché et de voleur. II fut arrêté de nouveau, et il se trouva sous le coup d'une seconde condamnation capitale. Cette fois- €i, il se considérait comme perdu sans espoir, et il écrivait ses adieux à la vie, lorsque Louis XI, que le récit de ses « gentillesses »• amusait, lui fit grâce. On ne sait comment finit ce poète voleur.

Au milieu de cette vie passée entre là faim, la prison -et la potence, Villon se montre quelquefois poète gracieux et délicat comme Charles d'Orléans. Tout le monde connaît la charmante « Ballade des Dames du temps jadis », Il évoque toutes les beautés célèbres, il compare leur souvenir à une ombre, à un son fugitif qui répond à la voix sur la rivièr<î ou sur Tétang, et il termine chaque strophe par un refrain touchant qui les envoie toutes au néant, comme les « neiges d'an tan » (ante annum), c'est-à-dire de Tan passé.

Ces idées de fragilité humaine reviennent souvent sous la plume de Villon, et donnent à ses vers des traits de verve et une teinte de philosophie inconnus à Charles d'Orléans. Ainsi, tout en chantant les rues et les carrefours de Paris, il dit, à propos du cimetière, des Innocents : w Là sont des têtes qui jadis s'inclinaient Tune vers Tautre, les unes maîtres,. les autres valets. Plaise au doux Jésus les absoudre! » ajoute-t-il en bon clirélien.

MOYEX AGE 31

II décrit avec une verve admirable la destruclion de riiomme. Rien n*est oublié, ni « les sueurs de la mort, ni les frémissements, ni les veines qui se tendent, ni le cou qui s'enfle, ni la chair qui s'amollit, ni le désespoir, ni le fiel qui crève le cœur, ni l'abandon des enfants^ des frères et des amis ; » car

Et môme Paris ou Hélène,

Quiconque meurt, meurt à ( avec } douleur.

On croirait entendre Bossuet avec sa tristesse chrétienne.

Villon s'élève à des réflexions philosophiques dont les exemples sont rares avant lui, et elles lui viennent même dans les pièces où il raconte sans pudeur sa vie de vagabond et d'escroc. Ainsi, tout en vantant son adresse

A voler devant et derrière,

il ajoute, comme pour se justifier :

Hélas 1 pauvreté fut mon héritage; Et Ton sait que dans pauvreté Ne gît pas trop grand'loyauté.

C'est l'idée que Shakspeare prêtera plus tard au pauvre apothicaire vendant, contre sa conscience, du poison à Roméo : « My poverty, dit-il,but not my will, consents. »

32 PRINCIPAUX ÉCRIYAINS FRANÇAIS

C'est la môme réflexion que fera Molière en trouvant un pauvre qui porte la probité jusqu'à la délicatesse : « Où la vertu va-t-elle se nicher ! »

Si Villon est le poète le plus sérieux et le plus grand de notre littérature au moyen âge, Philippe de Commincs, ministre et historien de Louis XI, en est le meilleur prosateur et le plus solide penseur, avant Montaigne: Philipppe de Gommines naquit, en 1445, au chùteau de ce nom, situé sur la Lys, à trois lieues au nord de Lille. Il entra fort jeune au service de Charles le Téméraire, et il ne larda pas à prévoir que la foUç présomption de ce prince finirait par le perdre. 11 profita de la première occasion qui se présenta pour le quitter, et il s'attacha au roi de France (1472). Il se trouva bien de ce changement. Louis XI, qui payait largement les gens utiles, le nomma son chambellan et son ministre, sénéchal du Poitou, le combla de biens et l'employa dans plusieurs négociations importantes en Angleterre, à Florence, à Venise et en Savoie.

Après la mort de Louis XI, Commiues entra dans la ligue des princes contre Anne de Beaujeu, régente pour son frère Charles VIII. Il fut arrêté et enfermé dans une de ces cages de fer, « de quelque huit pieds en carré, et de la hauteur d'un homme, et un pied de plus. Plusieurs . Font maudit, et moi aussi, dit-il, qui en ai tàtô sous le roi d'à présent, l'espace de huit mois. » Il parle sans

rancune de cette manière barbare de traiter les prisonniers; elle était dans les mœurs du temps, et elle luiparaît toute naturelle. Gommines fut mis en jugement et absous, et il entra au service de Charles YllI. Il ne paraît pas qu'il fût employé par Louis XII. 11 mourut en 1509, dans son château d'Argenton, dans les Deux-Sèvres.

Les tt Mémoires » de Gommines sont au nombre de nos livres historiques les plus estimés. Froissart n'est qu'un troubadour qui se plait à raconter les tournois et les batailles ; c'est le plus grand des chroniqueurs du moyen âge. Gommines est le créateur de l'histoire politique en France. G'est un homme d'État qui, au récit vivant et naïf des événements arrivés sous ses yeux, joint une profonde connaissance des hommes et des choses. 11 juge parfaitement la forme et le but des gouvernements; il €xplique les négociations et les intrigues, et il comprend à merveille la politique machiavélique de Louis XI et de ses contemporains, code de violence et de perfidie, où la ruse du renard s'alliait à la férocité du tigre. Accoutumé à préférer le succès à tout, il s'indigne peu de la tyrannie et des vices de son maître, pourvu que le succès l'accompagne. Gommines est, sans le savoir, le Machiavel de la France. Il est vrai qu'il cslime beaucoup ce qui est honnête, mais il estime encore davantage ce qui est utile.

A la tyrannie ombrageuse et cruelle de Louis XI, ii

14 PRINXIPAUX ÉCRIVAINS FRANÇAIS

préférerait un gouvernement doux et humain, parce que la douceur et Thumanité lui paraissent plus propres à l'affermissement de Fautorité royale. Ses pages les plus belles, les plus éloquentes, sont celles où il peint les derniers moments de ce prince « le plus sage homme qu'il ait connu pour se tirer d'un mauvais pas en temps d'adversilé », en proie à des maladies cruelles et à une basse superstition, mené par son médecin, « comme un enfant hargneux par un précepteur quinteux et colère ; si soupçonneux qu'il avait crainte de son fils, de sa fille et de son gendre, et qu'il faisait tâter les vêtements de ses proches, pour que ses archers vissent s'ils n'avaient point de poignards sous leurs robes ». En racontant cette vie agitée, inquiète, misérable, terminée par une agonie douloureuse qui dura trois ans, Commines s'élève à cette conclusion sublime : <• Ne lui eût-il pas mieux valu, à lui et à tous, autres princes, moins se soucier et moins se travailler, et entreprendre moins de choses, et plus craindre à offenser Dieu et à persécuter le peuple et leurs voisins, et par tant de voies cruelles, et prendre des aises et plaisirs honnêtes? Leurs vies en seroient plus longues; les maladies en viendroient plus tard ; et leur mort en seroit plus regrettée, et de plus de gens, et moins désirée ; et auroient moins à douter ( redouter ) la mort. >»

Cette manière de terminer l'histoire de Louis XI rappelle Tacite et n'est pas indigne de Bossuet.

