‹ Histoire des progrès de la civilisation en Europe depuis l'ére chrétienne jusqu'aù XIXe siècle (volume 2)Chapitre 2 sur 44 · CHAPITRE SECOND · texte numérisé non relu

CHAPITRE SECOND

Les croisades ont e'të re've'nement le plus important de l'e'poque qui nous occupe, mais elles n'ont pas e'té le seul fait important. Pendant que les princes , les barons et les e'véques conduisaient en Palestine des troupes indisciplinées, le de'sordre e'tait souvent dans l'inte'rieur du royaume. Le retour de la Terre-Sainte amenait alors le châtiment des coupables, ou des troubles plus graves encore et d'autres éve'nements surgissaient alors de ce retour. Le plus important d'entre eux est Taffranchissement des communes, que nous nous contentons d'indiquer dans ce chapitre , pour lui donner une place à part dans le chapitre consacre' à la peinture de l'ëtat social et des lois.

Sans abolir la fe'odalité, cet e'tablissement des communes en fit du moins disparaître les effets les plus barbares et les plus oppressifs; dès lors les habitants des villes purent etie gouverne's par des echevins, des consuls, des maires ou majeurs, etc., IV. 5

enfin , par des airtorites de leur clioix. Ils purent en appeler des justices seigneuriales au jugement du roi , ce qui était un grand pas vers d'autres améliorations qu'ils obtinrent plus tard. Ils recouvrèrent le droit de changtu" de domicile, de se marier, de commercer et de disposer de leurs biens à leur gié. La liberté' des villes, en ranimant 1 industrie, rendit à la France un peu de cette vie active, anime'e, qui fiiit le bonheur et la richesse des e'iats... 31ais cet événement, résultat des longues soutlrances dun peuple opprimé, ne fut pas l'aÔaire d'un jour; il fut au contraire long et partiel : ici ce fut Téveque qui l'accorda et obtint la sanction du roi , ailleurs la violence seule put l'arracher après de longs débats. Dans beaucoup de conmiunes , des sommes d argent considérables engagèrent le souverain à accorder un droit plus favorable que luiisible à sou autorité. Lonis-le- Gros a eu l'honneur de l'octroyer le premier; mais Louis N II, Philippe- Auguste et saint Louis eurent encore liou nombre de chartes h sanctionner; et telle counnuue qui commença s;i régénération sous Philippe I", ne fut réellement libre qu'après les dernières croisades. V l'exemple des rois, les seigneurs, presque tous ruinés par ces croisades, ravis de trouver une ressource qui rétablissait leur fortune, et ne prévoyant pas assez

le coup qu'ils allaient porter à leur puissance, vendireut à leurs vassaux 1 afFraucliisseuient de l'esclavage dont ils les avaient accable's ; ils accordèrent aussi des chartes de communes dans leurs terres.

Louis-le-Gros fut plus vertueux que politique et se laissa toujours tromper par le roi d'Angleterre. Il mourut, laissant à son fils , encore bien jeune , la charge du gouvernement ; les dernières paroles qu'il lui adressa méritent d'étie répétées : « Souvenez- vous , mon jSls , que la rojautë n est qu'une charge publique dont vous rendrez un compte très rigoureux après votre mort. » Depuis le règne de Hugues-Capet , le pouvoir royal était ane'anti en France j on doit savoir gi'ë à Louis d'avoir, plus que ses prédécesseurs^ songe à ses sujets et adopte des mesures énergiques.

C'est sous son règne qu'eurent lieu les disputes tlie'ologiques de saint Bernard , de l'abbé deClunj, et du malheureux Abeilard, tous trois diversement célèbres. Les leçons de ce dernier étaient suivies par trois mille écoliers, et, comme aucune salle n'était assez vaste, il les donnait en plein air. 11 fonda ainsi la réputation des écoles de Paris. Les progrès de l'esprit se manifestaient par le zèle qui se réveillait pour les études j malheureusement la direction donnée à ces éludes était plus favorable

— 3G — à la dispute qu'à la raison, et no reproduisait (ju'une vaine scolastique ; malheureusement aussi, la science du droit fe'odal remplaçait pour les princes toute autre étude.

Les moines firent à celte époque ce que les rois ne voulaient et ne pouvaient pas faire : ils rendirent de grands services aux lettres en établissant des écoles dans leurs monastères , en copiant les anciens manuscrits j sans eux nous aurions peut - être perdu tous les tre'sors de l'antiquité.

