‹ Histoire des progès récens de la chirurgieChapitre 13 sur 28 · XVI · texte numérisé non relu

XVI

CALCULS URINAIRES, LITHONTRIPTIQ U ES , LITHOTOMIE.

S'il était vrai que le cinquième à peine des malades soumis à l'opération de la taille, succombe aux suites prochaines ou éloignées de cette opération , tous les essais entrepris dans le dessein de la perfectionner ou de la rendre inutile seraient accueillis du public avec moins de faveur et présenteraient moins d'importance. Malheureusement, si l'on fait abstraction de la taille des femmes , qui n'est point comparable à la lithotomie pratiquée sur l'homme, et lors même que l'on compte les enfans au-

dessous de sept ans dans ce calcul, les proportions sont bien moins favorables ; à peine guérit-on la moitié des calculeux soumis à l'opération. Si l'évaluation ne porte que sur les adultes et sur les vieillards , les chances du succès deviennent encore moins nombreuses. Enfin, si le calcul ne s'applique qu'aux opérations de tel hôpital placé, il est vrai, dans des conditions tout-à-fait défavorables sous le rapport de la salubrité , il est de notoriété publique que le nombre des calculeux guéris y est à celui des calculeux opérés dans le rapport d'un cinquième. Ne soyons donc point surpris des efforts en tout genre tentés par nos contemporains comme par nos devanciers pour rendre la lithotomie inutile ou moins dangereuse, Nous parlerons d'abord des moyens récemment imaginés pour y suppléer, puis nous ferons connaître les nouvelles méthodes proposées pour sa meilleure exécution.

On conçoit que, plus exposée aux concrétions urinaires qu'aucune autre espèce animale (car ses urines contiennent une espèce particulière d'acide éminemment conerescible), l'espèce humaine se soit, de tout temps, livrée à ta

rechcrclie des moyens capables de les dissoudre. Malgré tous les efforts de l'esprit humain, appliqué depuis plusieurs siècles à ce genre de travaux, on n'a pu jusqu'ici parvenir à la découverte d'un véritable lithontriptique. ^ ainement la connaissance plus exacte de la composition chimique des calculs vésicaux a-t-elle conduit les chimistes à imaginer des dissolvans appropriés à leurs diverses espèces. Les menstrues acides ou alcalins à l'aide desquels MM. Fourcroy et Yauquelin ont proposé de les dissoudre, ne peuvent exercer cette action, car elle exige un certain laps de temps; et comme les urines affluent incessamment par les orifices des uretères, elles se mêlent nécessairement à la liqueur lithontriptique, dont elles affaiblissent et bientôt neutralisent tout-à-fait la vertu dissolvante.

Réfléchissant sur la nature des causes qui rendent inefficaces ou dangereux les lithon- triptiques fournis par la Chimie, l'un de nos collègues, M. Jules Cloquet, a conçu l'heureuse idée de leur substituer des fondans qui agissent seulement en vertu de leurs propriétés physiques, et a reconnu que l'eau dis-

tïllëe était sans contredit le meilleur. Dépourvue en effet de toute qualité irritante et capable d'offenser la vessie urinaire, l'eau distillée, lorsqu'on porte sa température à 5i degrés, thermomètre de Réaumur, agit à la longue sur les calculs les plus durs, quelle que soit leur composition et vient à bout d'en effriter ou d'en déliter la surface ; en sorte qu'il n'est aucun corps qui ne finisse par céder à l'action de ce dissolvant véritablement universel.

Pour l'introduire dans la vessie en quantité, et l'y faire séjourner une durée de temps suffisante, notre collègue a imaginé un appareil ingénieux, lequel se compose d'une sonde à double courant semblable à celle qui se trouve décrite dans la Statique des végétaux , sonde dans un des conduits de laquelle descend le liquide venant d'un réservoir élevé où il est maintenu à une température toujours égale. De cette manière l'eau pénètre dans la vessie, puis en sort, effectuant ainsi une sorte d'irrigation au moyen de laquelle le calcul est comme baigné dans les flots d'un liquide abondant et complètement inoffensif. On conçoit que plusieurs tonnes d'eau tiède peuvent traverser la vessie sans fa-

