VI
FISTULES SA.LIVAIRES.
Produites et entretenues par la perforation du canal excréteur de la glande parotide , les fistules salivaires de la joue ne guérissent jamais d'une manière plus prompte et plus sûre que par l'établissement d'une fistule interne, véritable conduit artificiel, entretenu par la présence d'un corps étranger dilatant. Ce moyen de dilatation est conservé pendant tout le temps nécessaire pour qu'une membrane muqueuse s'organise dans toute la longueur
du nouveau conduit, dont elle empêchera désormais l'oblitération. Deux de nos confrères, MM. Déguise père et Béclard, ont soumis à l'examen des membres de l'Académie, plusieurs malades qu'ils ont traités et guéris suivant cette méthode ancienne, par eux modifiée au moyen de l'addition d'un procédé aussi nouveau qu'ingénieux. Au lieu de conserver la plaie extérieure , nos confrères percent obliquement la joue avec un petit trois-quarts à hydrocèle , qu'ils retirent pour introduire un fil de plomb, au moyen duquel ils forment une anse en le nouant sur lui-même. Cette anse, laissée au dedans de la bouche, reste appliquée contre la face interne de la joue. Ce procédé , analogue à celui de Monro, en diffère essentiellement en ce que l'anse de plomb ne paraît nullement en dehors, et par conséquent ne s'oppose point à la cicatrisation de la plaie extérieure , qui se ferme de suite , et long-temps avant le complet établissement de la fistule interne. Dans un cas particulier, M. le professeur Béclard a sondé le canal de Sténon , et introduit dans son orifice buccal un long stylet d'argent flexible, très mince a
l'une de ses extrémités , et semblable à ceux dont on fait usage pour pénétrer dans les conduits lacrymaux ; tandis que l'autre extrémité, plus volumineuse , était taraudée , pour qu'on pût y visser le fil de plomb. Celui-ci fut ainsi conduit jusque vers la fistule , puis ramené dans la bouche au moyen du trou fait à la joue dans cet endroit , et noué sur lui-même de manière à former une anse intérieure qui ne s'opposât point à la prompte cicatrisation de la fistule.
S Vit
Certains individus naissent le voile du palais fendu dans le milieu de sa largeur. Ce vice de conformation , dans lequel la luette est bifide , se voit moins communément que la difformité congéniale appelée bec-de-lièvre : il n'est pas néanmoins fort rare. A l'époque où l'observation attentive des défectuosités de ce genre révélait aux physiologistes l'une des lois les plus importantes de l'économie , l'un des membres de cette Académie enseignait à les
4o HISTOIRE
corriger au moyen d'une opération ingénieuse : heureuse coïncidence dans laquelle l'avantage reste à la Chirurgie de toute la différence qui existe entre le curieux et l'utile.
Les derniers travaux des physiologistes ont appris que la machine animale , au lieu d'être constituée, pour ainsi dire, d'un seul jet, se forme progressivement et s'organise en quelque sorte pièce à pièce. Les viscères existent avant les parois des cavités destinées à les renfermer; le développement commence par les parties latérales , et finit par la ligne médiane, les deux moitiés du corps s'unissant au moment où l'organisation s'achève. Aussi la plupart des difformités congéniales existent-elles sur ce point et dépendent-elles d'un développement incomplet. C'est ainsi que la lèvre supérieure, la voûte palatine, le voile du palais, la luette, restent souvent divisés, et que l'art est appelé à terminer l'œuvre imparfait de la nature. C'est principalement dans la vue de rendre aux malades la faculté d'articuler des sons distincts qu'il devient nécessaire de remédier à la division congéniale du voile du palais. La déglutition des alimens solides ou même liquides,
DE LA CHIRURGIE. £i
quoique laborieuse, est encore possible , mais 1 individu ue profère que des sons inarticulés et inintelligibles, il est réduit à la condition des brutes. Pour restituer la parole , M. le professeur Grœfe a imaginé, en 1816, de rendre saignans les bords de la division , puis de les rapprocher et de les maintenir en contact pendant le temps que la nature emploie à leur réunion? et, pour ces trois temps de l'opération , il a inventé des instrumens commodes, qu'a imités, sans Je savoir sans doute en 181g (1), et fait connaître en France, M. le professeur Roux , Chirurgien en second de l'hôpital de la Charité;
BRO>'CHOTOM I K
L'extraction des corps étrangers introduits dans la trachée-artère, est devenue une opération facile et sans danger depuis qu'on a substitué à l'incision pénible de la trachée-artère vers la partie inférieure du col , la section du cartilage cricoïde jointe à celle des deux
f t) Voyez les tiotes, page 332.