Pliilippe-Auguslo signala la première année de son règne en chassant les Juifs de ses états et en exterminant les Brabançons, bandits rassemblés en corps, dont les brigandages portaient partout la désolation. Cependant les Croisés, divisés en Palestine, étaient battus par le célèbre Saladin ; cette triste nouvelle ranima l'ardeur des croisades: les rois de France et d'Angleterre oublièrent leurs querelles pour prendre la croix.

Après celte expédition sans succès, Philippe s'empara de la Normandie , divorça et encourut rexcommunication ; mais il méprisa l'anathéme et usa de son autorité avec les évéques. Il fit plus : le roi d'Angleterre avait tué le jeune Arthur , qui avait (|uel(nics droits au trône; Philippe le fit juger et condaruner par sa cour des Pairs comme

son vassal , et réunit ensuite ses états à la couronne de France.

C'est à cette époque qu'eut lieu la croisade contre les Albigeois , abominable épisode de notre histoire ^ , dont nous nous contenterons de donner ici le résultat pour parler plus tard des causes et des conséquences de cet événement, qui se lie d'une manière fâcheuse à l'histoire de l'Eglise.

La doctrine de ces novateurs, plus hardie et moins spécieuse que celle de Luther qu'elle précédait, attira sur eux les plus cruelles persécutions. Connus d'abord sous le nom d'hérétiques delà Provence , ils le furent plus tard sous celui d'Albigeois , parce qu'ils se mirent sous la bannière du vicomte d'Alby et couvrirent le territoire.

Après beaucoup de combats et de scènes d'horreur, qui toutes rappellent les siècles de barbarie , quatre ou cinq cent mille Croisés ^ furent envoyés pour en finir : Bourguignons , Nivernais , Picards , Normands , sous la conduite de leurs seigneurs se firent une joie de dévaster le riche Languedoc et la riante Provence.

Monfort , soutien de cette croisade , exécuta , dépassa même les conseils d'Amalric , qui avait osédire de sang- froid : « Tuez-les tous , Dieu connaîtra bien ceux qui sont à lui... » Aussi y eut-il sept mille cadavres dans une seule église de Bé-

sîers , quarante mille autres gisaient épars sur les places et les rues de la ville!... A Carcassonne, outre des scènes de la plus honteuse de'bauclie que notre plume se refuse à de'crire, quatre cents clievalicrs ou bourgeois furent pendus ou brûles vifs. On eût dit que les Croises, pleins de gencrosile, a'afFeclion et de courtoisie entre eux ^ mais fanatise's , regardaient les hére'tiques comme e'tant hors de la race humaine. Le zèle de Monfort était partagé par la majeure partie des princes de l'Europe', et, tel était Taveuglement ge'néral, que cet homme odieux était presque assimilé à Godefroj de Bouillon. Il trouva enfin la mort sous les murs de Toulouse , où vint se briser son orgueil. Après trois sièges consécutifs , une pierre lancée par un mans'onneau brisa la tête du féroce sîuerrier. Le fruit de ses conquêtes tomba avec cette télé que la cruauté seule avait rendue célèbre <, mais qui n'avait eu ni génie pour conquérir, ni sagesse pour conserver. Le roi de France , Louis YIII , profita de ses succès et continua la croisade ; mais le résultat eji fut déploiable ; après avoir ravagé le Languedoc à la télé d'une nombreuse armée et assiégé Avignon , il [)('rit virtinie de la contagion qui décimait sou armée.

Tou'ouse avait long-tciups résislé aux assiégeants; on la réduisit par la famine en détruisant

toute végétation dans un rayon de plusieurs lieues. Cependant le fanatisme commençait à se lasser. Lebûcher et le gibet ne trouvaient plus que de rares victimes. La guerre dans l'Albigeois continua sans éclat comme sans intérêt , et la couronne de France hérita de ces provinces vastes et fertiles autrefois , mais désolées et ruinées par le fer et le feu. . . L'hérésie seule n'était pas détruite , car on ne détruit jamais l'hérésie par la persécution.

Revenons au règne de Philippe-Auguste , que nous avons laissé à la première expédition contre les Albigeois.

Lmocent lîl , mécontent du roi d'Angleterre, avait disposé de sa couronne en faveur de Philippe , qui avait eu l'imprudence d'accepter ce parti dangereux. Une prompte soumission du roi Jean aux désirs du pontife changea ses dispositions , et une puissante ligue menaça Philippe : l'empereur Othon IV et le comte de Flandre s'y joignirent 5 deux cent mille hommes marchèrent contre le roi de France ; ii les vainquit avec cinquante mille dans les champs de Bouvines. Ce fait extraordinaire , qui amène l'attention sur Philippe-Auguste , s'est renouvelé souvent depuis son règne et surtout de nos jours. Bientôt après, les Anglais , mécontents de leur roi , proclamèrent

"— no — Louis, fils de Philippc-Aiigiiste, malgré les désirs du pape. Louis ne jouit pas de son triomphe : il fut chassé par les Anglais, et changea bientôt cette couronne contre celle de France , que lui laissa la mort de son père.