ligue pour le malade soumis chaque jour, duraut quelques heures , à ce genre de traitement. De longs tubes de gomme élastique, adaptés aux deux pavillons de la sonde à double courant, servent à conduire le liquide qui entre et qui sort de la vessie, le malade étant couché dans son lit dont les couvertures sont à peine soulevées. Chacun peut voir cet appareil, toujours en activité depuis plusieurs années a l'une des extrémités de la grande salle de chirurgie de l'hôpital Saint-Louis, où l'on a obtenu , par son emploi , sinon la dissolution des calculs, but principal de l'inventeur, d'autres résultats également avantageux. On peut dire que, semblable aux alchimistes , qui , en s'efforçant de trouver la pierre philosophale , firent un grand nombre de découvertes précieuses , notre confrère s'est trouvé conduit , par la recherche d'un lithontriptique, à l'invention d'un procédé plus efficace que tous ceux connus jusqu'ici pour traiter et guérir les irritations chroniques ou catarrhes de la vessie. Un assez grand nombre de maladies de cette espèce ont été tantôt soulagées et quelquefois guéries par l'irrigation continuée plu-

8o HISTOIRE

sieurs semaines ou même plusieurs mois, a laide de l'appareil que nous venons de décrire. Considérée comme lithontriptique, l'eau distillée agit, il est vrai, avec une extrême lenteur, mais avec une parfaite innocuité, Lien différente sous ce rapport des menstrues acidulés ou des lessives alcalines à l'aide desquelles MM. Fourcroy et Vauquelin ont proposé de dissoudre les calculs , et qui , quelque faibles qu'on les suppose, sont moins capables d'entamer la pierre que d'enflammer les parois du réservoir. L'eau distillée ne peut, dans aucun cas, ajouter au volume du calcul et favoriser son accroissement , comme le ferait une solution de potasse injectée pour dissoudre un calcul formé d'acide urique en rencontrant un calcul dune autre composition; or, il est, comme on sait, impossible d'avoir autre chose que des présomptions sur la nature chimique d'un calcul encore renfermé dans la vessie . L'examen de l'urine des calculeux, l'analyse des «raviers et des petites pierres rendues avant ou depuis les symptômes indiquant la présence du calcul dans la vessie , le genre de résistance cl de bruit au moment de l'exploration, con-

nue sous le nom de cathétérisme, etc., etc., ne peuvent fournir que de faibles probabilités. L'eau distillée doit agir avec une lenteur excessive , et c'est là sans doute l'inconvénient capital.

La dissolution des calculs serait-elle plus rapide sous l'influence d'un double courant électrique que MM. Prévost et Dumas, habiles expérimentateurs de Genève, proposent de diriger dans la vessie au moyen d'une sonde à double courant, en gomme élastique, et de deux fils métalliques conducteurs? A la première annonce de cette idée d'employer à la dissolution des calculs urinaires la plus grande puissance , l'agent le plus énergique dont il est permis à l'homme de disposer pour la décomposition des corps , nous embrassâmes avec avidité l'espoir d'un succès probable, espoir bientôt déçu par l'expérience, et que le seul raisonnement suffirait pour affaiblir. Plusieurs mois , en effet , seraient nécessaires pour dissoudre un calcul d'un certain volume; or les organes supporteraient-ils sans dommage, soit la fréquente introduction de l'appareil, soit cette électrisation prolongée?

Sa HISTOIRE

Pour arriver aux calculs urinaires renfermes dans la vessie de l'homme, les chirurgiens ont, jusqu'à ce moment, suivi trois directions. Si l'on néglige, en effet, d'assez le'gères différences , on voit que les lithotomistes ont successivement pratiqué une incision transversale, puis verticale , et enfin oblique, par rapport au col de la vessie, et que, de nos jours, on dispute encore pour savoir suivant laquelle de ces trois lignes il est le plus avantageux de faire l'incision. On pratiquait exclusivement l'opération de la taille selon la méthode oblique ou latéralisée , et, d'accord , soit sur la direction qu'il fallait suivre, soit sur les parties qu'on devait inciser pour parvenir au siège du calcul , les chirurgiens de notre âge différaient seulement entre eux par l'instrument dont ils faisaient usage pour entamer le col de la vessie, ceux-ci se servant du gorgeret, ceuxlà du lithotome caché , tandis que les autres s'en tenaient au bistouri ordinaire ou diversement modifié, lorsqu'en i8o5, MM. Chaussier et Ribes, dans une thèse présentée par M. Morland, à l'École de Médecine de Paris, le i3 thermidor an i3, proposèrent de re-