DÉVELOPPEMENT ET PBOGRÉS DE LA LAKCUB

Nos auteurs du moyen âge offrent déjà les traits distinctifs de l'esprit français, esprit d'observation, d'examen, démesure, plus sensé qu'enthousiaste, plus raisonneur que poétique, prompt à saisir le ridicule et habile à le faire ressortir. On commence à trouver dans leurs écrits cet ordre direct des phrases, cette simplicité dans l'arrangement des mots, cette clarté, cette précision^ cette malignité dans la pensée et dans la diction, ce talent de raconter avec détail et avec grûce, qui forment le génie propre de notre langue. Malheureusement on y trouve aussi le « bel esprit », qui est à la fois un des attraits et une des maladies de notre littérature, où il usurpe trop souvent la place de l'imagination. Malgré les précieuses acquisitions qu'elle avait déjà faites, la langue avait encore bien des défauts, à la fin du xv« siècle. Ou

voit, dans les meilleurs poètes, des longueurs, de nombreuses parenthèses, des hiatus désagréables, des enjambements forcés et des idiotismes locaux, peu intelligibles pour la généralité des lecteurs. Le style de Commines, si supérieur à celui de ses contemporains, est surchargé de conjonctions qui en gênent la marche ; il y a peu de liaison entre les membres des phrases, et souvent il n'y en a pas du tout entre les alinéas et les chapitres. C'est au XVI' siècle que la langue se débarrasse de la plupart de ces défauts, qu'elle développe ses qualités et qu'elle en acquiert de nouvelles.

Plusieurs causes contribuèrent au mouvement intellectuel de cette époque, et préparèrent le développement et les progrès de la langue française. En premier lieu,' il faut placer l'influence de l'Italie, qui devait'sa supériorité sur toute TEurope au grand souvenir de la ville éternelle, à la toute-puissance de ses pontifes et aux chefsd'œuvre de trois auteurs de génie, Dante, Pétrarque et Boccace. Nous lui dûmes, outre l'imitation de ses écrivains, l'étudç et le goût des modèles de l'antiquité, apportés chez elle par les grammairiens et les savants de la Grèce, que les Turcs, conquérants de Gonstanlinople, avaient chassés de leur pays ( 1453). Vers la fin du siècle, la littérature pompeuse et brillante de l'Espagne se répandit aussi en France, et exerça une forte action sur le génie de la langue et sur les compositions de nos écri*

vains. L'imitation de Tltalie communiqua à notre langue une douceur et une grâce différentes de celles de Villon et de Marot, et de celle de TEspagne la fierté héroïque, la pompe, Taccent chevaleresque, qui éclatent dans les vers de Corneille; tandis que l'influence de l'antiquité lui donua l'ampleur, la dignité, l'aptitude à traiter toutes les questions sérieuses et difliciles de religion, de philosophie, de morale et de politique.

Ces causes, si elles eussent été seules, n'eussent produit qu'une littérature sans originalité. Mais l'état poUtique de la France, la lutte entre deux religions qui rivalisèrent d'intolérance et de férocité, les querelles des théologiens, « plus cruelles que les comhats des vautours », selon l'expression de Mélanchton, les guerres civiles qui inondèrent le pays de sang, développèrent l'énergie du caractère national, et contribuèrent puissamment à imprimer un nouvel élan au mouvement des esprits. Dans cette époque agitée, turbulente, on trouve un langage énergique, effréné, souvent simple jusqu'à la bassesse, quelquefois passionné jusqu'à l'éloquence. C'étaient là des éléments grossiers, mais pleins de force ; ils ne demandaient qu'une société plus calme, plus morale, faite enfin -pour bannir ces formes déréglées, ces termes bas et cette licence d'expression qui souillaient alors les meilleurs ouvrages. Ce fut l'œuvre du xvii® siècle.

Huit écrivains marquent et résument à la fois les pro-

grès de notre langue pendant le xvi« siècle. Elle acquiert de la souplesse, de Tabondance et de la vivacité dans « Rabelais » ; de la fermeté, de la précision, de l'exactitude dans « Calvin » ; elle unit les grâces helléniques aux grâces françaises dans « Amyot » ; enfin elle devient colorée et pittoresque dans « Montaigne », qui écrivit le premier ouvrage populaire en prose française. En poésie, « Marot » sut mettre dans les vers plus d'esprit, de grâce, de finesse et d'élégance ; « Ronsard » leur donna du nombre, de la pompe, de l'harmonie ; « Régnier » écrivit les premières satires avec une facilité, une verve, une vigueur et une originalité rarement égalées par ses successeurs, a Malherbe ^ fit la théorie delà langue poétique, et fut le premier modèle du style noble et le créateur de notre poésie lyrique.

Le premier nom éminent, dans Tordre chronologique^ est celui de Clément Marot (1495-1544), valet de chambre de Marguerite de Valois, puis de François I***, frère do cette princesse. Marot suivit le roi dans plusieurs expédi-' tiens ; il fut blessé et pris à ses côtés, à la funeste bataille de Pavie ( 1525 ). De retour à Paris, notre poète fut accusé de luthéranisme et arrêté par Pordre des inquisiteurs. François 1", devenu libre, le tira de prison et le rappela à la cour. Marot recommença sa vie de galanteries et de plaisirs. Un jour, ayant rencontré des archers qui conduisaient un homme au Châtelet, il les attaqua et

SKIZIÈUE SIÈCLE 39

délivra le prisonnier. Il fut arrêté de nouveau. Du fond de sa prison, Marot écrivit à son ami Lyon-Jamet une de ses épîtres les plus spirituelles. Il lui raconte la fable du « Lion et du Rat », qu'il applique heureusement à sa situation : il prie son ami « Lyon « de faire le « lion » et de délivrer le « rat »» prisonnier. Marot adressa aussi à François I«' uneépitre charmante, pour Pintéresser à son sort. Le roi écouta la plainte de son poète favori, et écrivit de sa propre main pour le faire mettre en liberté. Les liaisons de Marot avec les Réformés ne tardèrent pas à lui attirer de nouvelles persécutions. Il prit la fuite et alla chercher un asile à la cour de Renée de France, sœur de la reine et duchesse de Ferrare. Il s'ennuya bien<tôt de Texil, et sollicita son retour dans la» gaie cour de France «. On le lui accorda, à condition qu'il abjurerait la doctrine réformée ; il y consentit, et revint avec joie

dans sa patrie.