Philippe-Auguste avait été brave, actif et grand capitaine, il sut se faire obéir d'une noblesse orgueilleuse et dominatrice jusqu'alors. En défendant son autorité et son influence, il franchit aussi les bornes étroites de l'humble héritage des Gapets : son infatigable épée dompta beaucoup de grands vassaux et réunit à la couronne les provinces de Normandie, du Maine, de l'Anjou, de la Touraine et d'autres encore; l'indépendance des grands neutralisée, peu à peu s'apaisent les violences et les brigandages cju'avait enfantés le régime féodal. Les épaisses murailles des châteaux forts ne dérobent plus leurs maîtres à la justice royale. Le prince s'appuie sur la force de l'épëe et sur la force de la loi. Il ne put néanmoins achever l'œuvre, quelle que fût son habileté. Il était réservé à Louis IX de dominer, et à Louis XI de courber sous un joug de fer celte arrogante noblesse.

Les exploits du roi Louis VIII, qu'on a, nous ne savons hop pourquoi, suvwomuw le Lion , se boiiièronl à chasser le roi Jean de hi terre de

France, comme ce dernier l'avait chassé de l'Angleterre ; il mourut peu après, laissant sur le trône un enfant sous la re'gence d'une femme , mais celte femme était Blanche de Gastille et cet enfant Louis IX. Forcés d'aller vite et de résumer à grands traits, les événements peu importants de cette régence ne nous arrêteront pas , non plus que ceux de la croisade que nous connaissons déjà. Louis parut destiné de bonne heure à de grandes choses; roi à douze ans, il prit les rênes de l'état à vingt-et-un. Le comte de la Marche, excité et soutenu par le roi d'Angleterre, s'étant révolté, il battit les Anglais à Taillebourg et remporta le lendemain une nouvelle victoire; mais il fît plus que triompher de ses vassaux , il gagna leur affection. Il sutterminer la déplorable guerre des Albigeois qui avait coûté tant de crimes et de malheurs; son domaine s'agrandit, sa puissance se fortifia; après avoir raffermi l'état contre l'étranger et le trône contre les grands vassaux , il régla les droits des divers ordres du royaume , il protégea les communes contre la noblesse et le clergé, et le clergé contre Rome. Quelques souverains sollicitèrent sa puissante médiation, il refusa une couronne, et , après avoir mis la France en paix et diminué les désordres de l'Italie, de l'Angleterre et de l'Empire, il alla en Orient défendre l'Europe conlre

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les barbares qui la menaçaient. Après trois ans de pre'paratifs , il laissa la régence à sa mère , partit pour l'Egypte, prit Daniiette et mit les Sarrasins en fuite; mais ses succès s'arrêtèrent \h ; il fit en pure perte des prodiges de valeur ; les maladies et la famine anéantirent son armée; lui-même resta prisonnier.

De retour en France, à la mort de Blanche , il fut reçu avec des transports de joie. Il se livra, tout entier alors, à 1 administration du royaume; il entretint riiarmonie entre ses feudataires; de toute part on vint réclamer sa justice. Il soumit à riiommage-lige le roi d'Angleterre, et opéra en France de grandes réformes. Sa seule volonté y maintenait l'ordre, mais il sentit que ce bienfait serait temporaire, il voulut le rendre durable par les lois : ce fu! l'époque de ses ('tahlissemens, législation admira])le, pour le siècle, que nous aurons occasion d'examiner plus taicl.

La France recueillait tous les jours les avantages d'un gouvernement plein de sagesse, mais Louis rêvait encore la Terre-Sainte... Jly trouva la mort; conservant son beau caractère, il la reçut en clirélien comme il l'avait bravée en héros. Pendant hs vingt-deux jours que dura sa maladie, il s'(fl( r( a d incul(|uer à sou [\\<> i\c?: sculimenls religieux et des préceptes j)Our gouverner ses peu-