venir à l'incision transversale en faisant voir qu'en cela consistait véritablement la méthode de Celse, mieux expliquée ou mieux com~ prise. Profitant de ce travail, M. le professeur Béclard(i) revint sur les avantages de la méthode de Celse, qu'il a depuis pratiquée avec un plein succès sous le nom de taille bilatérale (D).

Tel était parmi nous l'état de l'art sur ce point, lorsque tout récemment l'un de nos confrères, célèbre par plus d'une invention du même genre, a découvert de nouveau la taille transversale , et , profitant de sa situation à la tête d'un grand hôpital, l'a mise en pratique avec des succès variés. Comme l'ont très bien vu MM. Ribes et Chaussier, l'ancienne méthode de retirer les calculs de la vessie au moyen d'une incision a peu près transversale faite sans conducteur , n'a besoin peut-être que de cette seule addition pour reparaître avec avantage. Exclusivement pratiquée, sous le nom de méthode de Celse , jusqu'au seizième

(i) i8i3. Thèse inaugurale.

siècle , elle fut remplacée pendant environ deux cents ans par le grand appareil qu'inventa Marianus Sanctus, méthode elle-même mise en oubli par l'adoption générale de la taille latéralisée dont frère Jacques fut l'inventeur, et que les travaux d'une foule de chirurgiens ont successivement perfectionnée.

Comme la taille transversale ou de Celse, la taille verticale ou de Marianus Sanctus a été reproduite dans une thèse inaugurale présentée en 1818 à la Faculté de Médecine de Paris, par M. le docteur Sanson, avec cette différence que l'incision de l'urètre est prolongée jusqu'à la vessie, non-seulement au risque d'intéresser le rectum, mais encore avec l'intention bien décidée d'inciser la paroi antérieure de cet intestin.

Si l'on réduit cette sorte d'extension du grand appareil à ce qu'elle a de réellement utile et de praticable, on voit qu'au lieu de dilater ou plutôt de dilacérer le col de la vessie et la partie de l'urètre la plus voisine de cet organe, comme le faisait Marianus Sanctus, on lés incise en même temps que le prostate , en se contentant d'effleurer la partie antérieure des sphinc-

ters de l'anus, sous peine d'exposer le malade à des fistules urinaircs incurables et tôt ou tard mortelles. Je sais bien qu'on n'a pas craint d'exhorter les opérateurs à fendre sans hésiter soit le rectum , soit le bas fond de la vessie , de manière à établir entre eux une large communication et de voir les matières fécales se mêler et passer librement de l'un dans l'autre; mais il est également et fort heureusement certain que de semblables préceptes ne furent jamais mis en pratique. Restreinte à la simple incision des parties que les lithotomistes du seizième et du dix-septième siècle se contentaient de dilater , cette méthode , adoptée avec empressement par quelques chirurgiens d'Italie , à la tète desquels il faut nommer M.Vacca Berlinghieri, a eu peu de succès parmi nous ; les malades qui n'ont point succombé aux suites de l'opération ont conservé des fistules urinaires que n'ont pu guérir ni l'usage des sondes, ni la cautérisation répétée, ni les autres moyens employés contre ces sortes de fistules. Quelques guérisons ont été, dit-on, obtenues hors de la capitale ; de nombreux succès ont couronné les efforts des chirurgiens d'Italie :