Marot retrouva à Paris la faveur du roi ; mais il y retrouva aussi la haine de la Sorbonne, qu'il avait raillée, et le ressentiment de Diane de Poitiers, autrefois son « amie * et sa « dame », qu'il avait délaissée et qui brûlait de se venger. La traduction des Psaumes, entreprise pour les Réformés, le força de s'exiler de nouveau ; et il se retira à Turin, où il mourut àVâge de quarante-neuf ans.

Le caractère de la poésie de Marot est un mélange de grâce et de malice, d'élégance et de naïveté, de familiarité

et de convenance, de flnesse et de naturel. Il n'a été surpassé ni dans Tépigramme, ni dans le madi'igal, ni dans répître familière. Le chef-d'œuvre de ses épîtres est celle où il raconte à François I*' comment il a été volé par son domestique. C'est un modèle de narration, de finesse et de bonne plaisanterie. Le portrait de son « valet de Gascogne » est connu de tout le monde :

J'avois, un jour, un valet de Gascogne, Gourmand, ivrogne et assuré menteur, Pipeur ', larron, jureur, blaspliématcurt Sentant la liart ^ de cent pas à la ronde, y

Au demeurant, le meilleur fils du monde. |

Ce dernier vers, si plaisant après l'énumération des mauvaises qualités de ce valet, est devenu proverbe.

Marotfait au roi une demande d'argent fort ingénieuse, où il donnu à la louange une tournure délicate dont oa trouve bien peu d'exemples :

Je ne dis pas si voulez rien prestcr, Que ne le prenne : il n'est point de prcstcur, S'il veut prester, qui ne fasse un dcbtcur.

Et savez-vous, sire, comment je paie ?

Nul ne le sçait si premier ne ressaie.

Vous me debvrez, si je puis, du rctow.

Et vous ferai encores un bon tour ;

s • Pipeur a, trompeur au Jeu^ t « La bart •, la corde.

A cellu fin qu'il n'y ait faute nulle, Je vous ferai une belle cédule A vous payer, sans usure, il s'entend, Ouand ou verra tout le monde content; Ou, si voulez, à payer ce sera, Quand votre los • et renom cessera.

Parmi les épigrammcs de Marot, Voltaire considère comme un clicf-d*œuvre celle qu'il fit contre le lieutenant-criminel Maillard, qui avait conduit au supplice Semblançay, surintendant des finances, condamné à mort injustement, et qui avait eu le tort, bien plus grave aux yeux de notre poète, de le faire enfermer lui-même dans la prison du Ghûtelet :

Lorsque Maillard, juge d'enfer, menoît

A Montfaucon Semblançay l'âme rendre,

A votre avis lequel des deux tenoit

Meilleur maintien ? — Pour vous le faire entendre,

Maillard sembloit l'homme qui mort va prendre.

Et Semblançay fut si ferme vieillard.

Que Ton cuidoit pour vray, qu'il menast pendre

A Monlfaucon le lieutenant Maillard.

La naïveté, si aimée dans Marot, est chez lui un don naturel comme dans La Fontaine. Il reste naïf, lors même qu'il exprime les idées les plus fines, les plus déliées. On a souvent essayé d'imiter ce style, appelé « marotîque », qui consiste dans l'emploi de certains mots vieillis, comme

1 • Los », gloire.

■« servage, pâtir, dolent, allégeance », etc., dans des tournures anciennes pleines dMne grâce naïve, dans la suppression de l'article et dans quelques inversions qui rendent l'expression plus vive et plus piquante. La Fontaine est le seul poète qui ait excellé dans cette imitation.

De Marot à Ronsard, aucun nom ne mérite d^étre cité. .Tous les autres poètes de la première moitié du xvi" siècle sont remplis d'affectation, de pensées puériles et de pénibles jeux de mots. La prose continuait de précéder la poésie. Les Réformés ayant adopté Tusage du français, les catholiques se virent obligés de les combattre avec les mêmes armes, et la langue fut redevable de grands progrès aux discussions religieuses. Le chef des Réformes, Calvin, qui, de l'aveu de Bossuet, écrivait aussi bien qu'homme de son temps, est un des meilleurs prosateur» de tout le xvi« siècle.

Calvin ou Cauvin, né en 1509, était fils d'un tonnelier ou d'un procureur fiscal de Noyon. Il montra fort jeun0 (les talents précoces et fit de brillantes études à Paris, à Orléans et à Bourges, où était alors la meilleure école de droit qu'il y eût en France. C'est à Bourges qu'il fut initié <lans les principes de la Réforme par un luthérien allemand, qui lui enseignait le grec. Il se mit à travailler lui-même à la propagation de cette doctrine. La rigueur des édits le J'orça de se cacher, puis de- fuir. 11 se relira successive-

ji

ment à Nérac, auprès de Marguerite de Valois, reine de NavaiTe; à Ferrare, à la cour de Renée de France, à Bàle et à Strasbourg. C'est à Bàle qu'il publia, en 1535, son « Institution chrétienne », ou Exposition des principes de la Réforme. Ce livre volumineux est écrit tout entier d'un style ferme, nerveux, précis, avec plus d'un trait de haute éloquence.

En 1541 , les habitants de Genève appelèrent Calvin, et le nommèrent leur pasteur. Il alla s'établir dans leur ville, où il exerça l'autorité de premier magistrat, sans en avoir le titre. Homme austère et violent dans ses opinions, i' exagéra la réforme de Luther : il supprima les formes extérieures et les cérémonies par lesquelles le culte reUgieux s'adresse au sentiment et à l'imagination ; il poussa jusqu'au fatalisme les principes sévères de saint Augustin sur la grâce, la prédestination et le Ubre arbitre. Calvin -n'admettait pas la tolérance. Il réclame l'indulgence pour ses frères persécutés, parce que leur doctrine est bonne et vraie. S'ils étaient dans l'erreur, ils mériteraient d'être réprimés et punis. Calvin fut lui-même persécuteur : il infligea des peines rigoureuses à ses adversaires, et flt brûler Servet, parce que ce médecin espagnol n'expliquait pas comme lui le mystère de la Trinité»

Disons, à sa louange, qu'il montra un désintéressement parfait, une frugalité exemplaire et une immense activité. On a de la peine à comprendre comment le même homme

put composer une foule d'ouvrages, enlrctenir une correspondance volumineuse, écrire plus de deux mille sermons et prendre part aux intérêts de toutes les églises protestantesdeFrance, de Suisse, d^ Pologne, d'Allemagne, d'Ecosse et d'Angleterre.