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pies. « Biau filz, lui disait-il , la première chose que je t'enseigne , si es que tu mettes ton cuer en aimer Dieu. Maintiens les bonnes coustumes de ton royaume, et les mauvèsesabesse. Ne convoite pas sus ton peuple, ne le charge pas de tohe ni de taille... A justices tenir et à droitures soies lojaus et roide, et à tes soubjez, sans tourner à dextre ni à seuestre; mais aide au droit et souslien la querelle du pauvre, jeiisques à ce que la ve'rite' soit desclairie'e : et si aucun a action contre toj, ne le croi pas, jeusques à ce que tu en saches la ve'rite'; car ainsi le jugeront tes conseillers, plus hardiement selonc la vérité', pour toy ou contre toy. Si tu tiens rien d'autriiy, ou par toy ou par tes de'venciers, si c'est chose certenne, rens-le sans demeurer ; si c'est chose douteuse, fais-le enquerre par sages gens, isneliement et diligemment... Soutiens la querelle du pauvre jusques à tnnt quelle soit e'cîaircie... Sois soigneux et diligent d'avoir bons baillis et bons prévos; enquiers souvent d'ealz et de ceulz de ton hosteî comment ilz se maintiennent... Prens te garde que les àépenses de ton hostel soient re'sonnables... En la fin, douiz fdz, je te conjure et te requiers que, si je meurs avant toy, tu fasses secourir mon asme par messes et par oraisons partout le royaume de France... Au dernier, cher fdz, je te donne toutes

— 4^ les bénédictions que bon père et piteux peut donner à son filz. »

Ce prince, dit un célèbre écrivain, si extraordinaire pour l'iîumanité, mais plus encore pour son époque, vit un siècle inique et ombrageux en admiration devant sa vertu, et en sécurité sur ses entreprises. Des Barbares, vainqueurs, furent à ses pieds; des papes et des empereurs, un roi et ses barons, deux grandes Églises, celle d'Orient et celle d Occident, le prirent pour arbitre de leurs droits et de leurs différends. La France, déchirée, désunie, livrée à tous les désordres, vit dans lui son sauveur et son législateur. Prince de paix et de justice, comme l'appellent ses contemporains, infatigable dans ses travaux, insouciant pour les périls, juste envers tous et contre lui même, héroïque au milieu des batailles et dans les fers, admiré, aimé, pleuré de tous, il est le modèle le plus accompli de riiomme, des guerriers, du monarque. Il n'est personne qui ne soit saisi (l'atlendrisscnient au souvenir de son amour ])0ur riiumanilé, de son respect pour les droits de chacun, de sa compassion pour le malheur, de sa bienfaisance envers les pauvres et de son humilité (levant Dieu ^

Son lils, Philippe III, s'empressa de retourner en France oîi l'attendait une couronne. Après

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quelques guerres sans e'clat, il se laissa gouverne!* par le barbier de saint Louis, Pierre de la Brosse. Ce favori, d*un nouveau genre, fut pendu bientôt après pour avoir calomnié la reine.

L ëve'nement le plus remarquable de ce règne se passa en Sicile. Nous avons vu, sous Louis IX, Conradin de'capité et le comte d'Anjou usurpant son royaume. Il en avait joui tranquillement pendant plus de seize ans, quand les habitants de Palerme, las de sa tyrannie, conjurèrent la perte des Français. Un lundi de Pâques, au moment des vêpres, un soldat, ayant insulte' une jeune fdle de Palerme, expira sur-le-cliamp, percé de coups, et ce meurtre devint le signal d'un massacre général : on donna le nom de Vépres-Siciliennes à cette vengeance afifreuse , mais qui n'était pas dénuée de justice. Charles d'Anjou jure d'exterminer les rebelles, le roi d'Arragon survient avec une flotte considérable , la Sicile lui rend hommage, et le pape, irrité de son audace, le foudroie. Dès lors une croisade est publiée contre lui, et Philippe la dirige sur l'Espagne : il prend Gironne, après un long siège ; les maladies ravagent l'armée, le roi repasse les monts et vient mourir à Perpignan.

Philippe-le-Bel succéda à Philippe-le-Hardi; de grandes actions et de grandes fautes ont en-

tome son rf-gne d'un nssez vif édat. A j>eine agd de dix-sept ans lorsqu'il monta sur le trône , il s'empara de la Guyenne qui appartenait au roi d'Angleterre; bientôt après il conquit la Flandre. Toutes ces guerres appauvrissaient le trésor. Philippe, pour l'enricliir, leva un impôt sur le clergé, mais le pape défendit aux siens de rien payer aux laïques ; le roi fit à oeux-rci la meiue défense à l'égard du clergé. Le pape lance une bulle, et bientôt après envoie à Pliilippe un légat qui ose Finsulter en face et le menacer de la redoutable excommunication. Le roi le chasse de sa présence. Boniface, à cette nouvelle, ne met plus de bornes à sa colère; il envoie bulle sur bulle et lance toutes ses foudres. Le moindre do ces coups eût détrôné un des prédécesseurs de Philippe-le-Bel, mais ce roi leur opposa une fermeté inébranlable , et donna le premier exemple d'une pareille résistance. Il fit brûler ces bulles, et écrivit au pape une lettre qui commence par ces mots : u Philippe, par la grâce de Dieu, roi des Français, à Boniface qui se donne pour pape, peu ou point de salut ; (jue la grande fatuité sache que nous ne sommes soumis à personne pour le temporel, etc. <i »