peu confîans dans ces cures lointaines, nous 6'en ons néanmoins que, réduite à la simple incision de l'urètre et de la portion du col de la vessie qu'embrasse la prostate , cette méthode peut réussir dans les cas surtout où la partie antérieure de l'anus se trouve à peine entamée , comme il arrive dans l'extraction des calculs d'un petit volume, tels que le sont pour la plupart ceux des enfans. Remarquons à cette occasion que c'est toujours sur des calculeux de cet âge que s'exercent les inventeurs ou les exécuteurs d'une nouvelle méthode ou d'un nouveau procédé pour l'opération de la taille, bien certains que le succès du mode opératoire le plus vicieux leur est comme assuré ou du moins promis par les chances favorables de la lithotomie pratiquée à cette époque de la vie$ elle réussissait sur les enfans , exécutée selon la méthode transversale ou de Celse , au hasard et sans l'aide d'un conducteur, par des hommes étrangers à i'anatomie. Pourvu de cet utile secours, guidé par la connaissance des parties incisées, pourquoi n'aurait-on pas aujourd'hui plus de succès que nvn obtenaient nos prédécesseurs, bornés àcelfe seule méthode

jusqu'à l'invention du grand appareil , c'est-àdire durant les temps antérieurs au seizième siècle de notre ère?

C'est ce qu'ont pense' avec raison MM. Chaussier et Ribes , lorsqu'en 1 8o5 ils publièrent , dans une dissertation inaugurale , publiquement soutenue devant l'illustre Faculté' de Médecine de Paris , le résultat de leurs travaux et de leurs recherches sur la méthode de Celse et les perfectionnemens dont elle est susceptible.

Le malade étant placé et assujetti à peu près comme dans la méthode latérale , et le cathéter introduit, MM. Chaussier et Ribes appuyant les trois grands doigts de la main gauche sur l'anus pour le déprimer du côté du coccix , prenaient un scalpel à long manche, tranchant sur sa convexité, en portaient la pointe sur le côté droit du périnée, environ à dix lignes du raphé et seulement à six lignes au-dessus de l'anus, puis incisaienttransversalement, et, parvenus au côté gauche du raphé , prolongeaient l'incision un peu obliquement et la dirigeaient ainsi du côté de l'ischion , afin de lui donner la forme d'un croissant, comme Celse le demande et l'exprime d'une façon assez claire pour qu'on

ait lieu d'être surpris que ses traducteurs , jusqu'à M. Chaussier , l'aient aussi mal interprété : Incidi juxia aman cutis plaga lunata usque ad cervicem vesicœ débet, cornibus ad coxas spectantibus paulian , dit Celse , et l'on ne sait pourquoi ses traducteurs expliquaient par le mot cuisse le terme coxas, qui, d'après de graves autorités, indique manifestement l'os coxal et spécialement cette. partie connue sous le nom d'ischion , sur laquelle repose le poids du corps dans l'attitude assise. La première incision rendue plus profonde, on reconnaît et l'on incise l'urètre, puis l'on divise de chaque cùié la prostate et le col de la vessie , soit en la coupant successivement à droite et à gauche , soit à l'aide du lithotome caché el à double lame comme celui de Fleurant , plus anciennement décrit et gravé dans Franco. Qui pourrait croire qu'après une description si exacte et si complète même dans l'abrégé que nous en donnons , un chirurgien ait , tout à l'heure , donné comme sienne cette explication de la méthode de Celse, et montré aux ignorans ainsi qu'aux habiles le lithotome à double lame comme un instrument de son invention ?

Sans doute dans cet espace étroit , borné sur les côte's par les tubérosités sciatiques , et qui d'avant en arrière s'étend de la partie inférieure de la symphise du pubis à la pointe du coccix, champ limité dans lequel ne peut s'égarer l'imagination même la plus vagabonde , une incision transversale conduit à la vessie aussi sûrement que l'incision verticale ou que Tincision oblique, sans avoir sur ces dernières aucun avantage, pas même celui d'éviter d'une manière plus sûre l'incision des canaux éjaculateurs.Maisil s'agit moins d'établir s'il est possible de tailler selon la méthode de Celse, et de retirer un calcul de la vessie à l'aide d'une incision transversale, chose dont personne n'a jamais douté, que de décider si l'on obtient plus de succès en adoptant ce procédé qu'en pratiquant l'incision oblique connue sous le nom de taille latérale ou latéralisée, méthode inventée par le frère Jacques , et perfectionnée par les travaux successifs d'un si grand nombre de chirurgiens habiles , depuis la fin du dixseptième siècle jusqu'à nos jours. ïci nous sommes forcés d'invoquer l'expérience, cet arbitre suprême des méthodes, dont il est