4a HISTOIRE
ou trois premiers anneaux du caual aérien. La bronchotomie étant pratiquée suivant ce procédé, il est toujours aisé de déterminer le lieu précis où la pointe du bistouri doit être plongée : c'est l'endroit placé au-dessous du nœud de la gorge , expression vulgaire usitée pour indiquer la saillie du larynx vers la partie moyenne et antérieure du col. A quelques lignes au-dessous du point le plus saillant de cette proéminence , on reconnaît l'intervalle ihym-cricdidien au défaut de résistance et à la dépression qu'éprouve la membrane cricoihyroïdienne > lorsqu'on appuie sur elle l'extrémité du doigt indicateur. Cette exploration est facile, même sur les personnes qui ont le plus d'embonpoint. La pointe de l'instrument, dont le tranchant est dirigé en bas et en avant, pénètre de trois h quatre lignes dans le canal, que l'on fend ainsi longitudinalementetde haut en bas dans une étendue d'environ quinze lignes. Cette ouverture est suffisante pour laisser sortir une fève de haricot ou tout autre corps étranger d'un pareil volume; et comme elle n'intéresse que la peau, la membrane cricothyroïdienne, le cartilage cricoïde et les quatre
ou cinq premiers anneaux de la trachée-artère, la plaie est peu profonde; elle correspond exactement à la ligne médiane celluleuse qui sépare les deux moitiés symétriques du col, et par conséquent ne divise le corps thyroïde que dans l'isthme étroit et mince qui en unit les deux lobes, portions de la glande où n'existent que de très petites artérioles, au moyen desquelles les artères thyroïdiennes d'un côté communiquent avec celles du côté opposé. Or, l'Anatomie apprend que les anastomoses des vaisseaux thyroïdiens dans le parenchyme glandulaire n'ont lieu qu'entre leurs dernières ramifications. La bronchotomie , pratiquée suivant ce procédé, est à peine une opération sanglante. En effet, comme on ne prolonge pas l'incision beau- Coup au-dessous de la partie moyenne du col , l'instrument n'atteint pas le plexus des veines thyroïdiennes, qui sort de la partie inférieure de la glande , et descend au devant de la trachée-artère. Comme on l'a dit ailleurs (i), ce
(i) Richerand, Nosographie chirurgicale , Paris, i8o5.
sont ces vaisseaux qui faisaient de la trachéotomie une opération laborieuse. Le sang s'en écoule en grande quantité, et, s'insinuant dans la trachée-artère , détermine une toux suffocative d'autant plus dangereuse que > faute de point d'appui , on ne peut exercer la compression sur les veines incisées; ajoutons que le sang ne viendra point d'en haut, si, après avoir incisé les tégumens sur la ligne médiane du col, on a la précaution de porter l'extrémité du doigt indicateur dans l'angle supérieur de la plaie , afin de s'assurer quelle est précisément la ligne transversale qu'occupe l'arcade renversée, résultant de l'anastomose des artères thyroïdiennes supérieures au devant de l'espace thyro-cricoïdien. C'est exactement au-dessous de la ligne où le vaisseau fait sentir ses battemens qu'il importe de plonger la pointe du bistouri, pour pénétrer dans le larynx au travers de la membrane.