Cependant il avait l)esoin d'argent et trouvait partout de la résistance dans lu levée d^impotd

^ h7 excessifs et fre'quents. Pour obtenir des secours et se mettre hors des atteintes du pontife^ il assem-bia les e'tats-ge'néraux du royaume, flatta le peuple en l'admettant pour la première fois au conseil, sous le nom de tiers-ëtat. Il ne manqua pas son but : les trois ordres, c'est-à-dire le clergé, la noblesse et le tiers donnèrent chacun leur avis en faveur de l'inde'pendance de la couronne '.

Les eccle'siastiques, qui craignirent le pape, ne parurent point à l'assemblée, et furent le trouver à Rome. La dispute, bien loin de s'e'teindre, devint plus violente : Boniface donna la couronne de France à l'empereur d'Autriche et fit de'clarer sa toute-puissance dans un concile. Philippe accusa à son tour le pape d'imposture et d'he're'sie, et le fit enlever par Nogaret, et quelques chevaliers français, dans son château d'Anagnie. Délivré par les habitants d'Anagnie, il se réfugia à Rome où il mourut. Son successeur leva l'excommunication et réconcilia la France avec le Saint-Siège.

Cependant les Flamands s'étaient révoltés; le comte d'Artois, envoyé pour les soumettre, fut battu à Gourtrai, et Philippe , venu pour le secourir; échoua comme lui : il fallut rétablir le comte de Flandre dans ses états. On voit que le roi était loin d'être tout-puissant, et que les seigneurs étaient encore redoutables.

Le besoin d'argent amena l'expulsion des Juifs, toujours accuses de profaner des hosties et de sacrifier des enfants, mais certainement coupables de grosses usures, et devenus l'objet de la haine publique. Ils furent de nouveau bannis du royaume, mais leurs biens y restèrent au profit du tre'sor.

Le procès des Templiers est le grand événement de ce règne : cet ordre religieux et militaire avait été établi à Jérusalem pendant les croisades. De grands privilèges, d'immenses richesses, la licence des armes, l'orgueil de la naissance, y avaient introduit des abus, augmentés sans doute par l'ignorance et la superstition qui régnaient alors. On ne peut douter que les Templiers ne se livrassent aux excès de leur siècle ; mais les accusations qu'on porta contre eux avaient un tel caractère d'absurdité que la postérité les en a absous. Ces accusations disaient : que des moines amies renonçaient à Dieu et à Jésus- Christ dans l^acte de leur réception; qu'ils crachaient trvis fois sur le crucifix; qu'ils adoraient une tête hideuse et se livraient en secret aux de'bauches les plus infamés»

l'ius bouillant que juste et éclairé, Philippe demanda leur ruine à Clément V, et, de coiiciMt avec ce pape, les ht tout-à-coup arrêter il un

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bout de la France à l'autre. On les interroge et ils avouent dans les tortures tous les crimes dont on les acciise; mais, le supplice fini, ils se rétractent et de'savouent ce que la douleur leur avait arraché. Les juges ne les condamnent pas moins ; cinquante-neuf furent brûlés à petit feu. Il n'y en eut pas un seul qui n'invoquât Dieu dans les flammes 3 le peuple, étonné de leur courage héroïque 5 le regarda comme une preuve d'innocence.

Quelques écrivains prétendent que la destruction des Templiers fut une conséquence de la haine que Philippe-le-Bel gardait à cet ordre, qui l'avait si mal protégé contre la populace, lorsqu'en 1302 il s'était retiré au Temple. Nous n'entrerons point dans ces discussions historiques que je me borne à signaler.

Les Templiers détruits, l'ordre fut aboli; le pape donna leurs biens aux religieux Hospitaliers, appelés depuis Chevaliers de Malte. On raconte que le grand-maître des Templiers, sur le point d'expirer, ajourna Clément Y à comparaître dans quarante jours au tribunal de Dieu, et Philippe au bout d'une année , prédiction fabriquée sans doute après l'événement. Le pape vint mourir à Roquemaure en Languedoc, et le roi périt dans une chasse à Fontainebleau ^.

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