L'écrivain du xvi* siècle le moins semblable à l'austère apôtre de la Réforme, est Rabelais, dont la vie fut déréglée, bouffonne, licencieuse, cynique, comme l'ouvrage burlesque où il bafoua toutes les institutions de Tépoque. François Rabelais, fils d'un aubergiste, naquit en 1488 à Chinon, petite ville de Touraine. Son éducation terminée, U entra dans un couvent de Cordeliers, à Fontenay-le- Comte, et fut ordonné prêtre. Un crime, ou peut-être quelque bouffonnerie obscène ou impie, le fît condamner à la prison perpétuelle, au pain et à Feau, dans les souterrains du couvent. L'intervention de quelques amis puissants lui obtint sa délivrance et la permission de se retirer dans une abbaye de Bénédictins. 11 n'y resta pas longtemps. 11 jeta le froc de Bénédictin, prit Fliabit de prêtre séculier et s'attacha à Févêque de Maillezais, en Poitou, qui réunissait chez lui une société de littérateurs et d'iiorames d'esprit. Il se lassa bientôt de cette vie joyeuse, et à l'âge de quarante-deux ans, il alla étudier la médecine à Montpellier, dont Fécole était alors la plus célèbre de l'Europe (1525). A peine reçu docteur, il s'établit à Lyon. C'est là qu'il publia la « Chronique gargan-

tuine » ou « Histoire da géant Gargantua ». Quoique ce livre ne fût qu'une ébauche de celui que nous avons, « il en fut plus vendu en deux mois, dit-il, qu'il n'est acheté de Bibles en neuf ans ». Ce succès valut à Vauleur une grande célébrité.

Le cardinal du Bellay, homme d'esprit et diplomate habile, le vit en passant à Lyon, et offrit de remmener à Rome, où il était nommé ambassadeur (1534). Rabelais accepta. Mais au bout de six mois, il retourna à Lyon et reprit l'exercice de la médecine. Il paraît qu'il cherchait à inspirer à ses malades celte joyeuse humeur qui ne le quittait jamais. « Le rire est le propre de l'homme, dit-il quelque part ; rien de plus contraire à la santé que la tristesse et la mélancolie. Minois du médecin chagrin, rébarbatif, sévère, rechigné, conlrisle le malade; et du médecin, la face joyeuse, sereme, gracieufe, ouverte, plaisante, réjouit le malade, w Rabelais ne se contentait pas de faire rire ses malades ; il se permettait maintes Tailleries contre les hommes et les institutions. Ses liaisons avec Marot, Calvin et. d'autres réformés le compromirent, et il jugea prudent de reprendre la route de Home. Grâce aux amis et aux prolecteurs que lui avaient valus son admirable esprit et son prodigieux savoir, il obtint du pape un bref qui le déclarait innocent du crime d'hérésie. Muni de celte sauvegarde, il revêtit de nouveau riiabit d« Bénédictin, et alla s'enfermer, avec des livres

et des instruments scientifiques, dans la célèbre abbaye de Saint-Maur-les-Fossés, près de Paris. Le besoin do changement qui le tourmentait le fit bientôt sortir de cette retraite. Il mena quelque temps une vie errante; il allait de ville en ville, de château en château, portant partout son esprit jovial, son goût pour la bonne chère et son humeur bouffonne. En 1551, ce prêtre vagabond fut nommé à la riche cure de Meudon par son protecteur le cardinal du Bellay. Il mourut deux ans après, à Tâge de soixante et dix ans. Ses derniers moments ont été racontés d'une manière bien différente. Suivant les uns, il fit une mort chrétienne ; d'autres disent qu'il mourut comme il avait vécu, poussant le rire et la moquerie jusqu'à l'impiété et au cynisme. \^

Le livre qui a valu à Rabelais la réputation du plus grand bouffon qui ait jamais existé, porte le titre de « Vie de Gargantua et de Pantagruel ». C'est Thistoire de deux géants, père et fils, à qui l'auteur prête toutes les idées qu'il a rassemblées sur les hommes et les choses de^on temps. C'est une satire burlesque du xvi» siècle, écrite par un philosophe cynique, s'abandonnant souvent aux plus grossières bouffonneries et se laissant aller, comme un homme ivre, à une parole sans frein ; critiquant avec une raison fine et profonde le vice et le ridicule des études de^son temps, et exposant un plan d'éducation forte et salutaire à l'esprit comme au corps, qui est un prodige

SBIÏIÈHE SIÈCLE S .41

pour l'époque *. Rabelais ne parle pas seulement d'éducation, il traite tout dans son livre : morale, politique législation, art d'écrire, et sur tous les sujets ses idée, sont plus avancées que celles de ses contemporains.

Il y a dans l'ouvrage de Rabelais, deux sortes de personnages, des hommes et des géants. Les géants Gargantua, Pantagruelet Grangousier, font des choses étonnantes, merveilleuses, et se permettent maintes espiègleries qu'il serait impossible de raconter. Mais, au fond, ce sont de bons et excellents géants. Il n'en est pas de même des hommes. L'auteur leur prête les vices et les ridicules, dont il veut se moquer. Il passe en revue tous les individus de la société, dévoile leurs faiblesses et les raille sans pudeur. Il n'épargne personne, ni les rois, « courant la bague des conquêtes », ni les « évesgaux, vendant les pardons à beaux deniers comptants » ; ni les moines, ses anciens confrères, « qui se disent toujours en jeûnes et en macérations, et qui font bonne chère, ce qu'on peut lire en grosses lettres sur leurs rouges museaux » ; ni les procureurs, « avec leurs paperasses, leurs babouineries, leurs répliques, dupliques, tripliques » ; ni les juges ignorants et corrompus, «qui décident les questions judiciaires avec des dés, grands ou petits, selon l'importance des causes » ; ni les pédants, « dont le savoir n'est que

* t. Éducation de Gargantua », Prosateurs, p. 29.

bétise »», qui, dans leur fureur d'irai talion de Tanliquité, veulent latiniser la langue, et disent, au lieu de Paris, • Taimeet inclite cité qu*on vocitc LutècO ; * ni les môdccins,- à qui l'analomie est inconnue et qui traitent le corps humain par conjecture, comme les sorciers tirent Thoroscope. Rabelais conseille aux malades d'imiter Gargantua, qui « avale douze grosses pilules, lesquelles renferment des valets avec des lanternes, pour éclairer, sonder et connaître parfaitement ces lieux souterrains, dont la médecine ne s'embarrasse pas »>.

Tefest ce livre, « où il y a beaucoup de bien et beaucoup de mal. C'est un monstrueux assemblage d'une morale fine et ingénieuse et d'une sale corruption : où il est mauvais, il passe bien loin au déjà du pire ; c'est le charme de la canaille ; où il est bon, il va jusqu'à l'exquis et l'excellent ; il peut être le mets des plus délicats. » C'est le jugement qu'en a porté La Bruyère, et il a été adopté par tous les gens de sens et de goût. Ajoutons que ce roman, si extravagant et quelquefois si profond, faisait les délices de Molière et de La Fontaine, qui lui ont emprunté beaucoup de traits.