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souvent si difficile d'interpréter les arrêts. Suivait-il la méthode de Celse, cet habile lithotomiste, ce célèbre Raw, si heureux dans sa pratique, si l'on doit ajouter foi à des traditions évidemment exagérées et mensongères ? Celsum legitote : lisez Celse , répondait-il toujours à ceux qui s'enquéraient curieusement de sa manière d'opérer dont il fît toujours un secret. Quoi qu'il en soit, sans avoir taillé quinze cents calculeux sans en perdre un seul, comme on l'a raconté du chirurgien hollandais, Cheselden, Lecat, le frère Cosme, Pouteau et plusieurs autres chirurgiens habiles dont les travaux ont , dans le cours du siècle dernier , conduit la taille oblique ou latérale à un degré si voisin de la perfection , ne perdaient pas plus du vingtième de leurs malades, proportion bien faible si on la compare aux résultats de la pratique actuelle. L'un de nos maîtres, M. Boyer, a jusqu'à un certain point réuni les avantages de l'incision transversale à ceux de la taille latérale en se servant du lithotome caché de la manière que voici. Avant d'ouvrir l'instrument introduit â&ns la vessie, il en tourne le tranchant à gau

die de manière à couper transversalement le col de cet organe ainsi que la prostate ; puis il laisse rentier la lame dans la gaine , et retire l'instrument suivant la direction oblique de l'incision primitive. La plupart des chirurgiens français se sont empressés d'adopter cette modification, dans laquelle nous trouvons le double avantage d'inciser largement le col dé la vessie de manière à rendre le chargement et l'extraction du calcul beaucoup plus facile, sans courir le risque d'intéresser le rectum et les vaisseaux en portant trop loin l'agrandissement de la plaie extérieure. Celle-ci est presque toujours suffisante, et se prête, sans tiraillemens et sans violence, à l'extraction des calculs les plus volumineux. C'est effectivement pour les faire sortir de la vessie qu'on est obligé aux plus grands efforts et qu'on occasionne le plus de douleurs. Le procédé le plus certain pour éviter celles-ci est donc d'inciser largement le col de la vessie ; et si l'on craignait d'atteindre l'artère honteuse en portant trop loin le tranchant du lithotome transversalement dirigé en dehors, il n'y aurait nul inconvénient à laisser rentrer la lame de l'in-

strument dans sa gaine, et à tourner celle-ci de gauche à droite pour effectuer transversalement l'incision du côté droit du col de la vessie et de la prostate dont il est environné.

L'auteur de cet ouvrage a usé de cet expédient avec un plein succès dans un cas où se présentait à extraire une pierre très volumineuse. Elle fut retirée du premier coup, bien qu'elle pesât plus de trois onces. On ne se laissera point arrêter par l'idée qu'il convient de donner , autant que possible , la même direction à l'incision interne et à la plaie extérieure. Les tissus divisés , puis comprimés par l'introduction des tenett.es employées à l'extraction des calculs, cèdent et s'affaissent, en sorte que tout le trajet de la plaie est bientôt ramené à une même direction; cet effet de l'emploi des instrumens destinés à l'extraction des calculs, joint à ceux qui résultent de l'élasticité des tissus, est tel que bien souvent la plaie extérieure présente très peu de différences à la suite de la taille pratiquée suivanl des méthodes tout-à-fait diverses.

L'opération de la taille au-dessous du pubis est donc arrivée à un point de perfection qu'il

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est difficile de dépasser, et Ion ne peut guère aujourd'hui que comparer les résultats obtenus par les méthodes connues et décrites; parallèle difficile, car il faudrait que toutes les circonstances fussent exactementles mêmes pour les malades qui serviraient à l'établir. Or, il est presque impossible qu'ils se trouvent dans des conditions tout-à-fait semblables sous le rapport de l'âge de l'individu , du volume de la pierre, de l'ancienneté de la maladie, et par rapport à une multitude d'autres termes de comparaison dont la diversité doit influer puissamment sur la solution du problème.

Toutefois l'importance des organes qu'on incise dans l'opération de la taille , la vive sensibilité dont ils jouissent, en feront toujours l'une des opérations les plus difficiles, l'une des plus graves de la chirurgie, en sorte que, tout en s'efForçant de diminuer les chances delà mortalité, il sera toujours impossible qu'elle ne soit fatale à un certain nombre des personnes qui s'y soumettent.