Peu d'écrivains ont plus fait pour notre langue que Rabelais : il y a inta)duit une foule dé tournures et de mots empruntés au grec, au latin, à l'arabe, à l'anglais, à l'italien et à l'allemand. Son style est souple, riche, abondant, brillant de vivacité, de verve et d'harmonie.

SEIZIÈUE SIÈCLE 49

Le seul écrivain qui lui soit supérieur, au xvi» siècle, est

Monlaigue. ^«i^

Michel, seigneur de Montaigne, naquit en 1533, au cliûtcau de ce nom, en Périgord. Il a raconté lui-même quel soin tout particulier son père prit de son éducation. Pour ne pas troubler son jeune cerveau, en Farracliant brusquement au sommeil, on le faisait éveiller au son de quelque instrument. Dés son bas âge, il fut conûé à un Allemand qui ne savait pas le français, et ne lui parlait que latin. Toute la maison, maîtres et domestiques, fut obligée d'apprendre assez de mots latins pour « jargonner » avec lui. « Nous nous latinisâmes tant, dit-il, qu'il en regorgea jusqu'à nos villages tout autour, où il y a encore , et ont pris pied , par Tusage, plusieurs appellations latines d'artisans et d'outils. »

A vingt et un ans, Montaigne fut nommé conseiller au parlement de Bordeaux, et il s'al tira bientôt Teslime et la considération générale, par la manière dont il remplit ses fonctions. Il eut pour amis plusieurs hommes remarquables. Le plus cher de tous était le jeune La Boélie, qui donnait les plus belles espérances, et qu'une mort prématurée ravit à sa tendresse. Montaigne Ta immortalisé dans les belles pages qu'il a écrites sur l'Amitié. « Si on me presse de dire pourquoi je l'cimais, je sens que cela ne se peut exprimer qu'en répondant : parce que c'était lui, parce que c'ilait moi. » Et ailleurs : « Nous nqus

50 PRINCIPAUX ÉCMVAIiXS FRANÇAIS

cherchions avant de nous être vus , nous nous embrassions par nos noms. » Quand il eut perdu cet ami si cher, les plaisirs qui s'offraient à lui redoublaient ses regrets. « Nous étions à moitié de tout ; il me semble, dit-il, que je lui dérobe sa part. » Et il ajoute : « Tétaissi accoutumé à être deuxième partout, qu'il me semble n'être plus qu'à demi. »

Montaigne avait un caractère exempt d'ambition, insouciant, ennemi de toute contrainte, passionné pour une vie tranquille, et peu fait pour braver les orages politiques. Il se démit de ses fonctions Tannée môme da massacre de la Saint-Barthélémy (1572), et s'étant retiré dans son château du Périgord, avec sa femme et sa fille Éléonore, il partagea son temps entre la philosophie, les* lettres et les soins de sa fortune. Il lui vint dans l'idée de faire un livre. On lui conseillait d'écrire l'histoire de son temps ; mais il déroba ses épaules au fardeau... « L'histoire est dure à écrire, dit-il, et surtout l'histoire contemporaine. D'ailleurs, en fait d'ouvrage, j'ai l'haleine courte, et une narration étendue n'est poiut mon fait. J'aime mieux me faire historien au petit pied. Je me retire et me renfonce en moi-même, je raconte mes pensées et mes sentiments, devisant sur l'homme, qui est un sujet ondoyant et divers. Voilà l'histoire telle que je me la suis faite, taillée à ma mesure, n'ayant ni chronologie, ni date ni patrie. » Cette histoire qu'il

SEIZIÈME SIÈCLB 5!

écrivit, ce sont ses mémoires ou plutôt ses confessions, auxquelles il donna le nom « d'Essais ». Le but qu'il se proposa, ce fut de peindre l'homme en se peignant luimême. Il fit un portrait si fidèle de son propre cœur, de ses qualités et de ses défauts, qu'il sera éternellement l'image de riiumanité.

Les « Essais » de Montaigne sont des causeries familières, sans suite, sans plan, mais non sans but, sur toutes sortes de sujets pris au hasard. Sur chaque sujets l'auteur commence par dire tout ce qu*l sait ; il cite les autorités des anciens et des modenies, et puis il donne son avis, non comme « bon », mais comme « sien ». Quelquefois il laisse le lecteur dans une espèce d'incertitude, qui Ta fait accuser de tomber dans le scepticisme et d'ébranler toutes les croyances.

Ce livre de simples causeries fut le commencement d'une révolution dans la philosophie. Pendant le moyen âge, la philosophie ne s'était occupée que d'idées meta physiques, et avait dédaigné l'étude des objets matériels. De là tant d'erreurs, tant d'idées fausses, comme la croyance à l'influence des astres, l'emploi fie la magie et de la sorcellerie, la foi aux chimères théosophiques, la recherche de la pierre philosophale, etc. Montaigne en-^ treprit le premier d'observer les phénomènes naturels,, et il n'aùmit comme vrai que ce qu'il comprenait, et ce dont il s'était assuré par sa raison ou par son expérience--

personnelle. II ébranle ainsi Tune après l'autre toutes les fausses doctrines de son temps. Il atlaqiie aussi notre législation confuse ; le pédantisme et l'ignorance des écoles -;: l'esprit de faction , qui bouleverse les royaumes ; les disputes des tliéologicns, qui souvent se querellent pour des mots ; les fureurs des sectaires, qui s'égorgent pour des opinions ; les injustices judiciaires, la torture, l'inquisition, etc.; et il jette, comme en se jouant, des idées saines et fécondes, que Bacon, Descartes et Locke devaient plus lard développer. On trouve dans ce livre des conseils excellents sur presque toutes les positions difficiles de la vie : c'est ce qui Ta fait appeler le • Bréviaire des hommes ». Mais les «.Essais » ne sauraient être le bréviaire de la jeunesse . Montaigne s'est proposé de se peindre tout entier, tel qu'il était, afin qu'on ne le crût ni meilleur ni pire ; il pousse la franchise jusqu'à la licence, et il dévoile souvent des pensées qui auraient dû rester voilées.

Quant à son style, Montaigne semble l'avoir très- bien caractérisé lui-même : « Le parler que j'aime, dit-il, c'est un parler simple et naïf, tel sur le papier qu'à la bouche : un parler succulent, court et nerveux, non tant délicat et peigné, comme véhément et brusque... Comme aux accoutrements, c'est pusillanimité de se vouloir marquer par quelque façon particulière et inulitée ; de même au langage, la recherche des phrases

nouvelloe et des mots peu connii& vient d'une ambition scolaslique et puérile. Puissé-jc ne me servir que de ceux qui servent aux halles à Paris ! » Quoique son style ne soit pas aussi correct qu'il aurait pu Tôlrc, môme de son temps, et que sa langue soit demi-française et demi-gasconne, le livre des » Essais » est considéré comme le premier ouvrage populaire en prose de notre littérature, ^^s-

Aux trois grands prosateurs que nous venons de nommer, ajoutons-en un quatrième, qui n'est qu'un traducteur, mais dont le style pur et les grAces naïves, quoique un peu traînantes, lui méritent une place parmi les créateurs de notre langue. C'est Amyot (1513-1593), à qui nous devons une traduction des œuvres complètes de Plutarque, de Longus et de Diodore de Sicile.

Jacques Amyot, né à Melun, de parents pauvres, fit ses études à Paris, en servant de domestique à quelques écoliers.. Le soir, faute de quoi acheter une lumière, il lisait à la lueur des charbons ardents restés dans le foyer. Ses progrès furent rapides et brillants. Au sortir des écoles, il devint successivement professeur de grec et de latin à l'université de Bourges ; abbé de Bellozane, dans la Seine-Inférieure ; précepteur des fils de Henri II; évéque d'Auxerre, grand aumônier de France et recteur de rUniversilé.

« Amyot, dit M, Sainte-Beuve, a rendu un service inappréciable à la langue, en la répandant et en la propageant, dans ses meilleurs tours, dans son économie la plus ample et la plus facile, dans sa diction la plus large et la plus sincère ; — à la raison et au bon sens public, en popularisant Plutarque et ses trésors de vertu et de morale, à Taide d'une langue si claire, si facile, si diffuse, si courante et si riante. » Amyot n'a ni la fermeté de Calvin, ni la souplesse et Foriginalité de Rabelais, ni rinvention et la couleur de Montaignie. Cependant peu d'écrivains ont mieux connu le caractère de notre langue. Son style, clair, facile, gracieux, abondant jusqu'à la redondance, rappelle un peu celui de Fénelon et de Bernardin de Saint-Pierre.

Revenons à la poésie. Jusqu'au milieu du xvr siècle, les poètes s'étaient bornés à traiter des sujets gracieux et légers, à continuer ^« l'élégant badinage de Marot « ; personne ne songeait à faire autre chose que des ballades, des rondeaux,, des triolets, des épigrammes, de? chansons et des épitres familières. La connaissance des chefs-d'œuvre de l'antiquité vint montrer combien notre poésie était frivole et inférieure à celle de Rome et de la Grèce. Alors il s'éleva une école de réformateurs qui entreprirent de faire passer dans notre langue la grandeur et la noblesse de pensée et d'expression qu'on admirait chez les anciens, et de composer des odes, des

tragédies et des poèmes épiques, « pour remplacer toutes CCS vieilles poésies françaises, qu'il fallait laisser aux Jeux floraux de Toulouse. » Le chef de la réforme s'appelait Ronsard ( 1 524-1585 ) .

Pierre de Ronsard, fils d'un gentilhomme, maître .d*hôtel de François I®', naquit au chûteau de la Poissonnière, près de Vendôme. A quatorze ans, il fut nommé page du duc d'Orléans, fils du roi ; il passa bientôt au service de Jacques V, roi d'Ecosse, auprès de qui il resta deux ans et demi. Revenu en France, il fut atteint d'une surdité presque complète, et il renonça à la carrière desfaveurs, pour se dévouer tout entier à Tétude. Après sept ans d'un travail opiniâtre, il reparut à la cour, précédé d'une grande réputation comme poète et comme savant. En peu de temps il eut éclipsé tous ses rivaux. L'academie des Jeiix floraux récompensa une de ses pièces par une Minerve en argent massif, et le nomma « le poètefrançais par excellence » . Les savants le saluèrent du surnom d'Homère et de Virgile. Charles IX lui témoignait une vive amitié, et le combla de bienfaits. Elisabeth, fière* de ses éloges, lui envoya un diamant de grand prix. Marie Stuart lui donna un rocher d'argent massif, représentant la montagne et la source du Permesse, et adressé à « Ronsard, PApollon de la source des Muses ».

Enivré de cette admiration universelle, Ronsard crut,, et il devait croire, à son immortalité. A sa mort, la

France entière le pleura. Vingt ans après, u ce roi des poètes », comme il s'appelait lui-même, était renversé (le son trône, et son nom flétri d'un ridicule qui dure depuis deux siècles et demi. D'où vient « cet excès d'honneur et cette indignité » ?

A l'époque où Ronsard parut, tous les esprits éclaires désiraient pour noire poésie plus de force, de noblesse et d'élévation. Ronsard voulut satisfaire ce besoin général, et il commença celte réforme littéraiire qui lui valut une 61 brillante réputation. La dignité soutenue qu'il substitua aux grâces légères^ l'iiarmonie de sa période poétique, la variété des sujets qu'il traita, séduisirent ses contemporains. Voyez avec quelle admirable énergie il s'adresse à l'Éternité.

grande Eternité

Tu maintiens Tunivers en tranquille unité !

De chaînons enlacés les siècles ta attaches.

lit, couvé sous ton sein, tout le monde tu caches

Lui donnant vie et force : autrement il n'auroit

Membres, ûmo ni vie, et sans forme il mourroit...

Le temps présent tout seul à tes pieds se repose ..

Car ton œil voit toujours tous les temps devant soi...

Dans une pièce adressée à Charles IX, qui le trailaîten ami, il donne à ce prince d'excellents conseils, dont quelques-uns sont exprimés en beaux vers :

SEIZIEME SIÈCLB S7

Sire, ce n'est pas tout que (lêtre roi de Fran .-o ; Il faut que la vertu honore votre enfance.

Un roi, s^ins la vertu, porte le sceptre en vain. Qui ne lui sert sinon d'un fardeau dans la main«

Vn roi pour être grand, ne doit rien ignorer.

Connoissez l'honnête liamme humlilement reve.-:lu Et discernez le vice imitant la vertu.

Puis sondez votre cœur, pour en vertu accroistre ; n faut, dit Apollon, soi-même se connoistre : Celui qui se connoist est seul maistre de soi. Et sans avoir royaume il est vraiment un roi.

Charles IX, mauvais roi, mais bon vcrsificaleur, répondit à Ronsard par une pièce de vers bien supérieure, pour les idées et pour le style, ù tous les poèmes du temps :

L'art de faire des vers, dût-on s'en indigner. Doit être à plus haut prix que celui de régner. "* Tous deux également nous portons la couronne : Mais roi je la reçus ; poùte, tu la donncF.

Ton esprit, enflammé d'une céleste ardeur i Eclate par soi-même, et moi par ma grandeur.

Si du côté des dieux je cherche Tavantago, Ronsard est leur mignon, et je suis leur imn^^e. Ta lyre, qui ravit par de si doux accords.