Cette considération des douleurs qu'elle cause, et des dangers qui l'accompagnent, a de

tout temps porté les médecin» et les malades eux-mêmes à la recherche d'un moyen mécanique propre à la rendre inutile. Dès la plus haute antiquité, comme on peut le lire dans Prosper Alpin, les Egyptiens savaient, à l'aide d'un chalumeau de bois ou d'ivoire, insuffler la vessie et l'urètre de manière à dilater celui-ci et à retirer, par cette voie, des calculs vésicaux assez volumineux. A leur exemple, un colonel anglais, du nom de Martin, employé dans l'Inde, tourmenté parles douleurs de la pierre , imagina de faire construire un gros stylet d'acier, courbé en manière d'algalie , de pratiquer sur sa convexité une lime bien trempée, puis la faisant parvenir dans la vessie, à la faveur d'une sonde de gomme élastique à laquelle il servait de mandrin , et passant et repassant sans cesse sur la pierre , il finit par la réduire en poudre , comme l'atteste le docteur Scott de Bombay qui publia ce fait curieux dans le Journal de V Institution royale. Le professeur Monro, d'Edimbourg, montredansses leçons l'instrument dont le colonel s'est servi , et , de plus , il en existe un dessin à la suite de la traduction qu'a faite en français

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M. Piifaut, de Y Histoire chimique des calculs , par le docteur Marcet. En i8i5, un médecin bavarois, le docteur Gruithuisen, fit imprimer dans la Gazette allemande de Saltzbourg, an 1S1 3 , ses vues sur la destruction des calculs urinaires formés dans la vessie humaine, sans avoir recours à l'opération de la taille; là se trouve la description et la figure d'instrumens lithontripteurs dont M. Gruithuisen paraît n'avoir point fait usage. Quatre ou cinq ans après, en 1817, trois élèves de l'école de Médecine de Paris, MM. Amussat, Civiale et Leroy, et un docteur de l'école de Montpellier, M. Fournier de Lempde, imaginèrent presque en même temps des instrumens analogues, sans qu'aucun d'eux, bien certainement, connût la gazette de Saltzbourg , où se trouvait consigné le travail du docteur Gruithuisen; et c'est une chose bien remarquable qu'à peu près à la même époque plusieurs médecins aient travaillé sur l'ancienne idée de détruire les calculs urinaires dans la vessie elle-même pour en retirer les débris par le canal de l'urètre. L'un d'eux, M. le docteur Civiale, a, sur ses confrères, le grand avantage d'avoir le premier appliqué à

l'homme vivant les instrumens lithontripteurs, et d'avoir opère, par leur emploi, un grand nombre de guérisons authenliquement constatées.

Le traitement commence par la dilatation de l'urètre portée au point que ce canal admette aisément une canule ou sonde droite de la grosseur du petit doigt ; au moyen de cette sonde, M. Civiale conduit dans la vessie une pince à trois branches, lesquelles s'écartant par l'effet de leur élasticité, saisissent le calcul, le serrent et le maintiennent immobile; alors, à l'aide d'une espèce de foret placé dans le centre de la pince à trois branches, véritable tarière le plus souvent figurée comme une couronne de trépan , on perfore le calcul en divers sens, et , revenant sur cette opération à plusieurs reprises, on parvient enfin à détruire la concrétion, qui sort tantôt en fragmens plus ou moins nombreux , et quelquefois sous forme de sédiment ou de bouillie plus ou moins épaisse à raison de son mélange avec les urines. Cette sorte d'usure s'effectue sans violence; le stilet perforateur est garni, à son extrémité non armée , d'une poulie semblable

an tour des horlogers et tourne avec autant de douceur que de vitesse par le moyen d'un long archet. Un bruit tantôt sourd et tantôt éclatant selon l'espèce du calcul, mais toujours distinct , annonce son broiement aussitôt que le mouvement de rotation est imprimé au perforateur. La forme de l'extrémité vraiment agissante n'est pas invariable; en effet le perforateur se termine tantôt par un petit bouton de lime en forme de fraise, tantôt par une scie circulaire, et d'autres fois par un simple poinçon triangulaire , selon la grosseur et la nature présumée du calcul.