Te soumet les esprits dont je n'ai que les corps. Elle t^en rend le maître, et te fait introduire Où le plus fier tyran n'a jamais eu d'empire : Elle amollit les cœurs^ et soumet la beauté.

ie puis donner la mort, toi,l'immortalité«

58 PBIXGIPAUX ÉCRIVAINS FRANÇAIS

Ce n'est pas seuleaieat dans les genres élevés que se distingue Ronsard. On trouve quelquefois, dans ses vers, la grâce de Marot avec plus d'imagination et d'élégance. Veut-il, par exemple, exprimer le pressentiment de la mort, il dit :

Avant le soir se clora ma journée.

André Ghénier n'aurait pas rendu cette pensée mélancolique avec une précision plus exquise.

Voyez encore ces deux vers qu'on croirait de La Fontaine :

Le temps s'en va, le temps s'en va, madame, Las 1 le temps, non ; mais nous nous en allons.

On rencontre souvent aussi des traits piquants, énergiques :

Voyez cet avocat, qui nous venu son caquol, Pour tuer rinnocent et sauver le coupable.

Il dit des courtisans :

Misérables valets, vendant leur liberté,

Pour un petit (peu) d'honneur servement acheté.

Il serait facile de multiplier les citations et de montrei

que Ronsard était un poète plein d'imagination et de verve et qu'il avait une grande force de talent. Mais il manquait de goût. et de jugement. Il ne comprit pas le génie de notre langue ; il ne vit pas que c'est la clarté, la précision et la simplicité qui en sont les qualités distinctives. Il eut le tort de vouloir nous donner les formes savantes et compliquées de la phrase grecque et latine, les périodes longues, lourdes et obscures, un style diffus, emphatique et quelquefois barbare. Ainsi, il francise arbitrairement des mots grecs et latins, comme des « cornes rameuses », des ^ sources ondeuses », des « baisers turturins », etc.; et la forme latine des degrés dans l'adjectif : « docte, doctieur, doctime » ; il compose une foule de mots, à la manière grecque, comme la toux, « ronge-poumons r, le moulin, « brise-grain », etc. Souvent, il donne du grec tout pur. Il se plaint, par exemple, de ne pouvoir employer ces trois mots :

Ocyroore, dyspolroe, bligochronien.

et tout en s'en plaignant, il en fait un vers.

Ronsard travailla donc contre la nature même de notre langue ; il éprouva le sort de tous les novateurs qui, jjans leur ardeur de réformer, ne consultent pas le génie des peuples à qui sdnt destinées leurs réformes. La langue érudite, étrangère, qu'il avait façonnée avec tant

de peine, disparut peu à peu. Mais il rendit à notre poésie d'éminenls services : elle lui doit le perfectioiiuemenfc de la césure, rallernative des rimes masculines et féminines, riiarmonie de la période poétique, celte couleur et ce mouvement qui en font de la poésie.

Régnier, le créateur de la satire française, sut se préserver des défauts de Ronsard et imiter les anciens, sans dénaturer notre langue. C'est le véritable successeur de Villon, de Marot, de Rabelais et de Montaigne; il a la môme causticité, la même verve, et malheureusement la mémo licence. Sa vie est peu connue. Il naquit à Chartres, en 1573; il fut tonsuré de bonne heure, et nommé chanoine dans l'abbaye de Vaux-de-Cernay, quoiqu'il n'eût aucune vocalion pour Tétat ecclésiastique. Sa conduite fut aussi déréglée que celle du curé de Meudon.ll avoue lui-même « qu'il vivait sans nul pcnsement, et qu'il se laissait doucement aller à la bonne loi naturelle. » Ce prélre épicurien mourut à quarante ans , usé par les plaisirs.

Nourri de la lecture des poètes latins, Régnier se proposa de les imiter, et se montra souvent l'égal de ses modèles. Boileau a dit de lui que c'est le poète français qui, avant Molière, a le mieux peint les mœurs et le caractère des hommes. Régnier est, en effet, un gran4 peintre de mœurs. Ses satires sont une galerie de portraits, où l'on trouve tous les caractères de l'époque tra-

ces avec une verve, une vigueur et une vérité qui n'ont été surpassées que par Molière. Il y a le gascon, ce fanfa ron plein de jactance et de vanité,

Au feutre empanaché, relevant sa moustache.

Il y a le poète, au rabat sale, à la mine étique, dont ies guêtres lui vont aux genoux, et le pourpoint au

coude :

Sans demander son nom, on le peut reconnaître ; Si ce n'est un poète, au moins il le veut être.

il accoste les passants :

..... Monsieur, je Tais des livres; On les vend au palais ; et les doctes du temps, A les lire amusés, n'ont d'autre passe-temps.

Voici l'avocat qui,

Une cornette au col, debout dans un parquet, A tort et à travers va vendre son caquet.

Et voici la femme hypocrite, Taïeule de Tartuffe :

Son œil tant pénitent ne pleure qu'eau bénite.

Régnier a tracé une foule d'autres caractères avec la

62 PBINCIPAUX ECRIVAINS FRANÇAIS

mémo verve, la mémo moquerie tour à tour légôre, vigoureuse et familière, el toujours spirituelle. Il peint admirablement; mais trop souvent il peint avec de la lie et de la boue.

Régnier n'avait pas eu la prétention de renverser Ronsard, dont il se fit le défenseur. C'est à son insu, et par instinct, par goût, qu'il s'éloigna de la pompe et de l'emphase de cotte école. Il n'en fut pas ainsi de Malherbe. Après, avoir « ronsardisé » quelque temps, Malherbe se proposa de réformer les défauts de la langue, et de lui rendre son caractère, que risquaient de lui faire perdre l'imitation inintelligente du grec, du latin, de l'italien, et

l'emploi du gascon, mis eu vogue par Henri IV et sa cour béarnaise.

François de Malherbe, Hls d'un pauvre gentilhomme, naquit à Caen, vers 1555. Son père ayant embrassé la Réforme, il en eut «tant de déplaisir», qu'il quitta la maison paternelle. Après avoir été quelque temps secrétaire du duc d'Angoulême, fils naturel de Henri II, il entra dans l'armée et servit avec distinction. Il cultiva la poésie au milieu des camps ; mais ses premiers essais furent faibles. Il avait quarante-sept ans, lorsqu'il écrivit la première pièce qui le fit connaître. C'est une ode, où il célébrait l'arrivée de Marie de Médicis, qui, en 1600,

venait épouser le roi Henri IV. Le début respire la joie et le bonheur;

Peuples, an'on mette sur latûte Tout ce que la terre a de llcurs ; Peuples, que cette belle fête  jamais tarisse nos pleurs.

Cette pièce commença la réputation de Malherbe. Le Cardinal Du Perron parla de lui au roi Henri IV, et dit que ■m ce gentilhomme de Normandie avait porté la poésie à UQ si haut point, que personne n'en avait jamais approché. » Malherbe étant allé à Paris pour ses affaires, l^rol se le fit présenter. Il voulait lui faire du bien; mais le sévère Sully, qui sans doute se souciait peu de la poésie, refusa d'ouvrir le trésor en faveur du poète. Henri IV j pour ne pas faire violence à Téconomie de son ministre, pria le duc de Bellegarde, son grand écuyer, de donner à Malherbe le logement, la table et une pension de mille livres. C'est alors que notre poète put se dévouer tout entier à sa réforme littéraire. --5^

Malherbe possédait la plupart des qualités propres au «uccès de sa mission : il avait un bon sens profond, un -goût sûr, une patience laborieuse, et un esprit dont les caractères étaient l'ordre, la logique, la discipline, la clarté, la dignité. Il se livra à une étude minutieuse des premiers éléments delà langue, du génie et des formes qui lui sont propres ; il examina, il pesa tout les mots, tous les tours, et il en régla l'emploi avec l'exactitude sévère

d'un grammairien, avec rau(oriléM'un législateur rigide. Balzac, son disciple et son ami, a fait de lui un portrait, sinon flatteur, du moins fort ressemblant : « Vous vr>us souvenez, dit-il, du vieux pédagogue de la Cour, qu'on appelait autrefois « le tyran des mots et des syllabes », et qui s'appelait lui-même, lorsqu'il était en belle humeur, le grammairien en lunettes et en cheveux gris... Pai pitié d'un homme qui fait de si grandes différences entre « pas » et « point »; qui traite l'affaire des « gérondifs » et ^es « participes » comme si c'était celle de deux peuples voisins l'un de Tautre et jaloux de leurs frontières. Ce docteur en langue vulgaire avait accoutumé de dire que depuis tant d'années il travaillait à « dégasconncr » la Cour, et qu'il n'en pouvait venir à bout. La mort l'attrapa sur l'arrondissement d'une période', et Tan climalérique * l'avait surpris délibérant si « erreur » et « doute » étaient masculins ou féminins. Avec quelle attention voulait-il qu'on l'écoutàt, quand il dogmatisait de l'usage et de la vertu des particules ! »

Malherbe eut à essuyer bien des critiques et des attaques. B.égnier écrivit une de ses meilleures satires contre le chef de ces réformateurs pédants,

i Chaque 7* année de la vie humain© î 7,14, 21, 28, etc., sont les années climatériques.

«(EIZlàUE SIÈCLE 6^

Qui tout seuls de bien dire ont trouvé la mûlhode.

Cependant leur savoir ne s'étend seulement

Qu'à regratter un mot douteux au jugement.

Prendre garde qu'un « qui » ne heurte une diphthongue» -

Epier si des vers la rime est brève ou longue,

Ou bien si la voyelle, à l'autre Brunissant,

No rend point à l'oreille un vers trop languissant.

Et laissent sur le vert le noble do Touvrage.

Nul aiguillon divin n'élèvo leur courage ;

Ils rampent bassement, foibles d'inventions,

Et n'osent, peu bardis, tenter les fictions ; "

Froids à l'imaginer, car s'ils font quelque chose.

C'est proser de la rime et rimer de la prose,

Que l'art lime et relime, et polit de façon

Qu'elle rend à l'oreiHe un agréable son.

Malherbe laissa crier ses adversaires, et continua son œuvre avec un zèle et une ardeur qui tenaient du fanatisme. Il se montra le défenseur acliarné de la pureté du langage jusque sur son lit de mort. « Une heure avant de mourir, dit son disciple Racan, il se réveilla comme en sursaut, pour reprendre sa garde-malade d*un mot qui n'était pas bien français; et, comme son confesseur lui en faisait réprimande, il dit qu'il ne pouvait s'en empôc>sO:\ et qu'il voulait défendre jusqu'à la mort la pureté ^^.\a langue française, » Il mourut en 1626.

L'œuvre de Malherbe eut pour résultat de modifier le ton de notre poésie, et la forme du vers et de la phrase. Il ennoblit la langue poétique, et il en fit une langue de distinction, pure, élégante, harmonieuse, sévère dans le

choix des pensées, des mots et des tours, mais sentant un peu. la convention et le formalisme littéraire. Quant au mécanisme du vers, pour rendre le rhytlime plus sensible, il prescrivit dans Talcxandrin un double repos, l'un au milieu, l'autre à la fin; et il nous donna un vers majestueux, qui convient admirablement à la haute poésie, mais qui est trop solennel et trop monotone pour le récit familier et l'allure variée et dégagée du dialogue. Malherbe s'occupa aussi de la strophe ; et, sous prétexte de mieux faire sentir la cadence, il proscrivit la longue période, et ordonna aux poètes de terminer le sens avec chaque strophe. C'était s'exposer à gêner le mouvement de la pensée et à briser le cours de la période lyrique.

Quand même Malherbe n'aurait eji que la gloire d'avoir trouvé la théorie du style poétique, et donné des règles auxquelles Boileau, Racine et tant d'autres poètes asservirent leur génie, ce service serait immense, et lui mériterait la reconnaissance des amis de la littérature française. Non content d'étabhr les principes de notre versification, il joignit aux leçons l'autorité de l'exemple. Il créa le genre lyrique, et composa quelques odes, dont la diction est noble, soutenue, harmonieuse et quelquefols sublime.

Tout le monde sait par cœur les quatre ou cinq strophes qui ont fait la fortune de « l'Ode à Du Perrier, sur la mort de sa fille», «cette rose qui vécut ce que vivent les

SlEIZIÈIfE SIÈCLE 67

roses, l'espace d'un matin. » On connaît aussi « POde à Louis XIII », marchant contre La Rochelle, qui est considérée comme le chef-d'oèuvre de Malherbe; Télévation des pensées et la majestueuse grandeur du style rappellent le ton et la manière de Corneille. Cette ode, admirable pour la forme, est faible d'inspiration et d'idée. Malherbe est un habile poète, mais plus par l'expression et le tour, que par l'invention et les pensées : il a plus de goût que de génie, plus d'élévation que d'enthousiasme. Il travaillait avec une extrême lenteur. On sait qu'il mit trois ans à composer une ode pour consoler le président de Verdun, qui avait perdu sa femme. Quand l'ode arriva, le président s'était consolé par un second mariage.

Boileau a payé un juste tribut d'éloges au grand réformateur de notre poésie, dans ces beaux vers de son « Art poétique » ,

Enfin Malherbe vint, et le premier en Franco Fit sentir dans les vers une juste cadence ; D'un mot mis en sa place enseigna le pouvoir. Et réduisit la muse aux règles du devoir.

Par ce sage écrivain la langue réparéo N'offrit plus rien de rude à l'oreillo épurée. Les stances avec grâce apprirent à tomber, Et le vers sur le vers n'osa plus enjamber.

Tout reconnut ses lois, et ce guide fiidèlo Aux auteurs de ce temps sert encor de modula. Marchez donc sur ses pas ; aimez sa pureté, fit de son tour heureux imitez la clarté.

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