Une trentaine de calculeux ont été traités et, pour la plupart, guéris par M. le docteur Civiale, suivant le procédé que l'on vient de décrire. Plusieurs médecins de la capitale, et l'auteur de ce discours , ont été témoins que dans une, pour quelques cas favorables, le plus souvent en deux ou trois et quelquefois cinq à six séances d'une demi-heure environ de durée , des calculs assez volumineux ont été détruits et retirés de la vessie, réduits en parcelles, tantôt entraînés par les urines, et d'autres fois à la faveur d'une injection d'eau

tiède, si complètement, que l'exploration la plus attentive du réservoir n'a pu faire reconnaître le moindre fragment de la pierre. Avouons toutefois que le système lithontripteur n'est, point applicable à tous les cas de concrétions urinaires renfermées dans la vessie. D'abord, la[ dilatation préalable de l'urètre est très difficile et comme impossible chez quelques individus sur qui ce canal est naturellement ou accidentellement très étroit; cependant en se servant , comme le fait M. le docteur Civiale, de bougies de cordes à boyau , d'abord très fines et dont on augmente progressivement la grosseur, on vient à bout d'effectuer l'élargissement suffisant du conduit. La chose est plus difficile chez les enfans, et fort heureusement c'est sur les malades de cet âge que l'opération de la taille est de l'exécution la plus aisée et réussit le plus généralement. Quelques adultes n'ont pu supporter la dilatation de. l'urètre portée au point nécessaire. La méthode du docteur Civiale ne peut d'ailleurs être appliquée aux concrétions volumineuses, par l'impossibilité de les saisir et de les faire entrer dans l'écarlement des trois

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branches élastiques de la pince. L'ulcération des parois de la vessie contr'indique l'emploi des instrumens lithontripteurs , mais il est également contraire au succès des instrumens eystotomiques. Enfin , et cette dernière objection est la plus forte , un ou plusieurs fragmens du calcul broyé dans la vessie peuvent facilement échapper, et, restés dans un coin de la poche, devenir les noyaux de pierres nouvelles.

En résumé, bien que certains cas se refusent à l'emploi des instrumens lithontripteurs du docteur Civiale, ce médecin ne mérite pas moins les plus grands éloges. En effet sa méthode, appliquée aux calculs de la vessie, commençans et encore peu volumineux , deviendra d'un usage d'autant plus général et d'autant plus efficace que, rassurés contre la crainte de la mort, les malades s'y soumettront sans répugnance , de bonne heure et aussitôt qu'ils soupçonneront l'existence de la maladie , et par conséquent avant que les parois de la vessie soient profondément altérés ou que le calcul ait acquis un volume trop considérable.

too HISTOIRE

Terminons celongarticleconsacréàl'liistoirc des progrès réeens de la Thérapeutique chirurgicale, dans le traitement des calculs vésicaux, par quelques réflexions nécessaires. On a pu voir avec quelle activité l'heureuse industrie des chirurgiens français s'était exercée dans la recherche des moyens propres soit à dissoudre les pierres urinaires, soit à les retirer de la vessie préliminairement incisée, soit enfin à les briser dans l'intérieur de ce réservoir , puis à les extraire par fragmens au travers de l'urètre dilaté. Comme nous avons eu soin de l'indiquer, la nouveauté se trouve rarement jointe à l'utilité : remèdes lithontriptiques, procédés lithontripteurs , instrumens et méthodes cystotomiques, tout avait été proposé à des époques plus ou moins éloignées ; et pour peu qu'on y réfléchisse, on comprendra sans peine que dans les essais tentés pour satisfaire à une indication positive , dans ces efforts nombreux et louables pour atteindre un but exactement déterminé, il était impossible de ne pas tomber dans des routes déjà frayées de manière à inventer une seconde fois des méthodes curatives dont on avait non-seulement

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entrevu, mais clairement exposé tous les avantages. Comme nous allons le voir, néanmoins , tous nos compatriotes n'ont point élé plagiaires sans le savoir, et par conséqueutne peuvent prétendre à être jugés avec la même indulgence. La sonde à double courant , à la faveur de laquelle il est facile de faire passer , au travers de la vessie, une énorme quantité de liquides capables de dissoudre lentement les calculs , la sonde à double courant se trouve décrite par Etienne Haies , dans un ouvrage contenant un grand nombre d'expériences et d'observations sur les moyens de dissoudre la pierre. Ce livre, publié à Londres en 174°? était bien certainement inconnu à notre habile et savant collègue M. le docteur Jules Cloquet, bien qu'il ait été traduit dans le tome 11 d'un recueil d'expériences sur la pierre, imprimé à Paris en 1743. MM. Prévost et Dumas, de Genève, ignoraient sans doute que non-seulement le docteur Mauduit, dans ses Mémoires sur l'application de l'électricité au traitement des maladies , avait parlé de sa vertu lithontriplique , mais qu'encore M. le docteur Gruit h uisen , membre de l'Académie des sciences de

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Munich , avait publiquement annoncé , il y a plus de dix ans, que l'on parviendrait à dissoudre un calcul urinaire dans la vessie en y employant une pile de Volta formée de six cents disques. Le même médecin bavarois a, comme nous l'avons vu, l'antériorité sur notre confrère M. le docteur Civiale, qui, de son côté, a le mérite et l'avantage d'avoir mis à exécution un projet dont il ignorait l'existence.

Leloignement des temps et des lieux, la différence des idiomes expliquent suffisamment ces rencontres et ces ressemblances dans des travaux dirigés vers le même but, et qui ont des hommes également éclairés pour auteurs. En est-il de même d'une méthode, nouvelle dit-on, de pratiquer l'opération de la taille, méthode qui fit le sujet d'un mémoire eoc projcsso , lu dans votre séance du mois d'août 1824. Chacun de nous connaissait les essais tentés sur le cadavre , par l'un de nos plus estimables collègues, M. le docteur Ribes, d'après une in terprétation nouvelle proposée il y a vingt ans par M. le professeur Chaussier, essais et traduction rapportés avec détail dans une thèse publiquement discutée en i8o5 ( i5 thermidor

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an i5), devant l'École de Médecine de Paris, par M. Pierre Morland de Dijon (i). Un autre de nos collègues, M. le professeur Béclard , avait profité de ce travail: dans sa dissertation inaugurale présentée en i8i3, et , depuis cette époque , avait plusieurs fois pratiqué la taille transversale, qu'il appelle bilatérale, sur le vivant et sur le cadavre , lorsque M. Dupuytren, ignorant, s'il faut l'en croire, tant de travaux publiquement exécutés durant dixhuit années dans une école dout il fait partie , a composé sur ce sujet un mémoire académique dans lequel il n'a pas craint de se donner pour le premier opérateur qui, de nos jours, ait bien compris le passage de Celse et taillé suivant sa méthode. Tant de confiance excita parmi vous un étonnement que ne diminua point la confession humble et tardive d'un plagiat involontaire. Cependant, le lendemain même , tous les journaux politiques de la capitale publièrent l'annonce de notre assentiment el de

(i) Collection in-4° des Thèses de la Faculté de Médecine de Paris, an i3, n° 5c&

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l'admiration dont nous avait transportés une découverte aussi importante. Profitant des avantages de sa situation, l'auteur du mémoire a pratiqué depuis la taille transversale sur plusieurs malades, reçus à l'Hôtei-Dieu , avec des succès variés , et chacun de nous a pu lire, dans lagazette, que d'augustes personnes ayant visité cet asile de la douleur, la nouveauté des instrumens et de la méthode avait fait briller dans tout son éclat le génie de l'inventeur ► Qu'au dix-neuvième siècle , qu'un grand poète, lord Byron, a caractérisé avec autant de vérité que d'énergie en l'appelant le siècle de l'hypocrisie et du mensonge, le peuple et les grands, la cour et la ville, éprouvent de semblables déceptions , rien de plus naturel et de plus ordinaire. C'est aux corps savans, sous peine de tomber dans un juste mépris , à protester de toutes leurs forces, au nom de la vérité méconnue, et de réduire à leur juste valeur les suffrages d'une multitude abusée. Son ignorance explique et légitime en quelque sorte l'empire qu'obtinrent de tout temps sur elle les charlatans de toute espèce.

DE LA CE1IRURGIE. m5

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